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Napoléon et Alexandre Ier (2/3)

ALEXANDRE Ier (continued 4)

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En même temps, mis en confiance par les ouvertures de Metternich, se laissant aller à parler et parlant trop, il ne dissimula plus son acrimonie croissante contre la Russie. Sans doute, il affecte encore de séparer l'empereur Alexandre de son cabinet et de ne point l'envelopper dans la même réprobation; s'il parle de ce monarque, c'est sans aigreur, mais sur un ton de dédaigneuse pitié: «L'Empereur a de bonnes intentions, dit-il, mais c'est un enfant.» C'est toujours le chancelier qui a le privilège d'allumer sa colère et d'attirer ses traits. Il le taxe d'esprit chimérique, perdu «dans les espaces imaginaires», impuissant à distinguer les réalités positives avec lesquelles se fait la politique. Il s'acharne sur ce ministre, récapitule contre lui tous ses griefs, lance même une allusion à l'affaire du mariage, à la théorie émise par Roumiantsof sur les alliances de famille, évoque ce souvenir avec amertume, et montre que la blessure de son amour-propre est toujours saignante. Il revient enfin sur le traité polonais et reprend toute sa thèse. Avec sa prodigieuse loquacité, avec sa manie de répéter à tout propos les expressions fortes et pittoresques dans lesquelles il a une fois moulé sa pensée, les traits qui lui sont venus à l'esprit, les images où il s'est complu, il se sert avec Metternich des mêmes termes qu'avec Champagny et Caulaincourt: «Il faudrait que je fusse Dieu, dit-il, pour décider que jamais une Pologne n'existera! Je ne puis promettre que ce que je puis tenir. Je ne ferai rien pour son rétablissement... mais je ne prendrai jamais un engagement dont l'accomplissement serait placé hors de mes moyens.» Et s'échauffant, s'exaltant, il a le tort de montrer à Metternich, intéressé à le brouiller avec les Russes, combien leurs exigences au sujet de la Pologne l'indisposent et l'excèdent.

Profondément peiné et froissé du silence gardé sur le contre-projet, Alexandre semblait ne plus attendre de réponse et avoir porté définitivement au compte de Napoléon ce manque d'égards et de procédés. Trop fin pour se laisser prendre à des artifices assez gros, trop fier pour se plaindre, il n'insistait plus et se taisait, mais son attitude était significative.

Tout autre était l'attitude de Roumiantsof. Ce ministre parlait beaucoup, se plaignait plus que son maître, peut-être parce qu'il était plus sincère, moins désenchanté, parce qu'il s'était moins fait à l'idée d'une rupture avec la France et qu'il cherchait encore à dégager la pensée réelle de notre gouvernement à travers les obscurités et les contradictions de notre politique. Pour arracher à Napoléon une réponse, il avait recours à un système déjà employé et mal imaginé. Incontestablement, une insistance digne et ferme sur l'objet même du litige, c'est-à-dire sur le traité, eût été de mise en face du silence injustifiable de l'Empereur. Roumiantsof préférait agir par voie de reproches indirects et de récriminations à côté.

Depuis quelque temps, il s'alarmait et s'indignait de certaines rumeurs, de certains propos qui lui revenaient de Varsovie. Là, avec leur jactance ordinaire, avec une crânerie théâtrale, les habitants continuaient d'arborer leurs espérances patriotiques et prophétisaient tout haut de grands événements. Le pays des Polonais--nos agents en faisaient l'observation--est essentiellement la terre des fausses nouvelles. Dans ces cerveaux légers, tout résonne, tout retentit: les plus minces incidents éveillent un tumulte de pensées, qui se traduit au dehors par des discours surabondants et téméraires. Varsovie, redevenue capitale, était l'un des endroits de l'Europe où l'on pérorait le plus. La vie mondaine y avait repris son éclat d'autrefois; les salons étaient nombreux, actifs; des femmes séduisantes attisaient par leur langage le feu des esprits, et dans ce milieu brillant et bruyant naissaient périodiquement, au milieu des plaisirs et des intrigues, des bruits de guerre, de changement, de prochaine et complète restauration. Les journaux du pays et de l'étranger en recueillaient les échos, lançaient des articles à sensation, auxquels la spéculation trouvait son compte. Napoléon était étranger à ces écarts de parole et de plume: il les désapprouvait, lorsqu'ils venaient à sa connaissance; sans fermer violemment la bouche aux Polonais, que sa situation équivoque vis-à-vis de la Russie l'obligeait de plus en plus à ménager, il les exhortait au calme et parfois les reprenait durement. Néanmoins, s'armant de tout ce qui se dit et s'écrit en Pologne ou au sujet de la Pologne, sans l'aveu et souvent à l'insu de l'Empereur, Roumiantsof prétend lui en faire porter la responsabilité; il s'en prend à lui des propos que débitent les dames de Varsovie ou des nouvelles qui s'égarent dans les journaux d'Allemagne, y trouve matière à de continuelles et aigres observations. En possession d'un grief réel, il en allègue de mal fondés ou de frivoles, lance des imputations auxquelles il est trop facile de répondre et qui vont inutilement envenimer les rapports. Pour forcer Napoléon à parler, à s'expliquer, il le pique sans cesse, lui décoche des traits menus, mais acérés et déplaisants, s'évertue à le harceler de propos amers et d'insinuations malveillantes.

D'abord, il s'étonne et s'afflige de retrouver dans certains journaux français, pour désigner le pays et la nation des Varsoviens, les noms de Pologne et de Polonais. Puis, il signale un article paru dans la Gazette de Hambourg. Ce journal, très répandu en Europe, fort lu dans les chancelleries, a mentionné, sous la rubrique de Varsovie, le bruit qui court du rétablissement de la Pologne. Ces lignes ont paru dans une ville occupée par nos troupes; faut-il y lire un encouragement officieux à d'illicites espérances? C'est ce que demandent Roumiantsof et Alexandre lui-même, et ils s'attirent de Napoléon une réplique à la fois rassurante et dédaigneuse:

Ce même jour, M. de Champagny voit entrer chez lui Kourakine, qui se dit chargé d'une importante communication. Qu'est-ce encore? Le prince lit une longue lettre de Roumiantsof: elle lui ordonne «de faire des démarches pressantes relativement à la convention, ou plutôt relativement au bruit qui s'accrédite de plus en plus de l'intention de l'empereur Napoléon de rétablir la Pologne». Cette fois, l'accusation est positive, et sur quoi se fonde-t-elle? Toujours sur le langage de certains journaux, sur la rumeur publique, sur les propos qui se colportent à Varsovie: c'est d'après de tels indices que Napoléon entend révoquer en doute la parole qu'il a tant de fois et si solennellement donnée!

Le 1er juillet au matin, devant Champagny qui est venu lui porter la commission de Kourakine, il parle, il dicte, et il veut que ses expressions soient transmises textuellement au duc de Vicence, afin que cet ambassadeur trop doux, trop mou, trouve dans cet envoi la règle de ses discours et sache comment il faut parler aux Russes. C'est donc à la Russie elle-même qu'il s'adresse par l'intermédiaire qu'il s'est choisi; c'est elle qu'il cingle de paroles acerbes, de reproches véhéments, énumérant ses concessions, ses bienfaits, rappelant qu'il n'a reçu en retour qu'une assistance équivoque avant la campagne d'Autriche, un concours dérisoire pendant la guerre, et aujourd'hui, pour combler la mesure, des plaintes mal fondées, «des insinuations ridicules, des soupçons outrageants». Et lorsqu'il se prétend méconnu et calomnié, il reste, de son point de vue, parfaitement sincère et convaincu. Par une disposition propre aux esprits entiers et possédés d'orgueil, il ne s'attache qu'au côté de la question où il se juge et se sent inattaquable. Sans vouloir se rappeler que sa conduite en maintes circonstances, ses atermoiements, la liberté d'allures laissée aux Polonais, autorisent bien des soupçons, il s'arrête au fait en lui-même, à la réalité de ses intentions, et, sous ce rapport, l'accusation qu'on lui jette à la face, dans les termes absolus où elle est portée, demeure injuste. Il rétablira sans doute la Pologne si la Russie l'y provoque par des manœuvres hostiles et lui en fait une nécessité stratégique, mais il n'ira point reconstituer la Pologne spontanément, par dessein préconçu, par principe, par générosité mal entendue, par Don Quichottisme, suivant l'expression qu'il répète à satiété: il n'ira point de gaieté de cœur s'enfoncer dans le Nord, risquer une immense aventure, pour se donner le stérile honneur de briser les chaînes d'un peuple et de réparer le crime de l'autre siècle. Jamais prince n'a été plus éloigné que lui de faire la guerre pour une idée, et cette conception cadre si peu avec sa manière toute pratique, toute réaliste, d'envisager la politique, qu'il n'admet point qu'on la lui puisse supposer de bonne foi. Il en vient à se demander si la Russie est sincère dans l'expression de ses épouvantes: derrière les propos qu'elle lui tient, il croit lire une secrète et traîtresse arrière-pensée. En lui cherchant cette querelle, la Russie ne veut-elle point se ménager un prétexte pour le quitter, pour revenir à l'Angleterre? Dès qu'elle aura recueilli tous les bénéfices de l'alliance, ne va-t-elle point en répudier les obligations? Eh bien, si cette défection se produit, c'est la guerre. Il le dira franchement, sans ambages, sans détours, et ce mot de guerre, jeté pour la première fois à la Russie, jaillit et luit dans son langage comme un éclair d'épée.

Depuis le retour de Leurs Majestés à Saint-Cloud, les fêtes à l'occasion du mariage, interrompues par le séjour à Compiègne et l'excursion dans le Nord, avaient repris de plus belle. Paris, l'armée, les princes, les représentants étrangers, se mettaient tour à tour en frais d'imagination pour offrir aux souverains des hommages et des plaisirs. Le 10 juin, il y avait eu bal à l'Hôtel de ville, avec feu d'artifice et illumination générale; le 14, fête champêtre chez la princesse Pauline, dans ses jardins de Neuilly; le 24, fête donnée par la garde à l'École militaire. Ce n'étaient partout que divertissements variés, animation joyeuse, déploiement inouï de faste et de magnificence. On sait qu'un lugubre événement attrista la fin de cette période d'enivrement et parut projeter sur l'avenir une lueur sinistre.

Dans ce débat qui avait roulé sur une phrase, mais sur une phrase derrière laquelle se dissimulait une irrémédiable divergence d'intentions, Napoléon avait incontestablement pour lui le fonds même du droit. Il avait offert tout ce que sa dignité et ses intérêts lui permettaient d'accorder, à savoir qu'il se détournerait de la Pologne et ne l'assisterait en aucune circonstance. La Russie avait voulu plus: elle avait voulu qu'il frappât de sa main et achevât une nation dont il avait éprouvé la fidélité, qu'il lui infligeât une irrévocable déchéance, qu'il s'engageât pour la postérité, qu'il prît à sa charge et aggravât même le forfait d'autrui, car les trois puissances, en partageant la Pologne, n'avaient point mis par écrit qu'elle ne revivrait jamais. Une telle formule, qui peut-être dissimulait un piège, dérogeait en tout cas au code des nations, au langage qu'il est permis aux souverains de tenir décemment, lorsqu'ils stipulent et contractent. En toute justice, en tout honneur, Napoléon pouvait soutenir que capituler devant cette exigence, c'eût été abaisser son caractère et offenser sa gloire. Seulement, il avait lui-même compromis la valeur de sa cause par la faute de ses procédés, tour a tour évasifs et violents, dépourvus successivement de loyauté, de convenance et de mesure. Puis, sa grandeur même et ses abus l'avaient placé en dehors des règles ordinaires qui président aux rapports des États; il lui était difficile de les invoquer dans toute leur rigueur, après les avoir fait céder tant de fois aux nécessités de sa politique, aux entraînements de son avidité et de sa fougue, et cette vérité doit dominer désormais toutes les appréciations. Si Napoléon avait raison dans la plupart des questions soulevées entre lui et l'Europe, prises en elles-mêmes, envisagées individuellement, telles qu'il savait avec un art consommé les poser et les traiter, il avait tort dans l'ensemble, tort par l'universalité de ses prétentions, par le nombre, l'audace, l'extension démesurée de ses entreprises, qui excusaient contre lui des précautions extraordinaires et légitimaient toutes les défiances.

CHAPITRE XI

MÉSINTELLIGENCE CROISSANTE

Metternich saisit l'Empereur dans le moment de son irritation contre les Russes pour lui signaler leurs progrès sur le Danube.--Espérances données à l'Autriche.--État des esprits à Vienne: les deux partis.--Avances significatives du ministère.--Intervention personnelle de l'empereur François.--Metternich sollicite Napoléon de manquer aux engagements d'Erfurt et de retirer le don des Principautés.--Refus de l'Empereur; raisons de sa loyauté.--Il interdit à la Russie toute conquête transdanubienne.--Nouveaux sujets de mécontentement contre Roumiantsof; violente prise à partie de ce ministre.--Les Russes dans les villes d'eaux d'Allemagne; politique féminine.--La colonie russe de Vienne.--Situation de notre ambassade dans cette ville; résistances aristocratiques et mondaines.--Le roi de Vienne.--Le salon de la princesse Bagration.--Intrigues de M. d'Alopéus.--Réapparition de Pozzo di Borgo.--Napoléon exige son expulsion et demande le rappel du comte Razoumovski.--Nouveau méfait des Russes de Vienne.--Napoléon porte plainte; il se substitue à son ministre et prend lui-même la plume; notes corrigées et remaniées de sa main.--Le prince Kourakine en villégiature.--Conversation de l'Empereur avec le frère de cet ambassadeur; tonnantes paroles.--Conception fondamentale que se fait l'Empereur de ses rapports avec la Russie.--L'alliance est la condition de la paix.--Effet produit en Europe et en Russie par la résistance de l'Espagne.--Napoléon cherche à ajourner le conflit dans le Nord et ne renonce pas à l'éviter.--Caractère de ses relations personnelles avec l'empereur Alexandre.--Redoublement d'efforts contre l'Angleterre; blocus continental; préparatifs d'expéditions; vues persistantes de Napoléon sur l'Égypte: son plan pour 1812 est une grande campagne navale.--Précautions militaires dans le duché de Varsovie.--Suite de l'action russe à Vienne.--Diplomatie occulte et diplomatie officielle.--Désaveu apparent de Pozzo di Borgo; son envoi en mission secrète à Constantinople.--Propagande en Pologne.--La Russie commence mystérieusement ses préparatifs militaires; travaux sur la Dwina et le Dnieper; formation de plusieurs armées.--Projets défensifs et offensifs.--Alexandre prend le premier ses dispositions en vue d'une rupture; les fautes et les excès de Napoléon vont la précipiter.

I

À Vienne, au moins dans certains cercles, on était plus pressé, on voulait aller plus vite en besogne, et l'accord avec Napoléon était envisagé comme une nécessité d'urgence. Les succès des Russes y avaient produit une sensation profonde. De l'aveu unanime, c'était leur établissement dans les Principautés confirmé à bref délai par une paix conquérante: cette mainmise sur le Danube inférieur compléterait l'investissement de la monarchie, déjà cernée du côté de l'Ouest par l'Allemagne et l'Italie françaises; après l'Occident, c'était l'Orient qui se fermait, et quelque prévu que fût ce résultat, l'Autriche se révoltait à son contact. Prise entre deux empires en voie de croissance indéfinie, serrée dans cet étau, elle éprouvait un insupportable malaise, et l'idée d'une tentative suprême pour se dégager, pour se garder une issue, pour écarter les Russes du Danube, traversait tous les esprits.

Tout autre et non moins vivement exprimée était l'opinion des personnages qui s'étaient attachés, par principe ou par intérêt, à la famille Metternich. Ceux-ci, comme le ministre lui-même, croyaient à l'utilité d'un rapprochement temporaire, mais étroit, avec la France. En l'absence de leur chef, faiblement remplacé par son père, ils exagéraient encore ses tendances. Dans la crise présente, ils ne voyaient de salut qu'en Napoléon; à les entendre, il fallait au plus vite, en se livrant à l'Empereur, le détacher de la Russie et obtenir qu'il opposât son veto à l'annexion des Principautés.

Derrière ce langage plein d'honneur, il y avait une arrière-pensée politique. Napoléon n'était pas fâché qu'Alexandre s'appropriât les Principautés, parce que cette acquisition désunirait plus sûrement les empires autrichien et russe et mettrait entre eux l'irréparable. Leur antagonisme en Orient se concentrait alors et se localisait sur le bas Danube: c'était là que la Russie, dans sa marche vers le Sud, rencontrait et coupait la dernière voie qui restât ouverte à l'expansion autrichienne: l'intérêt des deux États se heurtait violemment à ce confluent de leurs ambitions. Tant que le sort des Principautés demeurait indécis et le procès pendant, il était à craindre qu'un compromis n'intervînt et ne conciliât les prétentions rivales. Mais que les Russes missent la main sur l'objet du litige, définitivement lésée par eux, l'Autriche se sentirait du même coup rejetée vers nous; Napoléon serait plus certain de la trouver, si les circonstances lui faisaient quelque jour une nécessité de la rechercher.

II

L'avertissement donné à Pétersbourg était superflu, car Alexandre ne désirait rien de plus que la Moldavie et la Valachie. Loin de vouloir donner à la guerre d'Orient un développement inattendu, il n'aspirait qu'à s'en débarrasser au plus vite, afin de retrouver la libre disposition de ses forces, et l'Occident lui inspirait trop de craintes pour lui laisser le loisir de rêver à de problématiques conquêtes au delà du Danube. En elle-même, la question d'Orient ne portait donc point matière à conflit et ne viendrait pas doubler la question de Pologne pour tendre davantage les rapports.

Malheureusement, le différend qui n'existait point dans le fond, Roumiantsof le suscita dans la forme. Ce vieillard aigri, qui n'en était plus à compter ses déceptions, résistait moins que jamais à épancher sa bile; il continuait d'émettre à tout propos des réflexions maussades. S'il déclara que Sa Majesté Russe, après comme avant ses succès, était décidée à ne signer qu'une paix conforme aux stipulations d'Erfurt, il se prit à insinuer que l'empereur Napoléon ne se piquait pas d'une fidélité aussi rigoureuse à ses engagements: il croyait savoir, ajoutait-il, que la France n'était pas étrangère aux difficultés que les Russes avaient rencontrées en Orient; n'avait-elle point, par de secrètes démarches à Constantinople, encouragé la Porte à prolonger sa résistance? Cette accusation reposait sur des présomptions téméraires ou des renseignements inexacts, car Napoléon, sans imposer aux Turcs la cession des Principautés, la leur avait plusieurs fois conseillée, et nous avons vu qu'il avait ses raisons pour la souhaiter. En tout cas, il était au moins inutile et inopportun, à l'heure où la Russie semblait sur le point de recueillir le principal bienfait de l'alliance, de contester rétrospectivement la sincérité et le mérite de nos concessions.

Au reste, la Russie ne lui fournit de tous côtés que sujets de déplaisir et d'humeur. En ces jours de juillet et d'août 1810, il perçoit en Allemagne, dans cette contrée qu'il a cru à jamais pliée au joug, un murmure hostile, un chuchotement de mauvais augure, et ce sont des voix russes qui s'élèvent, hardies et frondeuses, au milieu de l'universel silence. Tandis que la Russie se ferme elle-même aux étrangers, dresse devant eux, à toutes les portes de son empire, d'infranchissables obstacles, elle ouvre largement ses frontières à ses propres sujets, pour qu'ils aillent porter au loin leurs passions antifrançaises, leur esprit de dénigrement, et toute une partie de sa noblesse est perpétuellement en voyage. Pendant l'été, cette société nomade se pose et se fixe dans les villes d'eaux d'Allemagne, dans les fraîches vallées de Saxe et de Bohême: Tœplitz, Carlsbad, Egra, Baden, deviennent ses résidences préférées. À ces universels rendez-vous affluent en même temps les oisifs et aussi les mécontents de tous pays; des ministres congédiés, des rois en disponibilité y promènent leur ennui, et un monde interlope y coudoie la haute société européenne. Dans ces stations cosmopolites où la médisance et l'intrigue sont le grand remède au désœuvrement, le ton est donné par les Russes, par les dames russes surtout; elles y viennent par essaims et emplissent ces lieux sonores d'un bourdonnement continu. Élégantes, raffinées, suffisamment spirituelles, menant grand train, affichant l'opulence, elles réunissent sans difficulté autour d'elles, grâce à la liberté de relations et d'allures qu'autorise la vie des eaux, des éléments nombreux et disparates; chacune d'elles se forme un cercle, improvise un salon, et le public qui leur fait écho les entend tenir contre nous des propos envenimés, lancer de perfides suggestions, et débiter d'un ton mièvre des paroles de haine.

Toutes ont le désir de paraître informées, la passion de jouer à la femme d'État: il n'en est pas une qui ne se prétende initiée au secret des cours, qui ne se pose en Égérie d'un personnage de premier rang, qui n'affirme tenir de bonne source des renseignements sûrs. D'un air mystérieux qui aiguise la curiosité, les yeux baissés, elles laissent tomber de leurs lèvres à peine ouvertes des demi-confidences, qui se traduisent au dehors sous forme de fausses nouvelles et de bruits à sensation. Il s'agit toujours de rupture imminente entre la France et la Russie; l'empereur Alexandre, dit-on, connaît aujourd'hui ses intérêts et sait où sont ses véritables amis; il se rapproche de l'Angleterre, il dispose de la Prusse et de l'Autriche, et l'Europe doit s'attendre à le voir reparaître sous les traits d'un libérateur, menant contre le parvenu corse la croisade des rois. À intervalles périodiques, ces rumeurs renaissent, se répandent, se propagent, font passer dans l'air un vent d'orage et courir d'un bout de l'Allemagne à l'autre de sourds frémissements.

En vain M. Otto cherche-t-il à éblouir une société frivole par la magnificence de son train: en vain cet homme simple et grave, ce protestant austère contraint-il ses goûts pour se montrer élégant et fastueux. C'est en pure perte qu'il prodigue l'argent, ouvre ses salons, décore et embellit sa résidence, se met en dépense d'imagination pour offrir aux Viennois des divertissements variés et de continuels changements à vue; on vient à ses fêtes, comme à un spectacle, on y porte une curiosité dédaigneuse, on le reçoit à peine et jamais dans l'intimité. Cherche-t-il à former des liaisons plus étroites, dès ses premières avances, un mot froidement évasif le glace et l'arrête, et la fière aristocratie de Vienne, obligée par le malheur des temps de frayer avec l'agent de Bonaparte, ne perd pas une occasion pour lui faire sentir qu'il n'est point du même monde et maintenir les distances. Ainsi manquent à notre envoyé ces précieux moyens de s'informer, d'observer, d'agir, que fournissent à un ambassadeur bien posé la fréquentation et la pratique du monde: «Il est fâcheux de dire, reprend le correspondant de M. de Champagny, qu'il faut encore bien des années avant qu'un ambassadeur de France à Vienne puisse trouver dans la société cette source de renseignements qu'un mot seul développe, quand on a, comme M. Otto, l'esprit juste et insinuant. Je crois même qu'une alliance politique ne changerait pas encore l'allure de la société, peu disposée, dans sa puissance, à entrer dans le nouveau système de son souverain.» Et les préjugés de caste, les amers souvenirs du passé, ne suffisent pas à expliquer cette résistance; les salons autrichiens obéissent à un mot d'ordre étranger; ce sont les Russes de Vienne, Razoumovski et son groupe, qui font le vide autour de notre ambassadeur, organisent contre lui l'exclusion et entretiennent le blocus.

Alopéus n'annonce même plus son départ pour l'Italie. Il laisse entendre qu'il se trouve bien à Vienne, qu'il désire y prolonger son séjour, et demeure imperturbablement. S'il a peu d'accès auprès des personnages en place, si son action sur le gouvernement semble nulle, s'il est même signalé à la police et surveillé par elle, il achève avec Razoumovski de «corrompre l'esprit de la société». Il reçoit d'ailleurs des renforts, en voit arriver de tous côtés. La saison s'avançant, nos agents constatent à Vienne de nombreux passages, un va-et-vient d'étrangers; ce sont des Russes pour la plupart; certains d'entre eux, tels que Strogonof et Novossiltsof, sont connus à la fois pour leurs relations particulières avec l'empereur Alexandre et pour leur animosité contre la France; allant aux eaux d'Allemagne ou en revenant, ils s'arrêtent à Vienne pour prêter main-forte à leurs compatriotes établis dans le pays et exercer, sur ce terrain où la lutte semble rouverte entre les alliés de Tilsit, leur malfaisant pouvoir. Par chaque courrier, Napoléon s'entend dénoncer les tentatives de ces hardis partisans, de ces irréconciliables adversaires qui depuis dix ans mènent leurs intrigues à l'assaut de sa gloire, et parmi eux, au premier rang, qui voit-il? qui reconnaît-il? Son frère de race et son ennemi juré, celui dont le nom seul éveille en lui d'amers souvenirs et d'inextinguibles rancunes, Pozzo di Borgo! Pozzo, qui reparaît ostensiblement à Vienne, qui y promène son uniforme d'officier russe, ses épaulettes de colonel au service du Tsar, et sous le couvert de ces insignes recommence impunément ses attaques. De nouveau, la Russie le laisse s'autoriser d'elle et en fait l'instrument de passions inavouées; après l'avoir mis temporairement en congé, il semble que l'empereur Alexandre l'ait rappelé à l'activité.

Au lieu de recevoir satisfaction contre Razoumovski et ses adhérents, Napoléon apprit un nouveau méfait de ces agitateurs. Non contents de poursuivre contre nous une lutte de paroles, ils en arrivent à des actes d'hostilité matérielle, à de véritables voies de fait, et viennent de se signaler par une atteinte au droit des gens. Un ambassadeur persan, envoyé à Napoléon par Feth-Ali, traversait Vienne pour rentrer dans son pays: il était accompagné d'une mission française à destination de Téhéran, dirigée par M. Outrey, composée d'un personnel assez nombreux et pourvue de papiers d'État. Les Russes de Vienne, postés sur le chemin de ce convoi diplomatique, lui ont tendu une embuscade au passage. Le prince Bagration, mari de la princesse, est apparu à point pour corrompre l'un des interprètes attachés à la mission: il l'a déterminé à quitter le service de France pour celui de Bussie, à s'enfuir au quartier général du feld-maréchal Kamenski, sur le Danube, et à emporter avec lui toutes les pièces de la correspondance entre les gouvernements français et persan. Si le déserteur n'eût été ressaisi à Bucharest par les soins de notre consul, cette importante collection eût été frauduleusement livrée aux Russes et jugée par eux de bonne prise.

Cette fois, Napoléon porte plainte officiellement: il fait passer une note à Kourakine. La minute de cette pièce est curieuse à observer. Dans son projet, le duc de Cadore, après avoir exposé les faits, a éprouvé quelque embarras à en dégager la conclusion, c'est-à-dire la nécessité pour la Russie, non seulement de punir Bagration, mais de rappeler Bazoumovski et de l'interner dans ses terres, comme complice présumé de l'attentat; avant d'aller au fait, le ministre a cru devoir user longuement de formules préparatoires; il a fait du style et de la rhétorique. Napoléon, lisant le projet, trouve ce luxe de paroles inutile: prenant lui-même la plume, il biffe, il sabre, et çà et là, de son écriture affreuse et à peine déchiffrable, jette sur le papier un mot qui prend la place d'une phrase. À la fin, relisant le paragraphe, il le trouve décidément faible et prolixe, l'efface en entier et à l'amplification ministérielle substitue quelques lignes d'une impérieuse vigueur:

Sans plus s'attarder aux incidents de Vienne, symptômes d'un mal dont le principe est ailleurs, Napoléon en est venu à désirer avec la Russie une explication générale, portant sur l'ensemble des rapports. Il la voudrait verbale, afin de pouvoir s'exprimer avec plus de liberté et de franchise. Il ira au fond de toutes les questions qui ont troublé l'harmonie et risquent de compromettre la paix. Il prétend montrer que sur chacune d'elles la Russie se plaint et s'alarme à tort, que ses griefs sont mal fondés, imaginaires, qu'ils autorisent contre elle de légitimes suspicions: il lui fera connaître qu'elle joue son rang de grande puissance, sa situation européenne, en provoquant une rupture, en rappelant sur elle l'orage qui s'en est naguère détourné. De nouveau, il éprouve le besoin de menacer, de faire trembler, d'accabler: à des coups d'épingle, il va répondre par des coups de massue.

Quel est en effet l'objet qui puisse réellement les diviser, elle et lui? Est-ce l'Orient? Le traité d'Erfurt a tout prévu, tout spécifié; il permet aux Russes de porter leur frontière jusqu'au thalweg du Danube sans dépasser d'un pouce de terrain la ligne médiane des eaux, et ce n'est point de ce texte précis, indiscuté d'ailleurs, que saurait surgir un sujet valable de contestation et de brouille.

Reste, il est vrai, la Pologne, cette source éternelle de difficultés et de froissements. Ici, Napoléon rappelle qu'il a offert toutes les garanties désirables. À l'aide de ses arguments habituels, il démontre cette vérité à Kourakine, il l'oblige à en convenir. Il récapitule les motifs qui l'ont amené à repousser une formule injustifiable, à suspendre le débat, et faisant allusion au crime du partage, à ce crime dont la France a été naguère la spectatrice impuissante et qu'on voudrait aujourd'hui lui faire ratifier, il jette à son interlocuteur ces vibrantes paroles:

«Cette affaire de Pologne est la honte de la France: par amitié pour l'empereur Alexandre, j'ai passé par-dessus cette tache, mais je ne veux pas qu'elle me devienne personnelle en la sanctionnant d'une manière qui indignerait la France et m'aliénerait tous les Polonais. Le sang français ne coulera pas pour la Pologne; leur cause n'est plus celle de la France, mais il ne sera pas versé contre cette malheureuse nation; ce serait par trop m'avilir que d'en prendre l'engagement ou tout autre qui pourrait lui ressembler. Je n'ai pas voulu l'agrandissement du duché de Varsovie, mais je n'ai pu ôter aux Polonais ce qu'ils avaient conquis. Si la Russie n'avait pas attendu mon entrée à Vienne pour mettre son armée en mouvement, elle aurait occupé elle-même la Galicie, et le duché de Varsovie ne l'aurait pas eue; cela entrait dans ma politique comme dans mon plan de campagne; l'agrandissement du duché de Varsovie a donc été le fruit de la politique incertaine de M. de Romanzof. Alors je pouvais me plaindre de cette lenteur des armées russes; je ne l'ai pas fait. Pourquoi se plaint-on donc maintenant, lorsqu'il n'y a pas même l'ombre d'un grief?»

Après ces discours enflammés, tenus sans ordre, au hasard de l'improvisation, entrecoupés de radoucissements subits, de protestations pacifiques et même amicales, l'Empereur voulut qu'une version condensée de l'entretien fût expédiée à Caulaincourt, accompagnée de commentaires propres à montrer sa politique sous toutes ses faces; il tenait à ce que l'ambassadeur connût parfaitement sa pensée et s'en imprégnât, afin d'y mieux conformer à l'avenir son attitude et son langage.

Cet exposé de principes et d'intentions laisse percer à chaque ligne le soupçon que la Russie veut nous quitter, qu'elle subit à nouveau l'attraction de l'Angleterre et tend insensiblement à rentrer dans son orbite. «Votre guerre à l'Angleterre est-elle chose sérieuse?» a dit Napoléon à Kourakine. Cherchant les motifs de ce revirement, il croit les trouver en partie dans les événements d'Espagne. La guerre de la Péninsule, par cela seul qu'elle dure et languit, encourage partout la défection, en portant atteinte au prestige de nos armes et à leur renom d'éternel bonheur. En Espagne, malgré un vaste déploiement de forces, malgré la présence de Masséna, les résultats se font attendre: point de ces coups qui mettent à bas la confiance de l'ennemi et décident en un jour le sort d'une campagne; des opérations traînantes, des sièges meurtriers, des massacres au lieu de victoires: chez les Espagnols, une résistance universelle: chez les nôtres, quelques symptômes de découragement et de dégoût, l'indiscipline parmi les hommes, des divisions dans le commandement, des maréchaux qui ne savent ni commander en chef ni obéir. Dans le Midi, Soult agit isolément: il a conquis l'Andalousie, mais manqué Cadix; avec ses trois corps d'armée, Masséna n'a pas encore entamé le Portugal, ni pris contact avec les Anglais. Augereau en Catalogne, Suchet dans le royaume de Valence, n'avancent que pas à pas, obligés d'emporter chaque ville quartier par quartier, morceau par morceau; à Girone, à Tortose, les Français vont retrouver Saragosse. Cette marche lente et pénible n'échappe pas à l'attention de l'Europe, et les journaux anglais, transformant nos demi-succès en revers, nos revers en désastres, emplissent le continent de bruits imposteurs. Cette vapeur de mensonge monte jusqu'à Pétersbourg; c'est elle sans doute qui trouble la vue du chancelier et obscurcit son jugement. «M. de Romanzof, s'écrie l'Empereur, éprouve l'influence des miasmes.» Peut-être cet homme d'État songe-t-il à imiter l'exemple donné en 1809 par l'Autriche; pour se jeter sur la France occupée ailleurs ou au moins pour opérer sans danger son évolution vers l'Angleterre, peut-être estime-t-il que l'occasion s'offre merveilleusement propice. C'est de cette erreur qu'il faut le détromper; il importe donc de lui apprendre que la France est prête à la guerre, en état de la faire tout de suite, avec des moyens écrasants. Napoléon l'a dit à Kourakine, il le répète à Caulaincourt: «Et qu'on ne croie pas, Monsieur, écrit Champagny, que l'Empereur n'est pas en mesure de faire de nouveau la guerre sur le continent. S'il a trois cent mille hommes en Espagne, il en a quatre cent mille en France et ailleurs; l'armée d'Italie est encore tout entière. L'Empereur pourrait, au moment où la guerre éclaterait, se présenter sur le Niémen avec une armée plus considérable que celle qu'il avait à Friedland: son intime union avec l'Autriche lui permettrait de compter sur l'appui de cette puissance, déjà fort alarmée du progrès des armes russes en Turquie.

«L'Empereur sans doute ne veut pas faire la guerre; il apprécie et regarde comme la base de sa politique son alliance avec la Russie, mais il ferait la guerre sur-le-champ si la Russie se rapprochait de l'Angleterre; le premier pas pour ce rapprochement amènerait tout de suite la déclaration de la guerre, et l'Empereur serait tenté de croire qu'on veut se rapprocher de l'Angleterre lorsque M. de Romanzof, dans ses propos, semble attribuer à la faiblesse de Sa Majesté ce qui est le résultat de ses combinaisons, et ose dire que c'est malgré elle que la Russie obtient la Valachie et la Moldavie.»

Est-ce à dire qu'il souhaite cette guerre et la prémédite de sang-froid? Certainement, il ne la veut pas immédiate. Éclatant aujourd'hui, elle le mettrait, quoi qu'il en dise, dans un sérieux embarras, car l'Espagne dévore ses armées, appauvrit son trésor, et ne laisse entre ses mains que peu de forces et de moyens disponibles. Lorsqu'il se prétend en mesure de dresser contre la Russie une armée de quatre cent mille hommes, il anticipe sur les possibilités de l'avenir. Sans doute, ce n'est point un chiffre qu'il jette au hasard, mais le résultat de prévisions et de supputations précises. Il aperçoit en France, au sein des générations qui s'élèvent, assez d'hommes pour compléter ses effectifs au total qu'il indique et qu'a déjà marqué son imagination calculatrice. Il a fait le compte de ces jeunes gens, qui grandissent pour lui; il sait que l'appel de la conscription de 1811 suffira à les ranger sous ses drapeaux; il peut avoir dans quelques mois ses quatre cent mille hommes, mais il ne les a pas, et c'est parce qu'il se sent momentanément dépourvu qu'il juge plus nécessaire d'enfler la voix, de payer d'audace, de faire peur. Par l'effet d'un mirage susceptible de se transformer en réalité à l'échéance d'une année, il espère ralentir les résolutions de la Russie, lui imposer une halte dans la voie où elle s'égare, peut-être même l'arrêter tout à fait, et non seulement ajourner, mais éviter la guerre.

En somme, l'idée d'une grande guerre au Nord lui est plus nettement apparue. Ce conflit suprême lui semble de moins en moins improbable; il commence à le lire inscrit dans l'avenir. Puis, s'il est résolu à ne s'armer que contre une Russie réfractaire à ses engagements, il s'est dit pourtant que le succès d'une telle entreprise anéantirait partout jusqu'aux dernières velléités de contradiction et de révolte, qu'elle le dispenserait d'avoir des alliés, c'est-à-dire de reconnaître des égaux, le laisserait seul debout au milieu de l'Europe à genoux. Le rêve monstrueux de l'universelle domination, fondée sur l'abaissement de la dernière puissance qui subsiste en dehors de lui, est venu le toucher de son aile; une vision funeste s'est levée à ses côtés; elle l'appelle, le tente, mais ne l'a pas encore maîtrisé complètement et ne détourne que par instants ses regards de leur objet normal.

III

Tandis que Napoléon commençait à envisager l'hypothèse d'une guerre entre la France et la Russie, Alexandre continuait à la prévoir, et son action occulte pour retourner contre nous la Pologne et l'Autriche, entamée depuis quatre mois, déjà sensible et palpable à Vienne, où elle nous est plusieurs fois apparue, se poursuivait et se développait. Le rejet définitif du traité, la rupture de la négociation, les éclats et les violences de Napoléon, n'étaient point pour suspendre ces hostilités indirectes: Alexandre y persévérait avec ardeur, mais jugeait utile de mieux cacher son jeu et de tromper notre vigilance.

Depuis quelques jours, il constatait avec joie chez les ministres autrichiens un élan moins marqué vers la France, un léger recul. Effectivement, le cabinet de Vienne, toujours privé de Metternich, manquant de direction, croyant à la nécessité d'un secours extérieur pour se consolider au dedans, placé entre Napoléon, qui montrait peu d'empressement à profiter de sa bonne volonté, et la Russie, qui le sollicitait tout bas, sentait parfois la velléité de se rejeter vers cette dernière. Il inclinait d'autant plus à ce parti que les succès des Russes en Orient ne s'étaient pas soutenus, qu'ils avaient été suivis d'assez sérieux échecs, et que cette tournure nouvelle des opérations, en éloignant la paix avec les Turcs, rendait à l'Autriche le temps et la faculté de réclamer des concessions sur le Danube, à envelopper dans un accord d'ensemble. Le ministère de l'empereur François ne décourageait donc plus Schouvalof, lorsque celui-ci émettait le désir de voir renaître entre les deux cours l'intimité d'autrefois et se former une coalition latente.

De tous ces apprêts, faut-il conclure qu'Alexandre était irrévocablement résolu à la guerre, qu'il n'attendait, pour la commencer, que le moment et l'occasion propices? Pas plus que Napoléon, il ne la voulait par principe et de parti pris; il y allait d'un mouvement irrésistible, sans fixer d'un regard assuré le but dont il se rapprochait tous les jours. Ce qui le troublait et le ralentissait, c'était d'abord la crainte de se heurter à une invincible fortune, à un génie que nul n'avait trouvé en défaut. Puis, chez ce prince naturellement sensible et humain, peut-être s'élevait-il un scrupule de conscience, une révolte de pitié à l'idée de déchaîner encore une fois le fléau destructeur d'hommes. Malheureusement, la conviction que Napoléon en voulait à sa sécurité, son horreur croissante pour une politique dont il n'apercevait plus que les côtés d'iniquité et de violence, une ambition vague de se poser en vengeur des couronnes et en libérateur des peuples, triomphaient peu à peu de ses hésitations. Dans la voie où il s'était jeté et qui le menait à la guerre, il ne s'arrêterait plus, à moins que l'Angleterre ne cédât avant que lui-même eût atteint le terme de son évolution. La soumission de notre rivale retiendrait et paralyserait les auxiliaires en train de lui revenir, immobiliserait l'Europe sous la main de fer qui l'étreignait, assurerait le triomphe définitif de l'Empereur au milieu de l'universelle prostration. L'Angleterre succomberait-elle dans la lutte ardente qui la serrait de plus près et qui touchait à son paroxysme? Toujours debout, elle chancelait parfois, donnait des signes d'épuisement. Mais les armes employées pour la frapper risquaient de se retourner contre la main qui les dirigeait avec une sorte d'exaspération et de fureur. En ce temps où Napoléon a plié toutes les volontés depuis les Pyrénées jusqu'au Niémen, enivré d'une force qui ne sent plus sa limite, il subit de plus en plus le vertige de l'omnipotence; se croyant tout permis pour compléter son œuvre, parce que rien ne lui paraît plus impossible, il multiplie les violences, accumule les fautes et, croyant se rapprocher de son but, s'achemine à grands pas dans une voie de perdition. Le système adopté pour fermer au commerce britannique ses derniers débouchés se traduisait par le plus étouffant despotisme qui eût depuis longtemps pesé sur les peuples, par une ingérence oppressive dans le gouvernement des États, par des annexions arbitraires, par une série d'empiétements en pleine paix et de conquêtes par décret. Ces usurpations continues, marques de servitude imprimées à l'Europe, achevaient de troubler et de révolter la seule puissance qui eût conservé le sentiment et la fierté de son indépendance; elles rapprochaient Alexandre des résolutions violentes; elles vont ajouter et rattacher à la question de Pologne d'autres causes de conflit; autour de ce point central de toutes les difficultés, elles vont grouper des complications accessoires, et les mesures destinées à ruiner l'Angleterre, si elles n'atteignent immédiatement leur but, auront pour immanquable effet de précipiter la rupture avec la Russie.

CHAPITRE XII

L'ÉLECTION DE BERNADOTTE

Le blocus continental dans le nord de l'Europe.--Son objet essentiel; la guerre aux denrées coloniales.--Origine de cette idée: le Comité de salut public; Napoléon subit à la fois l'entraînement de ses passions et la fatalité des impulsions antérieures.--Erreur et vice fondamental du système.--Le blocus engendre l'extension indéfinie de l'Empire.--Réunion de la Hollande.--Silence désapprobateur d'Alexandre.--Efforts de Napoléon pour fermer au commerce ennemi l'entrée des fleuves allemands.--Le sort des villes hanséatiques en suspens.--Droit de cinquante pour cent sur les denrées coloniales; l'Europe enlacée dans un réseau de prohibitions; une Inquisition nouvelle.--Contrarié dans la mer du Nord, le commerce anglais se réfugie dans la Baltique.--Infractions commises en Poméranie aux lois du blocus.--La Suède se fait l'entrepôt des marchandises anglaises.--Tentatives de Napoléon pour peser sur ce royaume.--Danger de faire pénétrer l'action française dans le voisinage immédiat de la Russie.--La Suède incline politiquement vers la France; le lien de l'intérêt matériel l'enchaîne à l'Angleterre.--Mort du prince royal.--Convocation d'une diète appelée à élire son successeur.--Le roi Charles XIII songe à faire nommer le frère du feu prince et soumet cette candidature à l'agrément de l'Empereur.--Velléité de Napoléon en faveur du roi de Danemark.--Idée de réunir les couronnes Scandinaves.--Le Journal de l'Empire.--Napoléon se rallie au choix proposé par la cour de Suède.--Sagesse de cette décision.--Le baron Alquier reçoit l'ordre de partir pour Stockholm et d'y appuyer le prince d'Augustenbourg.--Arrivée du lieutenant Mœrner à Paris.--Un groupe de Suédois s'adresse spontanément à Bernadotte, qui demande à l'Empereur l'autorisation de poser sa candidature.--Napoléon combattu entre des intérêts et des passions contradictoires.--Il refuse d'appuyer Bernadotte par ménagement pour la Russie, mais lui permet de se présenter.--Faux calculs.--Le départ de M. Alquier contremandé; abstention systématique.--Vains efforts du baron de Lagelbielke pour obtenir une parole de l'Empereur.--La Suède se tourne désespérément vers Napoléon et lui demande «un de ses rois».--Déclarations antirusses du chargé d'affaires Desaugiers: désaveu et rappel de cet agent.--La diète d'Œrebrö; intrigues électorales.--Arrivée de Fournier.--Le courrier magicien.--Manœuvre finale qui décide le succès de Bernadotte.--Résistances du vieux roi: sa capitulation.--Bernadotte élu.--Responsabilité de l'Empereur dans cet événement doublement funeste à la France.--Explications données à la Russie.--Soulèvement de l'opinion à Pétersbourg; impassibilité apparente d'Alexandre: son arrière-pensée.--L'un et l'autre empereur envisagent de plus près l'hypothèse d'une rupture.--Ils songent simultanément à restaurer la Pologne afin de s'en faire un moyen de combat.--Travail préparatoire confié par Alexandre au comte Potocki.--Paroles de Napoléon à Metternich: il sonde l'Autriche sur l'idée d'un échange entre la Galicie et les provinces illyriennes.--Le prince et le comte de Metternich; la politique du fils en opposition avec celle du père.--Suite, progrès et échec final de la négociation entamée par le comte Schouvalof.--Rétablissement de Metternich à Vienne.--Étroite relation entre les tentatives des deux empereurs auprès de l'Autriche et leurs desseins éventuels sur la Pologne.

I

C'était sur le rivage septentrional de l'Europe que Napoléon livrait aux Anglais sa grande bataille économique. Le sud du continent, c'est-à-dire l'Italie conquise et étroitement gardée, l'Illyrie annexée, l'Espagne ensanglantée et misérable, la Turquie privée de communications terrestres avec les autres pays, n'offraient à l'expansion de nos rivaux que des débouchés inaccessibles ou restreints; au contraire, le Nord les laissait accéder par de multiples voies aux principaux centres de consommation. À cette époque où tout atteignait des proportions démesurées, la défense élevait ses moyens à hauteur de l'attaque: tandis que Napoléon jugeait possible d'investir un royaume comme une place de guerre et de lui interdire toutes relations avec l'extérieur, des États, des peuples entiers s'employaient à favoriser la fraude et faisaient métier de contrebande. La Hollande, malgré son roi français, servait d'entrepôt aux Anglais; plus loin, les embouchures des grands fleuves allemands offraient aux produits de l'ennemi de vastes réceptacles; plus loin encore, les riverains de la Baltique, protégés par leur éloignement, croyaient pouvoir impunément repousser ou éluder les obligations du blocus. C'est sur tous ces pays qu'il faut maintenant agir et peser; c'est là que Napoléon doit proscrire et poursuivre les articles manufacturés de l'Angleterre, s'il veut réellement mettre en chômage ce vaste atelier où s'approvisionne l'Europe.

Il s'est avisé d'ailleurs d'un moyen plus prompt encore et plus sûr à ses yeux d'en finir avec son ennemie. Depuis quelque temps, les Anglais ont fondé leur principal espoir d'enrichissement sur une spéculation unique, tentée en grand, sur un gigantesque coup de commerce. La Révolution et les guerres qui l'ont suivie, en leur donnant l'empire des mers, les ont rendus maîtres de tous les marchés extraeuropéens; en particulier, les événements de 1808 leur ont ouvert les colonies espagnoles et livré un monde à exploiter. Désormais, le trafic des denrées coloniales est passé sous leur dépendance; c'est d'eux seuls ou du moins avec leur permission que l'Europe peut recevoir le sucre des Antilles, le café, les épices, les cotons d'Amérique, tous ces articles passés dans sa consommation usuelle. Profitant de cette situation, les Anglais ont voulu se faire les seuls marchands et fournisseurs de denrées coloniales: ils ont acheté en bloc les produits des deux Indes, espérant les revendre à l'Europe avec de gros bénéfices. Tentés par l'appât du lucre, leurs maisons de commerce, leurs établissements de crédit et de finance se sont aventurés audacieusement dans cette voie; les titres et billets qu'ils ont émis, encaissés et négociés par la banque d'Angleterre, ont pour garantie les sommes à provenir des ventes prévues et escomptées. Si Napoléon empêche ces ventes, s'il obtient que l'Europe se ferme aux produits coloniaux devenus la propriété presque exclusive de l'Angleterre, qu'elle s'en passe et s'en prive, ces marchandises reviendront engorger les magasins de Londres et resteront pour compte à l'acheteur; invendues et invendables, elles se déprécieront; le papier auquel elles servent de gage subira le même discrédit; ce sera l'arrêt de toutes les transactions, l'universelle banqueroute; au lieu d'un capital réalisable en argent, avec profits assurés, l'Angleterre n'aura plus entre les mains qu'un poids mort, encombrant, tombé au dernier degré de l'avilissement, et elle se trouvera dans la situation du spéculateur qui, ayant employé tous ses fonds à l'achat d'une valeur unique et aléatoire, éprouve un désastre irrémédiable par la baisse de cette valeur. C'est à procurer ce résultat, à contrarier l'opération tentée sur les marchandises coloniales que Napoléon applique aujourd'hui et emploie principalement le blocus; tout se réduit pour lui, par un ensemble de manœuvres colossales, supposant la complicité de l'Europe entière, à ruiner l'affaire puissamment montée où les Anglais ont engagé et jouent leur fortune.

Après Iéna, maître des côtes depuis Naples jusqu'à Dantzick, il a pu rendre son décret de Berlin, constitutif du blocus continental proprement dit, interdisant l'accès du littoral au pavillon britannique et prohibant l'importation directe des denrées. Les Anglais ont détourné ce coup en donnant pour réponse au décret de Berlin leurs célèbres arrêts du Conseil, de 1807; par ces actes, il ont obligé tous les neutres, c'est-à-dire les navires des États d'Europe et d'Amérique non engagés dans la lutte, à reconnaître, sous peine de saisie, leur suprématie maritime, à leur payer tribut et à prendre d'eux licence de naviguer. Ces permis de circulation, il les ont désormais réservés, à de rares exceptions près, aux seuls bâtiments qui ont consenti à se charger de denrées coloniales leur appartenant, à porter ces produits sur le continent et à les y verser pour leur compte. Les navires neutres et spécialement américains ont dû se faire les facteurs du commerce britannique; l'importation des denrées n'a pas cessé, et seul le véhicule, le moyen de transport a changé. Alors, opposant la violence à la violence, Napoléon a riposté aux arrêts du Conseil par un second décret, celui de Milan, rendu en novembre 1807: considérant que l'Angleterre s'est subordonné et asservi tous les neutres, il les a déclarés dénationalisés, devenus Anglais, c'est-à-dire ennemis, et comme tels de bonne prise, saisissables sur mer et dans tous les ports. Jusqu'à présent, ce décret est demeuré, dans la plupart des pays du Nord, à l'état de principe posé et de simple menace; il s'agit aujourd'hui de procurer réellement et de généraliser son application. Le jour où aucun bâtiment neutre ne trouvera plus accès dans les ports du continent, les denrées coloniales auront perdu leur dernier moyen d'introduction et de débit: l'Angleterre sera domptée.

Seulement, décréter l'exclusion absolue des neutres, après celle des Anglais, c'est décider que l'Europe n'aura plus de commerce maritime, c'est suspendre la vie économique de tous les peuples, c'est leur imposer des souffrances au-dessus de leur résignation et de leur patience. En s'attaquant à la masse incompressible des intérêts, Napoléon se heurte à une force qui se dérobera à ses prises. Faibles et terrifiés, les gouvernements se soumettent, s'humilient, jurent d'obéir, mais conservent de secrètes complaisances pour l'Angleterre: ils promettent sans tenir; ils ne peuvent pas tenir, car aucun État ne saurait se prêter de bonne foi à tyranniser ses sujets pour le compte d'un maître étranger, à se faire l'instrument de leur torture. Et forcément, pour supprimer les résistances, Napoléon en vient à supprimer ce qui résiste, c'est-à-dire les gouvernements, à procéder par expropriation, à saisir les provinces, à confisquer les royaumes, à avancer toujours et à prendre insatiablement, interprétant et appliquant avec une violence fébrile la loi qu'il subit. Jamais l'erreur fondamentale commise par la Révolution, lorsqu'elle a soudé l'intérêt de l'Europe à celui de l'Angleterre en adoptant un système de conquêtes également inacceptable pour l'une et pour l'autre et qui l'obligeait à subjuguer la première pour vaincre la seconde, ne se démontre mieux qu'en 1810. À cette époque, les conséquences ultimes s'en dégagent, se précipitent, s'accumulent, vont à l'extrême, assez choquantes pour frapper tous les yeux et pourtant naturelles, logiques et absurdes. Jusqu'à présent, Napoléon s'est astreint dans le Nord à la frontière acquise par la République, tracée autour de l'ancienne Belgique, mais comportant l'assujettissement moral de la Hollande. Aujourd'hui, obligé de peser davantage sur la Hollande, qui cherche à lui échapper, il pousse d'abord jusqu'au Rhin, mais ne s'empare de cette limite naturelle de l'ancienne Gaule que pour la dépasser. Entraîné par son but, qui se recule sans cesse, il empiète immédiatement sur les pays voisins, se met à suivre et à côtoyer indéfiniment le littoral, à prolonger la France sur le bord de l'Allemagne; en sept mois il fait franchir à sa frontière, par bonds successifs, l'espace compris entre le Rhin et la Baltique, et il atteint ce paradoxal résultat d'approcher matériellement la Russie, d'en venir presque à la toucher, nivelant tout sur son passage, courbant les résistances et échelonnant les haines.

Au delà de la Hollande, Napoléon rencontre des États qui n'intéressent pas moins sa politique et son système. L'Ost-Frise, les principautés et duchés de la basse Allemagne, le nord du Hanovre, les territoires hanséatiques sont le prolongement géographique des Pays-Bas. C'est la même nature indécise, amphibie, où deux éléments se confondent et empiètent l'un sur l'autre; ce sont les mêmes côtes basses, sablonneuses, à fleur d'eau et partout accessibles, où le sol s'émiette en milliers d'îlots, où la mer pénètre par des golfes profonds et d'innombrables découpures: point de contrée plus propre à favoriser les surprises de la contrebande et les débarquements clandestins. À l'embouchure de la Jahde et du Weser, les Anglais ont conservé des postes d'observation et de relâche; en face de l'Elbe, sur le rocher d'Helgoland, ils ont installé un dépôt de marchandises, fortifié et insaisissable, qui déverse périodiquement son trop-plein sur les côtes d'alentour.

Les nouveaux décrets laissaient subsister dans toute sa rigueur, au moins en ce qui concernait l'étranger, le principe de la fermeture des ports. Ils paraient aux défaillances du passé, mais n'en admettaient aucune dans l'avenir, et si Napoléon se jugeait impuissant à empêcher tout à fait la contrebande, il la frappait impitoyablement partout où il pouvait l'atteindre. Lorsqu'il crut avoir entouré d'une ligne de circonvallation continue la mer du Nord et la Baltique allemande, il s'aperçut qu'une fissure presque imperceptible laissait passer les produits anglais et altérait toute l'économie du système. Entre la Prusse et les duchés de Mecklembourg, un morceau du littoral, une bande étroite de territoire, une fraction de la Poméranie restait aux Suédois: c'était tout ce qu'ils avaient conservé de leurs vastes possessions en Allemagne, un débris ou plutôt un souvenir de l'empire créé par Gustave-Adolphe. Lorsque Napoléon leur avait accordé la paix le 6 janvier 1810, il leur avait restitué la Poméranie, sous la condition qu'ils déclareraient la guerre aux Anglais et s'astreindraient à toutes les exigences du blocus. Malgré cet engagement positif, la Poméranie, avec le port de Stralsund, restait ouverte aux produits coloniaux; ils y trouvaient asile, s'y concentraient, et partaient de ce point pour s'insinuer dans les contrées voisines. De plus, la Suède proprement dite et péninsulaire conservait des relations directes avec l'ennemi et lui prêtait un précieux concours; si la presqu'île Scandinave, pauvre et dépeuplée, ne fournissait point par elle-même aux articles prohibés un débouché considérable, elle les accueillait dans ses ports, dans celui de Gothembourg en particulier; elle les y laissait s'entasser, s'emmagasiner, attendre l'occasion propice pour tâter les côtes allemandes et prendre terre. La contrebande s'organisait chez elle, y trouvait un point d'appui et des facilités d'offensive; dans la Baltique, Gothembourg rendait aux Anglais, sur des proportions infiniment accrues, les mêmes services qu'Helgoland dans la mer du Nord. C'est ce vaste entrepôt, avec son prolongement en Allemagne, en Poméranie, que Napoléon veut aujourd'hui fermer, et la Suède prend dans ses préoccupations une place essentielle. Seulement, à côté de la Suède, il retrouve la Russie; s'il établit trop ouvertement son autorité à Stockholm, il rejoindra par l'extrême Nord l'empire qu'il effleure déjà par le duché de Varsovie; créant un second point de contact, il doublera les occasions de heurt et de discorde.

II

Ces dures injonctions s'adressaient à un État malheureux, particulièrement éprouvé par la tourmente qui sévissait sur l'Europe. Jetée par la folie de son dernier roi dans une guerre désastreuse, qui lui avait coûté la Finlande, la Suède n'était sortie de cette crise, grâce à un changement de règne, que pour tomber dans d'inextricables embarras. Aujourd'hui, elle se sentait tirée en sens inverse par deux intérêts contradictoires, également pressants, qu'il lui était interdit de sacrifier l'un à l'autre.

Par instinct, par tradition, elle inclinait vers la France, sentait l'avantage de se rattacher à cette ancienne alliée et de se serrer contre elle; la protection de Napoléon lui paraissait indispensable pour résister à la Russie, établie désormais en face de sa capitale, et se refaire une existence politique. Mais la première nécessité pour un peuple, avant même de pourvoir à la sécurité et à la grandeur de l'État, est de vivre, de vivre matériellement, de subvenir aux besoins de chaque jour. Or, la rupture avec l'Angleterre mettrait littéralement la Suède dans l'impossibilité de se sustenter. Le commerce avec les ports du Royaume-Uni était devenu l'une des fonctions normales et essentielles de sa vie; seul, il permettait aux Scandinaves de mettre en valeur les richesses de leur sol, d'exploiter leurs forêts et leurs mines, en ouvrant à leurs bois de construction, à leurs fers, à leurs aciers, un débouché permanent. En échange de ces produits, l'Angleterre fournissait à ses tributaires du Nord toute une partie des objets nécessaires à leur alimentation, des denrées de première utilité, le sel par exemple, que la Suède ne possédait et ne savait fabriquer par elle-même: une suspension complète de rapports l'eût soumise à d'intolérables privations. Entre Napoléon, qui pouvait la briser ou au moins la livrer aux Russes, et l'Angleterre, qui possédait les moyens de l'affamer, elle se voyait réduite à ruser, à louvoyer, faisant au premier des promesses constamment éludées en faveur de la seconde.

Aux angoisses de cette situation s'ajoutaient les difficultés et les périls d'un lendemain de révolution. À l'intérieur, les passions n'avaient point désarmé, elles restaient actives, irréconciliables, et nul n'apparaissait assez fort pour les contenir et les maîtriser. Le roi actuel, Charles XIII, élevé d'abord à la régence, placé ensuite sur le trône à l'exclusion de son neveu Gustave IV et de sa descendance, était âgé, infirme, sans postérité; la Reine était impopulaire et décriée, soupçonnée des pires intrigues; la branche aînée des Wasa conservait un parti; les chefs de la noblesse étaient accusés de connivence avec les Russes et dénoncés aux haines d'une démagogie turbulente, qui colorait d'un patriotisme exalté ses tendances subversives.

Avant de recevoir cette lettre, Napoléon avait appris la mort du prince royal. Le choix d'un successeur lui importait peu, quant à la personne; son vœu était simplement qu'il s'élevât en Suède un pouvoir assez fort pour imposer à la nation la rupture avec l'Angleterre, assez fort aussi pour ne point subir l'influence et la tutelle de la Russie. Le bruit public prêtait au cabinet de Pétersbourg l'intention de mettre sur les rangs un prince d'Oldenbourg, parent des Roumanof: Napoléon excluait ce choix, mais il était également résolu à ne point patronner un candidat désagréable au Tsar. Pour fortifier prudemment la Suède, son idée était toujours de la rapprocher du Danemark, ami de la France sans être ennemi de la Russie, de l'adosser à ce royaume, déjà maître de la Norvège, de créer ainsi autour de la Baltique un groupement de forces, une sorte de fédération scandinave. Le choix du prince décédé lui avait plu, parce qu'il indiquait chez les Suédois une tendance à entrer dans cette voie. Aujourd'hui, l'heure n'était-elle point venue d'y marquer un pas décisif, de préparer à bref délai, non seulement de plus intimes rapports entre les deux gouvernements, mais la réunion des couronnes? Il suffirait d'appeler à la succession inopinément ouverte à Stockholm, au lieu d'un prince danois, le roi de Danemark lui-même, Frédéric VI, et de placer sur les marches du trône de Suède le monarque qui régnait à Copenhague. Lorsque Napoléon passa pour la première fois en revue les candidats possibles, il y eut chez lui, en faveur de ce dénouement, une courte velléité: c'est au moins ce que semble indiquer un article paru à la date du 17 juin dans l'officieux Journal de l'Empire: l'attention des Suédois y était appelée sur le roi de Danemark en quelques lignes assez claires pour avertir et diriger l'opinion.

Le lendemain 25, la lettre était expédiée, M. Alquier faisait en hâte ses préparatifs de départ, tout se disposait à une action en faveur du prince d'Augustenbourg, et l'Empereur eût été sans doute fort étonné d'apprendre qu'à la même heure, en plein Paris, chez un maréchal beau-frère du roi Joseph, une combinaison toute différente se tramait à son insu. Peu de jours auparavant, un jeune officier suédois, le lieutenant Mœrner, était arrivé à Paris. Il venait sans commission de son gouvernement; il ne représentait pas même un parti, mais un groupe, et c'était une réunion d'amis qui lui avait donné mandat de faire un prince royal de Suède. Quelques militaires, quelques professeurs à l'université d'Upsal, désirant avec ardeur la régénération de leur patrie, admirateurs passionnés de la France et de son armée, avaient conçu l'idée de retremper la Suède à cette source de vertu guerrière et d'héroïsme; ils s'étaient mis en tête de chercher dans l'état-major impérial, chez l'un des maréchaux, l'héritier de la couronne et le roi de demain.

Il avait des objections de principe contre le choix d'un maréchal: depuis qu'il avait cru se faire une légitimité par son mariage, il répugnait à multiplier les parvenus sur les trônes et s'était constitué le gardien vigilant du droit héréditaire. Il craignait non moins, s'il permettait à l'un de ses compagnons d'armes, déjà parvenu au sommet de la hiérarchie militaire, ce prodigieux avancement, d'éveiller chez les autres des idées d'indépendance et de grandeur qui ne perçaient que trop chez quelques-uns. Cependant, si sérieuses que fussent ces considérations, ne devaient-elles point céder dans la circonstance à un intérêt majeur, celui de laisser la Suède se lier étroitement à nous? Par le chef français qu'elle se donnerait, l'Empereur trouverait sans doute plus de facilité à peser sur elle et à la détacher de l'Angleterre. D'autre part, s'il nous fallait quelque jour combattre les Russes, la Suède reprendrait immédiatement une autre utilité: elle aurait à attaquer l'ennemi en flanc, à entraver et à paralyser ses mouvements. Or, cette diversion serait mieux conduite et plus efficace, le coup porterait davantage si les Suédois avaient à leur tête un maréchal d'Empire, instruit à l'école de Napoléon, formé à la grande guerre, un chef qui leur rendrait la confiance en eux-mêmes, disciplinerait leur courage mal réglé et leur réapprendrait à vaincre.

D'ailleurs, si Napoléon ne se dissimulait point les objections auxquelles prêtait le choix de ce maréchal, il ne les jugeait pas sans réplique; il y répondait par deux raisonnements, également faux, qui devaient le conduire à l'une de ses plus funestes erreurs. Il estimait que la défection de Bernadotte, en admettant qu'elle dût se produire, ne serait pas immédiate, que le prince continuerait au moins quelque temps d'obéir à l'impulsion donnée, au mot d'ordre de la patrie, qui était de s'engager à fond contre l'Angleterre. Or, pour plier nos ennemis et abattre leur courage, déjà ébranlé par de successives atteintes, peut-être suffirait-il de leur porter dans le Nord un coup brusque et rapide, de leur fermer momentanément la Suède. Quant à la Russie, Napoléon ne mettait pas en doute que le seul bruit d'une rupture entre cet empire et la France ne réveillât chez tous les Suédois une exaltation guerrière; pour eux, le Russe était l'ennemi héréditaire, traditionnel; la perte de la Finlande était une plaie qui saignait toujours dans leurs cœurs: certes, ils ne résisteraient pas à l'occasion qui leur serait offerte de recouvrer cette province, en attaquant la Russie aux prises avec la France, et à supposer que Bernadotte hésitât, s'inspirât de considérations égoïstes et de calculs inavouables, la nation l'entraînerait à sa suite et lui forcerait la main: la Suède serait plus française que son roi français, plus belliqueuse que le chef militaire qu'elle se serait donné; d'un élan tout spontané, elle marcherait au canon et viendrait se ranger à nos côtés; à défaut du gouvernement, le peuple déciderait la guerre de revanche, et Bernadotte, avec son expérience et ses talents, serait là pour la bien diriger.

Comment concilier cette attitude nouvelle, ce parti pris d'inaction, avec les démarches prescrites en faveur du prince d'Augustenbourg, avec la lettre écrite au Roi, avec la mission confiée au baron Alquier? La lettre était partie, mais elle ne prendrait sa valeur que par l'interprétation que M. Alquier était chargé d'en donner. Cet envoyé n'avait pas encore quitté Paris: il reçut ordre de rester. Ainsi l'Empereur n'aura même pas de ministre en Suède pendant la session de la diète; il tient volontairement sa diplomatie hors de scène et s'ôte jusqu'au moyen d'intervenir. Toutefois, pour se remettre à la position d'immobilité absolue, il lui avait fallu interrompre le geste commencé, ramener son bras tendu pour agir, et ce mouvement en arrière, par lequel il laissait le champ libre à Bernadotte, précise sa part de responsabilité dans les événements qui vont suivre.

III

Ce n'était que trop vrai, cependant, car M. de Champagny, pour mieux répondre aux intentions négatives de l'Empereur, avait cru bien faire en rompant toute correspondance avec Desaugiers, en le laissant isolé et comme exilé dans son poste lointain. Étonné et humilié de ce silence, Desaugiers s'évertuait, ainsi que tout le monde, à saisir, à deviner une pensée qui semblait se proposer comme une énigme; à défaut de notions précises, il en était réduit à recueillir et à interpréter les plus légers symptômes, à interroger les moindres bruits, à chercher dans les gazettes l'opinion de son gouvernement. En ce moment, l'article paru le 17 juin dans le Journal de l'Empire tomba sous ses yeux. On n'a pas oublié que cet article, écho d'une première et fugitive tendance, s'exprimait en termes sympathiques sur le compte du roi de Danemark. Cette vague indication répondait aux préférences personnelles de Desaugiers: comme la plupart de nos agents à l'étranger, il subissait l'empire de la tradition et en était demeuré aux principes de notre ancienne politique; il jugeait utile de réunir en masse compacte les États Scandinaves pour endiguer la puissance russe. Encouragé par le langage du journal officieux, il s'imagina répondre à la pensée de sa cour en agissant dans le sens de ses propres aspirations. Conjuré par tous les Suédois qui l'entouraient de dire son mot, de jouer son rôle, il n'eut point la sagesse de s'y refuser; il délia sa langue, et les 4 et 5 juillet fit par deux fois sa profession en faveur du roi de Danemark et de l'union des couronnes, en présentant cette mesure comme un moyen de défense et de lutte contre la Russie.

Ce bruit était un mensonge et le fait d'un imposteur. À l'époque où quelques Suédois avaient improvisé à Paris la candidature du prince de Ponte-Corvo, un Français nommé Fournier s'était activement mêlé à leurs manœuvres. Ancien négociant, il avait habité Gothembourg et y avait même rempli les fonctions de vice-consul, puis avait dû abandonner ce poste à la suite d'opérations malheureuses, où il avait laissé son avoir et beaucoup de sa considération. Le commerce lui ayant mal réussi, il cherchait dans la politique un moyen de rétablir sa fortune: l'élection de Bernadotte lui avait paru une affaire à lancer, et il s'y était donné corps et âme. Adroit et insinuant, il avait su se glisser jusqu'à l'hôtel des relations extérieures et avait même surpris l'entrée du cabinet ministériel; le duc de Cadore, sans se faire illusion sur son compte, s'était pris à le considérer comme un de ces hommes qui trouvent utilement leur emploi dans les besognes occultes de la politique.

Au bout de quelque temps, Fournier eut l'art de persuader au ministre que la France trouverait avantage à tenir un observateur dans la ville de Suède où se réunirait la diète, et ce fut ainsi qu'il obtint permission de se rendre à Œrebrö en qualité de personnage muet, chargé uniquement de voir, d'écouter, de signaler à Paris les incidents de la lutte. Pour faciliter son introduction en Suède et l'accomplissement de sa tâche, M. de Champagny lui remit une pièce dite passeport diplomatique et poussa la complaisance jusqu'à la libeller de sa main. Ainsi muni, Fournier se mit immédiatement en chemin, non sans avoir pris d'autre part les commissions et les instructions de Bernadotte. Peu de temps après, il est vrai, M. de Champagny sentit son imprudence et craignit d'avoir livré à un homme peu sûr une arme dont il ne lui serait pas impossible d'abuser. Au plus vite, il écrivit à notre légation de Stockholm, afin de se dégager de toute solidarité avec le vice-consul congédié. Par malheur, cette précaution venait trop tard: tandis que la lettre de désaveu courait après lui, Fournier, qui avait pris l'avance, débarquait en Suède et atteignait Œrebrö le 11 août, quelques jours avant la date fixée pour l'élection.

Seul, le vieux roi résistait; il ne se résignait point à subir pour héritier un parvenu de l'épée auquel Napoléon n'avait pas même fait faire un premier stage sur le trône, en lui confiant l'un des États à sa disposition. Les ministres, sentant la nécessité de céder au torrent, députèrent au Roi M. de Suremain, pour le raisonner et le fléchir. Suremain le trouva fatigué par une nuit d'insomnie, portant sur ses traits l'empreinte de ses préoccupations. «Je ne sais plus qui choisir, disait-il. Je m'étais arrêté au prince d'Augustenbourg; c'est mon cousin, c'est le frère du défunt. Cela ne peut plus avoir lieu, vous-même m'avez parlé contre. À présent, ne viennent-ils pas avec leur Bernadotte! Ils disent que l'Empereur le veut. Son chargé d'affaires agit en sens contraire. Lagelbielke n'en mande pas un mot de Paris. Il y a de quoi devenir fou... Pardieu! Si l'Empereur veut que je prenne un général français, il peut bien l'articuler plutôt que de vouloir me le faire deviner. Ne m'avez-vous pas dit qu'il n'aimait pas Bernadotte?

«--Oui, Sire, cela était si connu que, l'hiver dernier, pendant mon séjour à Paris, on me conseillait de le voir très peu.

«--Il m'est impossible de juger des qualités essentielles d'un homme avec lequel je n'ai eu que des rapports de société. Il est bel homme, très poli, s'exprime avec une grande facilité. Sa tournure est vraiment distinguée.

«--Rien qui sente la Révolution?

«--Je ne m'en suis pas aperçu. Il a bonne réputation en France: on ne le compte pas au nombre des pillards.

«--Quand il aurait toutes les qualités possibles, songez-vous au ridicule de prendre un caporal français pour héritier de ma couronne?

«--Sire, j'en conviens, et cela me choque autant que vous. Mais il faut songer au danger qu'il y aurait d'être forcé de le faire...

«--Croyez-vous donc qu'on puisse me forcer?

«--Sire, songez à l'état malheureux de ce royaume et à votre âge.»

Pendant la tenue de la diète, la cour de Russie s'était enfermée de son côté dans une réserve et une impassibilité absolues; elle aussi avait évité scrupuleusement d'intervenir, comme si elle eût voulu laisser les intrigues françaises se développer à l'aise et s'accumuler les griefs. Napoléon avait déclaré plusieurs fois que, s'il excluait par principe le prince d'Oldenbourg, il laissait le Tsar parfaitement libre d'en user de même avec Bernadotte; Alexandre n'avait point profité de cette faculté, et son indifférence avait surpris l'Empereur.

IV

Entre Napoléon et Alexandre, tout froissement nouveau retentissait de suite au point douloureux et sensible de leurs rapports: l'événement de Suède aggrava la question de Pologne, la fit plus aiguë et plus brûlante. Les deux empereurs, il est vrai, jugèrent inutile d'y revenir dans les communications courtoises et vides qui s'échangeaient entre eux; ils s'abstinrent de rouvrir une discussion épuisée. Ce fut dans leur for intérieur qu'ils se préoccupèrent encore davantage de la Pologne. Prévoyant mieux qu'ils auraient à s'en servir l'un contre l'autre, ils la prirent de nouveau pour objet de leurs méditations intimes, voire même de quelques tentatives mystérieuses, firent un pas de plus sur le terrain des manœuvres sourdement hostiles où ils se rencontraient et se côtoyaient à leur insu.

Que la France ou la Russie prît l'initiative de ressusciter la Pologne, celle des deux qui tenterait l'entreprise aurait à compter avec un tiers: il faudrait pressentir, consulter, désintéresser l'Autriche, la mettre avec soi sous peine de l'avoir contre soi. À l'opération projetée, l'Autriche perdrait presque infailliblement ce qui lui restait de la Galicie; ce membre détaché de la Pologne tendrait invinciblement à se ressouder au corps, la partie irait d'un mouvement irrésistible se fondre et s'absorber dans l'unité refaite. Pour réconcilier l'Autriche avec ce sacrifice, il importait de lui présenter d'amples dédommagements, de lui offrir en échange de son établissement précaire en Galicie de plus solides acquisitions: c'était avec elle une question d'indemnité à débattre. Pour commencer, on ne pouvait trop tôt se ménager à Vienne de nouveaux moyens d'accès et de confidence. Chacun de son côté, simultanément et secrètement, l'Empereur et le Tsar vont s'appliquer avec plus de soin à rapprocher d'eux l'Autriche et à l'attirer dans leur jeu.

Nanti de cet aveu, Metternich considéra que sa mission exploratrice était remplie et se prépara à quitter la France. Il se sentait fixé sur le point qu'il avait pris à tâche d'éclaircir; il disposait désormais d'une base pour édifier toutes ses combinaisons; d'après les dernières paroles de l'Empereur, il avait compris que le conflit avec la Russie, dont il avait si curieusement observé la genèse, se produirait suivant toutes probabilités. Cette crise, qui dominait l'avenir, rouvrait à l'ambition de sa cour de vastes perspectives. Placée entre les deux belligérants, sur leur flanc, l'Autriche ne trouverait-elle pas l'occasion de jeter dans la balance le poids décisif? Par contre, toute imprudence au début la mettrait en péril de mort et l'exposerait à périr dans la formidable collision qui se préparait: elle ne pourrait, le cas échéant, prononcer avec utilité son action qu'après l'avoir tout d'abord et très soigneusement réservée. Pour le moment, Metternich ne voyait d'autre conduite à suivre que d'accéder aux désirs de l'Empereur, d'admettre le troc de la Galicie contre les provinces illyriennes, sans participation active à la lutte, et il conseillerait à son maître cette résignation profitable. En se plaçant sur ce terrain, l'empereur François n'aurait pas à se brouiller irrévocablement avec les Russes et à prendre parti contre eux; il se garderait la faculté de leur revenir et de suivre la fortune, si jamais l'inconstante déesse passait dans leur camp, mais en même temps il s'assurerait des garanties et quelques avantages pour le cas infiniment plus probable d'une victoire française. C'était beaucoup que d'avoir amené Napoléon à tenir compte dans toutes les hypothèses de l'intérêt autrichien, et Metternich revenait à Vienne avec confiance, heureux d'y rapporter ce bienfait et se flattant d'y recevoir bon accueil.

À Vienne, il ne trouva qu'une désagréable surprise. Quelles ne furent pas sa stupéfaction, sa colère, d'apprendre qu'une mystérieuse intrigue, nouée à son insu pendant les derniers temps de son absence, risquait d'anéantir tous les fruits de sa mission et de rejeter l'Autriche dans la plus périlleuse des voies! Cette fois encore, la Russie avait pris les devants sur la France: agissant depuis quelques semaines à Vienne avec un redoublement d'ardeur, elle y avait fait d'étonnants progrès. Plus ambitieuse que Napoléon, elle demandait une alliance, le cabinet autrichien semblait près de l'accorder, et ce qu'il y avait pour Metternich de plus pénible, de plus mortifiant dans cette aventure, c'était que son propre père, laissé par lui en arrière pour le représenter dans le conseil, pour lui garder la place, avait échappé à sa direction et s'était laissé prendre aux filets de la diplomatie moscovite. Le ministre intérimaire s'était permis d'avoir une politique à lui, diamétralement opposée à celle du ministre en titre, retenu au loin par une fructueuse ambassade; tandis que le fils se rapprochait de la France à pas comptés, avec une prudente circonspection, le père se livrait brusquement et presque inconsciemment à la Russie.

Le vieux prince de Metternich manquait totalement de la souplesse nécessaire pour imiter le jeu où excellait son fils, pour se tenir en équilibre entre la France et la Russie, en penchant un peu vers la première, sans s'abandonner tout à fait: il avait d'abord incliné plus que de raison du côté français; n'ayant point trouvé là le point d'appui que recherchait sa débilité, il se laissait aujourd'hui retomber gauchement dans les bras de la Russie. Son idée fixe était toujours de sauver les Principautés. Bien que les Russes eussent brillamment terminé leur campagne d'Orient par la victoire de Batynia et l'occupation de plusieurs places, il se reprenait de plus en plus à l'espoir de les amener à se modérer eux-mêmes, à diminuer leurs prétentions sur le Danube, en leur offrant sur d'autres points une alliance et des garanties.

CHAPITRE XIII

LE CONFLIT

Jusqu'à la fin de 1810, les relations conservent une apparente sérénité.--Prévenances réciproques et faux sourires.--Le dissentiment au sujet du blocus va manifester l'antagonisme des volontés et des principes.--Résultats du système continental.--Détresse et péril de l'Angleterre.--Symptômes d'une crise financière à Londres.--La paix possible.--Efforts désespérés du commerce britannique pour se ménager des accès en Europe; il cherche en Russie un débouché et des facilités de transit.--Napoléon sollicite Alexandre de fermer les ports de l'empire à tous les bâtiments porteurs de denrées coloniales.--Formation sur la Baltique d'une flotte marchande de six cents bâtiments à destination de la Russie.--Instances plus pressantes de Napoléon.--Il rentre en explication sur l'ensemble des rapports.--L'aide de camp Tchernitchef à Paris: ses succès mondains, ses occupations clandestines.--Le bal de Fontainebleau.--Longues conversations avec Tchernitchef; franchise audacieuse de l'Empereur.--L'amie géographique.--Lettre à l'empereur Alexandre.--La pensée de Tilsit.--Alexandre refuse d'adopter les nouveaux tarifs et de proscrire indistinctement tous les neutres.--Raisons de sa résistance.--Il est mis en demeure de coopérer à la fermeture de la Suède.--Son embarras; espoir secret qu'il fonde sur Bernadotte.--Envoi de Tchernitchef à Stockholm; but apparent et objet réel de sa mission.--Profonde duplicité.--Intimité croissante entre l'émissaire russe et le prince royal de Suède: entrevue officielle, audiences particulières, déjeuner en tête-à-tête, Bernadotte dans son cabinet et devant le front des troupes.--Gradation dans ses discours; sa parole d'honneur et sa parole sacrée.--Amertume profonde contre Napoléon.--Tchernitchef rassure son maître sur les dispositions de la Suède.--La Russie approvisionne l'Allemagne de denrées coloniales.--Colère concentrée de Napoléon.--Fautes suprêmes.--Incorporation à l'empire des villes hanséatiques.--But de cette réunion.--L'annexion du littoral allemand fait naître la question de l'Oldenbourg.--Situation géographique de cet État; étroite parenté entre le prince régnant et l'empereur Alexandre.--Napoléon propose au duc un échange; sur son refus, il décrète l'occupation de ses États.--Violation du traité de Tilsit.--Avant de connaître la réunion des villes hanséatiques et de l'Oldenbourg, Alexandre se met lui-même et le premier en contradiction ouverte avec les principes de l'alliance.--La baisse du change en Russie et la balance du commerce.--L'ukase du 31 décembre 1810.--Rupture économique avec la France.--Napoléon et Alexandre arrivent simultanément au terme de leur évolution divergente.--Achèvement des préparatifs militaires de la Russie; Alexandre dispose de deux cent quarante mille hommes contre les trois divisions de Davoust.--Il se laisse gagner subitement à l'idée de commencer la guerre et de prendre l'offensive.--Son projet d'envahir le duché, de reconstituer la Pologne et de soulever l'Europe.--Confidences décisives à Czartoryski.--Le sort de l'Europe entre les mains des cinquante mille soldats du duché.--Attitude de l'Angleterre; résistance passive; la tactique de Waterloo.--Les préparatifs menaçants de la Russie obligent Napoléon à se détourner de l'Espagne et à se reporter précipitamment vers le Nord.--Reflux de la puissance française sur l'Allemagne.--Motifs qui empêcheront Alexandre de donner suite à ses plans d'offensive et permettront une reprise de négociation.--La France et la Russie au commencement de 1811; malentendu persistant au sujet de la Pologne; griefs particuliers et griefs généraux; identité d'intérêts affirmée en principe.--L'alliance ou la guerre.

I

Au reste, les deux cours continuaient à observer la lettre des traités, à remplir les devoirs stricts et en quelque sorte matériels de l'alliance. Les ports de Russie restaient fermés aux navires battant pavillon d'Angleterre: un conseil des prises saisissait, parmi les prétendus neutres, ceux dont la nationalité britannique ne pouvait faire l'objet d'un doute et dont le déguisement était par trop grossier. En France, le gouvernement se piquait, comme par le passé, de traiter en commun avec la Russie toutes les affaires d'intérêt général. Napoléon avait instruit le Tsar de ses pourparlers successifs avec l'Angleterre, avait signalé à Pétersbourg toutes les phases de cette négociation, comme s'il eût voulu prouver que lui du moins ne conclurait jamais de paix séparée. Pourtant, malgré ce soin à garder dans les formes une correction scrupuleuse, à ne fournir contre soi aucun grief positif, il était impossible de perpétuer indéfiniment dans ses manifestations extérieures une harmonie qui n'existait plus dans les cœurs; forcément, la mésintelligence éclaterait un jour, se traduirait par un dissentiment aigu, et les liens dans lesquels ou s'était engagé, progressivement distendus, en étaient venus à ce point de fragilité où la moindre secousse les ferait céder et se rompre. Ce déchirement s'opéra lorsque Napoléon voulut faire adopter par la Russie les mesures d'extrême rigueur qu'il avait imposées à ses autres alliés contre le commerce de l'Angleterre.

Napoléon connaissait cette situation. Il en suivait les progrès dans les journaux anglais, qu'il lisait avidement, dans toutes les informations qu'il recevait de Londres et faisait soigneusement colliger, dans les débats du Parlement, et à chaque symptôme de souffrance noté chez l'ennemi détesté, son âme se remplissait de joie. Touchait-il enfin au but de tout son règne? Ce que n'avaient pu produire les préparatifs de descente et les coups successivement portés en Europe, le camp de Boulogne, Austerlitz, Iéna, Friedland, Wagram, l'Allemagne et l'Italie absorbées, la Russie, puis l'Autriche, vaincues et ralliées, l'Espagne envahie, la Turquie et les Indes menacées, la guerre économique allait-elle l'opérer? L'Angleterre allait-elle s'avouer vaincue, souscrire à cette paix maritime qui préviendrait le retour des guerres continentales, anéantirait dans leur germe les complications futures, éclaircirait partout l'horizon, donnerait à la France la sécurité dans la grandeur? Pour la première fois ce dénouement devenait possible: il semblait même prochain, imminent, mais à une condition, c'était que nos efforts se poursuivissent avec un redoublement d'énergie, car le commerce anglais s'obstinait à la lutte, malgré ses dangers et ses mécomptes, et ne renonçait pas à franchir les barrières dont Napoléon travaillait à environner l'Europe.

En Russie, les navires portant pavillon neutre étaient admis à débarquer leurs cargaisons, pourvu que celles-ci justifiassent en apparence, au moyen de certificats trop faciles à se procurer, de leur origine américaine et non britannique. Par cette porte entre-bâillée, des marchandises appartenant en réalité aux Anglais s'introduisaient sur le continent; les unes étaient consommées dans les provinces russes; les autres, continuant leur route par terre, s'acheminant à travers l'empire, dépassaient ses frontières et se répandaient en Europe. Nos agents les voyaient arriver en Allemagne par convois immenses, par véritables caravanes; tout ce qui s'en était débité cette année à la foire de Leipzick était venu du Nord, apporté sur sept cents chariots. Si la Russie continuait à accueillir ces produits, à en permettre le débit et le transit, elle fournirait aux Anglais, en échange de leurs articles, l'or qui leur permettrait de maintenir leur crédit, de solder leurs troupes d'Espagne: elle leur donnerait littéralement des armes pour perpétuer la guerre. Au contraire, que le Tsar se résignât à fermer entièrement ses ports, à proscrire absolument les neutres, reconnaissant en eux les agents et les intermédiaires du commerce britannique, il compléterait l'investissement de l'Angleterre et la réduirait à merci, en lui ôtant les derniers moyens d'écouler ses produits et de se créer des ressources. Suivant une parole de Napoléon, la paix ou la guerre était entre les mains de la Russie, et l'alliance reprenait, manifestait toute son utilité, à l'heure où des torts réciproques l'avaient altérée et virtuellement dissoute.

Champagny écrivit à Caulaincourt par courrier extraordinaire. Il récapitulait les résultats obtenus par le blocus, félicitait la Russie de saisies récemment opérées, signalait de fâcheuses défaillances, et poursuivait ainsi: «Dans ce moment, Monsieur, où nous touchons au but pour lequel tant de sacrifices ont été faits, représentez au gouvernement russe combien il importe à la cause commune, combien il importe à la Russie qui désire la paix, de frapper avec la France le dernier coup qui doit l'obtenir; que l'empereur de Russie ordonne la confiscation de tous ces bâtiments qui se dirigent vers ses ports. Ils sont chargés de denrées coloniales, cela seul doit être un titre de condamnation. Toute denrée coloniale est nécessairement marchandise anglaise, sous quelque pavillon qu'elle arrive; la confiscation est donc la suite des engagements pris par les puissances du continent. Elle sera dans ce moment éminemment utile au continent. Jamais l'Angleterre ne s'est trouvée dans la détresse qu'elle éprouve, et cette détresse est surtout l'effet des dernières mesures prises par l'Empereur. Le change de l'Angleterre baisse journellement, son papier de banque est devenu un papier-monnaie dont la perte est déjà sensible. Les banqueroutes se multiplient; celle de la maison Beckers, qui spéculait sur les denrées coloniales, a été occasionnée par le mauvais succès de ses spéculations. La catastrophe de M. Goldsmith, une des colonnes de la Cité, comme disent les Anglais, provient aussi, quoique indirectement, de la même cause. Il s'était chargé d'une grande partie du dernier emprunt fait par le gouvernement et avait reçu des effets de la dette publique. Les négociants spéculateurs en denrées coloniales qui attendaient des retours qui n'ont pas eu lieu, ayant des engagements à remplir, ont été obligés de se défaire des effets de la dette publique dont ils pouvaient être porteurs. De là la dépréciation de ces effets, celle des effets de l'emprunt, et la ruine de M. Goldsmith, qui s'est brûlé la cervelle. Un retard seul dans la vente des cargaisons destinées pour le nord de l'Allemagne ou pour la Baltique a occasionné cet effet; quel résultat n'obtiendra-t-on donc pas si toutes ces cargaisons transportées en Russie y sont confisquées au moment de leur arrivée! Nous savons par une voie sûre que la désolation est grande dans le commerce anglais, et que ses vœux sont maintenant pour la paix, lorsqu'il y a peu de mois encore il paraissait indifférent à la continuation de la guerre.

«La Suède va être fermée au commerce anglais, et si la Russie se joint à la France, en prenant et en faisant exécuter rigoureusement la mesure que vous êtes chargé de lui proposer, le vœu de la paix deviendra le cri général en Angleterre, et son gouvernement sera obligé d'en faire la demande.

«Insistez donc sur la confiscation des bâtiments porteurs de cargaisons de denrées coloniales. Quelque masque qu'ils prennent, quelque pavillon qu'ils arborent et quelque prétexte qu'ils mettent en avant, ils sont anglais ou appartiennent à l'Angleterre, et si les ordres de l'empereur de Russie pour cet objet sont bien exécutés, avec suite et rigueur, ils vaudront au fisc de Russie une recette considérable, peut-être de soixante millions, et produiront une forte secousse en Angleterre.

Après avoir traité des deux empires en particulier, on en vint à leurs rapports, on parla France et Russie, jusqu'à ce que, la partie de l'Impératrice finissant, Napoléon congédia Tchernitchef avec beaucoup de paroles flatteuses. Le lendemain, il le rappela au château, l'admit dans son cabinet, reprit et poussa à fond la conversation de la veille. Dans ces deux occasions, son langage fut, comme à l'ordinaire, prolixe, surabondant, décousu, mais parsemé de traits lumineux qui éclairèrent tour à tour les côtés divers de sa pensée. Pour cette fois, loin qu'il ait essayé d'en imposer à son interlocuteur, il crut devoir au contraire jouer cartes sur table et jugea que la suprême habileté serait d'être audacieusement sincère. Reprenant toutes les questions, il fournit, sur la manière dont il avait envisagé et traité jusqu'alors chacune d'elles, des éclaircissements inattendus, et montra, à quelques réticences près, où en était sa politique avec la Russie.

Il n'y avait pas à se dissimuler, disait-il, qu'un peu de froid existait entre les deux cours. Bien que ses sentiments pour la personne de l'empereur Alexandre n'eussent nullement changé, l'amitié, la confiance, n'étaient plus les mêmes que par le passé. La Pologne en était la cause. Ici, reprenant l'éternelle question, Napoléon la traita posément et de haut, remontant à ses origines, reprochant toujours à la Russie de l'avoir laissée se soulever en 1809, par ses lenteurs calculées: il avait subi alors l'agrandissement du duché plutôt qu'il ne l'avait voulu. Quant à reconstituer le duché en royaume, sa politique n'était pas là, mais il ne le dirait jamais avec des expressions «que son honneur lui défendait de prononcer». Sur ce point, aucune illusion ne devait être conservée: il ne signerait point le traité, qui d'ailleurs, en lui-même, «ne prouvait rien du tout».

Au sujet de la Suède, il affirma à nouveau n'avoir contribué en rien à l'élection de Bernadotte, ce qui n'était que judaïquement vrai: il indiqua les côtés par lesquels ce résultat lui avait réellement déplu, en faisant héritier d'un trône «un de ses maréchaux qui n'était point son parent: cela tournait la tête à tous les autres, qui tous croyaient avoir des droits à des couronnes». Il eût préféré que la Suède n'éprouvât aucun changement dans son intérieur, à condition d'embrasser et de suivre fidèlement le système continental, et il avoua que si, de ce côté, sa politique avait eu à former un vœu, c'eût été de voir les royaumes Scandinaves réunis. Quant à la Prusse, il ne s'en occupait que pour exiger d'elle la stricte application du blocus; il en était d'ailleurs fort content sous ce rapport, et les Russes auraient tort de confier leurs secrets à la cour de Potsdam, car celle-ci, par peur, lui racontait tout. Passant de là à l'Autriche, il toucha quelques mots du parti Razoumovski, des menées antifrançaises, de ses plaintes, et ajouta, sans insister, «qu'il n'en aurait pas beaucoup coûté à Sa Majesté Russe de le satisfaire, sans le peiner par des réponses évasives». Enfin il mit presque entièrement à découvert ses rapports avec la cour de Vienne, remontant à leur point de départ et commençant par revenir, ce qui ne lui était point arrivé depuis sept mois, sur l'affaire délicate du mariage. En cette circonstance, n'était-ce pas à la Russie qu'il s'était adressé tout d'abord? L'opposition seule de l'Impératrice mère, cause de délais prolongés, l'avait obligé à se reporter vers l'Autriche. Si tout avait été conclu avec cette dernière «en quelques heures», c'était qu'il avait trouvé dans le prince de Schwartzenberg «un habile homme», prompt à saisir l'occasion; il n'en déplorait pas moins que l'alliance de famille eût manqué entre les maisons de France et de Russie. Il s'étendait complaisamment sur ce sujet, quand tout à coup, s'avisant que ces regrets n'avaient rien de flatteur pour Marie-Louise, il reprit: «Ce n'est point que j'aie à me plaindre de ce qui est arrivé, la femme que j'ai me convient et me plaît; vous l'avez vue; mais comme chez les souverains la politique doit entrer dans tout, j'avoue que votre alliance m'aurait bien plus convenu.»

Au lendemain du mariage, l'Autriche eût été à lui, s'il eût voulu la prendre; elle le sollicitait et le recherchait, en haine des Russes et par dépit de leurs progrès sur le Danube. Il fit allusion aux offres qui lui avaient été adressées plusieurs fois et se vanta à juste titre de les avoir déclinées. Il n'avait, continuait-il, aucun lien politique avec l'Autriche, il n'en voulait point, car il sentait que cette monarchie avait trop souffert de son fait pour lui devenir jamais une alliée fidèle; même, livrant à moitié le secret de ses derniers entretiens avec Metternich, dans lesquels il n'avait travaillé qu'à s'assurer la neutralité autrichienne, il alla jusqu'à dire: «Il y a moins d'impossibilité à voir la France déclarer seule la guerre à la Russie que de la lui voir faire conjointement avec l'Autriche.» D'ailleurs, il ne cachait nullement que son but fût de créer entre les deux anciennes cours impériales une incompatibilité d'intérêts, un état permanent de suspicion. S'il avait abandonné au Tsar les Principautés, c'était moins par sentiment que par calcul, moins par amour de son allié que par désir de le brouiller avec l'Autriche: le même motif l'engageait à persévérer dans ses concessions et à appuyer les prétentions de la Russie sur la rive gauche du Danube.

Ainsi, à l'entendre, il dépendait encore d'Alexandre, en persévérant dans le système, d'en cueillir tous les fruits: dans ce cas, le règne de ce prince serait le plus beau, le plus brillant, qu'eût jamais connu la Russie. N'était-ce point en effet combler les vœux de cette nation, réaliser ses rêves les plus audacieux, «accomplir son roman,--que de lui donner la Finlande et le cours du Danube avec l'espoir d'avoir dans peu la paix maritime, ce qui ne manquerait pas d'arriver, si l'on se décidait à prendre des mesures fermes et à l'abri de toute fraude?... La Russie était géographiquement l'amie-née de la France; en le restant, elle avait l'avantage de s'agrandir et de contribuer en même temps à obtenir dans peu une paix maritime indépendante du caprice et du despotisme d'une nation qui, par les mesures prises en dernier lieu, se voyait à la veille de sa perte; dans le cas contraire, elle se mettrait de nouveau dans une position où elle n'aurait que des chances à courir; il savait bien qu'il y en aurait aussi pour lui, mais il était sûr que si la guerre se renouvelait entre les deux empires, elle serait un préjudice au vainqueur et au vaincu.»

Au reste, il se disait persuadé que «l'empereur de Russie, de même que son ministre, ayant été le premier et le seul à le comprendre, Sa Majesté aurait égard à sa demande dans toutes ses attributions, que pour cela il fallait absolument abjurer toutes les demi-mesures, qui ne serviraient qu'à faire languir peut-être un an ou deux la situation des deux empires et finiraient, sans nul doute, par les brouiller». En conséquence, il était de toute nécessité que l'empereur Alexandre repoussât les six cents navires où s'étaient accumulés les débris de la fortune britannique, qu'il rejetât à la mer ces épaves d'un grand naufrage, ou que mieux, après les avoir accueillies, il s'en emparât et les décrétât de bonne prise; cette rigueur, qui profiterait à son trésor, achèverait le désastre financier des Anglais; la paix s'ensuivrait sous peu, et l'objet de l'alliance serait rempli. Tel était le thème que Napoléon reprit sous vingt formes différentes, y revenant à propos de tout, à travers mille digressions et par les détours les plus imprévus, l'enrichissant chaque fois de faits, d'arguments, d'observations nouvelles, jusqu'à ce qu'enfin, en manière de conclusion, il remît entre les mains de Tchernitchef sa lettre pour l'empereur Alexandre, rédigée en ces termes:

«Monsieur mon Frère, Votre Majesté Impériale m'a envoyé de si beaux chevaux que je ne veux pas tarder à lui en faire mes remerciements.

«Les Anglais souffrent beaucoup de la réunion de la Hollande et de l'occupation que j'ai fait faire des ports du Mecklembourg et de la Prusse. Il y a toutes les semaines des banqueroutes à Londres qui portent la confusion dans la Cité. Les manufactures sont sans travail; les magasins sont engorgés. Je viens de faire saisir à Francfort et en Suisse d'immenses quantités de marchandises anglaises et coloniales. Six cents bâtiments anglais qui erraient dans la Baltique ont été refusés dans le Mecklembourg, en Prusse, et se sont dirigés vers les États de Votre Majesté. Si elle les admet, la guerre dure encore; si elle les séquestre et confisque leur chargement, soit qu'ils soient encore dans ses ports, soit même que les marchandises soient débarquées, le contre-coup qui frappera l'Angleterre sera terrible: toutes ces marchandises sont pour le compte des Anglais. Il dépend de Votre Majesté d'avoir la paix ou de faire durer la guerre. La paix est et doit être son désir. Votre Majesté est certaine que nous y arrivons si elle confisque ces six cents bâtiments et leur chargement. Quelques papiers qu'ils aient, sous quelque nom qu'ils se masquent, Français, Allemands, Espagnols, Danois, Russes, Suédois, Votre Majesté peut être sûre que ce sont des Anglais.

«Le comte Czernitchef, qui retourne près de Votre Majesté, s'est fort bien conduit ici.

II

Il ne paraît point que l'empereur Alexandre, saisi de nos demandes, ait hésité sur la conduite à tenir: son siège était fait et ses résolutions arrêtées d'avance. Il admettait encore les obligations résultant pour lui du pacte conclu à Tilsit et de son état de guerre avec la Grande-Bretagne, c'est-à-dire l'exclusion des navires incontestablement anglais; il ne discutait pas ce principe, s'y conformait plus ou moins scrupuleusement, mais n'entendait point s'assujettir aux mesures que Napoléon avait portées contre les neutres par simple décret et lui déniait le droit de légiférer pour l'Europe.

D'ailleurs, si Napoléon était fondé à soutenir en fait que la presque totalité des neutres naviguait pour le compte de l'Angleterre et que le seul moyen d'atteindre cette ennemie était de la frapper dans ses plus utiles auxiliaires, il affaiblissait par certains de ses actes la valeur de son argumentation. Tandis qu'il prétendait défendre à autrui tout commerce indirect avec l'Angleterre, il ne se privait nullement, dans un intérêt national, d'opérer avec elle quelques transactions directes. Des navires français, munis par lui de licences, introduisaient dans les îles Britanniques divers produits de notre agriculture et de notre industrie; ils rapportaient en échange quelques denrées coloniales, dont notre pays eût pu difficilement se passer. Récemment, un de ces bâtiments à licence avait été vu dans un port russe; le gouvernement de Saint-Pétersbourg avait ainsi acquis la preuve de ce trafic légalement frauduleux et surpris l'Empereur en flagrant délit de contravention à ses propres principes.

Napoléon, il est vrai, était en droit de répondre qu'il n'avait jamais interdit et qu'il avait même recommandé à ses alliés du Nord l'emploi des licences; que le commerce autorisé par ce moyen, dépendant exclusivement du bon plaisir des souverains, pouvait être régi et gouverné par eux de manière à consoler leurs peuples sans procurer à l'ennemi de soulagement appréciable, au lieu que l'irruption des neutres dans les ports russes, telle qu'elle se préparait, annulerait en grande partie les effets du blocus. Il était vrai encore que l'empereur Alexandre, quand il avait, en 1807, rompu du jour au lendemain tous rapports directs avec l'Angleterre et fermé aux produits de son empire leur principal débouché, avait imposé à ses sujets un sacrifice aussi brusque et plus onéreux que le supplément de rigueur réclamé aujourd'hui. Mais il était en 1807 dans la ferveur de son zèle napoléonien, il croyait à la vertu de l'alliance et en attendait de magiques résultats; sans être matériellement courbé sous le joug, comme les autres souverains, il était moralement assujetti. À la fin de 1810, désabusé de l'alliance, pénétré de ses inconvénients et de ses périls, disposé déjà à se dessaisir en partie des avantages qu'elle lui avait procurés et à gratifier l'Autriche d'une portion des Principautés, il n'entendait plus, pour un intérêt qui lui devenait étranger, aggraver les souffrances de son peuple et lui interdire tout commerce. D'ailleurs, il ne désirait plus la ruine des Anglais, voyait dans leur résistance une dernière garantie contre l'asservissement définitif de l'Europe, et son refus, qui s'appuya sur des motifs d'ordre spécial et économique, s'inspira aussi et avant tout de raisons générales. Les deux empereurs se divisèrent sur les moyens parce qu'ils n'étaient plus d'accord sur le but; leur dissidence au sujet du blocus détermina l'explosion au dehors d'un antagonisme latent; dans l'histoire de leur querelle, ce fut un effet plus qu'une cause, la conséquence de la rupture intime qui depuis longtemps s'était opérée entre eux.

Notes in this chapter

Note 1 · Note 485: (retour) Voy. aux Archives nationales, AF, IV, 1699, les différents projets de note et les lettres écrites à leur sujet par ChampaNote 2 · Il faut en finir pourtant avec cette importune affaire, tenue en suspens depuis tantôt trois mois. Puisque Caulaincourt n'a point découvert Note 3 · Note 486: (retour) Rapport n° 92 de Caulaincourt, 23 mai.Note 4 · Note 487: (retour) Rapport n° 96 de Caulaincourt, 29 juin.Note 5 · Note 488: (retour) Lettre à Champagny et rapport n° 87.Note 6 · En apparence, rien n'était changé dans ses relations avec notre ambassadeur; c'était toujours la même facilité d'abord, la même affabilité, Note 7 · Note 489: (retour) Champagny à Caulaincourt, 18 mai 1810.Note 8 · «Il a vu avec peine, fait-il écrire par Champagny, l'importance que l'empereur Alexandre met à je ne sais quel article de la Gazette de HambNote 9 · Note 490: (retour) Lettre inédite. Archives nationales, AF, IV, 910.Note 10 · À quelques jours de là, nouvelle alerte. Le chancelier s'émeut d'une brochure parue dans le duché, très polonaise de tendances, et signée d'Note 11 · Note 491: (retour) «Les écrivains périodiques de l'Allemagne, dit à ce sujet l'officieux organe, sont devenus d'une grande fécondité à invenNote 12 · Cette lettre trahit chez l'Empereur une impatience grandissante: à travers ses expressions de plus en plus vives, on sent croître et bouilloNote 13 · Note 492: (retour) Corresp., 16181.Note 14 · Alors l'orage amoncelé en lui fit explosion. D'un sentiment très marqué d'humeur, de mécontentement, il passe à une franche, tempétueuse et Note 15 · Note 493: (retour) Corresp., 16181.Note 16 · «Que prétend la Russie, s'écrie-t-il, par un tel langage? Veut-elle la guerre? Pourquoi ces plaintes continuelles? Pourquoi ces soupçons injNote 17 · Note 494: (retour) Id.Note 18 · Note 495: (retour) Id.Note 19 · Comme sanction à ces véhémentes paroles, Napoléon va-t-il couper court à toute discussion sur le traité, retirer purement et simplement ses Note 20 · Note 496: (retour) «Je vis, je vois encore--écrit le feu duc de Broglie dans ses Souvenirs--le pauvre prince Kourakine, perclus de goutte, cNote 21 · Le 1er juillet, le prince de Schwartzenberg donnait un grand bal dans son hôtel de la rue de Provence, transformé pour la circonstance en paNote 22 · Note 497: (retour) Archives des affaires étrangères, Russie, 151. La pièce porte cette mention: Dictée de l'Empereur.Note 23 · Ainsi ce personnage, malencontreux jusqu'au bout, disparaissait à l'heure où ses services devenaient le plus nécessaires, où il allait être Note 24 · Note 498: (retour) Corresp., 16181.Note 25 · Note 499: (retour) Archives des affaires étrangères, Russie, 151.Note 26 · Ce fut le premier secrétaire de l'ambassade, M. de Nesselrode, qui répondit au nom de son chef empêché. Il déclara, selon les instructions rNote 27 · Note 500: (retour) Mémoires de Metternich, II, 364.Note 28 · La note finale à Kourakine avait été dictée le 4 juillet. Dans la soirée du lendemain, Metternich se fit conduire à Saint-Cloud et insista pNote 29 · Note 501: (retour) Id.Note 30 · En l'apercevant, Napoléon congédia tout le monde. Aux premiers mots de l'Autrichien, il alla chercher une carte, qu'il apporta toute déployéNote 31 · Note 502: (retour) Mémoires de Metternich, II, 365.Note 32 · Note 503: (retour) Id.Note 33 · Il y avait loin de cette explosion aux paroles de simple encouragement données trois semaines plus tôt à l'Autriche, et cette différence de Note 34 · Note 504: (retour) Otto à Champagny, 7 juillet 1810.Note 35 · Note 505: (retour) Correspondance de M. Otto, juin-juillet-août 1810, passim.Note 36 · Sur le moyen à employer, les avis se partageaient, et des dissidences profondes, violentes, se manifestaient. La haute société, demeurée hosNote 37 · Note 506: (retour) Otto à Champagny, 19 juillet 1810.Note 38 · Moins nombreux que l'autre, recruté dans un milieu social moins élevé, ce parti l'emportait depuis le mariage dans le conseil du souverain; Note 39 · Note 507: (retour) Id., 6 juillet 1810.Note 40 · Note 508: (retour) Id., 12 juillet.Note 41 · Note 509: (retour) Otto à Champagny, 6 juillet.Note 42 · Note 510: (retour) Id., 12 juillet 1810.Note 43 · Note 511: (retour) Id.Note 44 · Note 512: (retour) Id., 8 août.Note 45 · Dès le commencement de juillet, le vieux prince de Metternich s'ouvrit à notre ambassadeur: signalant avec amertume les progrès de la RussieNote 46 · Note 513: (retour) Beer, Geschichte der orientalische Politik Œsterreich's, 232.Note 47 · Lorsque le terrain eut été ainsi préparé, la mission autrichienne en France fut chargée d'aller au fait et de soulever très nettement la queNote 48 · Note 514: (retour) Mémoires de Metternich, II, 375.Note 49 · Cette fois, la provocation était directe. Avec hardiesse et sans vergogne, l'Autriche reprenait le rôle auquel elle s'était déjà et discrèteNote 50 · Note 515: (retour) Mémoires de Metternich, II, 375.Note 51 · La réponse de Napoléon fut péremptoire: «J'ai contracté des engagements, dit-il, que je n'ai pas de raison ni même de prétexte de violer. CeNote 52 · Note 516: (retour) Mémoires de Metternich, II, 375-376.Note 53 · Il ne se contenta donc pas de refuser aux Autrichiens toute assistance, matérielle ou morale, dans la crise présente; il les exhorta à se réNote 54 · Note 517: (retour) Id., 362, 370-373, 376.Note 55 · Note 518: (retour) Mémoires de Metternich, II, 370.Note 56 · Dès à présent, il croyait devoir ménager aux Autrichiens quelques consolations moins hypothétiques pour le chagrin qu'il leur causait. Se reNote 57 · Note 519: (retour) Champagny à Otto, 23 juillet 1816.Note 58 · Note 520: (retour) Mémoires de Metternich, II, 376.Note 59 · Il avait déjà fait toucher mot de cette hypothèse par son ambassadeur à Vienne 519. Dans ses entretiens intimes avec Metternich, il fut plusNote 60 · Note 521: (retour) Corresp., 16706.Note 61 · Note 522: (retour) «Je n'ai jamais vu des gens comme ceux-là, disait-il à Metternich; ils sont toujours à se plaindre; moi, je ne me plains Note 62 · Cette chicane provoqua chez Napoléon un nouvel afflux de colère. C'était lui manquer, s'écria-t-il, c'était méconnaître son caractère et sa Note 63 · Note 523: (retour) Correspondance du comte Otto, juillet à octobre 1810; id. de M. de Bourgoing, ministre à Dresde, archives des affaires étNote 64 · Il y a là un danger pour l'ordre napoléonien, une cause de trouble et d'insécurité. Si les clameurs des Polonais à Varsovie tiennent l'emperNote 65 · Note 524: (retour) M. de La Blanche au duc de Cadore. Archives des affaires étrangères, Vienne, 385 bis. MM. de Breteuil et de Noailles avaiNote 66 · À Vienne, il est inutile de se le dissimuler, hormis l'Empereur, hormis le cabinet, qui vient de s'offrir, tout demeure ou redevient hostileNote 67 · Note 525: (retour) Lettre du 7 juillet 1810.Note 68 · Note 526: (retour) Il y a encore à Vienne une rue et une place Razoumovski.Note 69 · Note 527: (retour) Correspondance du comte Otto, juillet à octobre 1810, spécialement la dépêche du 16 octobre. Vassiltchikoff, IV, 384-424.Note 70 · L'audace de ces personnages ne connaît plus de bornes, depuis qu'ils sentent l'empereur Alexandre faiblir dans son système et revenir insensNote 71 · Note 528: (retour) Otto à Champagny, 7 juillet.Note 72 · Dans la campagne qu'il mène, il a pour principal auxiliaire une femme, la princesse Bagration. Ce rôle politique auquel plusieurs grandes daNote 73 · Note 529: (retour) «Avant-hier encore, écrivait Otto le 4 août, il ne s'agissait de rien moins que d'une révolution à Paris et de la fuite dNote 74 · Note 530: (retour) Otto à Champagny, 12 juillet.Note 75 · Dans les salons de la princesse et de ses compatriotes se forgeaient également les autres armes de la propagande anti-française: là éclataieNote 76 · Note 531: (retour) Corresp., 16722.Note 77 · À ce spectacle, qui le blesse au plus profond de l'âme, Napoléon ne résiste plus à sévir. Puisque la Russie ne sait ou ne veut réprimer l'arNote 78 · Note 532: (retour) Champagny à Caulaincourt, 30 juillet 1810.Note 79 · Il décide que le Tsar sera averti de cette démarche: il lui fera sentir en même temps la convenance de désavouer Razoumovski, de le rappelerNote 80 · Note 533: (retour) 6 septembre 1810. Archives des affaires étrangères. Cf. Corresp., 10814, et aux Archives nationales, AF, IV, 1699, les leNote 81 · «J'ai ordre, fait-il dire au ministre, de porter plainte contre M. le prince Bagration et de demander justice de cette conduite si contraireNote 82 · Note 534: (retour) «Comme il ne savait rien faire simplement, il imagina toute une procession pour effectuer son déménagement. Tous ses domeNote 83 · En ce moment, il se trouvait avoir un Russe à sa portée. Ce n'était point l'ambassadeur en titre, toujours malade, imparfaitement remis de sNote 84 · Note 535: (retour) Cette citation et les suivantes jusqu'à la page 424 sont tirées de la dépêche en date du 30 juillet 1810 par laquelle ChaNote 85 · Un jour donc qu'Alexis Kourakine est venu lui faire sa cour, à Saint-Cloud, il le saisit, le retient, entame une longue conversation ou plutNote 86 · Note 536: (retour) Michelet.Note 87 · À travers ces lignes, il est aisé de démêler la conception fondamentale que se fait l'Empereur de ses rapports avec la Russie. À Tilsit, il Note 88 · Note 537: (retour) Corresp., 16852.Note 89 · S'il menace et tonne d'une part, il s'essaye de l'autre à rassurer, à convaincre, à flatter même. Il explique ses violentes sorties par la fNote 90 · Note 538: (retour) Paroles rapportées par Alexandre à Caulaincourt. Rapport n° 103 de l'ambassadeur, septembre 1810. Cf. le récit des entretNote 91 · Note 539: (retour) Il faisait écrire au résident français dans le duché: «Sa Majesté vous charge de faire sentir, en toute occasion, qu'il eNote 92 · Avant de confier cette lettre au prince Alexis, il le reçut en audience de congé, l'entretint, l'entreprit à nouveau, tâcha de faire passer Note 93 · Note 540: (retour) Corresp., 16916.Note 94 · Note 541: (retour) Corresp., 16916.Note 95 · Ce qu'il voit toujours devant lui, comme sa marche naturelle et constante, c'est la poursuite directe du but auquel il s'acharne depuis qu'iNote 96 · Note 542: (retour) Id., 16811.Note 97 · Note 543: (retour) Id., 16762.Note 98 · Note 544: (retour) Id., 16812.Note 99 · Toutefois, voyant la Russie s'agiter et se soulever à demi, craignant de ce côté une diversion, il tient à se mettre en mesure de la repoussNote 100 · Note 545: (retour) Rapport n° 98 de Caulaincourt, 18 juillet 1810.Note 101 · Note 546: (retour) Rapport n° 101, août 1810.Note 102 · Vis-à-vis de Napoléon, il affecte désormais un air de résignation calme, presque souriante, et les rapports reprennent une apparente sérénitNote 103 · Note 547: (retour) Schouvalof à Roumiantsof, 20 août-1er septembre 1810. Archives de Saint-Pétersbourg.Note 104 · En Autriche, Alopéus avait préparé les voies en agissant sur l'esprit public, mais il n'avançait point auprès des gouvernants, auxquels il aNote 105 · Note 548: (retour) Roumiantsof à Schouvalof, 14-26 août 1810. Archives de Saint-Pétersbourg.Note 106 · Schouvalof fit part à son gouvernement de ses espérances: pour réponse, il reçut de pleins pouvoirs avec de chaleureuses félicitations. «Sa Note 107 · Note 549: (retour) Plus tard, Alexandre choisit Razoumovski pour l'un de ses plénipotentiaires aux congres de Châtillon et de Vienne; il le Note 108 · La négociation replacée aux mains de son intermédiaire naturel, la présence de M. d'Alopéus à Vienne devenait inutile et gênante: il restaitNote 109 · Note 550: (retour) Rapport n° 101 de Caulaincourt, août 1810.Note 110 · Dans sa retraite, Alopéus n'eut pas à entraîner Razoumovski; ce dernier servait trop utilement la Russie à Vienne pour qu'elle se résignât àNote 111 · Note 551: (retour) Id.Note 112 · Quant à Pozzo, il parut impossible de le faire rester à Vienne, car le gouvernement autrichien, toujours empressé à déférer aux vœux de l'EmNote 113 · Note 552: (retour) Archives de Saint-Pétersbourg, lettres de Roumiantsof à Schouvalof, n° 76.Note 114 · Il s'agissait de proposer, sur le terrain de l'Orient, un désarmement réciproque: la Russie n'exigerait plus comme condition préalable de saNote 115 · Note 553: (retour) Beer, Geschichte der orientalische Politik Œsterreich's, 244.Note 116 · En Pologne, le travail occulte auquel se livrait Alexandre pour regagner les habitants et les soustraire à notre influence, se poursuivant pNote 117 · Note 554: (retour) Archives des affaires étrangères, Pologne, T. 326.Note 118 · Dans le même esprit, il s'occupait avec un soin plus vigilant de ses sujets polonais: il passait à leur égard par des alternatives de sévériNote 119 · Note 555: (retour) Haüsser, Deutsche Geschichte, III, 529.Note 120 · Note 556: (retour) Lettre datée de Mittau le 23 août 1810. Deux rapports en date des 16 et 19 septembre donnent des détails plus circonstancNote 121 · Derrière ce réseau d'intrigues que la Russie jetait autour d'elle pour couvrir ses approches, elle commençait à préparer ses moyens militairNote 122 · Note 557: (retour) Lettres d'Alexandre à Czartoryski, publiées avec les Mémoires du prince Adam Czartoryski, II, 254, 273. Cf. Boutourline, Note 123 · Mais Alexandre ne se borne pas à jalonner par des ouvrages ses futures lignes de défense et d'appui: il ordonne des réunions et des mouvemenNote 124 · Note 558: (retour) En 1795, dans une série d'instructions à l'envoyé de la République en Hollande, le Comité montrait que le but à atteindreNote 125 · Spécieuse et irréalisable, l'idée n'était pas nouvelle, et le Comité de salut public l'avait formulée comme le seul moyen de terminer à notrNote 126 · Note 559: (retour) Rapport n° 99, août 1810.Note 127 · Au printemps, la Hollande, menacée d'annexion, n'a obtenu un sursis et prolongé son existence qu'en cédant ses provinces cisrhénanes, en proNote 128 · Note 560: (retour) Lettre publiée par le prince Napoléon dans son ouvrage: Napoléon et ses détracteurs, 238-245.Note 129 · Maître de la Hollande, Napoléon n'est plus disposé à tolérer ces incursions dans des pays qu'il occupe militairement depuis quatre ans et quNote 130 · Note 561: (retour) Corresp., 16853.Note 131 · Il recule encore devant ce parti, laisse en suspens le sort des pays hanséatiques, réserve leur attribution définitive, songe même à marquerNote 132 · Note 562: (retour) Id., 16713.Note 133 · Note 563: (retour) Sur l'application et le mécanisme de ce système, voy. spécialement Thiers, XII, 182-190.Note 134 · Exclu de la Hollande, contrarié sur la mer du Nord, le commerce anglais, sous pavillon neutre, se reporte et reflue dans la Baltique: c'est Note 135 · Note 564: (retour) Corresp., 16476. Archives des affaires étrangères, Suède, 294.Note 136 · Dès le mois de mai, Napoléon avait adressé au gouvernement de Stockholm une note péremptoire et menaçante; il exigeait, en même temps que laNote 137 · Note 565: (retour) «Le prince royal, écrivait notre chargé d'affaires à Stockholm, est naturellement sérieux et réfléchi, ne cherche point àNote 138 · Au milieu de cette confusion et de ces dangers, la Suède cherchait désespérément un point où se reprendre, où rattacher ses destinées chanceNote 139 · Note 566: (retour) Archives des affaires étrangères, Suède, 294.Note 140 · Il fallait maintenant procéder à l'élection d'un nouveau prince royal, rassembler à cet effet les États, convoquer une diète, c'est-à-dire rNote 141 · Note 567: (retour) Corresp., 16588.Note 142 · Quelques jours après, la lettre de Charles XIII arrivait à Paris. La candidature soumise à l'Empereur ne s'écartait pas sensiblement de cellNote 143 · Note 568: (retour) C'est ce qui résulte avec évidence d'une instruction adressée en même temps à notre légation de Copenhague, pour l'engageNote 144 · Notre diplomatie fut chargée de fournir le commentaire de ces expressions légèrement voilées. La France n'entretenait à Stockholm, depuis laNote 145 · Note 569: (retour) Mémoires inédits de M. de Suremain, aide de camp du roi de Suède, cités par le baron Ernouf, dans un article intitulé: CoNote 146 · Parmi les maréchaux, leur choix s'était très naturellement porté sur le seul que la Suède connût autrement que de réputation. Pendant la camNote 147 · Note 570: (retour) Lettre de Suremain à notre chargé d'affaires. Archives des affaires étrangères, Suède, 294.Note 148 · À Paris, Mœrner s'ouvrit d'abord à un ami obscur, au géographe Latapie, pourvu d'un emploi modeste au ministère des relations extérieures. MNote 149 · Note 571: (retour) Geffroy, 1285-88, Ernouf, 254-255.Note 150 · Bernadotte ne demandait qu'à régner; il affecta d'abord le désintéressement qui est de mise et de tradition en pareille circonstance, puis sNote 151 · Note 572: (retour) Les côtés divers sous lesquels il envisageait la question se montrèrent dans ses entretiens avec Metternich. Voy. les MémNote 152 · L'Empereur l'écouta d'abord avec quelque incrédulité et eut peine à prendre au sérieux cette candidature inopinée. Pourtant, lorsque les SuéNote 153 · Note 573: (retour) Mémoires de Suremain, d'après Ernouf, 260.Note 154 · À la vérité, ces avantages divers risquaient de rencontrer dans la personne même du maréchal à élire, du prince de Ponte-Corvo, de très sériNote 155 · Note 574: (retour) Mémoires de Metternich, II, 109.Note 156 · Seulement, cette crise dans le Nord que Napoléon voyait arriver sans la souhaiter, l'élévation de Bernadotte présenterait l'inconvénient capNote 157 · Note 575: (retour) Cette correspondance, qui se compose de courts billets, est conservée aux Archives nationales, AF, IV, 1683-85.Note 158 · Note 576: (retour) Geffroy, 1289.Note 159 · Note 577: (retour) Rapport confidentiel au ministre, signé Fournier. Archives des affaires étrangères, Suède, 294.Note 160 · Une simple neutralité, sans un mot d'encouragement, c'était peu pour le parti qui mettait tout son espoir dans le nom et l'appui de l'EmpereNote 161 · Note 578: (retour) Dépêche citée par Ernouf, 257.Note 162 · En Suède, durant la même période, le gouvernement était loin de prendre au sérieux la candidature du maréchal, bien que celle-ci commençât dNote 163 · Note 579: (retour) Dépêche du 6 juillet, citée par M. Geffroy, 1284.Note 164 · «Votre pays, dit-il aux Suédois, est aujourd'hui à la merci des Russes... Il n'est pas impossible que la bonne intelligence vienne à cesser Note 165 · Note 580: (retour) Corresp., 16712.Note 166 · Lorsque Desaugiers se permettait ce langage, il lui eût été difficile de prendre plus complètement le contre-pied des intentions actuelles dNote 167 · Note 581: (retour) Id.Note 168 · Note 582: (retour) Id.Note 169 · Pour réparer autant que possible l'effet produit, l'Empereur fit partir M. Alquier, cette fois définitivement 581. Quittant aujourd'hui PariNote 170 · Note 583: (retour) Rapport sur les événements qui ont précédé l'élection du prince royal de Suède, par M. Desaugiers: Archives des affaires Note 171 · En effet, le 25 juillet, la diète électorale s'était assemblée dans la ville d'Œrebrö. À cet instant, le gouvernement royal demeurait plus pNote 172 · Note 584: (retour) Mémoires de Suremain, d'après Ernouf, 257.Note 173 · Note 585: (retour) Id.Note 174 · Note 586: (retour) Rapport de Desaugiers.Note 175 · Son premier effort s'employa contre Bernadotte, dont la candidature prenait décidément consistance. Par son côté à la fois démocratique et mNote 176 · Note 587: (retour) Mémoires de Suremain, d'après Ernouf, 263-264. Geffroy, 1291-1294. Rapport de Desaugiers.Note 177 · À peine arrivé, il transforme et dénature impudemment son rôle: simple émissaire du maréchal et agent d'observation pour le compte du ministNote 178 · Note 588: (retour) Il s'agissait ici d'un Mœrner autre et plus qualifié que le lieutenant accouru à Paris.Note 179 · «--Que pensez-vous de lui? Gustave Mœrner le porte aux nues 588.Note 180 · Note 589: (retour) Mémoires de Suremain, d'après Ernouf, 264-267.Note 181 · «Il me questionna encore longtemps, ajoute Suremain dans son récit, sur le prince de Ponte-Corvo, sur son origine, sur son fils, sur sa femmNote 182 · Note 590: (retour) Mémoires de Suremain, d'après Ernouf, 263.Note 183 · Cinq jours après cette conversation, le conseil des ministres, muni de l'autorisation royale, présentait officiellement Bernadotte, et le 21Note 184 · Note 591: (retour) Ernouf, 267, d'après Sémonville et Maret.Note 185 · Note 592: (retour) Metternich, II, 392.Note 186 · À la nouvelle des événements, Napoléon manifesta une surprise et un déplaisir qui n'étaient pas entièrement simulés. Il pensa aussitôt à la Note 187 · Note 593: (retour) Corresp., 16876.Note 188 · Acceptant le fait accompli, il se mit en devoir d'attester à la Russie qu'il n'y avait pris aucune part. Cette fois, il ne se borna point à Note 189 · Note 594: (retour) Caulaincourt à Champagny, 10 novembre 1810.Note 190 · Note 595: (retour) Schouvalof à Roumiantsof, 21 octobre-2 novembre 1810. Archives de Saint-Pétersbourg.Note 191 · Quand le résultat fut connu, il y eut à Pétersbourg un soulèvement de l'opinion: jamais les salons n'avaient retenti d'invectives plus violeNote 192 · Note 596: (retour) Mémoires de Metternich, I, 109.Note 193 · Considérant que la guerre devient plus probable, Napoléon regarde de plus près aux moyens de la faire, et pénétrant par la pensée dans l'arsNote 194 · Note 597: (retour) Archives des affaires étrangères, Pologne, 326. Le même rapport plus développé se retrouve aux Archives nationales, AF, INote 195 · Par ces mots, il justifiait enfin et rétrospectivement les défiances d'Alexandre. Seulement, s'il eût pu lire lui-même dans l'esprit du TsarNote 196 · Note 598: (retour) Mémoires de Metternich, II, 365.Note 197 · Note 599: (retour) Id., I, 110-111.Note 198 · Si Napoléon avait prononcé devant Metternich le nom de la Pologne, c'était afin de sonder ce ministre. Il s'expliqua dans la suite de l'entrNote 199 · Note 600: (retour) Schouvalof à Roumiantsof, 31 août-12 septembre 1810. Archives de Saint-Pétersbourg.Note 200 · Note 601: (retour) Id.Note 201 · Note 602: (retour) Roumiantsof à Schouvalof, 16-28 septembre. Id.Note 202 · Note 603: (retour) Mémoires de Metternich, II, 397.Note 203 · Note 604: (retour) Lettre du 16 septembre 1810. Archives de Saint-Pétersbourg.Note 204 · Cette tendance, nous l'avons vu, avait été reconnue par le comte Schouvalof, qui avait reçu ordre d'en profiter. Pour arriver jusqu'au princNote 205 · Note 605: (retour) Schouvalof à Roumiantsof, 31 août-12 septembre, 5-17 octobre 1810. Beer, Geschichte der orientalische Politik ŒsterreichsNote 206 · Ainsi amorcée, la négociation prit rapidement tournure. Metternich le père avait fait son rapport à l'empereur François, qui approuvait et lNote 207 · Note 606: (retour) Schouvalof à Roumiantsof, 21 octobre-2 novembre 1810. Archives de Saint-Pétersbourg. Beer, 248-49. Metternich, II, 395-99Note 208 · Averti de ce qui se préparait, Metternich ne perdit pas un instant pour se jeter à la traverse. Il ne fit que toucher barre à Vienne, courutNote 209 · Note 607: (retour) Schouvalof à Roumiantsof, 17-29 novembre 1810. Archives de Saint-Péterbourg.Note 210 · Outré de cette déconvenue, Schouvalof songea un instant à s'acharner, à tenter d'autres voies, à agir malgré et contre Metternich. N'existaiNote 211 · Note 608: (retour) Correspondance de M. Otto, novembre et décembre 1810, passim.Note 212 · Peu après cette campagne brillamment commencée et mal terminée, Schouvalof, dont les fonctions n'avaient jamais été que provisoires, fut rapNote 213 · Note 609: (retour) Stackelberg à Roumiantsof, 15-27 novembre 1810. Archives de Saint-Pétersbourg. Les bulletins de police parisiens rapportaNote 214 · Cette cour, il est vrai, avait espéré mieux que des politesses, enveloppant un refus de traiter; son dépit s'exhala en termes acerbes. La coNote 215 · Note 610: (retour) Beer, 250-51. Martens, 78-79. Metternich, II, 417.Note 216 · L'empereur Alexandre, de son côté, devait garder rancune au ministre qui avait si prestement éconduit la Russie, à l'heure où elle se croyaiNote 217 · Note 611: (retour) Archives des affaires étrangères, Vienne, 12 septembre 1810.Note 218 · Note 612: (retour) Champagny à Otto, 11 octobre 1810. Instructions analogues au comte de Narbonne, en Bavière, 11 octobre 1810.Note 219 · Note 613: (retour) Corresp., 17023.Note 220 · À l'instant où les deux empereurs, avec un surcroît d'activité discrète, avisaient éventuellement aux moyens de se nuire, Alexandre Ier disaNote 221 · Note 614: (retour) Voy. spécialement Green, Histoire du peuple anglais, II, 413-418.Note 222 · Exécutées avec ensemble dans tous les pays qui relevaient de la France, ces mesures commençaient à porter. L'annexion de la Hollande, la ferNote 223 · Note 615: (retour) Champagny à Caulaincourt, 16 octobre 1810.Note 224 · C'était toujours dans la Baltique que les bâtiments porteurs de denrées coloniales se réfugiaient et s'entassaient: c'était de ce côté que lNote 225 · Note 616: (retour) Nous publions à l'Appendice, sous le chiffre III, les lettres particulières écrites durant cette période par CaulaincourtNote 226 · Était-il juste aujourd'hui, était-il rationnel de demander au Tsar un nouveau et plus pénible sacrifice, une preuve irrécusable de dévouemenNote 227 · Note 617: (retour) Corresp., 17040-17041.Note 228 · Note 618: (retour) Id., 17041.Note 229 · Dès le 7 septembre, il avait fait proposer aux Russes l'adoption des nouveaux tarifs sur les denrées coloniales; il attendait à ce sujet uneNote 230 · Note 619: (retour) Champagny à Caulaincourt, 16 octobre 1810. Cf. Corresp., 17040 et 17041.Note 231 · «L'Empereur, Monsieur, attache tant d'importance à cette mesure qu'il a voulu que j'en fisse l'objet d'une lettre spéciale qui a été mise soNote 232 · Note 620: (retour) Corresp., 17062.Note 233 · Note 621: (retour) Champagny à Caulaincourt, 23 octobre 1810.Note 234 · Peu de jours après l'envoi de cette dépêche, de nouveaux avis arrivent du Nord; les faits se précisent dans la Baltique. Un vaste convoi de Note 235 · Note 622: (retour) Rapport de Tchernitchef à l'empereur Alexandre, octobre 1810. Recueil de la Société impériale d'histoire de Russie, t. XXNote 236 · Formulant ces appels véhéments, Napoléon sentit le besoin, pour s'assurer l'obéissance d'Alexandre, de lui rendre quelque sécurité. Était-ilNote 237 · Note 623: (retour) Rapport de police concernant l'ambassade russe, 1er septembre 1810: «Les secrétaires s'égayent sur le travail qu'on leur Note 238 · Par qui les transmettrait-il? Quelle que fût sa confiance dans le zèle et l'activité de Caulaincourt, il préférait s'adresser au Tsar par laNote 239 · Note 624: (retour) Rapport n° 57 de Caulaincourt, octobre 1809.Note 240 · Note 625: (retour) Lettres à Talleyrand, 22 janvier et 6 février 1810. Archives des affaires étrangères, Russie, 150.Note 241 · De longue date, Alexandre n'avait rien épargné pour bien placer Tchernitchef dans la confiance du gouvernement français; ce jeune homme, disNote 242 · Note 626: (retour) Comtesse de Choiseul-Gouffier, Réminiscences sur Napoléon Ier et Alexandre Ier, p. 11.Note 243 · Note 627: (retour) Id.Note 244 · Note 628: (retour) Mémoires du duc de Rovigo, V, 124-132.Note 245 · Note 629: (retour) Id., 206.Note 246 · En fait, Tchernitchef se montrait à Paris aussi remuant que Kourakine l'était peu; il se répandait dans tous les mondes, non moins ardent à Note 247 · Note 630: (retour) Cette citation et les suivantes jusqu'à la pape 503, à l'exception de celles qui font l'objet d'une référence spéciale, sNote 248 · La cour était alors à Fontainebleau; le 21 octobre, le corps diplomatique et les principaux membres de la colonie étrangère furent appelés dNote 249 · Note 631: (retour) Corresp., 17023.Note 250 · La sûreté désirée, il fallait la chercher dans l'ensemble de ses actes, dans une saine appréciation de son caractère; c'était mal le connaîtNote 251 · Note 632: (retour) Corresp., 17071.Note 252 · «Il ne me reste qu'à prier Votre Majesté de compter toujours sur mes sentiments inaltérables qui sont à l'abri du temps et de tout événementNote 253 · Note 633: (retour) Voy. Armand Lefebvre, Histoire des cabinets de l'Europe pendant le Consulat et l'Empire, V, 73-75, d'après les Archives dNote 254 · Note 634: (retour) Dépêche du 23 octobre 1810.Note 255 · En outre de la demande formulée dans cette lettre, Tchernitchef était chargé d'en transmettre verbalement une autre, que Caulaincourt appuieNote 256 · Note 635: (retour) Caulaincourt à Champagny, 8 octobre 1810.Note 257 · Note 636: (retour) Caulaincourt à Champagny, 5 octobre 1810.Note 258 · Note 637: (retour) Id., 9 novembre.Note 259 · Déjà Roumiantsof avait exposé à Caulaincourt que l'adoption des nouveaux tarifs en Russie serait impraticable et funeste: «L'Empereur était Note 260 · Note 638: (retour) Lettre publiée par M. Tatistcheff, p. 541-543.Note 261 · Ayant reçu la lettre de l'Empereur apportée par Tchernitchef, il réitéra dans sa réponse, pour la centième fois, ses protestations habituellNote 262 · Note 639: (retour) Caulaincourt à Champagny, 9 novembre 1810.Note 263 · En réalité, il n'est point prouvé que les navires neutres chargés de produits anglais aient alors forcé l'entrée des ports russes en grande
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