Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)
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L'audace de ces personnages ne connaît plus de bornes, depuis qu'ils sentent l'empereur Alexandre faiblir dans son système et revenir insensiblement à leurs idées. Vis-à-vis de tout ce qui touche à la France, leur éloignement est manifeste, scandaleux: «Ils m'évitent, écrit Otto, comme si nos deux gouvernements étaient en guerre 525.» Le représentant officiel du Tsar est par eux blâmé et discrédité, à raison des rapports extérieurement amicaux qu'il entretient avec la mission française. Aux yeux du monde, le véritable ambassadeur de Russie n'est pas le comte Schouvalof: c'est toujours le comte André Razoumovski. Celui-ci conserve les prérogatives sociales du rang qu'il n'a plus et les possède à un plus haut degré qu'aucun de ses prédécesseurs. Tout contribue à rehausser son prestige, les innombrables attaches qu'il s'est créées dans le pays, ses allures superbes et dominatrices, la grande fortune qu'il dépense royalement, la protection éclairée qu'il accorde aux arts et surtout à la musique, chère aux Viennois, sa générosité dissipatrice et parfois philanthropique, jusqu'à ses dettes immenses, que l'empereur d'Autriche a eu plusieurs fois la faiblesse de payer. À Vienne, chacun s'est habitué à le voir briller et primer partout; c'est une figure connue, familière à tous, presque indispensable, et la capitale lui rend en popularité tout ce qu'elle doit à sa présence. Son palais en est devenu l'un des ornements, un musée de chefs-d'œuvre qui attire les étrangers: pour l'étendre et l'embellir, il a acquis tous les immeubles d'alentour; il l'a relié au Prater par un pont construit à ses frais sur le Danube; il a transformé tout un quartier, lui a donné la vie et lui laissera son nom 526. Ses fêtes font sensation et réunissent des attraits variés; on s'y rencontre avec Schlegel, on y entend Beethoven. Sa manière en toutes choses d'agir grandement, son habileté à organiser réunions et plaisirs, le mouvement et l'entrain qu'il répand de toutes parts, contrastant avec les allures plus paisibles de la cour, font de lui le roi de Vienne, et c'est une véritable puissance qui se lève contre nous, lorsque Razoumovski se proclame le premier de nos adversaires et l'ennemi en chef de la France 527.