Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)
Reading edition
Il décide que le Tsar sera averti de cette démarche: il lui fera sentir en même temps la convenance de désavouer Razoumovski, de le rappeler en Russie et de l'y confiner: ce n'est pas encore une demande qu'il va formuler, c'est un vœu qu'il exprimera. Il fournit à Champagny les éléments d'une dépêche pour Caulaincourt; il la revoit ensuite, la corrige, y ajoute des paragraphes entiers, la frappe à l'empreinte de sa pensée et de son style, en fait deux fois son œuvre: c'est bien lui qui parle lorsque la dépêche s'exprime sur le compte de Pozzo dans les termes les plus outrageants, lorsqu'elle s'étonne de lui voir porter les couleurs d'un monarque ami: «Il est étrange que la Russie décore ainsi les partisans des Anglais avec qui elle est en guerre et l'ennemi déclaré de l'Empereur son allié.» Quant à «M. de Razoumovski», il «recommence à Vienne le rôle qu'il y a déjà joué... Vienne serait tranquille et la cour sans intrigue, la crainte d'une guerre nouvelle n'agiterait plus les habitants de ce pays, si le parti qui annonce sans cesse la guerre, parce qu'il la désire, était privé de son chef. L'empereur de Russie donnerait une preuve de ses intentions amicales envers l'Empereur notre maître et envers l'empereur d'Autriche, s'il rappelait dans ses terres M. de Razoumovski, qui est son sujet, qui a été son ambassadeur, qui doit à la famille impériale une fortune immense, et qui n'use de tous ces avantages que pour intriguer contre son maître, contre l'Empereur qui lui donne asile et se déclare ouvertement l'ami des ennemis du continent. L'insolence d'une telle conduite est un outrage à la majesté souveraine et doit être réprimée. Insistez, Monsieur, sur le rappel sans en faire cependant l'objet d'une demande officielle. L'empereur de Russie doit cette mesure à sa propre dignité et à son caractère journellement offensé par l'insolence d'un de ses sujets 532.»