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Napoléon et Alexandre Ier (2/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)

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Ce qu'il voit toujours devant lui, comme sa marche naturelle et constante, c'est la poursuite directe du but auquel il s'acharne depuis qu'il a saisi le pouvoir et commande aux Français; au lieu de se détourner sur la Russie, il aimerait mieux aller droit à l'Angleterre et la saisir corps à corps. Après l'échec des négociations de paix entamées au printemps, il a ordonné contre sa rivale une reprise d'efforts, avec des moyens nouveaux, perfectionnés, démesurément accrus: c'est à coups de confiscations et de saisies, par une guerre de décrets et de tarifs, qu'il agit aujourd'hui; le blocus continental est son arme; en tendant à l'extrême les ressorts de cette machine compliquée et redoutable, en lui faisant développer toute sa puissance et mettre en jeu tous ses rouages, il espère porter aux ennemis des atteintes assez profondes pour lasser leur opiniâtreté. Si ces moyens demeurent inefficaces, il en emploiera d'autres, qu'il prépare et organise de longue main; au delà de la campagne économique qu'il mène aujourd'hui, il en entrevoit une autre, toute militaire, une série d'opérations de vive force; à supposer qu'il ne réussisse point à réduire l'Angleterre par un rigoureux investissement, il tentera une prise d'assaut, ce rêve éternel de sa vie. Il rend à la marine une attention passionnée, s'occupe sans cesse de munir ses arsenaux et de recréer ses escadres. Dans tous ses ports, dans toutes ses rades, dans l'estuaire de tous ses fleuves, il presse les armements, pousse les constructions, dispose peu à peu des flottes de combat et de transport, et ces levées nouvelles qu'il emploiera contre la Russie, si la rupture a lieu, il préfère les ranger en imagination sur le bord des côtes, prêtes à prendre la mer, à se transformer en multiples armées de débarquement. Il veut une de ces armées à l'embouchure de l'Escaut, une à Boulogne, une à Cherbourg, une en face de la Sicile, la plus forte à Toulon. Son plan pour l'avenir, c'est son plan de 1808, renouvelé et remanié d'après les circonstances, c'est-à-dire un système combiné de diversions et d'attaques, un ensemble de mouvements dont la simultanéité et la concordance assureront l'accablant effet. Ce qu'il veut, c'est que tout à coup, sur un signe de sa main, surgisse de nos côtes une gerbe d'escadres, destinée à s'épanouir sur tous les Océans et à atteindre les contrées diverses où l'Angleterre s'offre à nos prises. Contre cette puissance diffuse, il faut agir en tous lieux; c'est en menaçant partout que l'Empereur se donnera le pouvoir et l'occasion d'enfoncer le fer aux parties vitales. Lorsqu'il aura cent quatre vaisseaux de ligne pour frayer le passage à deux cent mille soldats, il pourra inquiéter ou frapper l'Écosse, l'Irlande, Londres, les Antilles, le Brésil, la Sicile, et en même temps, par la surprise de l'Égypte, se rouvrir la route des Indes: «Quand aurai-je, écrit-il, les moyens de porter en Égypte, par exemple, quarante mille hommes avec deux cents voitures d'artillerie et deux mille chevaux d'artillerie et de cavalerie 540?» Ces victoires d'outre-mer qu'il a sans cesse ambitionnées et dont l'enivrement lui reste à connaître, ces conquêtes dont le résultat immédiat sera la fin des guerres et l'affermissement de son pouvoir, elles lui apparaissent possibles, réalisables dans un délai de deux ans: voilà toujours les perspectives qui le séduisent et l'attirent, qui brillent à ses yeux d'un fascinant éclat et illuminent l'avenir. Et c'est l'année fatale, c'est 1812, qu'il marque pour l'accomplissement de ses desseins: «C'est là mon plan de campagne pour 1812, écrit-il à Decrès; il ne faut point perdre de vue que c'est à ce résultat qu'il faut arriver 541.»

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