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Napoléon et Alexandre Ier (2/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)

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Seulement, cette crise dans le Nord que Napoléon voyait arriver sans la souhaiter, l'élévation de Bernadotte présenterait l'inconvénient capital de la rendre plus certaine, plus difficilement évitable. Quelque soin que prît l'Empereur de ne pas faire sentir sa main dans ce qui s'accomplirait et de ne pas l'y mettre effectivement, il était impossible que la Russie ne tressaillît point à l'aspect d'un maréchal d'Empire établi sur ses frontières, posté en face de Pétersbourg, à la tête d'un peuple d'ennemis: elle s'alarmerait moins si Napoléon laissait faire que s'il agissait; elle s'alarmerait cependant, et l'alliance ou ce qui en restait survivrait avec peine à cette nouvelle épreuve. À cet égard, Napoléon ne se faisait aucune illusion. Malheureusement, il commençait d'envisager l'avenir avec un fatalisme coupable. À mesure qu'il sentait Alexandre lui échapper davantage, il jugeait qu'entre eux l'intimité ne pouvait disparaître que pour faire place au combat, qu'une force ingouvernable poussait les deux empires l'un contre l'autre; le temps n'est pas éloigné où il dira: «J'aurai la guerre avec la Russie pour des raisons auxquelles la volonté humaine est étrangère, parce qu'elles dérivent de la nature même des choses 574.» Persuadé que la lutte, si elle devait survenir, éclaterait pour des motifs d'ordre général, il ne crut pas devoir s'opposer à un événement qui la rapprocherait sans doute, mais qui lui permettrait de la soutenir avec plus d'avantages: il n'était pas homme à dédaigner une arme qui s'offrait à lui, lors même qu'il n'avait point la certitude de s'en servir. Donc, tout calculé, il ne défendra point à Bernadotte de se présenter; il s'arrête à ce parti sans enthousiasme, sans savoir au juste de quel côté doivent incliner ses préférences, en conservant un fond de scepticisme sur les chances du maréchal; il ne lui prêtera aucune assistance matérielle ou morale, se détournera de la Suède, la laissera à elle-même, à ses propres inspirations, afin qu'elle fixe ses destinées et pèse en même temps sur celles de l'Europe. Par une exception unique dans sa carrière, comme si les événements qui l'entraînent étaient si fort au-dessus des calculs humains que son génie même ne pût les dominer, il se livre à eux, s'abstient d'agir et presque de vouloir. Sur une question qui risque d'affecter gravement ses rapports avec la Russie, il abandonne au sort le soin de prononcer et se confie au dieu aveugle: la partie où il se sent indirectement engagé, il la laisse se jouer sur une carte de pur hasard; il s'en remet à la plus fortuite des circonstances, au résultat d'un scrutin populaire, au vent qui va souffler dans une diète suédoise, de décider s'il aura plus ou moins sûrement la guerre avec la Russie.

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