← Table of contents
Napoléon et Alexandre Ier (2/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)

Reading edition

Quand le résultat fut connu, il y eut à Pétersbourg un soulèvement de l'opinion: jamais les salons n'avaient retenti d'invectives plus violentes contre la France: «Cette époque, écrivait plus tard Caulaincourt, est une des plus délicates que j'aie eu à passer ici 594.» Comme toujours, le calme du souverain fit contraste avec ce déchaînement d'hostilités: Alexandre tenait encore à se dégager de toute solidarité apparente avec des passions auxquelles il se laissait chaque jour un peu plus gagner et reprendre. Au fond même, il semble avoir envisagé l'événement survenu avec moins d'appréhension que son entourage. Dès à présent, sa perspicacité n'avait-elle pas entrevu que Bernadotte ne se ferait nullement à Stockholm l'instrument et la main de l'Empereur; qu'un Français mécontent, disposé à la révolte, valait mieux pour la Russie sur le trône de Suède que tout autre compétiteur? Ce qui accuse en lui cette arrière-pensée, c'est qu'un de ses officiers porta immédiatement au maréchal, à Paris même, des paroles de félicitation et presque de bienvenue. À ce message, la réponse ne se fit pas attendre; elle vint par voie détournée. Avant de quitter Paris, Bernadotte ne dissimula point qu'il n'apporterait dans le Nord que des volontés résolument pacifiques: il croirait bien servir sa patrie adoptive en résistant aux aspirations belliqueuses qui s'étaient servies de son nom et qui avaient prétendu l'ériger en candidat de la revanche: «Je connais les épines de cette place, dit-il en parlant de son nouveau poste; ce n'est qu'un petit parti qui m'a choisi, non pas pour mes beaux yeux, mais comme général et avec la convention tacite de reconquérir la Finlande: mais entreprendre une guerre pour cet objet, c'est une folie à laquelle je ne donnerai pas les mains 595.» Ce propos fut tenu devant Metternich, qui le transmit à Vienne: là, il fut recueilli par Schouvalof, communiqué par lui à Pétersbourg, où il vint fournir une première justification aux espérances d'Alexandre. À demi rassuré sur le fait, le Tsar n'en fut pas moins alarmé et irrité de l'intention qu'il crut démêler chez l'Empereur, celle de se ménager de nouveaux moyens d'attaque et de diversion, d'environner la Russie d'ennemis, de liguer et d'ameuter contre elle tous les États secondaires du Nord et de l'Orient; sous l'impression de cette pensée, ses défiances s'accrurent, s'exaspérèrent, et le résultat de l'aventure qui avait ouvert à Bernadotte le chemin d'un trône, fut de nous aliéner plus profondément la Russie sans nous livrer la Suède.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings