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Napoléon et Alexandre Ier (2/3)

ALEXANDRE Ier

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CHAPITRE PREMIER

LE LENDEMAIN D'ERFURT

Intentions respectives de Napoléon et d'Alexandre au sortir d'Erfurt.--Offres de paix à l'Angleterre.--Napoléon veut soumettre l'Espagne par les armes et comprimer l'Autriche par la terreur.--Raisons qui lui font détester l'idée d'une nouvelle guerre et de nouvelles victoires en Allemagne.--Il craint notamment de réveiller la question polonaise, qui peut le brouiller avec la Russie.--Quelle est à ses yeux la grande utilité de l'alliance.--Instructions à Caulaincourt.--Projets ultérieurs: la Méditerranée et l'Orient.--Tendance d'Alexandre à s'isoler de l'Europe.--Son imagination se détourne de l'Orient.--Influence dominante de Spéranski.--Passion réformatrice.--Spéranski et l'alliance française.--Erreur persistante sur les dispositions de l'Autriche.--Souvenir reconnaissant pour Talleyrand; l'empereur Alexandre lui donne une famille.--Roumiantsof à Paris.--Campagne de Napoléon au delà des Pyrénées.--Résultats incomplets.--Retour à Valladolid.--Mouvements de l'Autriche.--Napoléon s'opiniâtre à l'idée de contenir et d'immobiliser l'Autriche par la main de la Russie.--Rapprochement historique.--Occupations d'Alexandre pendant la campagne d'Espagne.--Situation brillante de Caulaincourt.--Propos de salons.--Arrivée du roi et de la reine de Prusse; importance attribuée à leur voyage.--Napoléon torture la Prusse; protestation d'Alexandre.--Confiance de nos ennemis dans le pouvoir de la reine Louise.--Le ménage impérial.--Souhait de nouvel an adressé par Napoléon à Alexandre.--La reine Louise chez l'ambassadeur de France.--Le Roi détruit l'intérêt qu'inspire la Reine.--Réapparition et triomphe de la favorite.--La politique pendant le voyage.--Napoléon requiert le concours diplomatique d'Alexandre contre l'Autriche.--Le Tsar persiste dans un système de demi-mesures.--La note identique.--Lettre explicative à Roumiantsof.--Le prince de Schwartzenberg à Pétersbourg.--Alexandre encourage l'Autriche à la guerre en croyant l'en détourner.

I

Après l'entrevue du Niémen, assuré momentanément de l'alliance russe, qui interrompait le cours des coalitions, Napoléon avait cru pouvoir se retourner contre l'Angleterre, en finir avec elle, l'envelopper et l'accabler d'événements destructeurs. Convaincu de sa toute-puissance, emporté par son imagination, perdant le sentiment du réel et du possible, il avait voulu étreindre et soulever l'Europe, enrôler partout les forces vives des nations, accaparer toutes les armées, toutes les flottes, afin de s'en servir pour frapper l'Angleterre sur tous les points du globe où cette puissance pouvait être abordée et saisie. Dans cet élan vers l'universelle offensive, le pied lui avait manqué: une fausse manœuvre avait fait échouer toutes ses combinaisons et en avait démontré l'erreur. Tandis qu'il visait l'Orient et s'y cherchait une action à sa taille, tandis qu'il discutait avec Alexandre le partage d'un empire, une humble insurrection de paysans et de montagnards avait commencé contre les usurpations de la force la revanche du droit et de la justice. En Espagne, la dynastie s'était livrée; la nation, violentée dans son indépendance sans être maintenue par des masses suffisantes, s'était levée contre le conquérant: elle avait détruit l'une de ses armées, rejeté les autres au pied des Pyrénées, ouvert la Péninsule aux Anglais, reporté sur terre, à nos côtés, la guerre que Napoléon s'était flatté d'étendre et de disperser sur les mers. Aujourd'hui, il lui fallait avant tout se relever de cet échec qui avait porté à son prestige un coup désastreux et qui était apparu à tous ses ennemis comme un signal de délivrance. Plus l'atteinte avait été sensible, plus il importait que le châtiment fût exemplaire et prompt. Napoléon ira donc tout d'abord en Espagne et y ramènera les Français: il veut de sa personne combattre et soumettre la nation qui a fait douter de sa fortune, qui a créé derrière lui un ardent foyer de haine et de révolte, une résistance populaire, acharnée, fanatique, et qui s'est faite la Vendée de l'Europe.

Cette guerre en avait engendré une autre, puisque la maison d'Autriche, après avoir tremblé pour elle-même au premier bruit de l'attentat de Bayonne et précipitamment reconstitué ses forces, cédait maintenant à la tentation de les utiliser, puisqu'elle venait de prendre la résolution de se faire elle-même l'agresseur, d'entrer en campagne au printemps de 1809 et d'insurger l'Allemagne. Sans connaître cette décision, Napoléon la pressentait; il prévoyait le cas où, après une courte expédition en Espagne, il aurait à se retourner contre l'Autriche et à se mesurer avec un deuxième adversaire.

Il avait créé lui-même cette situation, ayant fourni à l'Autriche, par les événements d'Espagne, un motif pour armer et une occasion pour attaquer. Néanmoins, si responsable qu'il fût de la guerre nouvelle qui grondait en Allemagne, il souhaitait passionnément de l'éviter. Non qu'il craignît les généraux et les soldats de l'Autriche. Eux et lui ne s'étaient-ils point connus et mesurés à Marengo, à Ulm, à Austerlitz? Cent combats, cent victoires, avaient attesté la supériorité de ses armes, et si l'Autriche disposait momentanément d'effectifs plus nombreux que les siens, il avait trop de foi en lui-même, en son aptitude à découvrir et à créer des ressources, pour redouter sérieusement l'issue du combat. Mais il ne s'abusait pas sur les difficultés et les périls de tout ordre où le jetterait une campagne de plus en Europe, même couronnée d'un éclatant succès. À l'intérieur, elle achèverait de lui aliéner l'opinion, unanime à blâmer son entreprise d'Espagne; elle augmenterait le sourd mécontentement qui de toutes parts couvait contre lui; elle prouverait définitivement aux Français que son règne était la guerre, la guerre implacable et permanente. Au dehors, si l'Autriche s'affirmait irréconciliable en descendant pour la quatrième fois dans la lice, il faudrait, pour nous garantir de son incorrigible hostilité, lui infliger de profondes mutilations, la supprimer peut-être, faire le vide au centre du continent et ne laisser devant nous que les ruines d'un grand empire. Or, par un retour de prudence et de raison, Napoléon comprenait le danger de bouleverser davantage l'ancien édifice européen, de briser l'imposante monarchie qui en avait été longtemps la clef de voûte. Cette destruction apparaîtrait comme un défi de plus aux royautés légitimes; elle ajouterait à l'inquiétude, à l'exaspération générales; en particulier, elle risquerait de nous brouiller avec la Russie. Pour abattre l'Autriche, il serait nécessaire de faire appel à toutes les activités disponibles, d'ameuter toutes les ambitions. Les Polonais du duché de Varsovie seraient les premiers à nous venir en aide, mais il faudrait payer leur concours, permettre la réunion à leur État des provinces que l'Autriche avait naguère ravies à leur nation, laisser la Pologne se refaire aux deux tiers, et cette quasi-restauration réveillerait les alarmes du troisième copartageant, soulèverait entre la France et la Russie une question mortelle à l'entente. Napoléon voulait donc s'épargner la nécessité de vaincre l'Autriche, parce qu'il se sentait exposé à ne remporter sur elle que de funestes triomphes et qu'il appréhendait, non les chances, mais les suites de la lutte.

En même temps, il se flattait d'être à lui-même sa ressource: pour immobiliser l'Autriche et lui faire contremander ses mesures, il comptait sur le spectacle d'activité et d'irrésistible énergie qu'il donnerait en Espagne. Dans les conseils de l'empereur François, chez tous les gouvernements, chez tous les peuples qui conspiraient contre nous, c'était une opinion répandue que la guerre d'Espagne absorberait longtemps notre attention et nos forces, que de longues années n'en verraient pas la fin. Que cette guerre présumée interminable s'achève en trois mois, qu'en trois mois l'insurrection soit balayée, les Anglais jetés à la mer, le roi Joseph remis sur son trône et le pays plié à nos volontés, que l'Empereur revienne triomphant en France et s'y retrouve en possession de tous ses moyens, l'ardeur et la confiance de l'Autriche ne tiendront pas devant cette réapparition. On la verra s'humilier, rentrer dans l'ordre, s'estimer heureuse de fournir des gages et d'accepter des garanties. Si Napoléon veut frapper vite et fort en Espagne, ce n'est pas uniquement pour venger son affront; il attend de ses victoires un contre-coup accablant au delà du Rhin, et il espère que la soumission de la Péninsule assurera indirectement la tranquillité de l'Allemagne.

L'Espagne domptée, l'Autriche comprimée, Napoléon se trouvera dans la position où il avait espéré se placer au commencement de 1808; il disposera de l'Europe contre l'Angleterre. Dans ce comble de prospérité et de puissance, il pourra enfin négocier utilement la reddition de sa rivale. S'il s'est prêté aux tentatives de paix immédiate concertées à Erfurt, il ne croit guère à leur succès tant que la révolte espagnole et le soulèvement de l'Autriche, en laissant à nos ennemis des alliés et des points d'atterrissement en Europe, les dissuaderont de traiter. Il entend cependant ne pas rompre les pourparlers dès qu'il en aura constaté l'inutilité présente; il les fera durer, trainer, afin de retrouver et de ressaisir ce fil lorsque ses succès militaires et diplomatiques auront remontré à l'Angleterre la nécessité de céder. Si elle s'obstine malgré tout à la lutte, alors le moment sera venu de recourir à ces entreprises écrasantes et gigantesques que Napoléon a ajournées plutôt qu'exclues et qui demeurent invariablement à l'arrière-plan de sa pensée. Pour les exécuter, il se réserve dès à présent quelques moyens, susceptibles de se développer par la suite. Il ne porte pas au delà des Pyrénées toutes les forces qu'il a retirées d'Allemagne, il en achemine une partie vers la mer du Nord et veut reformer un camp de Boulogne, installer en face des Iles Britanniques cette menace permanente. D'autres corps sont dirigés vers les côtes de Provence et d'Italie: ils auront, pour peu que les circonstances s'y prêtent, à inquiéter les ennemis dans la Méditerranée, à prendre contre eux des postes, des bases d'offensive, à tenter de hardis coups de main, jusqu'au jour où d'autres armées, rendues disponibles par la cessation des guerres en Europe, mises à bord de nos escadres reconstituées, iront atteindre l'Angleterre dans toutes les sources de son commerce et de sa puissance, aux colonies, dans l'Amérique, dans l'Orient surtout et dans la vallée du Nil, chemin des Indes. Alors, se retournant vers Alexandre, Napoléon rouvrira devant lui des horizons aujourd'hui obscurcis; l'enivrant d'espérances, le fascinant de son génie, l'enveloppant de sa ruse, il se subordonnera plus étroitement cet allié, l'entraînera à sa suite et en fera l'instrument de ses desseins. Comme toujours, au delà des entreprises auxquelles il met actuellement la main, il en conçoit d'autres, qu'il gradue suivant les nécessités de la lutte et qu'il étage dans l'avenir. Si la soumission de l'Espagne laisse les Anglais en armes, le spectacle de l'Allemagne pacifiée, le blocus continental aggravé, les ports européens plus strictement fermés, auront sans doute raison de leur constance: si les Anglais résistent à tant d'avertissements et d'atteintes, il restera à l'Empereur, pour achever leur désastre, à déchaîner contre eux sur la Méditerranée et l'Orient une tempête d'événements.

Pour lui, le roman de l'alliance était fini; dans cet accord, il ne voyait plus qu'une opération où il entendait soigneusement limiter ses risques et réaliser des bénéfices prévus et évalués à l'avance; ces résultats obtenus, il s'enfermerait chez lui, s'abstiendrait de toute entreprise extérieure, se retirerait en quelque sorte de l'Europe dans ses frontières mieux tracées et largement étendues.

Son ambition se tournait vers l'intérieur, et c'était là maintenant qu'il se cherchait des triomphes. De tout temps, le doux autocrate s'était proposé de marquer son règne par des innovations bienfaisantes, d'initier plus complètement son peuple à la civilisation européenne, de relever le niveau intellectuel et moral de toutes les classes, et où Pierre le Grand n'avait créé qu'une puissance, de faire une nation. Ce projet généreux avait enchanté sa jeunesse; plus tard, dans les années qui avaient suivi son avènement, il s'était composé un ministère secret, un conseil intime avec lequel il aimait à s'entretenir et à raisonner de la réforme; mais son ardeur spéculative n'avait abouti alors qu'à de rares et incomplètes mesures; c'était surtout pour lui le délassement d'autres travaux, un moyen de se reposer de la réalité dans le rêve. Il avait le cœur d'un réformateur, il n'en avait point le caractère: toujours, devant l'immensité et les difficultés de la tâche, ses résolutions avaient faibli; il lui avait manqué l'énergie nécessaire pour se mettre à l'œuvre et le courage d'entreprendre. Voici pourtant qu'un homme lui était apparu dans lequel il avait reconnu ses propres aspirations, mieux définies, plus précises, plus susceptibles de se traduire sous une forme concrète et tangible. À mesure qu'il connaissait davantage Spéranski et le rapprochait de lui, il sentait mieux que ce ministre sorti du peuple, étranger à tout esprit de caste, pourrait le compléter, devenir son secours et sa force. Ardent et mystique penseur, Spéranski avait de plus la faculté et le besoin d'agir, la vaillance allègre qu'il faut pour s'attaquer aux préjugés, pour guerroyer contre les abus, la persévérance dans l'effort et la volonté d'aboutir. Appuyé sur lui, Alexandre espérait réaliser l'œuvre à laquelle il mettait sa gloire. Dans les années qui vont suivre, il ne cessera d'élever Spéranski; sous le titre de secrétaire du conseil d'empire, il en fera une sorte de ministre universel, investi en tout du droit d'initiative et de proposition. Désormais, une étroite intimité de pensée, une parfaite unité de vues, une collaboration de tous les instants s'établissent entre le souverain et le ministre, et l'influence de Spéranski se retrouve dans tout ce qu'Alexandre conçoit ou exécute.

Spéranski n'avait qu'en politique intérieure le goût des expériences hardies et risquées; il poussait son maître à s'absorber dans les soins de l'administration et pensait que la Russie devait se régénérer elle-même avant de s'épandre au dehors. Il appréciait pourtant et voulait conserver l'alliance, mais il y voyait pour son pays moins un instrument de conquête qu'un moyen d'éducation. Par elle, il espérait nouer des rapports intellectuels entre les deux peuples, se mettre lui-même en mesure d'étudier nos lois, nos institutions, ceux qui en avaient été les auteurs, la nation enfin qui avait soulevé le monde par ses idées avant de le bouleverser par ses armes. À Erfurt, il s'était montré attentif, curieux, interrogateur: il eût voulu tout connaître de la France, de l'homme extraordinaire qui la gouvernait, et il essayait de s'assimiler, avec l'esprit des philosophes, la méthode de Bonaparte. Alexandre lui-même, moins ami de l'Empereur que par le passé, décidé à se raidir contre les exigences et les séductions de sa politique, restait son disciple convaincu, en ce qui concernait le gouvernement et l'ordre intérieur des États. Il demeurait sous l'impression des instants passés à Erfurt; le souvenir des paroles recueillies, des exemples donnés, des enseignements que Napoléon lui avait dispensés avec une verve prodigue, le recherchait et l'obsédait; il subissait encore l'ascendant et comme l'oppression de cette grande pensée. De là, chez le Tsar et son ministre, une propension invincible à se chercher en France des sujets d'étude et d'imitation; de là l'empreinte que portent leurs créations diverses, leur sénat, leur conseil d'empire, leurs institutions judiciaires, administratives, financières, scolaires, toutes d'origine napoléonienne, inspirées de l'esprit latin et brusquement implantées sur un sol mal préparé à les recevoir. À mesure qu'Alexandre s'éloigne moralement du conquérant, il s'attache à étudier de plus près en Napoléon le législateur, le constructeur d'État: il cherche à lui emprunter ses secrets, ses procédés, et, pour transformer la Russie, se met à l'école du glorieux despote qui a refait la France.

Tout entier à cette œuvre de réorganisation et de progrès, Alexandre n'avait qu'une crainte, c'était que les affaires de l'Europe, dont il entendait autant que possible se départir, vinssent le réclamer et le reprendre. Il n'échapperait pas à cette diversion si la guerre, confinée aujourd'hui en Espagne, se rapprochait de lui, se rallumait au centre du continent, entre la France et l'Autriche. Aussi désirait-il prolonger la paix en Allemagne, voyant en elle une condition indispensable de la tranquillité présente et de la sécurité à venir de la Russie. Non qu'il tînt pour bon et définitif le régime imposé à l'Europe: il le haïssait en secret, mais jugeait qu'aujourd'hui tout effort pour le modifier n'aboutirait qu'à l'aggraver, à faire peser plus durement sur tous la loi du vainqueur. Puis, l'entrée en campagne de l'Autriche le mettrait dans le cas de tenir les engagements défensifs qu'il avait contractés avec la France et au prix desquels il avait acquis la rive gauche du Danube. Il lui faudrait se soustraire à une obligation positive ou participer à de nouvelles spoliations, opter entre sa parole et sa conscience. Son vœu sincère était donc que l'Autriche s'apaisât. Seulement, persistant à s'abuser sur le caractère des armements exécutés dans cet empire, il n'y voyait que l'effet de la peur, l'affolement d'une nation qui se croit menacée et se met instinctivement en défense. Il restait convaincu qu'à la brusquer et à la malmener il ne gagnerait rien sur elle; il ne comprenait point qu'en se montrant disposé à la guerre, il s'épargnerait la douleur de la faire. Ayant tenu aux Autrichiens, à Erfurt, un langage empreint de bienveillance et de cordialité, il répugnait à changer de ton vis-à-vis d'eux et se persuadait toujours qu'il les déterminerait à désarmer, à abjurer toute pensée d'offensive, en leur répétant qu'il ne permettrait à personne de les attaquer.

Si la cour de Vienne continuait, malgré ces paroles réconfortantes, à provoquer le conflit, il l'avertirait amicalement et s'interposerait en médiateur officieux. Sans doute, elle ne refuserait point de confier ses intérêts et le soin de sa dignité au monarque qui l'aurait toujours ménagée, à celui qui aimait à se poser en arbitre chevaleresque des différends, en juge d'honneur entre les nations, et qui se piquait moins d'être le souverain d'un puissant État que le premier gentilhomme d'Europe. Dans tous les cas, il n'aurait recours à la menace qu'à la dernière extrémité; il craignait, s'il se prêtait trop tôt et trop docilement aux désirs de l'Empereur, de l'encourager lui-même à assaillir l'Autriche; il croyait devoir protéger cette puissance contre elle-même, contre ses propres emportements, mais surtout contre une ambition toujours en quête de proies nouvelles. Il agirait de même envers la Prusse. Sans armée, sans argent, sans frontières, cet État semblait dans l'impuissance de rien entreprendre, mais l'horreur même de sa situation, jointe à l'irritation des esprits en Allemagne, laissait parfois craindre de sa part quelque tentative désespérée. Alexandre ne pousserait pas plus à la rébellion la Prusse que l'Autriche; il lui recommanderait la patience, mais aurait pour elle des attentions, des douceurs, et lui laisserait comprendre qu'il ne tolérerait jamais son écrasement. Il conserverait ainsi les derniers restes de l'ancienne Europe; il s'assurerait des droits à la gratitude des deux puissances qu'il aurait peut-être à requérir un jour, si des conjonctures plus propices, impossibles à prévoir actuellement, lui fournissaient l'occasion de rétablir sur le continent l'équilibre des forces et la prédominance morale de la Russie; en attendant, il resterait l'allié de Napoléon, sans renoncer à se faire le consolateur de ses ennemis.

II

En quittant l'Empereur, Alexandre lui avait laissé son ministre des affaires étrangères, le comte Roumiantsof, l'homme d'État qui, après Spéranski, avait le plus de part à sa confiance et approchait le plus près de sa pensée. Roumiantsof devait s'établir à Paris pour quelque temps, afin d'y suivre conjointement avec notre ministre des relations extérieures M. de Champagny, la négociation de paix à laquelle avait été invitée l'Angleterre. Il précédait le nouvel ambassadeur de Russie, le prince Kourakine, désigné pour remplacer le comte Tolstoï, rendu à sa vocation militaire. En attendant Kourakine, Roumiantsof représenterait le Tsar à Paris, sans discontinuer ses fonctions ministérielles.

En lui, Napoléon voyait moins un intermédiaire avec les Anglais qu'un trait d'union avec la Russie. S'il réussissait à séduire Roumiantsof et à le capter, ne pourrait-il s'en servir pour gouverner et vivifier l'alliance? Il ordonne donc que tout soit mis en œuvre pour charmer le ministre voyageur, que le séjour de Paris lui soit rendu fertile en agréments, fécond en satisfactions, que tous ses goûts y soient caressés et flattés. Roumiantsof est épris d'art et de littérature, c'est un érudit et un curieux; il faut que nos musées, nos collections, nos établissements scientifiques s'ouvrent largement devant lui: il sera bon de lui en détailler les beautés, de lui en expliquer l'organisation; tout objet qu'il aura paru remarquer lui sera généreusement offert. Il a la passion des livres: on lui composera une bibliothèque d'ouvrages rares. L'Empereur veut qu'il se plaise à Paris, qu'il y prenne ses habitudes, qu'il y prolonge volontairement sa mission. Il l'y installe, le confie à ses ministres, le recommande à leur sollicitude, puis, après un rapide coup d'œil sur l'intérieur de l'Empire, va prendre au delà des Pyrénées le commandement de ses armées et les mettre en action.

De cet entretien, le secrétaire d'État français emporte la conviction que la cour de Vienne n'attend «que le moment d'oser». Attendra-t-elle ce moment, «comme les peureux», jusqu'à ce qu'il soit passé? C'est l'espoir du ministre, mais sa confiance dans un défaut d'énergie chez l'adversaire est démentie par d'autres rapports. Des observateurs placés sur les flancs de l'Autriche, nos agents à Trieste, en Bavière, en Saxe, signalent dans les provinces frontières des armements fiévreux, précipités, des préparatifs d'entrée en campagne. Déjà, dans toutes les parties de l'Europe, la diplomatie viennoise lève le masque, fait cause commune ouvertement avec les Anglais, et ce concert d'intrigues démontre que la maison d'Autriche, passée à la solde de nos ennemis, va exécuter en leur faveur une nouvelle diversion.

C'est qu'il n'a pas renoncé à s'aider de la Russie pour contenir et paralyser l'Autriche. Plus que jamais, il remarque que cette puissance écarte de ses prévisions l'hypothèse d'un concert effectif entre les deux empereurs. Faux calcul évidemment, puisque Alexandre a contracté à Erfurt des devoirs positifs et s'est obligé à nous secourir en cas d'attaque. Seulement, comme le Tsar n'a pas suffisamment manifesté ses intentions, l'erreur où l'on est à Vienne s'explique, demeure plausible, et c'est dans un doute persistant sur l'attitude finale de la Russie que Napoléon surprend toujours le secret de l'audace autrichienne.

À cet égard, la correspondance de Vienne fournissait des indices et des preuves. Andréossy, il est vrai, non plus que l'Empereur, ne pouvait connaître les motifs principaux qui fondaient la confiance de l'Autriche; il ignorait les propos d'Alexandre à Erfurt et les confidences traîtresses de Talleyrand. Mais, sans compter ces causes de rassurance, l'Autriche en avait d'autres, et celles-ci se montraient au grand jour. Entre la société de Pétersbourg, foncièrement hostile à la France, acharnée à ébranler l'œuvre de Tilsit, et l'aristocratie viennoise, il y avait communauté affichée de passions, de rancunes, d'espérances, accord pour l'intrigue, et la coalition des salons semblait précéder celle des gouvernements.

Pour déjouer ces menées, pour couper court à ces espérances, il suffisait pourtant qu'Alexandre, s'il était résolu à tenir ses engagements, s'en exprimât hautement, avec netteté, sur un ton qui n'admettrait ni contestation ni réplique; que la correction, l'énergie de son langage fît taire tous ceux, Autrichiens ou Russes, qui osaient préjuger sa déloyauté; qu'il s'affirmât à la fois maître chez lui et prêt à intervenir avec autorité hors de ses frontières, pour réprimer ou punir toute atteinte à la paix continentale. Napoléon revenait donc à l'idée, vainement poursuivie à Erfurt, d'obtenir d'Alexandre qu'il menaçât l'Autriche. Pour convaincre le Tsar, il disposait désormais d'arguments plus nombreux, plus frappants, fournis par les circonstances. Lors de l'entrevue, l'Autriche n'avait pas encore manifesté par des signes indiscutables sa volonté de combattre; un doute pouvait être légitimement conservé sur ses projets. Mais ce qui s'était passé à Vienne depuis Erfurt, les armements continués, le ton pris par la société, par le cabinet, tout, en un mot, ne prouvait-il pas jusqu'à l'évidence l'intention ferme et préconçue de faire la guerre? L'événement donnait raison à Napoléon contre les scrupules d'Alexandre, et il était difficile d'admettre que ce monarque, à le supposer de bonne foi, se refusât aujourd'hui aux démarches dont il avait naguère contesté l'utilité.

Ainsi, jouer de la Russie pour contenir et terrifier l'Autriche, telle redevient sa pensée dominante. À ce but convergent tous ses efforts, et certes n'est-ce point un médiocre sujet d'observation que de le voir, dans cette œuvre de politique préventive, devancer de soixante ans le plus redoutable adversaire que la France ait rencontré devant elle au cours de ce siècle, et en quelque sorte lui tracer la voie. À la veille de nos derniers désastres, en 1870, le ministre qui se fit l'incomparable artisan de la grandeur prussienne, prêt à s'engager contre nous, craignait que l'Autriche mal réconciliée, gardant au cœur l'amertume d'une défaite récente et d'un traitement rigoureux, ne se levât contre lui et ne mît la Prusse entre deux adversaires. Il comprit alors que la Russie, par sa proximité, par sa masse, par son aspect imposant, était mieux à même que quiconque d'exercer à Vienne une action paralysante; il obtint d'elle, en faisant luire à ses yeux le mirage de l'Orient, en la flattant d'avantages plus apparents que réels, qu'elle immobiliserait l'Autriche et la frapperait d'interdit; c'était exactement le rôle que Napoléon, usant de procédés identiques, avait essayé de suggérer au Tsar pendant l'entrevue d'Erfurt, qu'il lui proposait à nouveau en janvier 1809, et c'était à cette épreuve, renouvelée dans des circonstances plus critiques, plus pressantes, qu'il attendait et jugerait Alexandre.

III

Tandis que Napoléon, après trois mois de combats et de marches, ne s'arrachait à la guerre d'Espagne que pour organiser une campagne diplomatique, tandis que l'officier dépêché par lui traversait l'Allemagne pour porter à Pétersbourg le nouveau mot d'ordre de l'alliance, la cour de Russie continuait à s'enfermer dans une sereine et souriante immobilité. Alexandre témoignait invariablement sa gratitude pour les avantages qui lui avaient été promis à Erfurt et ne montrait pas trop d'impatience à les recueillir. Le seul point de son empire où se manifestât quelque activité était la frontière de Suède; de ce côté, les hostilités avaient recommencé, sans prendre un caractère soutenu de force et de vigueur; on parlait d'une expédition contre les îles d'Aland, d'une descente sur les côtes de Suède, mais l'une et l'autre restaient à l'état de projet. Sur le Danube, les lenteurs et le formalisme des Ottomans retardaient l'ouverture du congrès, dont le lieu avait été fixé à Jassy: en attendant l'issue de la négociation, les troupes russes, sous un chef octogénaire, le prince Prosarofski, se tenaient dans leurs cantonnements. Quant à l'Autriche, croyant lui avoir rendu le calme par ses avis, Alexandre jugeait inutile de réitérer ses démarches, se réduisait à une attitude passive, et sa diplomatie à Vienne, comme sa nombreuse infanterie sur le Danube, restait l'arme au pied.

Avant de rentrer dans leur capitale évacuée par nos troupes, Frédéric-Guillaume III et la reine Louise avaient pris le parti de rendre au Tsar les visites que ce prince leur avait faites en 1805 à Berlin et dernièrement à Kœnigsberg; ils s'étaient annoncés à lui pour janvier 1809. Il était difficile de savoir au juste de qui venait l'initiative de cette réunion: chacun se défendait de l'avoir prise et voulait avoir été provoqué. Quoi qu'il en fût, le Tsar se mit immédiatement en mesure de remplir les devoirs de l'hospitalité. Dès que Leurs Majestés Prussiennes eurent franchi la frontière, il leur fit présenter, comme l'annonce et le tribut de la Russie, un splendide cadeau de fourrures; il envoya ensuite ses équipages au-devant d'eux. Tandis que les voyageurs approchaient de la capitale, tout n'y était qu'apprêts de réception et de fêtes. Par un raffinement de délicatesse, avec cette élégance de procédés qui lui était habituelle, Alexandre voulait que le couple désolé, rendu par le malheur plus digne d'égards, trouvât dans ses États un accueil prévenant, magnifique, plus conforme à la grandeur passée des Hohenzollern qu'à leur fortune présente, et les souverains allemands allaient être traités à Pétersbourg comme si la Prusse eût gagné la bataille d'Iéna.

Cette réception faite aux victimes de l'Empereur ne laissait pas que de rendre la situation de son représentant passablement délicate. Caulaincourt la soutint en homme d'esprit et de tête. Loin de s'enfermer dans une réserve malséante, il se montra partout, mais ne perdit aucune occasion pour rappeler, pour affirmer l'absent, et pour mettre entre le Tsar et la Reine le souvenir de Napoléon.

Son premier soin fut d'affecter une rigueur intraitable sur le chapitre de ses prérogatives: dans toutes les circonstances où il eut à paraître avec des dignitaires russes ou étrangers, il n'admit d'autre rang que le premier. Il ne voulut pas être présenté à la Reine en tête du corps diplomatique, mais avant lui et seul; aux bals de cour, s'autorisant d'un précédent établi à Erfurt, il réclama, comme duc français, le droit de figurer aux danses d'apparat avant les princes allemands: sa prétention n'ayant pas été admise d'emblée, il s'excusa de danser et brilla par cette abstention. Ayant ainsi placé la France hors de pair, il put tout à son aise se montrer courtois, galant, magnifique, et contribua à faire aux hôtes d'Alexandre les honneurs de Pétersbourg.

Moins accessible que de coutume aux séductions de la Reine, Alexandre se laisserait-il ramener à la Prusse et détacher de Napoléon par des motifs d'un ordre moins intime?

En même temps, Alexandre écrivait à Roumiantsof pour le mettre au fait de ses intentions. Sa lettre était fort longue, «un volume», disait-il; tout entière de sa main, tracée au crayon suivant son habitude, elle découvre le fond même de sa pensée; elle révèle son désir plus vif que jamais d'éviter la guerre, son désaccord avec Napoléon quant aux moyens de la prévenir, sa méprise persistante sur les dispositions réelles de l'Autriche, en un mot sa bonne foi et son erreur.

Alexandre fait ensuite à Roumiantsof le récit de ses premières conversations avec le prince de Schwartzenberg, arrivé récemment à Pétersbourg. L'entrée en matière de cet envoyé n'a pas laissé que d'être inquiétante: levant en partie le voile sur les projets de sa cour, il a fait entendre «que l'Autriche ne pouvait rester sur le pied où elle était, et qu'on pouvait mettre en question s'il ne valait pas mieux courir les chances d'une nouvelle guerre que de rester dans cet état de crise et d'anxiété». À cet aveu, le Tsar a répondu que l'Autriche devait «choisir entre des revers inévitables et des dangers peut-être imaginaires». Napoléon est invincible; se heurter volontairement à lui, c'est courir à la ruine. D'autre part, Napoléon ne veut pas la guerre; on le sait à Pétersbourg, et Alexandre s'est porté fort de cette intention pacifique, sans y croire absolument. Il a promis d'aller au secours de l'Autriche, si celle-ci était attaquée, mais n'a point caché ses engagements défensifs avec la France et s'est déclaré résolu à les tenir.

CHAPITRE II

RUPTURE AVEC L'AUTRICHE

Retour de Napoléon à Paris.--Son humeur.--Disgrâce de Talleyrand; effet produit en Russie par cette mesure.--Relations clandestines de Talleyrand avec l'empereur Alexandre.--Napoléon juge que la guerre avec l'Autriche se rapproche.--La Russie marchera-t-elle?--Représentants de cette puissance à Paris.--L'ambassadeur prince Kourakine; sa loyauté, son insignifiance politique et ses ridicules.--Le comte Nicolas Roumiantsof.--Conversations véhémentes de l'Empereur avec ce ministre.--Légère détente.--Napoléon se reprend à l'espoir d'immobiliser l'Autriche et requiert à nouveau le concours diplomatique de la Russie.--La grande démarche.--Conséquences irréparables de la guerre d'Espagne.--Rôle de Metternich.--Roumiantsof se dérobe et quitte la place.--L'Autriche dévoile bruyamment ses dispositions offensives.--Caractère national de la guerre.--Pressants appels de Napoléon à la Russie.--Perplexités d'Alexandre.--Procédés évasifs.--Propos de table et conversations d'affaires.--Événements de Turquie et de Suède.--Irruption des Autrichiens en Bavière.--Duplicité d'Alexandre; ses déclarations en sens contraire à Caulaincourt et à Schwartzenberg.--Il s'arrête au parti de ne faire à l'Autriche qu'une guerre illusoire et fictive.

I

À Paris, Kourakine avait été envoyé pour représenter plutôt que pour traiter: il avait été choisi à raison de son immense fortune, qui lui permettrait de tenir fastueusement son rang, à raison aussi de sa docilité inerte. Malgré ses préventions renaissantes, il ferait de son mieux pour répondre à la pensée de Tilsit, pour plaire à Napoléon. Malheureusement, sa lenteur d'esprit et de corps, son défaut absolu d'initiative, sa bonhomie somnolente, le rendaient totalement impropre à comprendre un souverain qui était l'activité, le mouvement même, à suivre et à servir une volonté de feu.

Le comte Roumiantsof lui offrirait-il de plus sérieuses ressources? Cet homme d'État, par sa longue expérience des affaires, par sa finesse d'esprit et sa largeur de vues, justifiait en bien des points la confiance que lui témoignait son maître. En politique, ses préférences étaient connues. De tout temps, il avait cru que la Russie et la France, par leur position topographique, par le parallélisme de leurs intérêts, étaient faites pour s'entendre et s'unir; dans le système de Tilsit, il ne voyait que la mise en application d'un principe général; c'était le théoricien de l'alliance. Il la chérissait d'ailleurs comme son œuvre, et lorsqu'il lui voyait produire des résultats tels que la réunion des Principautés, il s'applaudissait de cet état florissant avec un orgueil de père. En Napoléon, il reconnaissait un des plus extraordinaires phénomènes qui eussent traversé le cours des siècles. Son vœu le plus cher eût été de capter et d'apprivoiser cette force, pour la faire servir à l'intérêt russe; mais il n'approchait d'elle qu'avec précaution, avec une sorte de terreur, craignant ses emportements et ses fougues. Les allures de la politique impériale le déconcertaient, habitué qu'il était à la marche plus lente, aux procédés plus délicats de l'ancienne diplomatie, et lui aussi, sans se séparer de Napoléon, ne le suivait plus que d'un pas traînant et parfois tremblant.

Nonobstant cette réserve, l'Empereur n'était jamais allé aussi loin dans ses tentatives pour comprimer le conflit, puisqu'il offrait de s'interdire à perpétuité l'offensive, sous peine de mettre contre lui ses alliés mêmes et de trouver la Russie derrière l'Autriche. Le tort de sa proposition était de comporter pour cette dernière une humiliation qui ne pouvait être acceptée. Ce qu'il s'agissait de demander à l'Autriche, c'était de livrer ses armes, de renoncer à tout moyen de se faire respecter par elle-même, pour s'en remettre à la parole de ses deux puissantes voisines et ne plus exister que sous leur bon plaisir. Sa puissance et sa fierté renouvelées ne lui eussent point permis de se placer dans une position aussi manifeste d'infériorité et de dépendance, d'accéder à un désarmement sans réciprocité: elle n'admettait et ne cherchait plus de garantie qu'en elle-même, dans ses forces démesurément accrues, dans le mouvement national qu'elle avait fomenté, depuis que notre mainmise sur l'Espagne avait réveillé ses craintes et surexcité ses passions. En vain Napoléon, s'insurgeant contre les conséquences de sa faute, s'efforce-t-il une dernière fois de leur échapper; il les retrouve partout devant lui et ne réussira plus à les écarter de son chemin. La guerre qu'il a suscitée le précipite dans celle qu'il souhaite d'éviter, et l'acte fatal qui a faussé toute sa politique, le mettant aux prises avec des difficultés auxquelles il n'est plus de solution pacifique et normale, le condamne partout à poursuivre, à vouloir, à exiger l'impossible.

À supposer pourtant que la démarche proposée fût susceptible de quelque effet, qu'elle pût produire à Vienne un moment d'hésitation et d'arrêt, ouvrir la voie aux pourparlers et conduire à un arrangement, c'était à la condition que la Russie s'emparerait sur-le-champ de notre idée et y conformerait son langage. Avec raison, Napoléon tenait essentiellement à ce que les premières paroles vinssent d'Alexandre. L'Autriche avait placé jusque-là son espoir dans la faiblesse de ce monarque, elle l'y mettait encore, d'après des témoignages périodiquement renouvelés: c'était de Pétersbourg que devait venir à son adresse l'avertissement suprême, la sommation qui la désabuserait et ne lui laisserait d'autre refuge que la sécurité dans la soumission. Le vœu de Napoléon était donc que Roumiantsof adoptât de suite le projet français, qu'il le transmît et le recommandât chaleureusement à Pétersbourg, qu'il déterminât le Tsar à prendre l'initiative de la négociation et à l'appuyer par une grande démonstration militaire. Roumiantsof lui-même, restant parmi nous, aurait à y agir d'urgence: Champagny et lui se feraient vis-à-vis de l'Autriche un langage commun, tout de fermeté et de vigueur. Puisque la présence du comte à Paris rapprochait pour ainsi dire les deux cabinets, on devait en profiter pour imprimer à leurs mouvements une extrême promptitude, pour établir entre tous leurs actes la concordance, la simultanéité parfaites que l'éloignement des capitales rendait d'ordinaire difficiles à obtenir.

Subissant de la sorte des impressions diverses et successives, le vieux ministre n'arrive pas à voir clair dans la situation, à se former un jugement, à démêler qui veut la guerre, qui se prépare à attaquer; aussi s'abstient-il de tout acte susceptible d'engager son gouvernement et surtout de compromettre sa personne. Il conteste d'abord l'utilité, l'urgence de la «grande démarche»; il perd ainsi plusieurs jours, alors que toute heure a son prix et laisse l'Autriche s'aventurer davantage dans la voie où elle s'est jetée. Il transmet enfin à Pétersbourg les propositions impériales, mais n'y ajoute pas un mot d'approbation ou de commentaire. Il se dérobe à toute initiative, se refuse au rôle de première ligne que Napoléon voudrait lui faire jouer. Pour éviter la crise que tout retard précipite, il s'en remet au temps, se confie à l'avenir, au hasard, cette Providence des irrésolus. La politique russe, qu'il se trouve appelé par sa présence auprès de Napoléon à représenter avec autorité ou plutôt à faire, flotte ainsi sans direction; elle paraît par moments s'acheminer dans une voie, puis s'arrête, revient sur ses pas, s'attarde en d'inutiles détours et aboutit au néant.

L'Autriche se démasquait plus tôt que Napoléon ne l'avait pensé; étonné de cet affolement, il se demandait encore si elle soutiendrait jusqu'au bout son audace, dépasserait ses frontières, se ferait matériellement l'agresseur, si tout ce tapage n'était pas un moyen de provoquer une attaque et de s'en épargner l'odieux. Quoi qu'il en soit, il prend aussitôt ses dispositions de combat. Jusqu'à présent, pour enlever aux Autrichiens tout sujet d'alarme trop positif, il n'a ordonné en Allemagne aucune mesure de préparation immédiate; nos corps de l'armée du Rhin restent disséminés sur de vastes espaces, les contingents bavarois, wurtembergeois, saxons, sont organisés, sans être réunis; Napoléon a des forces en Allemagne et n'a point d'armée; pour la première fois depuis le début de ses campagnes, il est en retard sur l'adversaire. Mais son activité magique pare à tout et supplée à l'insuffisance du temps. Prompte comme l'éclair, sa volonté fait de toutes parts naître le mouvement; en quelques jours, il complète, grossit, approvisionne, met en marche, rapproche les corps français ou alliés, pousse Davoust sur Bamberg, Oudinot sur Augsbourg, Masséna sur Ulm, et la proximité de ces points permettra d'opérer une concentration générale, dès que le plan de l'ennemi se sera clairement dévoilé, et d'opposer à l'archiduc une masse d'hommes assez forte pour lui barrer le chemin de la vallée du Rhin. En Italie, l'Empereur range l'armée du prince Eugène sur la rive droite de l'Adige; dans l'Allemagne du Nord, sur le flanc de l'Autriche, il rassemble les Saxons, les Polonais, en fait le 9e corps de notre armée, leur donne mission de couvrir Dresde et Varsovie. En même temps, au delà de l'Autriche ennemie, il cherche la Russie alliée et l'appelle aux armes.

Ce ne sont plus des paroles, ce sont des actes qu'il réclame d'Alexandre; l'instant est venu où les alliés de Tilsit et d'Erfurt doivent combiner éventuellement leurs opérations militaires et dès à présent leurs mouvements de troupes. Pour déterminer la Russie à se mettre en position de le secourir, Napoléon multiplie les efforts. Les dépêches ministérielles à Caulaincourt se succèdent désormais sans interruption: le 5 mars, puis le 11, le 18, le 22, le 23, le 24, le 26, le 29, Champagny signale à l'ambassadeur l'urgence d'obtenir des mesures promptes, sérieuses et retentissantes; l'Empereur écrit lui-même au Tsar, il écrit plus longuement à Caulaincourt; par l'intermédiaire de cet agent, il réclame un échange de vues entre les deux cours sur les moyens de concerter leur action et demande que l'on arrête dès à présent un plan de campagne.

II

Les appels de Napoléon, s'autorisant de promesses vingt fois répétées, se confondaient avec la voix même de l'honneur militaire et de la probité politique. Seulement, l'Empereur était-il fondé à invoquer ces grandes lois, après avoir lui-même, au cours de l'année précédente, par les détours et les ambiguïtés de sa conduite, enfoncé le doute et le soupçon au cœur d'Alexandre? Dans le cas présent, le Tsar était trop incertain pour nous accorder du premier coup ou nous refuser son concours. Il obéit à une tendance propre aux esprits irrésolus et qui les porte à s'épargner l'embarras d'une décision en la retardant le plus possible. Cette guerre avec l'Autriche qui choque sa conscience, sa politique, qu'il fera à contre-cœur, si les circonstances l'y obligent expressément, il répugne encore à l'admettre comme inévitable et à s'y préparer; c'est une hypothèse importune dont il préfère détourner ses regards. Il se dérobe donc, fuit devant le parti à prendre, et use à son tour de diplomatie dilatoire. Naguère, Napoléon lui a fait longuement attendre une concession positive aux dépens de la Turquie: il a remis et ajourné la Russie de mois en mois. Alexandre trouve aujourd'hui sa revanche et reprend à son compte le jeu justement reproché à son allié, en se servant, il est vrai, de procédés tout autres. Pour se soustraire à une décision prématurée, Napoléon employait des moyens à son image, surprenants et grandioses, suscitait d'éblouissants prestiges, parlait de partager l'Orient et de remanier l'univers. Pour réserver une détermination qui lui coûte, Alexandre raffine l'art des petits moyens, celui des compliments et des phrases; il s'y montre inventif, excellent, inimitable: il y met du génie.

À ce moment, ses rapports avec notre ambassadeur sont curieux à observer. Plus que jamais, M. de Caulaincourt est traité au Palais d'hiver en ami, en commensal préféré. Deux ou trois fois la semaine, il dîne chez Sa Majesté, partageant cet honneur avec le petit groupe d'intimes qui compose la société habituelle et privilégiée du Tsar. Pendant la réunion, Alexandre saisit toutes les occasions de célébrer Napoléon et la France; il vante son attachement à l'alliance, son désir de la maintenir inébranlable, d'en remplir toutes les obligations, et ces politesses sans conséquence lui sont un moyen de préparer et de faciliter la tâche qui s'imposera à lui tout à l'heure, dans son cabinet, lorsqu'il se retrouvera seul à seul avec Caulaincourt et devra résister doucement à cet ambassadeur réclamant un concert effectif de mesures. Plus ses entretiens d'affaires deviennent vagues et équivoques, plus ses propos de table sont empreints de cordialité, féconds en remarques obligeantes, en effets délicatement ménagés, et il organise à l'adresse de la France toute une série de démonstrations intimes, flatteuses, caressantes, destinées à masquer le vide de ses intentions.

«--Je veux encore croire que la paix est possible», telle fut en substance la réplique d'Alexandre. Et il développa ce thème longuement, contre toute évidence, ajoutant que le cabinet de Vienne n'avait pas répondu expressément à l'offre de la double garantie, et que cette démarche suprême pouvait changer ses résolutions. Au reste, s'il fallait combattre, l'Empereur le trouverait prêt; la Russie ne serait pas en retard, mais se livrer dès à présent à des mouvements guerriers pourrait nuire au but pacifique que les souverains se proposaient tant à Paris qu'à Pétersbourg. Il parlait aussi de ses embarras, des trois guerres qu'il avait à soutenir, celles de Suède, d'Angleterre et de Turquie, et à cet égard de récentes circonstances ne le laissaient point à court d'arguments. En Orient, la négociation avec la Turquie s'était rompue sur une question qui intéressait la France plus encore que la Russie; le cabinet de Pétersbourg avait exigé, comme condition préalable de la paix, que la Porte renonçât aux bons rapports récemment rétablis avec les Anglais et expulsât de Constantinople leur chargé d'affaires; les Turcs n'ayant point souscrit à cette exigence, le congrès de Jassy s'était séparé; il fallait recommencer une campagne sur le Danube et obtenir par la force l'abandon des Principautés. Contre la Suède, la Russie avait dû pousser vivement les hostilités, le gouvernement de Stockholm ne manifestant aucun désir de paix, et même porter au delà du golfe de Bothnie une partie de son armée. Au Nord comme au Sud, elle avait à combattre et à faire front; ses deux ailes restaient engagées, ce qui ne lui permettait point de garnir le centre autant qu'elle l'eût voulu et de peser dès à présent sur l'Allemagne.

Pendant plusieurs semaines, des scènes analogues se répétèrent, à quelques jours d'intervalle. En manière de simple conversation, Alexandre donne toujours les meilleures assurances; puis, dès que l'on en vient au positif, aux moyens pratiques d'organiser la diversion russe, ses belles résolutions se fondent, s'évanouissent, ce qui ne l'empêche point de reprendre le lendemain la suite de ses prévenances.

En persistant dans ce jeu évasif, il semblait qu'Alexandre voulût se laisser surprendre par l'événement. Son but, s'il était tel, fut pleinement rempli. Le 9 avril, avant qu'un plan de campagne eût été même ébauché entre la France et la Russie, avant que le Tsar eût fait connaître exactement le nombre, l'emplacement, la destination de ses troupes, les Autrichiens franchirent l'Inn et se répandirent en torrent sur la Bavière. Le même jour, l'archiduc Jean violait avec son armée le territoire italien; au Nord, l'archiduc Ferdinand entrait avec cinquante mille hommes dans le grand-duché et l'aigle autrichienne apparaissait sur le chemin de Varsovie. Sans garder le souci des apparences, sans alléguer un grief personnel, sans même déclarer la guerre, l'Autriche la commençait à ses risques et périls et jouait son existence dans une suprême partie.

Caulaincourt requit aussitôt et officiellement la coopération russe, en vertu des conventions de Tilsit et d'Erfurt. De son côté, Schwartzenberg se livrait à de dernières tentatives, manœuvrait tous les ressorts de l'intrigue, mettait en mouvement les salons, les femmes, faisait agir à la fois la mère et la favorite d'Alexandre. La société entière, se levant en tumulte, circonvenant l'Empereur, le suppliait de garder au moins la neutralité et de ne point prendre les armes contre la puissance qui se faisait le champion de l'indépendance européenne.

Alexandre devait enfin se prononcer; cette nécessité tant redoutée, si obstinément éludée, s'imposait à lui et venait le saisir. Il lui fallait se résoudre, mais le choix lui restait entre plusieurs partis. À vrai dire, la parole donnée ne lui en permettait qu'un: combattre immédiatement avec la France et nous aider de tout son pouvoir. On ne saurait toutefois refuser à sa perplexité de sérieux motifs: ses scrupules et ses craintes étaient légitimes. Cette guerre qu'il n'avait su ni prévoir ni prévenir, tout en s'obligeant à y participer, lui était à bon droit odieuse: elle risquait d'entraîner des résultats funestes à l'Europe, à la Russie, particulièrement funestes à l'alliance. Si l'Autriche justifiait par sa conduite toutes les sévérités, son effondrement total, sa destruction n'en serait pas moins une calamité générale et un malheur pour tous. La disparition de cette antique monarchie ouvrirait au centre du continent un abîme que rien ne saurait combler et achèverait de déséquilibrer l'Europe. Les États qui se composeraient avec les débris du vaincu, débiles et inconsistants, devant tout au vainqueur, ne seraient plus que les postes avancés de la domination française; chacun de nos vassaux voudrait sa part de l'Autriche mise à sac; en particulier, le duché de Varsovie réclamerait et obtiendrait vraisemblablement la Galicie; cette extension équivaudrait au rétablissement de la Pologne, et de tous les changements à craindre, c'était celui qu'Alexandre appréhendait avec le plus de persistance et d'effroi. Dans tous les cas, la Russie se sentirait à découvert, directement exposée au choc de l'ambition napoléonienne, dès que l'Autriche ne s'élèverait plus en masse compacte au devant de sa frontière. Pour que la Russie pût vivre tranquille, pour qu'elle pût demeurer notre alliée, il était nécessaire qu'un État puissant continuât de séparer les deux empires et de faire contre-poids à la France démesurément accrue. Par une rencontre extraordinaire, Alexandre Ier, constitué ennemi de l'Autriche en vertu d'engagements formels, ne devait rien craindre autant, dans le combat à livrer, que l'écrasement trop complet de l'adversaire, et il était naturel qu'il songeât à se prémunir contre un tel péril. On eût donc conçu qu'avant de s'engager dans la guerre, il eût pris ses précautions, formulé ses réserves, demandé à Napoléon la promesse de ne point abuser de la victoire et de n'en point tirer des conséquences fatales à l'ordre européen, destructives de la sécurité russe.

L'ambassadeur.--«Je suis absolument sous le canon de Votre Majesté.

L'Empereur.--«Celui-là ne tirera que pour vous.

L'ambassadeur.--«Je n'en ai jamais douté, Sire; mais comme les ambassadeurs aiment les traités, je voulais en proposer un à l'amiral de Votre Majesté. (Un yacht de la marine impériale russe était mouillé sur la Néva en face de la maison qu'occuperait Caulaincourt.)

L'Empereur.--«Je vous offre ma garantie, l'acceptez-vous? Vous ne ferez pas comme les sots qui la refusent et qui s'en mordront les doigts.

Ainsi, non content de proposer à l'Autriche un combat fictif, où l'on éviterait mutuellement de s'atteindre et de se blesser, Alexandre promettait de reculer cette démonstration vaine: il ne contrarierait point nos ennemis dans leurs premières opérations et les laisserait profiter de leur avance. Est-ce à dire qu'il n'attendît qu'une victoire de l'archiduc Charles pour prononcer sa défection, se retourner contre l'Empereur et porter le dernier coup au colosse ébranlé? Sa pensée paraît avoir été moins simple, moins perfide, surtout moins arrêtée. Profondément troublé et déconcerté, n'apercevant de toutes parts que difficultés et périls, il arrivait à l'extrême de la duplicité par l'incertitude; désirant que Napoléon fût contenu et refréné, le craignant trop d'autre part pour se détacher ouvertement de lui et braver sa colère, souhaitant des succès aux Autrichiens et n'y croyant pas assez pour se prononcer en leur faveur, reconnaissant malgré tout quelque utilité à l'alliance française, dont il n'avait pas encore recueilli tous les fruits, il demeurait sur place, immobilisé par des tendances contradictoires. Il s'écartait des événements, sans renoncer toutefois à profiter de leurs indications; peut-être se flattait-il, si la lutte se prolongeait avec des alternatives diverses, d'intervenir avec autorité entre des adversaires également épuisés. Il essayait, en un mot, de réserver l'avenir et ne faisait que le compromettre. Aussi bien, en s'enfermant dans une neutralité déguisée, qui n'avait même point le mérite de l'abstention franche et nette, il s'ôtait tout droit à la reconnaissance, à la considération de l'une et l'autre partie: il s'enlevait la faculté de poser des conditions au vainqueur, quel qu'il fût, s'interdisait d'influer sur les résultats de la guerre et se condamnait à les subir: il se mettait à la merci des événements, au lieu de participer à leur direction.

Tout d'abord, par la lenteur et l'hésitation de ses mouvements, il va porter une atteinte irrémédiable à l'alliance sans servir avec efficacité la cause européenne, indigner Napoléon sans sauver l'Autriche, car l'instant n'est pas venu où le conquérant doit rencontrer le terme de ses triomphes, et, pour le mettre en échec, il faudra plus que l'effort isolé d'une puissance. Si l'Autriche est fortement armée, pleine d'ardeur, embrasée de nouvelles et plus généreuses passions; si beaucoup de nos vieux régiments, dispersés en Espagne, nous manquent sur les bords du Danube, la supériorité du commandement supplée à tant de désavantages, et Napoléon, même sans l'armée d'Austerlitz et d'Iéna, va continuer de vaincre. Déjà il est en Allemagne, au milieu de troupes électrisées par sa présence; Davoust, Lannes, Masséna sont auprès de lui, et d'incomparables hauts faits, détournant nos regards d'une politique équivoque, nous ramènent pour un temps en pleine épopée.

CHAPITRE III

LA COOPÉRATION RUSSE

Premiers et foudroyants succès de notre armée d'Allemagne: Napoléon à Vienne.--Immobilité des Russes.--Composition de leur armée; le prince Serge Galitsyne.--Causes de leur inaction; responsabilités respectives.--Prétextes allégués.--Instances de Caulaincourt; ses moyens de persuasion; parallèle entre la France conservatrice et l'Autriche révolutionnaire.--L'ordre de marche indéfiniment retardé.--Effets désastreux de cette mesure pour la Russie elle-même et pour l'alliance.--L'archiduc Ferdinand à Varsovie.--Poniatowski se jette en Galicie.--Insurrection de cette province.--Agitation dans les provinces russes limitrophes.--Réveil de la question polonaise.--Émotion à Pétersbourg.--Langage de Roumiantsof et d'Alexandre.--Réplique de Caulaincourt.--Scène d'attendrissement.--Essling.--Paroles d'Alexandre sur le maréchal Lannes.--Impression produite sur Napoléon par l'inertie des Russes.--Lettre remarquable du 2 juin 1809.--L'alliance entre dans une phase nouvelle.--Défaut réciproque de sincérité.--Napoléon réserve le sort de la Galicie.--Il se dispose à une lutte décisive.--Entrée en scène de l'armée russe.--Extrême lenteur de ses mouvements.--Le général Souvarof laisse reprendre Sandomir sous ses yeux.--Indignation de Napoléon.--Caractère des opérations russes en Galicie.--Jeu convenu entre les deux quartiers généraux.--Querelles entre Polonais et Russes.--Wagram.--Scènes de Cracovie.--État des esprits à Pétersbourg: exaspération des salons.--Alexandre accentue son langage.--Première note au sujet de la Pologne: la question officiellement posée.--Armistice de Znaym.--Droits acquis par les Polonais et ménagements dus à la Russie.--Problème qui se pose devant Napoléon au lendemain de Wagram.

I

En se jetant sur la Bavière avec toutes ses forces, l'archiduc Charles avait espéré saisir notre armée en flagrant délit de formation et lui infliger un désastre. Conçu avec audace, ce plan fut exécuté avec timidité: la présence seule de l'Empereur, dès qu'elle était connue, déconcertait et paralysait ses adversaires, en leur faisant craindre à tout moment quelque accablante surprise. En face d'envahisseurs qui hésitent et tâtonnent, bien servi lui-même par le sang-froid et l'intelligence de ses lieutenants, Napoléon réussit à opérer sa concentration sous le feu de l'ennemi; ce résultat obtenu, il frappe sur la ligne autrichienne un premier coup, qui la rompt et la brise. Il sépare le centre de la gauche, repousse cette dernière à Abensberg, à Landshut, la rejette sur Augsbourg et l'Inn; se retournant alors contre la masse principale, où se tient l'archiduc Charles, il l'enferme entre Davoust et Lannes, la serre dans cet étau, lui tue ou lui prend vingt mille hommes à Eckmühl, la poursuit dans Ratisbonne et ne lui laisse d'autre refuge que les montagnes de la Bohême. Il s'assure ainsi la rive droite du Danube, enlève aux ennemis leur base d'opérations, les écarte violemment de la route de Vienne, s'y jette à leur place, et cette bataille de cinq jours, commencée pour repousser une attaque, se termine par une foudroyante offensive. Vainement les corps autrichiens s'efforcent-ils, par de longs détours, de se rejoindre et de nous précéder en avant de Vienne, ils sont partout prévenus et interceptés; l'un d'eux arrive à temps pour nous disputer le passage de la Traun, il est à demi détruit dans l'affreux combat d'Ebersberg, et la capitale des Habsbourg, isolée, enveloppée, canonnée, n'a plus qu'à succomber et à recevoir son vainqueur. Sans doute, la querelle n'est pas définitivement tranchée. Sur la rive gauche du Danube, en arrière de Vienne, l'armée du prince Charles se rallie et reprend sa cohésion; en Tyrol, en Italie, en Pologne, sur tous les points où Napoléon ne commande pas en personne, les Autrichiens ont gagné du terrain et remporté des succès; la Prusse s'agite, une partie de ses troupes déserte pour se mettre spontanément en campagne, se former en bandes d'insurgés et commencer la guerre de partisans; un soulèvement général de l'Allemagne reste à craindre. Néanmoins, établi au centre de la monarchie autrichienne, Napoléon presse et étreint son principal adversaire, sans l'avoir mis hors de combat, et contient tous les autres. Le 18 mai, un mois après l'ouverture des hostilités, il couche à Schœnbrunn. À la même date, les Russes n'avaient pas encore dépassé leur frontière.

Lorsqu'il sut enfin que l'archiduc Ferdinand avait envahi le grand-duché avec cinquante mille hommes, son langage changea: il parla de quinze jours pour que la Russie pût entrer en campagne, et bientôt les prétextes d'ajournement de se succéder, variant à l'infini, spécieux ou étranges. C'étaient la saison mauvaise, le dégel tardif, les pluies persistantes qui retenaient les troupes dans leurs camps; le débordement des rivières contrariait leurs premières marches; le prince Galitsyne n'avait pas eu le temps de rejoindre son quartier général; on avait dû lui laisser quelque délai et s'incliner devant un motif respectable: il mariait son fils. Au surplus, ajoutait Alexandre, il fallait compter avec les mœurs, les habitudes du pays; rien ne se fait vite en Russie; tout y est lent, compliqué, pénible; quoi d'étonnant si cette pesante machine éprouve quelque difficulté à se mettre en mouvement, si ses allures incertaines contrastent avec la rapidité foudroyante des opérations qui se mènent en Allemagne?

Pour le déterminer au moins à agir par ses troupes, notre ambassadeur invoquait toujours les engagements pris, la parole donnée; il montrait l'honneur du Tsar intéressé à ne point laisser Napoléon supporter seul le premier choc des ennemis. Lorsqu'il eut épuisé ses arguments ordinaires, il en trouva d'autres, neufs et inattendus; il présenta sous une forme originale la situation de l'Europe et les devoirs qui en résultaient pour l'autocrate de Russie.

Suivant lui, à y regarder de près, la guerre qui s'engageait n'était que la continuation de la lutte ouverte depuis dix-sept ans entre les principes d'ordre, de conservation sociale, et les passions subversives, avec cette différence que les rôles étaient totalement intervertis et que Napoléon se faisait le défenseur de tous les gouvernements contre l'Autriche passée corps et âme à la révolution. Par haine et par ambition, cette puissance avait repris les errements si fort reprochés à la France en 1792 et versé dans le jacobinisme. En voulait-on la preuve, on n'avait qu'à lire ses manifestes au peuple allemand et aux Tyroliens, ses appels incendiaires, à considérer ses efforts pour s'entourer d'insurrections, pour propager le feu de la révolte. D'ailleurs, ne conspire-t-elle pas de longue date avec les factieux de tous pays, en favorisant dans toutes les cours, à celle de Russie notamment, les menées de l'opposition mondaine? À cette heure, les pires révolutionnaires ne sont plus dans la rue, ils sont dans les salons; ce sont ces esprits chagrins, mécontents, qui lèvent la tête contre l'ordre légalement établi, prétendent ressusciter un passé à jamais aboli et s'obstinent à poursuivre leur chimère au prix des plus violents déchirements. En faisant alliance avec eux, la cour de Vienne sape tous les pouvoirs existants et ne tend à rien moins qu'à une perturbation générale.

Cette inertie voulue, conforme aux assurances données à l'Autriche, était plus qu'une infraction à la foi jurée; c'était la faute la plus lourde que la Russie pût commettre, à ne considérer que ses intérêts propres. Aussi bien, ce qu'elle redoutait avec raison de la guerre actuelle, c'était que cette crise ne déterminât ou ne préparât le rétablissement de la Pologne, par la réunion de la Galicie au duché de Varsovie. À la nouvelle de nos triomphes, la Galicie, province polonaise, attribuée à l'Autriche dans les partages, sentirait renaître en elle l'esprit d'indépendance et de nationalité; elle s'insurgerait, pour peu qu'on lui en laissât le temps et la faculté; elle tendrait les bras à ses frères du grand-duché, les accueillerait, les appellerait sur son territoire; la jonction de ces deux parties d'un peuple divisé se ferait d'un élan spontané, à la faveur de la lutte, et Napoléon vainqueur, trouvant un État déjà reconstitué, n'aurait plus qu'à consacrer le fait accompli: il aurait moins à recréer qu'à reconnaître la Pologne. Le danger était réel pour la Russie, mais il dépendait d'elle de le conjurer en prenant l'initiative d'une intervention en Galicie, en y faisant acte de présence et d'autorité, et les circonstances, la configuration des lieux, la manière dont s'engageaient les hostilités dans le Nord, lui facilitaient singulièrement cette tâche.

La Galicie autrichienne, plus étendue à cette époque qu'elle ne l'est aujourd'hui, occupant les deux rives de la Vistule, bordait la frontière de Russie sur une longueur de cent cinquante lieues. Entre les deux pays, point de forteresses, point de rivières, aucun obstacle qui pût arrêter les troupes impériales. De plus, en débouchant de la Galicie pour se porter contre le grand-duché, situé au nord et à l'ouest de cette province, l'archiduc Ferdinand avait dû en retirer la meilleure partie de ses troupes; il l'avait abandonnée à elle-même, n'y laissant que des détachements isolés et de rares garnisons; en fait, il la livrait aux Russes, auxquels il tournait le dos pour marcher sur Varsovie. Le prince Galitsyne n'avait qu'à avancer pour occuper la Galicie sans coup férir, pour prendre ensuite l'armée de l'archiduc en flanc ou à revers, pour lui faire payer cher son audace et, tout en rendant un service signalé à la cause commune, assurer la sécurité de la Russie contre les risques de l'avenir. Entré le premier en Galicie, avant que les troupes du grand-duché, obligées d'abord à la défensive, aient eu le temps d'y pénétrer, il s'en saisirait au nom du Tsar; il serait libre d'y comprimer toute manifestation de l'esprit polonais, de confier la province à la garde jalouse de ses troupes et de la placer sous séquestre. S'étant nantie par provision et ayant mis la main sur l'objet du litige, la Russie pourrait, au moment de la paix, en régler l'attribution définitive, disposer de sa conquête, la restituer aux Autrichiens ou se la faire adjuger en toute propriété. Agir vite, sans hésitation, était donc pour elle non seulement le parti le plus conforme à ses engagements, mais le moins compromettant et le plus sur, et de sa part cette loyauté serait prudence. Au contraire, en retenant indéfiniment ses troupes sur sa frontière, elle s'interdisait de peser sur les destinées ultérieures de la Galicie; elle laissait le champ libre aux Polonais pour l'y devancer, leur permettait de chercher dans le soulèvement de cette province une diversion à l'attaque autrichienne, et s'effaçant devant des alliés dont elle suspectait à bon droit les intentions, leur abandonnait maladroitement le premier rôle.

Le bruit de cette effervescence arriva promptement à Pétersbourg; il y répandit un trouble et un effroi inexprimables. Le péril tant redouté, vaguement aperçu jusqu'alors à travers les brumes de l'avenir, se rapprochait, se précisait; le fantôme devenait réalité, et au contact de la Pologne reprenant forme et figure, la Russie se sentit atteinte dans ses intérêts essentiels, menacée dans son intégrité, inquiétée dans la possession des provinces que les trois partages lui avaient successivement attribuées.

Avec beaucoup de raison, Caulaincourt répliqua que la Russie devait avant tout s'accuser elle-même; il n'eût tenu qu'à elle, en s'assurant d'abord de la Galicie, de ne point laisser se créer sur ses frontières un foyer de propagande polonaise. Ses retards étaient cause de tout, et même n'était-il plus possible de les attribuer uniquement à la mollesse et à la négligence: la mauvaise volonté des chefs, leur sympathie active pour l'ennemi, venaient de se laisser prendre sur le fait, et Caulaincourt répondit aux récriminations du Tsar en lui fournissant la preuve de cette connivence; c'était une lettre écrite par l'un des généraux russes, le prince Gortchakof, à l'archiduc Ferdinand, et tombée aux mains des Polonais: elle respirait une haine fougueuse contre la France et exprimait ouvertement l'espoir d'une réunion prochaine entre Russes et Autrichiens pour soutenir en commun la bonne cause.

Le 21 mai, l'armée française entreprit de franchir le fleuve. Masséna et Lannes avaient passé, avec trois divisions, enlevé Aspern et Essling, lorsqu'une crue subite des eaux rompit les ponts. Assaillis par des forces triples des leurs, les deux maréchaux tinrent jusqu'au soir dans les villages conquis, et nous gardèrent un débouché au delà du fleuve. Le soir et dans la nuit, les ponts furent rétablis, le passage repris. Le lendemain, les desseins de Napoléon s'accomplissaient, lorsque le fleuve se souleva à nouveau, emporta le pont principal, coupa en deux l'armée française. Il ne s'agissait plus de vaincre, mais d'éviter un désastre. Les corps isolés sur la rive gauche eurent à livrer une seconde bataille, avec des munitions presque épuisées; ils la livrèrent à la baïonnette et résistèrent trente heures. Ce ne fut que dans la soirée du lendemain, quand les Autrichiens eurent cessé leurs furieux assauts, que les nôtres se replièrent dans l'île de Lobau, ramenant dix mille blessés, remportant Lannes frappé à mort, laissant à l'ennemi cinq mille cadavres et pas un canon. Triomphante retraite, plus glorieuse qu'une victoire! L'armée était sauvée; resté dans Lobau, Napoléon maîtrisait le fleuve et se gardait un moyen de passage. Néanmoins son opération avait échoué, et l'archiduc, repoussé dans toutes ses attaques, pouvait s'attribuer avec raison le succès d'ensemble. Essling était un Eylau autrichien, plus grave, plus meurtrier, plus frappant encore que l'horrible journée du 8 février 1807; à Essling, non seulement Napoléon n'avait pas détruit l'ennemi, mais il avait reculé et cédé le champ de bataille; moins obéissante, la fortune lui donnait un plus sérieux avertissement et pour la seconde fois manquait à son rendez-vous.

Nous savons, par de récentes expériences, combien, en temps de crise de guerre, les nouvelles s'amplifient ou se dénaturent en se propageant, combien la passion, l'espérance, la crédulité, sont promptes à accueillir des bruits exagérés ou controuvés. En 1809, l'Europe suivait avec une émotion croissante le duel entre Napoléon et l'Autriche. Cet intérêt n'était pas seulement la curiosité haletante qui s'attache aux péripéties d'un grand drame; l'Europe sentait que son sort se jouait sur le Danube; si l'Autriche succombait, la main du conquérant s'appesantirait plus lourdement sur les rois et sur les peuples; Napoléon vaincu, ramené sur le Rhin, c'était la révolte et l'affranchissement universels; tout ce qui pouvait accréditer l'espoir d'un tel soulagement était accueilli et transmis avec avidité. Les bulletins de l'archiduc, répétés par des échos complaisants, devancèrent partout les nôtres; l'esprit de parti, la malveillance leur donnaient des ailes; le bruit que l'armée française avait essuyé un désastre courut de toutes parts et causa une effervescence générale. C'est à ces nouvelles que les partisans prussiens, s'enhardissant, allaient surprendre Dresde et inonder la basse Allemagne, que le Tyrol s'insurgerait pour la seconde fois, que l'Espagne reprendrait courage, que l'Angleterre enfin, payant de sa personne dans la lutte qu'elle s'était bornée jusqu'alors à stipendier, préparerait et exécuterait l'expédition de Walcheren.

En Russie, chez la seule puissance indépendante qui se disait notre alliée, sans soutenir son langage par ses actes, l'impression parut différer suivant les milieux. Les salons de Pétersbourg poussèrent des cris de triomphe, mais l'attitude du Tsar et de son entourage offrit avec celle de la société un parfait contraste. S'il est permis de croire, d'après les confidences que nous avons recueillies de la bouche même d'Alexandre au début de la campagne, qu'un insuccès de Napoléon n'était pas pour lui déplaire, les sentiments qu'il affecta furent strictement conformes à l'alliance; même l'occasion lui parut propice pour redoubler ces témoignages de pure forme qui ne coûtaient jamais à sa bonne grâce.

«Monsieur l'ambassadeur, écrit Champagny le 2 juin, l'Empereur ne veut pas que je vous cache que les dernières circonstances lui ont fait beaucoup perdre de la confiance que lui inspirait l'alliance de la Russie, et qu'elles sont pour lui des indices de la mauvaise foi de ce cabinet. On n'avait jamais vu prétendre garder l'ambassadeur de la puissance à laquelle on déclarait la guerre... Six semaines sont écoulées, et l'armée russe n'a pas fait un mouvement, et l'armée autrichienne occupe le grand-duché comme une de ses provinces.

«Le cœur de l'Empereur est blessé; il n'écrit pas à cause de cela à l'empereur Alexandre; il ne peut pas lui témoigner une confiance qu'il n'éprouve plus. Il ne dit rien, il ne se plaint pas; il renferme en lui-même son déplaisir, mais il n'apprécie plus l'alliance de la Russie... Quarante mille hommes que la Russie aurait fait entrer dans le grand-duché, auraient rendu un véritable service, et auraient au moins entretenu quelque illusion sur un fantôme d'alliance.

Au fond, il demeure sous l'impression qui s'est fait jour si vivement dans la lettre du 2 juin. Il ne croit plus à l'alliance, c'est-à-dire qu'il n'attend plus d'elle un concours actif et pratiquement utile. Il sent qu'il a trop présumé d'Alexandre en se flattant de l'engager entièrement dans sa querelle; il comprend que, dans toute crise pareille à celle qui vient d'éclater, la France ne devra, en fait, compter que sur elle-même, et que la Russie n'arrivera jamais en temps utile sur le champ de bataille. Mais cette assistance matérielle, sur laquelle il n'avait jamais fondé un bien ferme espoir, n'était pas l'unique avantage qu'il avait entendu retirer de Tilsit et d'Erfurt; peut-être n'était-ce point le principal. Avant tout, Napoléon comptait sur l'effet moral de l'alliance; il voyait en elle le grand moyen d'intimidation à employer pour tenir l'Allemagne en respect et isoler l'Angleterre. Dans sa conviction, tant que la France et la Russie se montreraient unies, le reste du continent hésiterait à se soulever tout entier, les tentatives de révolte n'auraient jamais que le caractère de mouvements locaux, partiels, alors même que le Tsar bornerait ses services à de simples démonstrations. S'il est prouvé aujourd'hui qu'exiger plus d'Alexandre serait illusion et chimère, cet accord tout extérieur, purement platonique, n'en conserve pas moins une incontestable utilité, pourvu que l'opinion s'y trompe et prenne cette apparence pour une réalité. L'ombre seule de l'amitié entre Napoléon et Alexandre peut en imposer à nos ennemis, décourager leur haine, abréger leur résistance; ce «fantôme d'alliance» que l'apparition des Russes en Galicie ramène sur la scène, il importe de le faire subsister non seulement jusqu'à la défaite de l'Autriche, mais jusqu'à la paix avec l'Angleterre; tous les efforts de Napoléon, en tant qu'il ne les jugera pas incompatibles avec les autres nécessités de sa politique, tendront à le conserver.

Mais comment concilier cette aménité toute de surface avec le dissentiment formel que menace de susciter entre les deux cours la Pologne renaissante? Sur ce point, Napoléon s'arrête à un jeu prudent et double. Cette fois encore, il écarte la pensée d'une restauration totale, incompatible avec l'alliance russe; seulement, comme l'activité guerrière des Polonais demeure entre ses mains un moyen de combat et de diversion contre l'Autriche, il évite de refroidir et de détromper les populations du grand-duché, celles de la Galicie; il félicite, récompense leurs chefs, ne désavoue point les appels patriotiques de Poniatowski, les proclamations, les ordres du jour à sensation, mais se garde de prononcer aucune parole qui puisse le compromettre positivement vis-à-vis de la Russie. Il prend même quelques soins pour calmer les alarmes de cette puissance. Ainsi il ordonne que la partie insurgée de la Galicie, au lieu d'être constituée à l'état de province autonome, soit occupée et administrée en son nom; c'est à lui, à l'Empereur et Roi, que les autorités devront prêter serment; les aigles françaises remplaceront partout les emblèmes de l'Autriche; les milices de Galicie arboreront la cocarde tricolore. Cette prise de possession, d'un caractère nécessairement transitoire, aura l'avantage de ne point engager l'avenir, de ne décourager aucune espérance et de ne justifier aucune crainte. Par cette précaution, Napoléon voudrait empêcher que la question de Galicie se soulève aujourd'hui à l'état aigu dans ses rapports avec la Russie; embarrassé pour la résoudre, il la repousse dans l'avenir, l'éloigne jusqu'à la paix avec l'Autriche. Il remet à plus tard, lorsqu'il en aura fini avec l'archiduc Charles et terminé la campagne par un coup d'éclat, le soin de découvrir un expédient qui lui permette de rassurer Alexandre sans s'aliéner les Polonais, et, pour le moment, sa grande affaire est de vaincre.

Cette victoire indispensable qu'il lui faut pour abattre l'Autriche et ressaisir son ascendant sur l'Europe, il met six semaines à l'organiser; quelque impatient qu'il soit de venger Essling, il prend son temps, ne livre rien au hasard, laisse venir l'instant propice; il sait attendre. Et chaque jour qui s'écoule est marqué par des apprêts formidables. C'est sur Lobau que l'armée doit prendre son point d'appui pour aborder de nouveau la rive gauche; l'Empereur fait de l'île une forteresse, un arsenal et un chantier; il y accumule un matériel immense, des moyens de passage variés et sûrs; le fougueux capitaine s'astreint aux besognes minutieuses du métier, se fait ingénieur, mécanicien, pontonnier; il invente des engins nouveaux qui doivent assurer notre empire sur le fleuve et conjurer ses révoltes. En même temps, il complète et renforce son armée; il attire sous Vienne les troupes d'Eugène, qui viennent de triompher à Raab, les corps de Macdonald et de Marmont. Tout ce qu'il a d'hommes, de talents, de dévouements à sa disposition, il l'accumule sur l'étroit espace où doit se décider le sort de la guerre. C'est seulement lorsqu'il aura pris toutes ses mesures, toutes ses précautions, rendu le succès infaillible à force d'industrie et de prévoyance, qu'il reprendra l'opération avortée; alors, franchissant le fleuve sur un point choisi, reconnu, aménagé à l'avance, imposant à l'ennemi son lieu, son heure, son champ de bataille, il le saisira et le frappera en toute certitude.

II

Tandis que la puissance française se repliait et se ramassait sur elle-même, pour mieux prendre son élan, les Russes s'étaient enfin mis en campagne. L'ordre de marche avait été expédié le 18 mai à Galitsyne: le 3 juin, cinquante-trois jours après l'ouverture des hostilités, trois divisions sur quatre, avec le quartier général et une réserve de cavalerie, soit quarante à quarante-cinq mille hommes, passaient la frontière et entamaient sur plusieurs points la Galicie déjà occupée par les troupes varsoviennes.

Quelque tardif et insuffisant qu'il fût, ce concours pouvait avoir sa valeur et influer, sinon sur le succès d'ensemble, au moins sur la situation respective des parties dans le bassin de la Vistule; il semblait se produire d'autant plus opportunément qu'il concordait avec un retour offensif de l'ennemi. Rappelé du Nord par l'irruption des Polonais sur ses derrières, l'archiduc Ferdinand s'était d'abord mis en retraite sur Varsovie, puis avait évacué cette capitale, le 2 juin, et remontant à son tour la Vistule, par la rive gauche, était venu se poster en face des territoires occupés par Poniatowski sur le bord opposé, en Galicie. Il voulut alors franchir le fleuve et chasser les Polonais de leur conquête. Il commença son mouvement par l'attaque de Sandomir; la reprise de cette place, à cheval sur le fleuve, lui permettrait d'agir sur les deux rives. Comme la plupart des villes polonaises, Sandomir était mal fortifié et hors d'état de soutenir un long siège; l'enceinte se réduisait à un mur délabré, où le temps avait fait brèche. Prévenu du danger, Poniatowski accourut avec le gros de ses troupes et prit position à peu de distance de Sandomir, toujours sur la rive droite, en avant du confluent de la Vistule et du San; dans ce poste, il était à même de se porter vers la place et de la secourir, à condition toutefois que quelques corps russes, se joignant à lui et entrant en ligne, vinssent compenser l'infériorité numérique de ses forces.

Pourtant, le 12 juin, un corps assez considérable, sous les ordres du général prince Souvarof, fils du glorieux maréchal dont le nom est resté synonyme de fougue et d'entrain, était arrivé sur le San, en arrière et tout près des Polonais; les deux troupes se touchaient. Le même jour, les Autrichiens, qui avaient passé la Vistule et investi Sandomir sur les deux rives, marchèrent contre la position de Poniatowski et lui donnèrent l'assaut. La lutte fut acharnée; les braves Varsoviens faisaient obstacle de tout, reprenaient la résistance derrière chaque repli de terrain, puis, saisissant l'offensive par intervalles, déconcertaient leur adversaire par d'impétueuses charges à la baïonnette; ils conservèrent leur position toute la journée, mais l'aide des Russes leur était indispensable pour qu'ils pussent s'y maintenir les jours suivants, repousser définitivement l'ennemi et dégager la place.

Puisque les Russes refusaient opiniâtrement de combattre avec les Polonais, serait-il impossible tout au moins de faire agir les deux armées, non pas conjointement, mais parallèlement, dans des régions distinctes? À la suite de ses conférences avec Galitsyne, Poniatowski prit le parti de se reporter avec ses soldats sur la rive gauche de la Vistule; les troupes du Tsar demeureraient sur la rive droite, avec mission de reprendre à leur charge, de compléter, d'étendre l'occupation des parties de la Galicie déjà insurgées, et de pousser l'ennemi de ce côté le plus loin possible.

En effet, à la suite de négociations occultes, l'entente s'était opérée sur certains points, et la comédie se menait d'un mutuel accord. Lorsque les Russes étaient entrés en Galicie, l'archiduc Ferdinand leur avait fait savoir par l'un de ses officiers, le major Fiquelmont, qu'ils seraient reçus en amis chez l'empereur d'Autriche, et avait demandé à connaître leurs intentions. Galitsyne avait répondu qu'il ne pouvait se dispenser d'obéir aux ordres de son souverain, que ceux-ci lui prescrivaient d'occuper le pays, au besoin par la force, mais seulement jusqu'à la Vistule; il s'engageait ainsi implicitement à ne point dépasser le fleuve; avant d'entrer en lice, il avertissait charitablement son adversaire qu'il ne pousserait pas à fond ses entreprises et mesurerait ses coups.

Cette conduite exaspérait les Polonais, non moins que l'attitude équivoque des Russes devant l'ennemi. L'état-major de Poniatowski, le conseil d'État du duché, qui représentait l'autorité suprême, criaient très haut à la trahison; avec l'intempérance de pensée et de langage propre à la nation, militaires et civils ne se contentaient point d'invoquer des faits vrais, ils les exagéraient, les dénaturaient au besoin, en inventaient d'autres, pour les signaler à qui de droit. Ils écrivaient à l'empereur Napoléon, au major général Berthier, à M. de Caulaincourt; ils adressaient au prince Galitsyne lui-même des protestations où se dissimulait mal, sous les formes du langage officiel, un âpre ressentiment. De son côté, Galitsyne reprochait aux officiers de Poniatowski leurs allures indépendantes, leurs procédés révolutionnaires, les espérances qu'ils affichaient et répandaient autour d'eux, jusqu'au nom de Polonais qu'ils se donnaient et dont la Russie contestait la légalité; il en résultait d'aigres discussions, une guerre de paroles où l'on se jetait mutuellement à la face des griefs justifiés, où chacun avait à la fois tort et raison.

En effet, les journées des 5 et 6 juillet ont magnifiquement réparé l'insuccès d'Essling. Napoléon a fait ce prodige de surprendre l'ennemi en exécutant une opération prévue, préparée, annoncée depuis six semaines. Cent soixante quinze mille Autrichiens l'attendaient entre Aspern et Essling, derrière des défenses accumulées. En débouchant brusquement par la pointe est de l'île de Lobau, il trompe leurs prévisions, tourne et fait tomber leurs ouvrages, se donne le temps de jeter cent cinquante mille hommes sur la rive gauche et de les déployer perpendiculairement au fleuve avant qu'on ait pu lui opposer une résistance sérieuse; il marche alors à l'armée de l'archiduc, qui a dû se reporter sur les hauteurs d'Enzersdorf et de Deutsch-Wagram, et il l'arrache de ces positions dans la plus formidable bataille qu'il ait encore livrée. La victoire de Wagram nous assure définitivement la ligne du Danube et refoule les forces autrichiennes dans les parties excentriques de la monarchie; ce coup retentissant détruit à nouveau les espérances de tous nos ennemis, avoués ou secrets, accable et prosterne l'Europe.

À Pétersbourg cependant, où l'on était plus loin qu'ailleurs du théâtre des opérations, où le nom même d'allié donnait plus d'indépendance et de franc parler, les esprits étaient trop montés pour que l'annonce de nos succès pût ramener le calme et la soumission. L'attention se concentrait toujours sur un objet unique, la Pologne, et les événements du Danube ne firent qu'imparfaitement diversion à ceux de la Vistule, d'autant plus qu'un conflit nouveau, plus grave que les précédents, venait de surgir au lendemain même de Wagram entre Varsoviens et Russes.

Depuis que Poniatowski, se séparant des Russes, avait reporté sur la rive gauche ses forces et son activité, Cracovie, située dans la sphère de ses opérations, était devenue son objectif; c'était la conquête qu'il promettait à ses soldats comme récompense de leurs efforts, et dont la perspective les transportait d'ardeur. Si Varsovie apparaissait aux Polonais comme leur capitale politique, Cracovie, pleine des souvenirs de leur grandeur passée, était pour eux la ville sainte, celle dont la prise serait le gage moral de leur relèvement: il serait beau de proclamer la restauration de la patrie sur la tombe des rois qui dormaient dans l'antique métropole. Les troupes de Poniatowski poussaient donc à Cracovie, leur brillante cavalerie toujours en avant, toujours au galop, cherchant l'ennemi et le chargeant à outrance. Les Autrichiens opposaient peu de résistance, leur but étant moins de défendre les territoires galiciens que de retarder toute diversion sérieuse en Moravie et de se rapprocher eux-mêmes de l'archiduc Charles. Repoussés sur Cracovie après plusieurs engagements, ils ne jugèrent pas à propos de s'y maintenir. Dès que les Polonais furent en vue, le général qui commandait dans la place ouvrit des pourparlers; le 14 juillet au soir, on convint que les hostilités seraient suspendues pendant douze heures; les Autrichiens emploieraient la nuit à évacuer la ville, où les troupes de Poniatowski feraient leur entrée le lendemain.

Dans le camp des Polonais, l'enthousiasme était au comble; avec joie, avec orgueil, ils se montraient l'imposante cité, la ville aux vieux palais, aux cent églises, déployée sur les deux rives de la Vistule: ils la possédaient des yeux et ne doutaient plus qu'elle ne fût bientôt à eux, puisque leurs ennemis renonçaient à la leur disputer. Ils avaient compté sans leurs alliés. Quoique fort en arrière sur l'autre rive, l'armée de Galitsyne observait tous leurs mouvements avec une inquiétude jalouse; dès qu'elle les avait vus approcher de Cracovie, elle avait frémi à l'idée de leur abandonner cette proie précieuse et pris ses mesures pour y mettre la main avant eux. On vit alors les Russes lever brusquement leur camp, reprendre leur marche interrompue, se porter de la Wisloka sur le Dunajec, puis au delà, et se précipiter en avant avec une ardeur toute nouvelle. Le 14 juillet, ils étaient dans le voisinage de Cracovie; ils conçurent le projet de s'y introduire furtivement, dans l'espace de quelques heures qui s'écoulerait entre le départ des Autrichiens et l'entrée des Polonais, de se glisser entre le vaincu en retraite et le vainqueur qui n'avait pas encore occupé sa conquête.

En effet, si l'idée d'une subversion totale de l'Autriche lui avait un instant souri, il reconnaissait que les circonstances ne se prêtaient plus à l'accomplissement de ce dessein. Il avait battu son adversaire, il ne l'avait pas anéanti: Wagram n'était pas Iéna, et l'empereur François conservait une armée, éprouvée sans doute et réduite, désorganisée en partie, mais toujours fidèle, susceptible de se reformer pour un nouvel effort et chez laquelle ses défaites récentes n'avaient pas entièrement effacé le souvenir d'Essling. Pour disloquer totalement l'Autriche, il eût fallu de nouveaux combats, de nouvelles victoires, et Napoléon avait hâte de terminer une campagne qui l'épuisait d'hommes et d'argent. Il avait donc admis l'Autriche à traiter et consentait à la laisser sortir vivante de la lutte, pourvu qu'elle en sortît affaiblie, amoindrie, hors d'état pour longtemps de recommencer ses attaques.

L'avis de l'armistice et de la négociation produisit à Pétersbourg une accalmie passagère. La suspension des hostilités, en immobilisant toutes les armées, comprimait l'élan des Polonais, rendait leur concours moins utile à Napoléon; il n'était plus à craindre que celui-ci, pour stimuler leur vaillance, leur accordât dès à présent le rétablissement de leur patrie, que la Pologne renaquît de la lutte même et surgît tout armée sur le champ de bataille. Toutefois, si le danger s'éloignait pour la Russie, il continuait d'exister, et même les conditions de la paix risquaient de le rendre plus certain. Sans prononcer le rétablissement de la Pologne, le traité en préparation pouvait lui servir d'acheminement et y conduire à coup sûr. Pour châtier et affaiblir l'Autriche, Napoléon serait naturellement amené à lui demander des cessions territoriales; il retiendrait quelques-unes au moins des provinces occupées, pour les partager entre ses sujets et ses clients. Or, s'il laissait aux Varsoviens tout ce qu'ils avaient pris, c'est-à-dire les meilleures portions de la Galicie, le duché sortirait de la lutte avec une population et des ressources doublées, surtout avec une force morale et une assurance singulièrement accrues. Dans ce progrès, il verrait le prélude et le gage d'acquisitions nouvelles, un pas peut-être décisif vers le but suprême de ses vœux, un encouragement à ressaisir dans son entier le patrimoine de la valeureuse nation dont l'âme était passée en lui. Aux yeux de tous, il apparaîtrait de plus en plus comme un État en voie de développement continu, comme une Pologne en train de se refaire, et les pays non encore réunis, qu'il s'agît des parcelles laissées à l'Autriche ou des provinces échues au troisième ravisseur, c'est-à-dire à la Russie, subiraient plus impérieusement l'attraction. Donc, tout accroissement du duché assez considérable pour nourrir les espérances et exalter l'ardeur des Polonais, donnerait aux craintes de la Russie une base positive et permanente, ferait succéder dans nos rapports avec elle à un trouble momentané une mésintelligence irrémédiable.

Cependant, Napoléon pouvait-il refuser aux Polonais, dans les dépouilles de l'Autriche, une part proportionnée à leur zèle, à leurs succès, à leur rôle dans la lutte? Depuis deux ans, il avait fait sans cesse appel à leur vaillance et ne l'avait jamais trouvée en défaut; il les avait vus partout à ses côtés, à la place d'honneur dans tous les combats. En gravissant au galop les pentes de Somo-Sierra, sous les balles et la mitraille, les Polonais de sa garde lui avaient ouvert le chemin de Madrid. En Espagne, leurs légions continuaient à lutter et à souffrir pour lui; acceptant noblement leur part des épreuves supportées par nos soldats, elles s'étaient fait avec eux une fraternité. Dans la campagne d'Autriche, où les Allemands de la Confédération ne nous avaient prêté qu'un concours hésitant et contraint, les Varsoviens s'étaient donnés sans réserve; seuls, ils avaient combattu de bon cœur, espérant, au prix de leur sang, racheter leur patrie. En récompense de tant d'efforts, seraient-ils seuls exclus des bénéfices de la victoire? Seul, le grand-duché serait-il oublié dans la distribution générale de territoires qui se ferait entre nos alliés? Fallait-il le traiter plus mal que les autres parce qu'il nous avait mieux secondés, le désespérer par une inique et injurieuse exception? Les lois de l'honneur défendaient à Napoléon cette ingratitude; la politique et la prudence la lui interdisaient également. La population varsovienne, placée au devant de l'Allemagne avec mission de couvrir ce pays et de surveiller le Nord, restait notre indispensable avant-garde. Pour stimuler la vigilance des Varsoviens et prolonger leur ardeur, pour les tenir le cœur haut et l'esprit en éveil dans le poste de confiance qui leur était assigné, il importait de payer généreusement leurs services passés; même fallait-il se garder de comprimer trop brutalement les aspirations de leur patriotisme, de dissiper leur rêve; sans vouloir le rétablissement de la Pologne, Napoléon était obligé de laisser au cœur de ses habitants l'espoir de cette restauration, pour pouvoir les retrouver à l'occasion. Après avoir utilement usé d'eux contre l'Autriche, n'aurait-il pas quelque jour à les employer contre la Russie elle-même, si cette puissance, aujourd'hui notre alliée, mais alliée douteuse, prononçait plus tard sa défection, retournait à nos ennemis? Et cette supposition n'était rendue que trop vraisemblable par la conduite du Tsar et de ses généraux pendant la campagne, par les défaillances de leur fidélité au cours de cette épreuve. Ainsi se développaient les funestes effets de cette guerre d'Autriche que Napoléon avait provoquée en Espagne, mais reconnaissons que les fautes de son allié avaient notablement aggravé les conséquences de la sienne. L'effacement des Russes, leurs ménagements pour l'ennemi, l'initiative laissée à Poniatowski et à ses soldats, avaient préjugé dans une forte mesure la décision de l'Empereur, enchaîné sa volonté, et ce vainqueur des hommes subissait une fois de plus la tyrannie des circonstances. Comment concilier les nécessités du présent et les exigences possibles de l'avenir? Comment se garder à la fois l'amitié d'Alexandre et le concours éventuel de ses ennemis? Comment faire en sorte que la Russie continuât de croire et la Pologne d'espérer en nous? Tel était le problème qui se posait devant Napoléon, au lendemain de Wagram. S'il ne réussissait pas à le résoudre, il trouverait dans sa victoire le germe de discordes nouvelles, et de la paix avec l'Autriche naîtrait à échéance plus ou moins rapprochée le conflit avec la Russie.

CHAPITRE IV

LA PAIX DE VIENNE

Ouverture des conférences d'Altenbourg.--La Russie se fera-t-elle représenter au congrès?--Influence qu'elle exerce indirectement sur la marche des négociations; elle est la cause des lenteurs apportées de part et d'autre à se découvrir et à se prononcer.--Comment la question de Galicie renferme en elle toutes les autres.--Napoléon ne peut déterminer les conditions de la paix avant d'avoir pénétré les sentiments d'Alexandre au sujet de la Galicie.--Projets divers.--Idée d'un partage inégal entre le duché et la Russie.--Enquête confiée au duc de Vicence.--Avant de se résoudre au principe d'un grand sacrifice, l'Autriche tient à sonder la Russie et à savoir ce qu'elle peut en attendre.--Metternich et Nugent.--Arrière-pensée de Metternich: ses premiers efforts pour substituer l'Autriche à la Russie dans les faveurs de Napoléon.--Arrivée de Tchernitchef à Vienne.--Lettre d'Alexandre.--L'aide de camp du Tsar à la table de l'Empereur.--Langage énigmatique.--Impatience de Napoléon.--La cour de Dotis; conflit d'influences.--L'Autriche entame la question de Galicie.--Mission de Bubna à Vienne.--Napoléon subordonne l'intégrité de la monarchie vaincue à un changement de souverain; première idée d'une alliance avec la maison d'Autriche.--Rêve et réalité.--Pression exercée sur M. de Bubna.--L'équivalent des sacrifices de Presbourg.--Accident arrivé à l'empereur Alexandre; sa convalescence.--L'ambassadeur de France à son chevet.--Conversations de Péterhof.--Difficulté d'Alexandre à s'expliquer.--Il ne s'oppose pas en principe à une légère extension du duché.--Comment Napoléon profite et abuse de cette condescendance.--Son ultimatum aux Autrichiens.--Résistance de l'empereur François.--Colère de Napoléon.--Conversation orageuse avec Bubna.--Coup de théâtre.--L'arbitrage russe.--L'Autriche adhère en principe à l'ultimatum français.--Transfert des négociations à Vienne.--Napoléon fait quelques concessions en Galicie; la Russie perd Lemberg.--Signature précipitée de la paix.--Le gros lot et la part de la Russie.--Garanties offertes à cette puissance.--Lettre de Champagny à Roumiantsof; caractère et importance de cette communication.--Faute commise par Napoléon.--La paix de Vienne aggrave la question de Pologne, la porte à un état aigu et marque le point de départ d'un débat décisif pour le sort de l'alliance.

I

Au lendemain de l'armistice, l'Empereur s'était rétabli à Schœnbrünn: c'était maintenant de la résidence des Habsbourg qu'il gouvernait son empire, remettait l'ordre dans son armée, la répartissait savamment dans les provinces conquises, surveillait l'Europe et négociait avec l'Autriche. Depuis le milieu d'août, les plénipotentiaires se trouvaient réunis dans la petite ville d'Altenbourg, située sur les confins de la Hongrie, un peu en deçà des limites de notre occupation. À Altenbourg, M. de Champagny représentait l'Empereur, le comte de Metternich et le général baron de Nugent composaient la mission autrichienne. Napoléon traitait comme empereur des Français, comme roi d'Italie et enfin comme protecteur de la Confédération rhénane, au nom de tous les princes qui formaient cette ligne et parmi lesquels figurait le roi de Saxe, grand-duc de Varsovie. Quant à la Russie, sa qualité de puissance indépendante lui donnait droit de paraître en personne au congrès et d'y prendre place à nos côtés. Userait-elle de cette faculté? Interviendrait-elle directement ou laisserait-elle à Napoléon le soin de conférer et de stipuler pour elle, en l'instituant son mandataire? L'Empereur lui avait fait dire d'envoyer, si elle y trouvait avantage, un agent muni de pouvoirs. En attendant qu'elle ait pris parti sur cette offre, absente des négociations, elle demeure l'arrière-pensée des deux parties en présence, occupe leur esprit, tient leurs résolutions en suspens, en les laissant dans l'incertitude sur ce que l'une et l'autre ont à craindre ou à attendre d'elle, et pèse sur le débat sans y participer.

Quelque ingénieux que fût cet expédient destiné à concilier des nécessités opposées, ce projet en partie double, Napoléon ne se méprenait point sur la difficulté d'y rallier la Russie, de faire passer l'agrandissement du duché à la faveur de quelques clauses compensatrices. Aussi, avant de rien décider, voulut-il sonder le terrain à Pétersbourg, et Caulaincourt fut chargé de ce soin par une instruction spéciale et développée, envoyée le 12 août. Il ne s'agissait pas de formuler une proposition, mais de découvrir si elle aurait chance d'être accueillie, de préparer en ce cas Alexandre à la recevoir, de l'habituer doucement, avec d'infinies précautions, à l'idée conçue par l'Empereur.

«Monsieur l'ambassadeur, écrivait Champagny, Sa Majesté m'ordonne de vous faire connaître ses vues sur un des objets de la négociation qui vient de s'ouvrir. Les Galiciens ont pris dans la guerre actuelle fait et cause pour la France, ils ont combattu sous ses drapeaux. L'Autriche a des vengeances à exercer. L'honneur de la France serait compromis, si l'Empereur abandonnait au fer et au joug de l'Autriche des hommes qui l'ont servi. Cela ne peut être ainsi. L'empereur Alexandre a trop de noblesse dans le caractère pour ne pas sentir ce devoir imposé à l'Empereur. Sa Majesté n'a d'autres vues que de concilier ce devoir et la dignité de la France avec les intérêts de la Russie. Tel est le but de ses pensées actuelles.

«C'est en vain qu'on chercherait des moyens de garantir les Galiciens du ressentiment de l'Autriche. La souveraineté sur un pays dont on conserve la possession reste toujours entière, et son exercice ne peut être restreint par aucune clause de traité. Il n'y en a pas qui ne fût violée, et chacune de ces violations deviendrait un motif de guerre, comme chaque vexation exercée sur un Galicien serait pour l'Empereur un coup de poignard.

«En donnant toute la Galicie à la Russie, ce mal serait prévenu sans doute, mais le principe sur lequel est fondée l'alliance ne permettrait pas une telle concession sans une compensation équivalente. Où la trouver? La Galicie ne peut donc être donnée qu'au grand-duché de Varsovie. L'Empereur trouve juste d'en laisser une part à la Russie, et il évalue cette portion à un homme sur cinq, tandis que les quatre autres resteraient au grand-duché. Cette inégalité est fondée sur la différence des positions. Si la France était limitrophe de la Galicie, elle partagerait également avec la Russie; mais elle est loin, elle ne s'approprie aucune des provinces conquises, elle les donne à la Saxe qui un jour, changeant de système, pourrait s'unir à la Russie contre la France. La Russie incorpore au contraire à son empire les provinces qu'elle acquiert, et les ressources de ces provinces seront dans tous les temps à sa disposition.»

«Voilà, Monsieur,--conclut l'instruction,--le texte d'entretiens à avoir avec le ministère russe. Ces ouvertures, qui exigent le plus grand ménagement, doivent paraître venir de vous et non de votre cour. Ce sont des idées que vous mettez en avant. Vous n'êtes pas sûr même des vues de l'Empereur, mais vous savez que ses principes d'honneur, de loyauté, d'attachement envers ceux qui l'ont servi, peuvent le faire pencher vers ce partage. Vous savez aussi que, fidèle à l'alliance de la Russie, désirant la maintenir par les avantages mêmes que la Russie en retire, et ne cherchant dans la présente guerre que l'affermissement du repos du continent et la récompense des efforts faits par ses alliés, il met au premier rang la Russie, qui certes en aura retiré de grands avantages, puisqu'elle aura acquis et incorporé à son empire la Valachie, la Moldavie, la Finlande et dans la Galicie un million de population, tandis que la France ne se sera pas accrue d'un seul village et n'aura eu d'autre avantage que celui d'acquitter les dettes de la reconnaissance.

«Marchez avec mesure, tâtez le terrain, insinuez, discutez, disposez les esprits à des ouvertures plus formelles, ne montrez ni cartes ni dépêches, et prévenez les soupçons au lieu d'éveiller les défiances.

«Dans cette dépêche, je suppose la Galicie entière arrachée à l'Autriche. Si on ne pouvait en obtenir qu'une partie, ce serait seulement le cinquième de cette partie qui appartiendrait à la Russie, et elle serait prise de préférence là où la religion grecque est le plus généralement professée.

Il était prescrit en dernier lieu à Caulaincourt de tenir son maître au courant, par des courriers successifs, de ses démarches et de leurs résultats. Malgré la distance qui sépare Pétersbourg de Vienne, on pouvait espérer que le premier de ces courriers, en faisant diligence, arriverait dans vingt à vingt-cinq jours. D'ici là, d'ailleurs, il était à présumer qu'Alexandre, par une réponse aux dernières lettres de l'Empereur, par l'envoi d'un plénipotentiaire, par une communication intime ou officielle, fournirait lui-même un premier éclaircissement. Napoléon espère être assez promptement fixé, mais, avant d'avoir obtenu ou surpris une indication, il se juge dans l'impossibilité de parler clair aux Autrichiens et de leur signifier des exigences précises. Aussi bien, tout dépend de la complaisance qu'il rencontrera à Pétersbourg; si la Russie s'oppose à toute extension considérable du duché, il devra demandera l'Autriche moins en Galicie et plus en d'autres régions; si la Russie condescend à ses vœux, il pourra faire porter sur la Galicie la presque totalité des sacrifices que la puissance vaincue aura à subir.

En dehors des séances, il est vrai, les langues se déliaient un peu, et une différence significative d'attitude se manifestait entre les deux plénipotentiaires d'Autriche. Le baron de Nugent, plus militaire que diplomate, affectait un ton amer et cassant, une susceptibilité pointilleuse. Au contraire, Metternich montrait quelque abandon et beaucoup de bonne grâce. Il n'évitait point les occasions de voir, d'entretenir en particulier M. de Champagny, et celui-ci les lui fournissait complaisamment. À cette époque où la diplomatie n'avait point perdu les traditions aimables de l'autre siècle, il n'était pas de négociateurs qui ne réservassent, au milieu des plus graves ou des plus douloureux débats, une part de leur temps aux plaisirs de la société. À Altenbourg, où le congrès attirait quelque mouvement, M. de Champagny s'attachait à grouper autour de lui tout ce que pouvait fournir, en fait de ressources mondaines, une ville de province autrichienne. Établi dans le pays par droit de conquête, il s'efforçait d'en rendre le séjour agréable aux légitimes possesseurs et leur faisait avec aménité les honneurs de chez eux.

Notes in this chapter

Note 1 · Note 1: (retour) Préambule du traité d'Erfurt, De Clercq, Traités de la France, II, 284.Note 2 · A Tilsit, Alexandre Ier avait dit à Napoléon: «Je serai votre second contre l'Angleterre.» A Erfurt, il lui avait renouvelé ce serment, en tNote 3 · Note 2: (retour) Voy. le t. Ier, 429-440, 493-497.Note 4 · Note 3: (retour) Documents inédits.Note 5 · Seulement, il se rendait compte que l'Autriche ne renoncerait à la guerre que devant la certitude d'être écrasée; il désirait lui en imposerNote 6 · Note 4: (retour) Rapport n° 12 de Caulaincourt à Napoléon, 15 février 1809. Archives nationales, AF, IV, 1698.Note 7 · C'était à tort toutefois qu'après avoir acheté la connivence passive d'Alexandre, Napoléon fondait encore quelque espoir sur son concours, eNote 8 · Note 5: (retour) Archives des affaires étrangères, Russie, 150. Caulaincourt se tenait en correspondance assez suivie avec Talleyrand, dont Note 9 · Dès son départ d'Erfurt, ces deux faces de sa politique se révèlent et s'accusent. Ramenant à sa suite M. de Caulaincourt, il lui adresse à Note 10 · Note 6: (retour) Mémoires du duc de Rovigo, IV, 27.Note 11 · Note 7: (retour) Corresp., 14684.Note 12 · En Espagne, il est vainqueur partout où il rencontre l'ennemi et peut l'aborder; ses étapes se comptent par des batailles gagnées. Contre leNote 13 · Note 8: (retour) Id., 14643.Note 14 · Les nouvelles qu'il avait reçues en route, celles qui lui parvinrent à Valladolid, portaient d'abord que les Anglais mettaient à l'ouvertureNote 15 · Note 9: (retour) Andréossy à Champagny. Cette dépêche, comme tous les autres extraits de la correspondance d'Autriche que nous citons dans cNote 16 · C'est d'abord notre ambassadeur à Vienne, le général Andréossy, qui signale un mauvais vouloir persistant et des apprêts de guerre. Tandis qNote 17 · Note 10: (retour) Champagny à l'Empereur, 3 janvier 1809. Archives nationales, AF, IV, 1675.Note 18 · La cour de Vienne, il est vrai, vient de renvoyer à Paris son ambassadeur, le comte de Metternich, absent depuis l'été. Comme toujours, MettNote 19 · Note 11: (retour) Corresp., janvier 1809.Note 20 · Pour faire face à un assaut plus probable, à un danger plus imminent, l'Empereur ordonne de Valladolid des levées et quelques mouvements. IlNote 21 · Note 12: (retour) Corresp., 14630, 14669, 14675, 14676, 14677.Note 22 · Note 13: (retour) Id., 14665.Note 23 · Note 14: (retour) Id., 14630.Note 24 · Note 15: (retour) Id., 14864.Note 25 · Ces mesures, il est vrai, ne sont prescrites qu'à titre de précautions: elles seront révoquées si l'Autriche se calme, et même l'Empereur neNote 26 · Note 16: (retour) Documents inédits.Note 27 · Note 17: (retour) Dépêche d'Andréossy, 13 décembre 1808.Note 28 · En Autriche, si le Tsar avait ses représentants, la Russie mondaine et opposante avait aussi les siens, et ceux-ci tenaient à Vienne une plaNote 29 · Note 18: (retour) Joseph de Maistre, Mémoires et Correspondance, p. 322.Note 30 · Note 19: (retour) Dépêches d'Andréossy, 13 et 24 décembre 1808, 15 janvier 1809.Note 31 · À entendre les plus modérés parmi les Russes de Vienne, sans qu'il soit besoin de recourir aux moyens extrêmes, au «remède asiatique 18», leNote 32 · Note 20: (retour) Corresp., 14690.Note 33 · Ce service, il importait que la Russie nous le rendît au plus vite, avant que l'Autriche se fût livrée à des actes qui la compromettraient iNote 34 · Note 21: (retour) Rappelons que M. de Caulaincourt avait reçu au printemps de 1808 le titre de duc de Vicence.Note 35 · Note 22: (retour) Rapport de Caulaincourt en date du 22 février 1809. Nous rappelons que les lettres de Napoléon à Caulaincourt, pendant la Note 36 · Dès à présent, avant de quitter l'Espagne, il adresse au Tsar un appel direct. De Valladolid, il fait partir un de ses officiers d'ordonnancNote 37 · Note 23: (retour) Corresp., 14715, 14721, 14722, 14731.Note 38 · Déjà et par avance, Napoléon annonce et répand qu'il est sûr de la Russie, que cette cour marche à sa suite, qu'elle envisage la situation cNote 39 · Note 24: (retour) Caulaincourt à Napoléon, 15 janvier 1809.Note 40 · Note 25: (retour) 9 décembre 1808: «J'avais la plume en main, général, pour vous écrire, lorsque je reçois à l'instant votre lettre. Je voulNote 41 · Note 26: (retour) Caulaincourt à Napoléon, 15 janvier 1809.Note 42 · Sa principale occupation et son plaisir étaient toujours de préparer des réformes, de travailler avec Spéranski. Abordant le terrain de la pNote 43 · Note 27: (retour) Instructions de Champagny à Andréossy, 26 janvier 1809.Note 44 · En aucun temps, l'opinion n'a admis que les souverains pussent se déplacer uniquement par convenance ou plaisir; elle attribue à leurs voyagNote 45 · Note 28: (retour) Rapport n° 4 de Caulaincourt, 20 décembre 1808.Note 46 · Ce qui ajoutait à ses craintes, c'était qu'Alexandre avait fait preuve tout récemment d'un intérêt renouvelé pour la Prusse, et pris sa défeNote 47 · Note 29: (retour) On dit de Pétersbourg, transmis par l'ambassadeur avec ses lettres et rapports du 5 novembre 1808.Note 48 · Note 30: (retour) À Erfurt, une actrice de la Comédie française, mademoiselle Bourgoing, avait été remarquée d'Alexandre; l'hiver suivant, eNote 49 · Note 31: (retour) Lettre publiée par M. Tatistcheff. Alexandre Ier et Napoléon, p. 467.Note 50 · Note 32: (retour) Corresp., III, 172.Note 51 · Puis, pour le regagner, la Prusse amoindrie et ruinée ne disposait-elle point d'un moyen plus puissant parfois que l'appareil de la force? LNote 52 · Note 33: (retour) «Les mauvais plaisants de la ville, ajoute Caulaincourt, disent que c'est l'espoir de ces cadeaux qui l'a attirée.» On ditNote 53 · Le Roi et la Reine arrivèrent le 7 janvier, avec les princes Guillaume et Auguste de Prusse. L'entrée fut solennelle; toute la garnison, quaNote 54 · Note 34: (retour) Caulaincourt à Napoléon, 15 janvier 1809.Note 55 · Note 35: (retour) Lettre publiée par M. Tatistcheff, Alexandre Ier et Napoléon, p. 478-479. Cf. la Correspondance de Joseph de Maistre, III,Note 56 · Les jours suivants, on visita la ville, étincelante sous sa parure d'hiver, neigeuse et ensoleillée, et les fêtes se succédèrent sans interrNote 57 · Note 36: (retour) «Toute la terre était à cette fête, écrivait Joseph de Maistre, excepté le duc (le duc de Serra-Capriola, ambassadeur du rNote 58 · Note 37: (retour) De Maistre, Correspondance, III, 200.Note 59 · Il fut le seul des ministres étrangers à les recevoir, à leur donner un grand bal, dans son hôtel paré avec un luxe de fleurs qui donnait enNote 60 · Note 38: (retour) Caulaincourt à Napoléon, 15 janvier 1809.Note 61 · Note 39: (retour) On dit et nouvelles, janvier 1809.Note 62 · La surveillance et les précautions de notre ambassadeur étaient superflues, car le voyage, malgré les premières apparences, ne tournait pas Note 63 · Note 40: (retour) Documents inédits.Note 64 · Note 41: (retour) J. de Maistre, Correspondance, III, 208.Note 65 · Note 42: (retour) On dit et nouvelles, janvier 1809.Note 66 · Autour de la Reine, les égards et les sympathies renaissaient, sans aller jusqu'à l'enthousiasme; elle s'essayait de son mieux à réparer lesNote 67 · Note 43: (retour) Caulaincourt à Napoléon, 15 janvier 1809.Note 68 · Note 44: (retour) On dit et nouvelles, janvier 1809.Note 69 · L'empereur Alexandre, il est vrai, se montrait près d'elle «le chevalier le plus galant, le plus prévenant 43»; mais il était aisé de reconnNote 70 · Note 45: (retour) Caulaincourt à Napoléon, 15 janvier 1809.Note 71 · Note 46: (retour) J. De Maistre, Correspondance, III, 190.Note 72 · Note 47: (retour) Cf. Beer, Zehn Jahre œsterreichischer Politik, 350.Note 73 · Bien que les fêtes parussent absorber tous les instants, la politique ne fut pas totalement absente du voyage; elle eut sa part dans les entNote 74 · Note 48: (retour) Rapport du 22 février 1809.Note 75 · Le message de Valladolid, faisant appel à son concours diplomatique contre l'Autriche, réclamant une note comminatoire, tomba à Pétersbourg Note 76 · Note 49: (retour) «L'espoir de terminer des différends politiques, écrivait Caulaincourt dans son rapport, comme on apaise une querelle de fNote 77 · En présence des faits qu'on lui dénonçait, Alexandre reconnaissait l'utilité d'un avertissement à l'Autriche, admettait le principe d'une noNote 78 · Note 50: (retour) Le projet de note figure aux Archives nationales, AF, IV, 1698, envoi du 22 février 1809, 2e annexe.Note 79 · Après avoir posé ce préliminaire, Alexandre fit expédier à Paris un projet de note dont il avait discuté avec Caulaincourt, soigneusement meNote 80 · Note 51: (retour) Lettre du 10 février 1809. Archives de Saint-Pétersbourg.Note 81 · «L'empereur Napoléon, dit le Tsar, est intéressé à connaître d'une manière positive les intentions de la cour de Vienne. Il veut qu'on obtieNote 82 · Note 52: (retour) Rapport de Schwartzenberg du 15 février 1809, cité par Beer, op. cit., page 349.Note 83 · Note 53: (retour) «Il arrive souvent à l'Empereur de n'avoir point d'autre vue dans ses conversations, et de traiter, pour ainsi dire, chacuNote 84 · Note 54: (retour) Lettre du 10 février 1809. Archives de Saint-Pétersbourg.Note 85 · Par malheur, ce qu'il ne confiait point à Roumiantsof, ce qui nous est révélé par les dépêches de Schwartzenberg, c'est qu'il avait laissé aNote 86 · Note 55: (retour) Lettre à l'empereur Alexandre, 26 janvier--7 février 1809. Archives de Saint-Pétersbourg.Note 87 · Le 23 janvier, Paris apprit brusquement, par le canon des Invalides, que l'Empereur était aux Tuileries: il était arrivé à huit heures du maNote 88 · Note 56: (retour) Id., 12-24 janvier 1809. Archives de Saint-Pétersbourg.Note 89 · Note 57: (retour) Paroles de Talleyrand à Metternich, Beer, Zehn Jahre œsterreichischer Politik, p. 365.Note 90 · La guerre qui s'annonce à brève échéance, Napoléon l'accepte désormais; il la poussera à fond, avec rage, mais il la déteste toujours, car eNote 91 · Note 58: (retour) Roumiantsof à l'empereur Alexandre, 28 janvier-9 février 1809. Archives de Saint-Pétersbourg.Note 92 · On sait la scène qu'il fit au prince de Bénévent le 28 janvier aux Tuileries, en présence de MM. Cambacérès et Decrès. Pendant de longues heNote 93 · Note 59: (retour) Talleyrand communiqua par la suite avec l'empereur Alexandre, soit directement, soit par l'intermédiaire de Nesselrode et Note 94 · Le renvoi de Talleyrand, si justifié qu'il fût, devait faire tort à Napoléon en Russie; il y serait envisagé comme un divorce plus complet dNote 95 · Note 60: (retour) Mémoires de Metternich, II, 266.Note 96 · Le lendemain de la scène des Tuileries, il y avait bal chez la reine de Hollande. Le comte Roumiantsof et le nouvel ambassadeur du Tsar, le Note 97 · Note 61: (retour) Andréossy à Champagny, 14 novembre 1808.Note 98 · Le prince Alexandre Borissovitch Kourakine, après avoir traversé pompeusement d'éminentes fonctions et représenté en dernier lieu la Russie Note 99 · Note 62: (retour) «Suivant la chronique intime du temps, ces décorations étaient devenues l'une des nécessités de l'existence du prince, à tNote 100 · Avec cela, les étrangetés de sa personne, qui lui avaient valu une célébrité européenne, ne lui permettaient guère de prendre à la cour et dNote 101 · Note 63: (retour) Archives nationales, Esprit public, F 7, 3719 et 3720. Vassiltchikof, les Razoumovski, IV, 384-424.Note 102 · Déjà la malignité publique s'exerçait à ses dépens; elle relevait en lui, en même temps qu'une susceptibilité formaliste, certain despotismeNote 103 · Note 64: (retour) Mémoires de Mme de Rémusat, III, 342.Note 104 · Son séjour à Paris lui avait inspiré plus d'admiration que de confiance; ayant tout examiné avec une curiosité attentive, ayant fréquenté leNote 105 · Note 65: (retour) Roumiantsof à l'empereur Alexandre, 12-24 janvier 1809. Archives de Saint-Pétersbourg.Note 106 · Note 66: (retour) Id., 30 janvier-11 février 1809.Note 107 · Dans toutes ses conversations avec ce ministre, Napoléon resta fidèle au plan de séduction qu'il s'était fait vis-à-vis de lui; il ne l'accuNote 108 · Note 67: (retour) Roumiantsof à l'empereur Alexandre, 30 janvier-11 février 1809. Archives de Saint-Pétersbourg.Note 109 · Note 68: (retour) Id.Note 110 · Dans la campagne imminente, il paraissait désirer plutôt qu'espérer la coopération de la Russie. Au reste, si ses alliés le laissaient sans Note 111 · Note 69: (retour) Id.Note 112 · Au bout de quelques jours, l'Empereur sembla se radoucir: son langage était moins brutal et plus posé: l'écrasement et la dissolution de l'ANote 113 · Note 70: (retour) Champagny à Caulaincourt, 7 février 1809.Note 114 · Note 71: (retour) Andréossy à Champagny, 3 février 1808. Archives des affaires étrangères.Note 115 · C'était attribuer trop d'efficacité à quelques propos émollients, et la véritable cause de l'accalmie était que la guerre apparaissait à NapNote 116 · Note 72: (retour) Rapport de Roumiantsof à Alexandre, 30 janvier-11 février 1809. Archives de Saint-Pétersbourg. Lettres de Champagny à CaulNote 117 · Napoléon revenait donc à penser que l'explosion n'aurait pas lieu avant avril ou avant mai. La rupture se trouvant ajournée, ne saurait-on lNote 118 · Note 73: (retour) Champagny à Napoléon, 4 janvier 1809. Archives nationales, AF, IV, 1676.Note 119 · Note 74: (retour) Mémoires de Metternich, II, 269 à 274.Note 120 · Malheureusement, Roumiantsof passait par des alternatives cruelles, par des anxiétés sans nombre, qui le rendaient incapable de toute volontNote 121 · Note 75: (retour) Mémoires de Metternich, II, 273.Note 122 · À la fin, Roumiantsof prit un parti: ce fut de s'en aller et de retourner à Pétersbourg, dans le but, disait-il, d'y travailler au maintien Note 123 · Note 76: (retour) Lettre à Caulaincourt, 14 février 1809.Note 124 · Il essaya cependant, jusqu'au dernier moment, de le convaincre et de l'endoctriner. Le comte allait monter en voiture, lorsque M. de ChampagNote 125 · Note 77: (retour) Rapport de Caulaincourt du 6 mars 1809.Note 126 · Avant ce retour, Alexandre, instruit par courrier des propositions de Napoléon, en avait fait l'objet de quelques entretiens avec SchwartzenNote 127 · Note 78: (retour) Beer, op. cit., 367-369.Note 128 · Note 79: (retour) «Dans les spectacles, écrivait notre représentant le 23 mars, on saisit toutes les allusions aux circonstances et surtout Note 129 · Note 80: (retour) Dépêche du chargé d'affaires Dodun, en date du 4 avril 1809. Le même agent écrivait le 18 mars: «En 1805, la guerre était Note 130 · Note 81: (retour) Dépêche d'Andréossy du 18 février 1809.Note 131 · Dans ses premiers calculs, l'Autriche avait fixé en mars l'instant de l'agression si mûrement préméditée; elle avait senti ensuite l'impossiNote 132 · Note 82: (retour) Rapport de Caulaincourt du 8 avril 1809.Note 133 · Note 83: (retour) Lettre publiée par M. Tatistcheff dans la Nouvelle Revue, 1er septembre 1891.Note 134 · Tous calculs faits, il compte que la Russie, sans s'affaiblir notablement en Finlande et sur le Danube, peut nous seconder avec 80,000 hommeNote 135 · Note 84: (retour) Feuille de nouvelles jointe à la lettre de Caulaincourt à l'Empereur en date du 22 mars 1809.Note 136 · Note 85: (retour) Rapport de Caulaincourt du 17 mars 1809.Note 137 · D'abord, le retour de Roumiantsof donna lieu à une scène caractéristique. La première fois qu'il se retrouva avec notre ambassadeur à la tabNote 138 · Note 86: (retour) Rapport de Caulaincourt du 17 mars 1809.Note 139 · «Après le dîner, continue Caulaincourt dans son rapport, l'Empereur daigna m'appeler dans son cabinet.» Toujours sur le même ton, il protestNote 140 · Note 87: (retour) Rapport de Caulaincourt du 17 mars 1809.Note 141 · À ces raisons, Caulaincourt ne se fit nullement faute de répondre que les guerres de Turquie et de Suède n'exigeaient pas un vaste déploiemeNote 142 · Note 88: (retour) Rapport de Caulaincourt du 20 mars 1809.Note 143 · Note 89: (retour) Id.Note 144 · Parfois, avant d'aborder le fond du débat, il varie ses procédés de séduction préliminaire; au lieu de s'enthousiasmer pour la France, il méNote 145 · Note 90: (retour) Rapport de Caulaincourt du 8 avril 1809.Note 146 · Dans une autre conférence, Caulaincourt revient à la charge; mieux armé, fort des lettres qu'il a reçues directement de Napoléon, il essaye Note 147 · Note 91: (retour) Lettre de Caulaincourt du 8 avril 1809.Note 148 · Ces exigences, Napoléon les avait prévues et s'était mis en mesure d'y satisfaire. Il avait autorisé Caulaincourt à signer, s'il en était poNote 149 · Note 92: (retour) Beer, 349, d'après les rapports de Schwartzenberg.Note 150 · Il écarta l'un et l'autre de ces partis pour s'arrêter à un troisième, le pire et le moins digne de tous, à un expédient dont Spéranski paraNote 151 · Note 93: (retour) Rapport de Caulaincourt du 22 avril 1809.Note 152 · Dès qu'il eut la certitude que les troupes des archiducs s'ébranlaient pour passer la frontière, il fit savoir à notre représentant qu'il roNote 153 · Note 94: (retour) Rapport de Caulaincourt du 22 avril 1809.Note 154 · «Cela fut dit si haut, ajoute Caulaincourt dans son rapport, et avec une intention si prononcée, que les vingt personnes qui étaient à tableNote 155 · Note 95: (retour) Lettres publiées par nous dans la Revue de la France moderne, 1er juin 1890.Note 156 · Note 96: (retour) Rapport de Caulaincourt du 28 avril 1809.Note 157 · Six jours plus tard, le passage de l'Inn étant connu, les apparentes résolutions du Tsar se signalèrent au grand jour. Un manifeste de guerrNote 158 · Note 97: (retour) Beer, 351.Note 159 · Note 98: (retour) Id.Note 160 · Comment s'était-il expliqué? C'est ce que nous apprend le rapport de ses derniers entretiens avec Schwartzenberg, transmis à Vienne par cet Note 161 · Note 99: (retour) Dans l'armée russe, la division constituait l'unité stratégique par excellence et comprenait un effectif sensiblement supéNote 162 · Note 100: (retour) Rapport de Caulaincourt du 16 avril 1809.Note 163 · Dans les jours qui avaient précédé la crise, Alexandre s'était résigné à masser, en face de la Galicie, une armée entière: quatre divisions Note 164 · Note 101: (retour) Rapport de Caulaincourt du 29 avril.Note 165 · À défaut de services effectifs, Alexandre nous payait en paroles. Il envoya ses vœux tout d'abord, puis ses félicitations enthousiastes. Au Note 166 · Note 102: (retour) Id., 4 mai.Note 167 · Note 103: (retour) Rapport n° 33, mai 1809.Note 168 · Note 104: (retour) Rapport du 4 mai.Note 169 · Il prétendait envier à ses propres messagers la faveur qu'il leur accordait, celle de contempler le grand capitaine dans l'activité de son gNote 170 · Note 105: (retour) Allusion au scandale retentissant qui venait d'éclater à Londres. Le duc d'York, commandant en chef de l'armée anglaise, Note 171 · Note 106: (retour) Rapport n° 33, mai 1809.Note 172 · «Je fis sentir à Sa Majesté, écrivait Caulaincourt à Napoléon, que l'Autriche s'était servie des mêmes moyens que les gens qui avaient fait Note 173 · Note 107: (retour) Id.Note 174 · Note 108: (retour) Rapport n° 39, juin 1809.Note 175 · Note 109: (retour) Rapport du 5 juin.Note 176 · Note 110: (retour) Id., 18 mai.Note 177 · Note 111: (retour) Id., 29 avril.Note 178 · Note 112: (retour) Archives de Saint-Pétersbourg.Note 179 · Lorsque Caulaincourt eut amplement développé ces idées, le Tsar prit la parole et abonda dans le même sens. Il convint «que tant de gens n'éNote 180 · Note 113: (retour) Soltyk, Relation des opérations de l'armée aux ordres du prince Joseph Poniatowski pendant la campagne de 1809. Paris 184Note 181 · Les conséquences de sa conduite, faciles à prévoir, ne se firent pas attendre. Surpris par l'irruption de l'armée autrichienne, qui s'avançaNote 182 · Note 114: (retour) Soltyk, 505Note 183 · Note 115: (retour) Soltyk, 224-225.Note 184 · Il y entra dans les premiers jours de mai; la population se leva à son approche et vint à lui. Les chefs de la noblesse, les grands propriétNote 185 · Note 116: (retour) Id., 136-267, Correspondance de M. Serra, résident de France à Varsovie, et de M. de Bourgoing, ministre à Dresde. ArchivNote 186 · Arrivé dans cette ville, Poniatowski essaya de régulariser le mouvement et d'ordonner les forces qui se levaient en tumulte. Un gouvernementNote 187 · Note 117: (retour) Soltyk, 267.Note 188 · Note 118: (retour) Rapport de Caulaincourt du 17 juillet.Note 189 · Il faut convenir que des faits regrettables, caractéristiques, justifiaient ces appréhensions. L'agitation ne s'arrêtait pas aux limites de Note 190 · Note 119: (retour) Rapport n° 34 de Caulaincourt, 28 mai 1809.Note 191 · Au milieu de ces cris de haine et de colère, Alexandre restait en apparence impassible et doux; il tâchait d'apaiser plutôt que d'irriter leNote 192 · Note 120: (retour) Rapport du 28 mai.Note 193 · Note 121: (retour) Id.Note 194 · En apprenant la conduite de Gortchakof, Alexandre parut stupéfait; cela l'étonnait d'autant plus, disait-il, que «ce général était un de ceuNote 195 · Note 122: (retour) Id.Note 196 · Alexandre affirmait d'ailleurs une fois de plus que ses troupes allaient marcher, qu'il avait réitéré l'ordre de passer la frontière, «ne fûNote 197 · Note 123: (retour) Ce billet était ainsi conçu: «Dans ce moment, général, je viens de recevoir, par une estafette de Dresde, une copie d'uneNote 198 · Note 124: (retour) Lettre publiée par nous dans la Revue de la France moderne, juin 1890.Note 199 · Note 125: (retour) Rapport du 14 juin.Note 200 · À l'arrivée des bulletins autrichiens, il se tut et attendit. Dès que d'autres avis eurent rectifié les premiers, il écrivit à Caulaincourt Note 201 · Note 126: (retour) Id.Note 202 · Note 127: (retour) Rapport du 14 juin.Note 203 · Lorsqu'il sut tous les détails de l'affaire, il rendit au courage de nos troupes les plus courtois hommages; il donna des larmes à tant de bNote 204 · Note 128: (retour) Champagny à Caulaincourt, 2 juin.Note 205 · Note 129: (retour) Une partie de cette lettre a été publiée par Armand Lefebvre, Histoire des cabinets de l'Europe pendant le Consulat et l'Note 206 · «--Des compliments et des phrases ne sont pas des armées; ce sont des armées qu'exigeait la circonstance 128»: telles furent les paroles sévNote 207 · Note 130: (retour) Deux jours après, l'Empereur revenait à cheval d'Ebersdorf à Schœnbrunn. Sur la roule poussiéreuse et brûlée de soleil, iNote 208 · «L'Empereur a mieux aimé que je vous écrivisse ces mots que de vous envoyer dix pages d'instructions, mais il veut que vous regardiez comme Note 209 · Note 131: (retour) Beer, 421-422; Metternich, I, 75-76.Note 210 · Ainsi, bien que l'Empereur s'interdise toute plainte, toute récrimination, toute parole de nature à provoquer un débat dont le bruit retentiNote 211 · Note 132: (retour) Corresp., 15316.Note 212 · En effet, six jours après, tandis que Lobau se hérissait de retranchements, tandis que Masséna et Davoust tenaient tête à l'ennemi sur le DaNote 213 · Note 133: (retour) Lettres signalées à la page 78.Note 214 · Note 134: (retour) Champagny à Caulaincourt, 10 juillet 1809.Note 215 · Dans ce but, il remet Caulaincourt en activité. Il lui permet de favoriser la paix des Russes avec la Suède, très désirée à Pétersbourg; il Note 216 · Note 135: (retour) Soltyk, 253.Note 217 · Mais les Russes avançaient avec une lenteur désespérante. Ils abrégeaient les étapes, allongeaient les haltes: ils prenaient au moins un jouNote 218 · Note 136: (retour) Soltyk, 283-293. Correspondance de M. Serra (cet agent se trouvait dans le camp polonais). Lettre de Poniatowski à CaulaiNote 219 · Supplié d'agir, Souvarof n'opposa longtemps aux ardentes instances de Poniatowski qu'un langage glacé: à la fin, il promit de faire avancer Note 220 · Note 137: (retour) Champagny à Caulaincourt, 10 juillet 1809.Note 221 · Note 138: (retour) Roumiantsof à Galitsyne, 18 mai 1809. Archives de Saint-Pétersbourg.Note 222 · À Lublin, il montra le péril instant, l'urgente nécessité d'un secours, mais se heurta de nouveau à des refus et à des réticences: tout ce qNote 223 · Note 139: (retour) Lettre précitée de Poniatowski à Caulaincourt.Note 224 · Note 140: (retour) Rambaud, Histoire de Russie, p. 559.Note 225 · Note 141: (retour) Poniatowski à Caulaincourt, 5 juillet 1809.Note 226 · Ayant assumé cette tâche, les Russes la remplirent de singulière façon. D'abord, ils laissèrent les Autrichiens jeter dans le pays des colonNote 227 · Note 142: (retour) Beer, 398-400. Wertheimer, Geschichte Œsterreichs und Ungarns im ernsten Jahrzehnt des 19 Jahrhunderts, II, 354, d'après Note 228 · Note 143: (retour) Soltyk, 283 et 298.Note 229 · Cet avis, accompagné de paroles obligeantes, avait de quoi rassurer les Autrichiens sur la portée réelle de l'intervention moscovite; il ne Note 230 · Note 144: (retour) Rapport de Caulaincourt du 17 juillet.Note 231 · Note 145: (retour) Rapport de Caulaincourt du 17 juillet.Note 232 · Chacun de ces incidents pénibles, retentissant à Pétersbourg, ajoutait au malaise ressenti dans cette capitale et aux embarras de CaulaincouNote 233 · Note 146: (retour) «Je voudrais l'avoir méritée, disait Alexandre, et la recevoir de la même manière que lui et à côté de l'Empereur.» RappoNote 234 · Note 147: (retour) Corresp., 15508.Note 235 · Enfin, le 23 juillet, l'aide de camp Tchernitchef reparut à Pétersbourg: il arrivait en droite ligne du champ de bataille de Wagram, où NapoNote 236 · Note 148: (retour) Soltyk, 314-324. Archives des Affaires étrangères, Correspondances de Varsovie et de Dresde, juillet-août 1809; lettres éNote 237 · La complicité des Autrichiens favorisa cette surprise. D'après les rapports de Poniatowski, appuyés de divers témoignages, les Autrichiens, Note 238 · Note 149: (retour) Caulaincourt envoyait à Napoléon, sous le titre de On dit, l'écho des conversations qui se tenaient dans les salons de PéNote 239 · Note 150: (retour) Rapport n° 44 de Caulaincourt, 3 août.Note 240 · Note 151: (retour) Rapport n° 44 de Caulaincourt, 3 août.Note 241 · Note 152: (retour) Voy. le texte de la note aux archives des Affaires étrangères, Russie, 149.Note 242 · Ces nouvelles trouvèrent la société russe dans un état de crise plus prononcé, qu'elles aggravèrent. Depuis quelque temps, les clameurs étaiNote 243 · Note 153: (retour) Corresp., 15164.Note 244 · Le cabinet de Pétersbourg ne spécifiait pas les garanties qu'il désirait. D'ailleurs, Caulaincourt n'était plus autorisé à en fournir aucuneNote 245 · Note 154: (retour) Archives des Affaires étrangères, Vienne, 384.Note 246 · Napoléon était résolu à ne dresser le plan de sa paix avec l'Autriche qu'en tenant compte dans une certaine mesure des répugnances et des apNote 247 · Note 155: (retour) Corresp., 15676.Note 248 · Son embarras était d'autant plus grand qu'Alexandre et Roumiantsof n'avaient jamais indiqué positivement comment on devait s'y prendre pour Note 249 · Note 156: (retour) Archives des Affaires étrangères, Vienne, 384.Note 250 · Il songea d'abord à ériger la Galicie en État distinct, en royaume séparé, et à lui donner pour souverain le grand-duc de Würtzbourg. Ce priNote 251 · Note 157: (retour) Caulaincourt à Champagny, 13 septembre 1809.Note 252 · Cet arrangement eût-il été agréé d'Alexandre? Pleinement émancipée, dotée d'une administration et d'une milice nationales, la Galicie fût deNote 253 · Note 158: (retour) Rapport de Caulaincourt du 17 juillet 1809.Note 254 · Ce qu'il désirait au fond, c'était d'étendre et d'affermir le duché de Varsovie, cet État qui n'existait que par lui et pour lui, cet auxiliNote 255 · Note 159: (retour) Depuis 1807, le roi de Saxe, comme souverain de Varsovie, conférait les décorations des ordres rattachés à l'ancienne couNote 256 · Après avoir soutenu le principe de l'inégalité à grand renfort d'arguments contestables, Champagny s'attache à parer des plus séduisantes quNote 257 · Note 160: (retour) Champagny à Caulaincourt, 12 août 1809.Note 258 · «Je reviens sur l'objet de cette lettre pour que vous ne vous y mépreniez pas. Il n'est pas question de faire une ouverture à la Russie, encNote 259 · Note 161: (retour) Corresp., 15076.Note 260 · Note 162: (retour) Parole rappelée par Champagny en écrivant à l'Empereur le 22 août 1810. Toutes les lettres adressées par le ministre au sNote 261 · Note 163: (retour) Corresp., 15816.Note 262 · Note 164: (retour) Cf. Wertheimer, II, 402.Note 263 · Il invite donc son plénipotentiaire aux conférences d'Altenbourg à s'enfermer jusqu'à nouvel ordre dans des généralités. Sans doute, il est Note 264 · Note 165: (retour) À Berlin, un agent autrichien insistait vivement auprès du Roi et de la Reine pour qu'ils se déclarassent: «le Roi s'exécNote 265 · Note 166: (retour) Mémoires de Metternich, II, 307.Note 266 · Note 167: (retour) Voy. cette lettre dans la Correspondance de Napoléon, XIX, 479, en note.Note 267 · Note 168: (retour) Mémoires de Metternich, II, 307.Note 268 · Il se trouvait seulement que l'Autriche avait adopté pareille tactique, et de même la considération de la Russie entrait pour beaucoup dans Note 269 · Note 169: (retour) Les Autrichiens tenaient le langage suivant: «Nous sommes dans la position d'un homme à qui on veut enlever un membre; neNote 270 · Enchaînés par des instructions identiques, les plénipotentiaires respectifs luttèrent de lenteur, essayant de pénétrer la partie adverse, seNote 271 · Note 170: (retour) Lettre à l'Empereur, 17 août, citée par Wertheimer, II, 400.Note 272 · Dans le château où il s'était logé, il donnait des dîners, organisait des réceptions. «Les femmes s'attendent que je les ferai aussi danser,
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