Note (retour) — ALEXANDRE Ier
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La complicité des Autrichiens favorisa cette surprise. D'après les rapports de Poniatowski, appuyés de divers témoignages, les Autrichiens, en même temps qu'ils traitaient avec les Polonais, auraient prévenu les Russes et les auraient envoyé chercher; des officiers se seraient détachés pour guider les colonnes du général Souvarof accourant vers la ville, et auraient promis une gratification au détachement qui arriverait premier. Quoi qu'il en soit, Poniatowski fut averti dans la nuit, par des habitants de Cracovie, qu'une avant-garde russe entrait dans la ville. Le lendemain, à la première heure, conformément à l'accord stipulé, le chef d'escadron Potocki se présenta pour occuper l'une des portes; il la trouva gardée par un détachement russe, commandé par Sievers. Un dialogue fort vif s'engagea entre eux: «J'ai ordre, dit le Russe, de vous défendre l'entrée de la ville.--J'ai ordre, répliqua le Polonais, d'y entrer au nom de S. M. l'empereur des Français, et j'espère que vous ne me forcerez point à faire croiser les lances pour m'en ouvrir le passage.» Sievers s'effaça avec ses hommes, la porte s'ouvrit. En ville, un spectacle singulier attendait les nouveaux arrivants; des Russes partout, et parmi eux, errant librement, traités en amis, des traînards de l'armée autrichienne, des officiers même; en perspective dans les principales rues, des escadrons russes en bataille, un rempart de chevaux, d'hommes, et la forêt des lances. Cependant, Poniatowski entrait à la tête de ses troupes, tambours battants, enseignes déployées. Arrivé sur la place d'Armes, il trouve devant lui une masse de hussards russes, lui barrant le chemin. Dans un beau mouvement de fougue et d'impatience, il enlève alors son cheval, le jette dans les rangs des hussards, fait brèche à ce mur vivant et, par la force, s'ouvre un passage. En d'autres endroits, les Polonais ne purent avancer qu'après avoir croisé la baïonnette ou mis la lance en arrêt. De toutes parts des propos furieux, des gestes menaçants s'échangeaient; les fusils allaient partir, lorsqu'un accord se fit à grand'peine entre les commandants respectifs. Il fut convenu que l'occupation serait commune; Polonais et Russes se partagèrent la ville, se cantonnèrent dans des quartiers distincts, et là restèrent à s'observer, hautains, amers, provocants, la main sur leurs armes; entre ces alliés ennemis, la tension des rapports était devenue telle que le moindre incident suffirait désormais à faire éclater la lutte 148.