Note (retour) — ALEXANDRE Ier
Reading edition
Le lendemain de la scène des Tuileries, il y avait bal chez la reine de Hollande. Le comte Roumiantsof et le nouvel ambassadeur du Tsar, le vieux prince Kourakine, avec un ménage russe en résidence à Paris, le prince et la princesse Wolkonski, étaient les seuls étrangers dont l'Empereur eût permis l'invitation. Pendant la soirée, il prit à part les deux premiers, les emmena dans une salle attenante à celles où l'on dansait, et là leur parla de la situation pendant trois heures, avec véhémence 60. Les jours suivants, il fit appeler plusieurs fois Roumiantsof et prit l'habitude de causer avec lui tous les matins. Depuis son retour, il ne perdait aucune occasion d'attirer à lui ce ministre, de distinguer aussi Kourakine, dont il avait reçu avec apparat les lettres de créance, de les entretenir, voulant à la fois leur faire honneur et scruter leurs dispositions. Plus que jamais la Russie le préoccupait, et son premier désir était de savoir jusqu'à quel point il pouvait compter sur elle. Aujourd'hui, l'assistance toute morale qu'il avait réclamée jusqu'à présent ne lui suffisait plus: avant même d'avoir reçu le projet de note identique, il jugeait que cette mesure se produirait trop tard pour porter, et la question qu'il se posait était celle-ci: La Russie, n'ayant pas su empêcher la guerre, allait-elle y participer, tenir ses engagements et marcher avec nous? Pour l'entraîner, Napoléon se cherchait un intermédiaire utile avec le Tsar, un homme capable de s'élever à la hauteur des nécessités présentes, de s'en bien pénétrer, d'exercer à Pétersbourg une influence déterminante, de mettre l'alliance sur pied et en mouvement: trouverait-il cet homme dans l'un ou l'autre des deux vieillards que la Russie lui avait envoyés, l'ambassadeur en titre et le ministre de passage?