Note (retour) — ALEXANDRE Ier
Reading edition
Chacun de ces incidents pénibles, retentissant à Pétersbourg, ajoutait au malaise ressenti dans cette capitale et aux embarras de Caulaincourt. C'était à cet ambassadeur qu'aboutissaient toutes les plaintes, avec le devoir de les appuyer ou d'y répondre; il devait incriminer la conduite des généraux russes et défendre en même temps celle des Polonais, tâche d'autant plus ingrate qu'il sentait croître chaque jour les défiances d'Alexandre. Rapportant tout à l'idée qui faisait son tourment, le Tsar croyait en découvrir dans les plus petits faits l'indice et la preuve. «Propos, écrits, conduite, disait-il en montrant la Galicie et le duché, rien n'est là dans le système de l'alliance. Il faut qu'on s'explique 144.» Quant à Roumiantsof, la Pologne lui devenait littéralement un cauchemar. Pour rassurer le monarque et son conseiller, subissant l'un et l'autre l'influence d'une société exaspérée, les efforts de Caulaincourt demeuraient impuissants, et même les mesures auxquelles Napoléon s'était arrêté par ménagement pour la Russie allaient contre leur but, étaient accueillies avec défaveur et prises en mauvaise part. L'ordre donné d'occuper au nom de l'Empereur les districts insurgés de la Galicie offusqua fort Alexandre: «il ne pouvait souffrir, disait-il, que l'on créât une province française sur ses frontières 145.» Ce qui le froissait particulièrement, c'était l'inattention de l'Empereur à lui répondre; ce défaut de formes blessait, inquiétait le monarque qui en mettait de si raffinées dans tous ses rapports personnels avec son allié, et le silence de Napoléon, à mesure qu'il se prolongeait, lui semblait de sinistre augure et gros d'arrière-pensées.