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Napoléon et Alexandre Ier (2/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier

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La guerre qui s'annonce à brève échéance, Napoléon l'accepte désormais; il la poussera à fond, avec rage, mais il la déteste toujours, car elle le détourne de l'Angleterre, et la sincérité des efforts auxquels il s'est livré pour l'empêcher se mesure à son courroux contre la puissance qui l'oblige à la faire. L'Autriche devient à ce moment l'objet principal de sa haine: «elle le mine 56», écrit Roumiantsof. C'est elle l'irréconciliable ennemie, celle qu'il trouve toujours en travers de sa route, s'interposant entre lui et l'Angleterre, celle qu'il lui faut briser et anéantir. Cependant, l'ennemi du dehors n'attire pas seul sa colère. Autour de lui, il sent, il cherche instinctivement des coupables. Assurément, en présence des difficultés qui venaient l'assaillir, il eût dû d'abord s'incriminer lui-même, se rappeler qu'il avait provoqué toutes les dynasties en s'attaquant à la plus indigne, mais à la plus soumise et la plus inoffensive d'entre elles. Toutefois, s'il avait le devoir d'être mécontent de lui-même, il avait aussi le droit d'être mécontent des autres. Profitant de ses fautes et de la lassitude générale, une opposition s'était formée contre lui à sa cour même, dans ses conseils; là, l'esprit de critique et de censure était encouragé par des hommes qui lui devaient tout et dont il avait fait la grandeur. Il n'ignorait pas que ces personnages, durant son absence, avaient oublié leurs rivalités pour s'unir dans l'intrigue, qu'ils avaient escompté sa disparition, cherché les éléments d'un autre gouvernement, songé à se préparer en dehors de lui une fortune et un avenir; qu'enfin cette sourde agitation, connue en Europe, encourageait la cour de Vienne à brusquer ses entreprises. Sans savoir qu'un dignitaire français poussait la félonie jusqu'à recommander aux Autrichiens «de ne point se laisser prévenir 57», Napoléon jugeait qu'une connivence existait de fait entre les factieux de l'intérieur et l'étranger en armes. En particulier, dans ce qui se passait depuis six mois, il apercevait vaguement une main habituée à manier l'intrigue, à en tisser les fils avec un art insidieux, et sa colère, devinant juste, tomba sur Talleyrand.

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