Note (retour) — ALEXANDRE Ier
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En Espagne, il est vainqueur partout où il rencontre l'ennemi et peut l'aborder; ses étapes se comptent par des batailles gagnées. Contre les cent mille hommes de troupes réglées que lui oppose l'insurrection, il refait en grand la manœuvre d'Austerlitz; après avoir laissé les ennemis s'avancer sur ses deux flancs, affaiblir leur ligne en la prolongeant, il pousse contre leur centre, l'enfonce à Burgos, se rabat sur leur gauche, qu'il fait sabrer à Tudela par le maréchal Lannes, tandis que Soult se charge de la droite et la disperse au combat d'Espinosa. Peu après, la charge de Somo-Sierra dégage la route de Madrid. Le 4 décembre, l'Empereur est maître de cette capitale, dédaigne d'y entrer et se borne à y rétablir l'autorité de son frère. La guerre eût été finie, si nous n'avions eu affaire qu'à un gouvernement, si le peuple ne fût resté debout dans toutes les provinces, pour renouveler la lutte. Les armées régulières de l'Espagne ont été battues et pulvérisées: d'autres armées naissent de cette poussière, et la résistance se perpétue en se disséminant. Au moins Napoléon espère-t-il employer le temps qui lui reste à passer dans la Péninsule en frappant un grand coup sur l'armée anglaise, sortie du Portugal et aventurée en Castille; par un ensemble d'opérations concentriques, il se dispose à l'envelopper et à la prendre. Malheureusement, la fortune moins complaisante ne lui ménage plus l'occasion de succès décisifs et surtout ne lui permet plus d'achever ses victoires. Se rejetant brusquement en arrière, l'armée du général Moore échappe au filet et se dérobe à un désastre. Napoléon se jette aussitôt sur ses traces, la serre de près dans les montagnes de la Galice, lui prend ses traînards, ses bagages, ses magasins, la pousse furieusement vers la côte, où il espère l'anéantir avant que des vaisseaux anglais en aient recueilli les débris. Cependant, peut-il s'égarer longtemps dans cette extrémité lointaine de la Péninsule, privé de communications régulières avec la France, absent en quelque sorte de l'Europe? Un soir, pendant une halte, des courriers le rejoignent à travers mille périls; à la lueur d'un feu de bivouac, il lit les dépêches qui lui sont présentées, et aussitôt une vive préoccupation se peint sur ses traits 6. D'importantes nouvelles le rappellent en arrière: sur divers points de l'Europe, les événements ont marché; l'Angleterre, l'Orient, l'Autriche surtout, la Russie enfin réclament son attention et peuvent lui commander d'immédiates résolutions. On le voit alors s'arracher à la poursuite des Anglais, laisser à Soult le soin d'achever leur déroute, rétrograder sur Benavente, puis sur Valladolid: dans cette ville, où il «peut recevoir les estafettes de Paris en cinq jours 7», il s'arrête, s'établit et, tournant le dos à l'Espagne, fait front à l'Europe.