Note (retour) — ALEXANDRE Ier
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Il se trouvait seulement que l'Autriche avait adopté pareille tactique, et de même la considération de la Russie entrait pour beaucoup dans ses calculs. Sous le coup de Wagram, l'Autriche avait plié et demandé grâce; aujourd'hui, un peu remise du choc, elle ne se sentait pas assez vaincue pour capituler sans conditions. Au château de Dotis, près Presbourg, où la cour s'était réfugiée, la guerre à outrance conservait ses partisans, et l'empereur François n'écartait point l'hypothèse d'une reprise d'hostilités, pour le cas où le vainqueur prétendrait infliger à l'Autriche, par une paix trop onéreuse, de mortelles blessures: il aimerait mieux succomber noblement, les armes à la main, que de signer un traité qui conduirait la monarchie à une ruine ignominieuse et sûre. Pour soutenir une lutte suprême, il mettait sa confiance dans la valeur de son armée, dans le loyalisme de ses sujets, et ne désespérait point d'un secours extérieur. Il négociait toujours avec la Prusse 165, comptait sur la brusque diversion que les Anglais tentaient à Walcheren, sur la diversion permanente de l'Espagne; mais ses regards se tournaient particulièrement vers la Russie, s'attachaient à pénétrer cette muette puissance, à percer le mystère de ses intentions. La Russie avait déclaré la guerre, sans la faire: de cette attitude équivoque, fallait-il conclure qu'elle désirait sincèrement la conservation et l'intégrité de l'Autriche? Ne pourrait-on l'amener à se prononcer davantage, à intervenir au moins diplomatiquement, à limiter les exigences du vainqueur, en le menaçant d'un abandon total? Tant que la Russie ne serait pas sortie de son nuage, l'empereur François n'entendait souscrire à aucun sacrifice trop grave. «Il faudra sonder la Russie, posait-il en principe, et se mettre en état de recommencer la lutte 166.» Le 30 juillet, il avait écrit à Alexandre et glissé dans sa lettre, sous une forme timide, un suppliant appel; il avait exprimé l'espoir, la conviction, «que les intérêts de l'Autriche ne sauraient jamais devenir étrangers à la Russie 167». Si le Tsar refusait de le comprendre, adorait le succès et s'enchaînait plus étroitement au vainqueur, il serait temps alors de courber la tête et de s'humilier. En attendant, l'empereur François dictait en ces termes à ses plénipotentiaires leur rôle et leur langage: «Les négociateurs tâcheront de gagner du temps jusqu'à la fin d'août et de profiter de ce répit pour tirer au clair les intentions de Napoléon 168.»