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Napoléon et Alexandre Ier (2/3)

Note (retour) — ALEXANDRE Ier

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Ces nouvelles trouvèrent la société russe dans un état de crise plus prononcé, qu'elles aggravèrent. Depuis quelque temps, les clameurs étaient si vives que Caulaincourt, pour habitué qu'il fût à de pareilles tempêtes, se sentait ému devant ce débordement d'attaques: «Je n'ai pas encore vu, disait-il, la fermentation à ce point et aussi générale.» Dans les salons, le Tsar n'était pas plus épargné que la France; les mécontents parlaient tout haut de le déposer et de confier à des mains plus fermes les destinées de l'empire 149. Alarmé de ce mouvement, qui ne répondait que trop à ses propres angoisses, le gouvernement ne savait ni le réprimer ni le diriger; il se bornait à le suivre et haussait lui-même le ton, sans se mettre au niveau des audaces et des violences de la société. Imitant l'exemple de Roumiantsof, Alexandre crut devoir faire à son tour sa profession de foi. Il déclara à Caulaincourt que la question de Pologne était la seule sur laquelle il ne transigerait jamais; c'est en vain que Napoléon lui offrirait sur d'autres points des avantages, des compensations brillantes: «Le monde n'est pas assez grand pour que nous puissions nous arranger sur les affaires de Pologne, s'il est question de sa restauration d'une manière quelconque 150.» Même, Alexandre n'entendait plus laisser à ses plaintes un caractère intime et confidentiel. Jusqu'alors, tout s'était passé en conversations avec le duc de Vicence: maintenant, le cabinet de Pétersbourg parlait de recourir à des voies solennelles, de produire des demandes en forme qui exigeraient une réponse et de mettre Napoléon en demeure de le satisfaire. «Je veux à tout prix être tranquillisé 151», disait Alexandre, et il semblait subordonner sa coopération pour la suite de la guerre à certaines garanties contre le rétablissement de la Pologne. Une note était en préparation; elle fut remise à Caulaincourt au lendemain des incidents de Cracovie, le 26 juillet. Rédigée et signée par Roumiantsof, elle continuait à affirmer l'alliance, mais signalait les écarts de ceux «qui arboraient le nom de Polonais», récapitulait les griefs de la Russie, avouait ses craintes, réclamait enfin des explications et des assurances. Pour la première fois, la question de Pologne surgissait officiellement entre les deux puissances, et un acte régulier en saisissait l'Empereur 152.

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