Note (retour) — ALEXANDRE Ier (continued 4)
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Une simple neutralité, sans un mot d'encouragement, c'était peu pour le parti qui mettait tout son espoir dans le nom et l'appui de l'Empereur. Bernadotte s'en contenta; il quitta Paris, se retira dans sa terre de La Grange et s'y tint fort tranquille de sa personne, tout en faisant travailler de son mieux à Stockholm; il écrivit plusieurs fois à l'Empereur, mais se bornait à lui communiquer les nouvelles, à le tenir au courant, sans solliciter de réponse à ses lettres 575. MM. de Wrède et de Mœrner, ainsi que leurs affidés, étaient plus exigeants; ils eussent voulu obtenir une parole, un signe d'approbation qui deviendrait pour eux un gage de succès. Afin de surprendre ce secours, ils crurent devoir mettre dans la confidence le ministre de Suède à Paris, le baron de Lagelbielke, qui seul était en droit d'agir officiellement et de questionner. En apprenant l'étrange intrigue ourdie à ses côtés, M. de Lagelbielke demeura stupéfait et ne sortit de son étonnement que pour tomber dans un abîme de réflexions. Hostile au fond à la France, il ne pouvait approuver les aspirations du maréchal: d'autre part, fort ménager de ses intérêts personnels, il jugeait imprudent de se brouiller avec un parti qui peut-être représentait l'avenir et qui triompherait certainement, pour peu que tel fût le vœu de Napoléon. Désirant régler sa conduite au mieux de sa fortune, il n'eut désormais qu'une pensée, qu'un but, savoir si l'Empereur s'intéressait ou non au succès du maréchal, si Sa Majesté était dans l'affaire. Les audiences qu'il obtint du souverain ne l'ayant point renseigné, il se tourna vers le secrétaire d'État, se mit à poursuivre M. de Champagny en tous lieux, au ministère, dans le monde, au bal. Le 1er juillet, à la fête de l'ambassade d'Autriche, qui devait finir si tragiquement, il fendait la foule des invités pour arriver jusqu'au duc de Cadore, cherchait à le faire parler et n'en obtenait que des phrases évasives: «Nous laisserons aller les choses... j'ignore complètement la pensée de l'Empereur...», et bientôt le duc «se détournait pour répondre ou saluer ailleurs 576». Mais le Suédois s'attachait à lui, essayait de rappeler son attention, lorsque le cri sinistre: «Au feu!» retentissant de toutes parts, vint forcément rompre l'entretien. M. de Lagelbielke dut renoncer à satisfaire sa curiosité, et le mutisme observé vis-à-vis de lui le mettait au désespoir; il l'attribuait à un parti pris d'indifférence et de dédain pour la Suède: «Nous sommes par trop méprisés ici», disait-il douloureusement 577. Entre temps, à la fin de juin et dans les premiers jours de juillet, il dépêchait à Stockholm plusieurs courriers; il signalait les incidents survenus, la formation du parti Bernadotte, mais se trouvait hors d'état de fournir aucun éclaircissement sur les volontés de l'Empereur.