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Histoire littéraire d'Italie (5/9)

D'ITALIE.

Reading edition

DEUXIÈME PARTIE.

CHAPITRE XI.

Suite de l'Épopée romanesque; poëmes sur d'autres sujets que Charlemagne et ses Paladins; poëmes tirés des fables grecques; sujets purement imaginaires; romans de chevalerie de la Table ronde; Giron le Courtois de l'Alamanni; Vie de ce poëte, idée de son poëme.

Quant au fond même de ce double sujet, il n'est pas d'un intérêt assez vif pour racheter la faiblesse de l'exécution. Pigmalion, roi de Macédoine, mais roi de la façon du premier auteur de ces romans, eut un fils nommé Florendo, qui devint amoureux d'Agriane, fille d'un empereur de Constantinople. L'intelligence des deux amants eut des suites. Pour les cacher, Agriane fit porter sur la montagne d'Olive l'enfant dont elle accoucha en secret. Enveloppé dans une corbeille, il fut suspendu aux branches d'un palmier. Un villageois qui vint à passer ayant entendu les cris de cet enfant, en eut pitié, le détacha du palmier, l'emporta dans sa maison, et ne sachant de quel nom l'appeler, lui donna celui de Palmerin d'Olive, à cause de l'arbre et de la montagne où il l'avait trouvé. Agriane fut ensuite mariée avec Tarise, roi usurpateur de Hongrie; mais Florendo attaqua ce roi, le tua, et reconquit tous ses droits sur sa chère Agriane.

Palmerin, leur fils, avait montré dès sa première jeunesse un courage à toute épreuve. Instruit de bonne heure que le paysan qui l'avait recueilli n'était point son père, il était allé chercher les aventures. Il mérita d'être armé chevalier en Macédoine par Florendo, son père, qui ne le connaissait pas, et se couvrit de gloire dans des expéditions périlleuses et lointaines. Point de chevalier sans une maîtresse; Palmerin prit pour la sienne la fille de l'empereur d'Allemagne, princesse très-belle et très-tendre, mais qui, par malheur, n'avait pas un nom très-poétique: elle s'appelait Polinarde. C'est pour lui plaire que Palmerin fit des exploits et entreprit des guerres à ne point finir. Une de ses expéditions fut de délivrer Florendo et Agriane d'une prison où ils avaient été jetés après que Florendo eût détrôné et tué son rival, le roi usurpateur de Hongrie. C'est après cet exploit qu'ils reconnaissent Palmerin pour leur fils. L'empereur de Constantinople ayant enfin consenti au mariage de sa fille Agriane avec Florendo, l'empereur d'Allemagne consent aussi à donner Polinarde sa fille au brave Palmerin d'Olive. Palmerin finit, après bien d'autres exploits, par succéder à son père et à son beau-père, sur le trône de Macédoine et sur celui de Constantinople; et ce fut un des plus grands et des plus glorieux empereurs qu'ait eus la Grèce, quoiqu'il ne soit pas fait la moindre mention de lui dans l'histoire du Bas-Empire.

Son fils Primaléon ne fit pas de moins belles choses. Le nom de sa maîtresse n'était pas beaucoup plus heureux; mais Gridonie avait autant de beauté qu'en avait eu Polinarde, et Primaléon fit pour l'obtenir tout ce que l'amour et la valeur faisaient alors entreprendre. Devenu son époux, il gouverna long-temps la Grèce sous les ordres de Palmerin son père, soutint l'honneur de sa couronne dans des guerres terribles, qu'il parvint à terminer heureusement; et, devenu héritier de son trône, il le fut aussi de sa gloire.

Tel est, en peu de mots, le sujet de ces deux poëmes, dont les embellissements sont, comme à l'ordinaire, de grands combats, des tournois, des dragons, des géants, des enchantements et des fées. Ils méritent peu qu'on s'y arrête; et, soit par les vices du sujet même, soit par la faute du poëte, on parle peu de Palmerin et de Primaléon, et on les lit peut-être encore moins.

Il est divisé en deux livres, mais à l'imitation du Roland amoureux, chacun de ces livres est subdivisé en chants; le premier en contient sept, et le second cinq. Chacun des chants commence, ainsi que le premier, par une invocation à Vénus. Il n'y en a qu'une dans Lucrèce, mais Vénus dut en être plus contente que des sept invocations de Bajardi. Tous ses chants se terminent, non par deux ou trois vers, comme dans la plupart des autres poèmes romanesques, mais par une octave entière, où il annonce que sa narration est interrompue et qu'il la reprendra le lendemain. Le style de ce poëte est simple et clair, mais dépourvu de grâce, de force et de coloris.

Mais il est temps de quitter ces petits objets et de jeter les yeux sur deux véritables romans épiques, recommandables par le nom et la réputation de leurs auteurs, et d'autant plus remarquables qu'ils sont à peu près les seuls qu'aient fournis à l'Italie deux branches de romans qui ont eu tant de vogue, et produit tant et de si gros volumes en France et en Espagne, la Table ronde et les Amadis.

Ce discours, très-long dans Varchi, paraît, comme ceux de Tite-Live, appartenir plus à l'historien qu'au personnage: mais si toutes les paroles ne sont pas de l'Alamanni, le fond en est sans doute. On a vu quelle fut son opinion. L'avis contraire l'ayant emporté, on répandit le bruit qu'il avait parlé en faveur des Médicis ses ennemis, contre le roi de France son bienfaiteur. Devenu suspect au parti populaire, il séjourna moins à Florence, et fit à Gênes de fréquents voyages. Il y était en 1527, lorsqu'une armée française et vénitienne s'étant approchée de Livourne; il fut nommé commissaire général pour le logement et l'approvisionnement des troupes, emploi qu'il accepta et qu'il remplit avec beaucoup de zèle. Peu de temps après, Florence ayant armé tous ceux de ses citoyens qui étaient entre dix-huit et trente-six ans, l'Alamanni prit les armes. Il fit cependant de nouveaux efforts pour engager les Florentins à traiter avec l'empereur. Il y était excité par le célèbre André Doria; le libérateur de Gênes, qui avait conçu pour lui beaucoup d'amitié; mais le parti français étant toujours le plus nombreux et le plus fort dans le conseil, l'Alamanni se rendit inutilement plusieurs fois de Florence à Gênes et de Gènes à Florence. Doria partit alors pour l'Espagne avec ses galères; il y conduisit l'Alamanni, qui ne tarda pas à être instruit de ce qui se tramait entre le pape et l'empereur contre la liberté de Florence. Il expédia aussitôt de Barcelone un brigantin pour en avertir son gouvernement; mais on n'en voulut rien croire, et on lui sut mauvais gré de ce service.

Aquila grifagna Che per più divorar due becchi porta,

oiseau de proie, qui porte deux becs pour dévorer davantage. Charles connaissait ces vers. Dans l'audience où l'Alamanni lui fut présenté, au milieu d'une cour nombreuse, l'ambassadeur fit l'éloge de l'empereur, en orateur ou même en poëte. Il commença par le mot Aquila plusieurs de ses périodes. Quand il eut fini, Charles qui l'avait écouté avec beaucoup d'attention et l'œil continuellement fixé sur lui, se contenta de répondre:

Aquila grifagna Che per più divorar due becchi porta.

Quoique marié et père de famille, l'Alamanni aima, ou parut aimer plusieurs femmes, peut-être seulement pour en faire le sujet de ses vers; car il arrive souvent que les poëtes placent dans leur imagination une maîtresse, comme les peintres posent devant leurs yeux un modèle. On voit dans ses rime, ou poésies lyriques, une Cinthie et une Flore tout à la fois. Pendant son séjour en Provence, il ne trouva point de beauté capable de le fixer. Il en dit, dans une de ses satires, des raisons qui ne sont pas flatteuses pour les manières et pour l'esprit des Provençales de ce temps-là. Une seule fit sur lui quelque impression, et lui donna des espérances; mais il s'aperçut bientôt qu'elle se jouait de lui; et, rompant avec elle, il aima mieux reprendre en imagination les fers de quelques beautés italiennes.

Il porta surtout ceux d'une belle Génoise, qu'il désigne souvent sous le nom de Plante Ligurienne, Ligure Planta. On croit que son vrai nom était Larcara Spinola: on croit aussi qu'elle était pour quelque chose dans les fréquents voyages qu'il fit à Gênes, depuis les premiers dégoûts politiques qu'il avait éprouvés à Florence. Il aima encore une certaine Béatrice, de la noble maison des Pii, peut-être pour avoir un rapport avec Dante, comme il s'était félicité d'en avoir un avec Pétrarque, en chantant sa Plante Ligurienne, auprès de la Sorgue et de Vaucluse. Au reste il ne paraît pas que toutes ces passions aient rien coûté aux belles dames qui eu furent les objets: raison de plus pour croire qu'elles ne furent que poétiques, et qu'elles ne lui coûtèrent à lui-même que des vers.

Un tiers bien incommode survient; c'est Danaïn, Il a été successivement instruit de tout ce qui s'est passé; mais un méchant et malveillant témoin de la dernière scène l'a dénaturée en la lui racontant. Il croit donc que son infidèle ami et son infidèle épouse lui ont fait le dernier outrage, qu'ensuite un chevalier, qui a voulu le venger, a attaqué Giron et l'a blessé à mort. Il arrive auprès d'eux; ce qu'il voit est d'accord avec ce qu'on lui a dit.

Ses reproches font voir aux deux coupables qu'ils passent dans son esprit pour l'être plus qu'ils ne sont. Ils avouent ce qui est. Chacun des deux s'accuse et prend sur soi toute sa faute; mais tous deux protestent, au nom du ciel et de l'honneur, que le crime n'a point été commis. La sincérité, la tendresse même de leurs déclarations commence à persuader Danaïn. Leur dénonciateur, qui l'avait été par jalousie et par vengeance, vient pour jouir du fruit de ses calomnies. Danaïn l'aperçoit, court à lui, le menace, et tire de lui l'aveu de sa lâcheté. Alors il ne lui reste plus de doute; il ne peut en vouloir à son ami d'un sentiment involontaire qui s'est tenu dans les bornes de l'honneur; il fait transporter Giron à Maloanc, lui fait donner tous les secours de l'art et lui rend tous les soins de l'amitié. Sa femme, dont la raison est tout à fait revenue, le seconde; le courtois chevalier n'est pas devenu moins sage qu'elle;

Et sans honteux désirs, en tout bien tout honneur,

Tous les chevaliers ses vassaux s'y rendent en foule. Les quatre de la Table ronde tiennent leurs boucliers voilés et leurs devises cachées. Invités à combattre, ils y montrent peu d'empressement, peu d'aptitude et d'assurance; mais ils se sont partagé les rôles, se tiennent prêts, et au signal donné, fondent à la fois sur Nabon le Noir, sur ses courtisans, sur la foule de ses chevaliers. Le tyran tombe; nul ne résiste; tous sont vaincus, renversés, mis en pièces ou en fuite; les prisons sont ouvertes; les fers brisés, les chevaliers se reconnaissent, s'embrassent et retournent à la cour d'Artus, triomphants et plus satisfaits que s'ils rapportaient avec eux les trésors du monde entier,

Puisque par leur courage et leurs brillants exploits,

Dans l'épître dédicatoire de ce poëme, tiré d'un vieux roman français, l'Alamanni avertit qu'il s'est permis d'y faire plusieurs changements. Le plus considérable est au dénoûment. Dans le roman, Danaïn est en prison d'un côté, Giron de l'autre; on les y laisse. Giron y était avec sa maîtresse; la pauvre demoiselle était grosse; elle meurt en accouchant. Elle meurt, dit le romancier français, «parce qu'elle n'avait ame qui lui aidast à supporter sa douleur.» L'Alamanni a donné avec assez d'art un dénoûment à cette action qui, comme on voit, n'en a point. Au lieu de jeter son héros dans la première prison venue, chez un chevalier discourtois, qui n'a point encore figuré dans le poëme, il le fait tomber dans les pièges de Nabon le Noir, qu'on y a déjà vu paraître, et il tire de l'orgueil même et de la méchanceté de ce Nabon une fin dont le merveilleux est analogue à celui qui règne dans tout l'ouvrage.

CHAPITRE XII.

Fin de l'épopée romanesque; Notice sur la vie de Bernardo Tasso; Analyse de son poëme d'Amadis; dernières observations sur ce genre de poésie.

Il me reste à parler d'un poëme plus intéressant, dont l'auteur, soit qu'on le considère comme homme, ou comme poëte, joue un rôle important dans la littérature italienne; c'est l'Amadis de Bernardo Tasso, père du Tasse. Ce fut sans doute un grand bonheur pour Bernardo que d'avoir produit et élevé dans son sein l'auteur de la Jérusalem délivrée; mais son renom poétique en a souffert. La gloire du fils a éclipsé celle du père, et si Bernardo n'eût pas eu de fils, c'est lui qui, dans la postérité, se serait appelé le Tasse. Je le nommerai le plus souvent ainsi dans cette notice, où ce nom ne peut faire équivoque, quoiqu'il désigne communément l'auteur de la Jérusalem, et non pas celui d'Amadis.

Ces considérations l'emportèrent. Sanseverino partit avec le Tasse et une suite nombreuse; mais au lieu d'user de la plus grande diligence, il voyagea trop à son aise, et n'arriva à la cour qu'après que le vice-roi eût eu le temps d'instruire l'empereur de ce qui était arrivé, du départ du prince pour se rendre auprès de lui, et des mesures prises depuis ce départ pour faire rentrer Naples dans le devoir. Sanseverino fut donc très-froidement reçu et ne put rien obtenir. Ce désagrément ralentit beaucoup le zèle qu'il avait toujours eu pour le service de l'empereur. Un déni personnel de justice l'en détacha entièrement. Quelque temps après son retour à Salerne, on tira contre lui un coup de fusil, dont il fut assez grièvement blessé à la poitrine. Persuadé que ce coup venait du vice-roi son ennemi, il l'en accusa auprès de l'empereur. Charles-Quint refusa de le croire; dès-lors Sanseverino fut tenté de passer au service du roi de France. De nouvelles froideurs l'y déterminèrent; et s'étant rendu à Venise, il se déclara ouvertement. Don Pedre de Tolède apprit cette nouvelle avec joie, se hâta de le proclamer rebelle, et de confisquer ses principautés et tous ses biens.

Le duc d'Urbin était alors en faveur auprès du roi d'Espagne, Philippe II, et son capitaine général en Italie: il espéra pouvoir obtenir par son crédit la restitution des biens du Tasse, dans le royaume de Naples, ou du moins ce qui devait revenir à ses enfants de la succession de leur mère. Le duc employa pour cette affaire les amis puissants qu'il avait à la cour de Madrid. Pour seconder ces bonnes dispositions, le Tasse envoya en Espagne et fit présenter à Philippe un magnifique exemplaire de son poëme qui lui était dédié; mais après une longue attente il fut obligé de renoncer à toute espérance: il ne reçut pas même de réponse à l'hommage qu'il avait offert, et au présent qu'il avait fait.

Le Tasse avait la taille haute et droite. Son portrait, que l'on voit encore à Bergame dans la salle du grand conseil, le représente avec un front grand et ouvert, des yeux vifs, une barbe noire et épaisse, peu d'embonpoint, mais des membres forts et bien proportionnés, une physionomie prévenante et agréable. Son caractère était franc, sincère, naturellement enclin à l'amour, à l'amitié, à l'oubli des injures, sans orgueil et sans ambition dans le bonheur, et d'une constance à toute épreuve dans l'adversité. Il était libéral et magnifique, quand sa fortune lui permettait de l'être; il aimait que sa maison fût richement meublée et décorée. Il faisait quelquefois des présents dignes d'un prince, comme lorsqu'il donna trois chevaux de race au chevalier Tasso son parent. Il eut un grand nombre d'amis, et mit toujours beaucoup de soin à les cultiver. Ceux qui lui furent les plus chers, et qui sont en même temps les plus connus dans les lettres, furent Sperone Speroni, Bernardo Capello, Annibal Caro, le Muzio, le Varchi, le Ruscelli et le Dolce. Enfin il fut exempt de cet amour-propre excessif et de cette triste passion de l'envie, à laquelle le sentiment exagéré de notre mérite conduit presque toujours, peut-être parce qu'ayant appliqué son esprit aux grandes affaires en même temps qu'aux lettres, il mettait chaque chose à sa place, et que sans faire descendre les lettres du premier rang qui leur appartient, il avait reconnu qu'il existe encore après elles des choses dont on peut s'occuper, et auxquelles on peut s'intéresser dans la vie. Enfin il était doué d'un de ces caractères essentiellement heureux, que la mauvaise fortune peut bien troubler quelquefois, mais qu'elle n'empêche pas toujours de l'être.

On a de lui, en prose, un discours sur la poésie, prononcé dans l'académie vénitienne, et trois volumes de lettres, intéressantes pour l'histoire littéraire et même pour l'histoire politique de son siècle, en même temps qu'elles le sont pour la connaissance des événements de sa vie, et des premières années de son fils. Ses cinq livres de poésies lyriques sont surtout recommandables par une certaine douceur de style qui rappelle souvent celle des vers de Pétrarque. Cette qualité, analogue à la trempe de son caractère et de son génie, était ce dont il se piquait le plus. On lui vantait un jour les poésies de son fils; on les mettait même devant lui au-dessus des siennes. Mon fils, répondit-il, fera des vers plus savants que les miens, mais il n'en fera jamais d'aussi doux.

Après avoir fait beaucoup de grandes canzoni à la manière de Pétrarque et des autres lyriques italiens, il essaya le premier de naturaliser dans sa langue l'ode en strophes de quatre, de cinq et de six vers; et cette partie de ses poésies est particulièrement estimée. Dans ses élégies, ses églogues, ses petits poëmes de Pirame et Thisbé, de Léandre et Hèro, il employa, non pas des vers tout-à-fait libres, mais une espèce de genre mixte, ou des vers rimés de distance en distance, genre que le Tolomei imagina le premier, et qui a l'inconvénient de ne pas délivrer entièrement le poëte du joug de la rime, et de priver l'oreille du plaisir qu'elle lui procure, ou du moins de ce sentiment de la consonance que nous sommes habitués à regarder comme un plaisir.

Je reviendrai dans la suite sur ses odes et sur ses autres poésies; je dois maintenant faire connaître le poëme auquel il doit la plus grande partie de sa gloire.

Il voulait d'abord l'écrire en vers libres ou non rimes; son ami Sperone Speroni l'y engageait; mais le prince de Salerne et D. Louis d'Avila, en cela de meilleur conseil que ce savant littérateur, voulurent qu'il le fit en octaves. Cette forme harmonieuse est surtout appropriée aux fictions brillantes de la féerie, et Bernardo se félicita d'avoir pris ce parti, lorsqu'il vit, quelque temps après, le peu de succès qu'eut l'Italia liberata du Trissino. Il voulait aussi se conformer aux règles d'Aristote, et faire un poëme épique régulier; sur ce point, qui tenait au fond de l'art, la cour n'avait rien à lui dire; mais elle l'avertit par un autre moyen. Lorsqu'il eut achevé dix chants avec cette régularité antique, il en essaya l'effet dans un cercle nombreux, en lisant ceux de ses chants dont il était le plus satisfait. Il s'aperçut bientôt que l'auditoire allait toujours en décroissant et qu'aux dernières lectures la salle était presque déserte. Cette expérience lui prouva que l'unité d'action et d'intérêt, fort bonne dans des fables d'une autre nature, n'avait point cette variété qu'exigent la chevalerie et la féerie, et dont le poëme de l'Arioste avait fait un besoin au public et une loi aux poëtes. Il revint donc sur ses pas, et se soumit, quoique malgré lui, à cette multiplicité d'action, à ce désordre convenu qui était passé en précepte, et pour lequel son ouvrage devint une nouvelle autorité.

Le soin de son honneur la força de faire exposer cet enfant sur les flots, dans un berceau de bois de cèdre, où elle fit placer l'épée que Périon avait laissée en la quittant, un anneau qu'elle tenait de lui, une boule de cire, et dans cette boule un papier sur lequel étaient écrits son nom et la qualité de son père. Elle a depuis épousé solennellement Périon; elle règne maintenant avec lui sur les Gaules, et tous deux regrettent également la perte de ce fils de leur amour. Le jour où il fut exposé, un seigneur écossais, nommé Gandales, vit le berceau près du rivage, le prit, l'emporta chez lui, et donna à l'enfant le nom de Damoisel de la Mer. Oriane sait le reste de l'histoire; elle est à peine finie que le navire entre au port de Vindisilore. Urgande dépose la princesse au sein de sa famille et remonte sur son vaisseau.

Ce n'est, à bien dire, qu'ici, au dixième chant, que l'exposition se termine. On voit quel soin l'auteur a pris de ménager par degrés la connaissance que l'on acquiert, et qu'Amadis acquiert lui-même du secret de sa naissance. Dans le roman, au contraire, on le sait dès le commencement. Les faits y sont contés en sens direct; dans le poëme, ils le sont en ordre inverse ou rétrograde, comme les faits historiques le sont souvent dans l'épopée des anciens; c'est que pour le poëte romancier, le roman est l'histoire.

On voit que ceci est comme le complément de l'exposition du poëme, et que le poëte, fidèle à son système, y suit toujours la même marche. La nôtre doit changer ici. Indiquer sommairement quelques-uns des principaux faits doit nous suffire; le reste nous mènerait trop loin. L'amour constant d'Amadis pour Oriane est mis à de longues et fortes épreuves; son amitié pour son frère le fait s'exposer à de grands dangers. Le caractère de ce frère est tout différent du sien. Galaor l'égale en beauté, même en courage; il est comme lui porté à l'Amour, mais non pas de la même manière. Amadis n'a qu'un sentiment dans le cœur; Oriane est tout pour lui; le sexe entier a des droits sur Galaor; il s'enflamme également pour toutes les belles. Les hauts faits d'Amadis sont tous héroïques; même en servant les dames, en les délivrant des prisons où elles sont renfermées, des géants qui les enlèvent, des chevaliers déloyaux qui les oppriment, il ne fait que remplir les devoirs de la chevalerie, toutes ses pensées sont pour Oriane, c'est à elle seule qu'il offre en idée sa gloire et tous ses exploits; Galaor ne se refuse point à recevoir le prix des services qu'il rend; il profite de tous les plaisirs qui lui sont offerts et tombe aussi dans tous les piéges qui lui sont tendus. C'est presque toujours Amadis qui l'en retire; Amadis est en même temps le modèle d'un amour parfait et d'une parfaite amitié.

Comme elle oublia sa pudeur,

et en revenant à la cour de Vindisilore, ils n'avaient plus à désirer que la durée de leur bonheur.

Dans ce roman, l'intérêt est, comme on voit, fondé sur une passion réelle, sur un amour mutuel, traversé par des obstacles, troublé par des orages et couronné enfin par le succès. Cette passion mêlée aux faits d'armes et aux merveilles de la chevalerie et de la féerie, était peut-être plus propre qu'aucune autre à fournir le sujet d'un poëme romanesque. Bernardo Tasso, qui avait de l'imagination et un vrai talent, joignit à ce fond déjà très-riche des ornements qui ne le sont pas moins. Il ne prit de l'ancien roman espagnol que ce qu'il jugea propre à recevoir tout le brillant du coloris poétique. Il créa de nouveaux personnages et des actions nouvelles; en un mot, il s'appropria si bien le sujet par sa manière de le traiter, qu'il semble que ce sujet même et que l'ouvrage entier lui appartiennent. A l'exemple du Bojardo et de l'Arioste, qui avaient en quelque sorte fixé la nature vague et mobile du roman épique, il ourdit la trame du sien de trois fils principaux, qui s'étendent depuis le commencement jusqu'à la fin, et d'un grand nombre d'épisodes accessoires qui les croisent et s'y entrelacent, pour varier dans chaque chant les situations, les scènes et les acteurs.

Ces trois actions principales, et cette foule d'épisodes qui les entrecoupent, sont, on le voit bien, des imitations du plan de l'Arioste, que Bernardo se proposa d'imiter en tout; mais quelque intéressantes que soient les premières, elles ont le défaut d'être toutes trois à peu près du même genre; ce sont trois intrigues d'amour, tandis que dans l'Arioste, la guerre terrible des Sarrazins et les dangers de la France, la folie sublime de Roland et sa guérison merveilleuse, enfin les amours et l'union de Roger et de Bradamante forment d'admirables contrastes et une riche variété. Les aventures épisodiques sont, pour la plupart, d'un heureux choix et d'une exécution soignée; mais peut-être sont-elles, ainsi que les trois principales actions, coupées à trop petites parties, trop symétriquement distribuées, interrompues et reprises. Le plan du Roland furieux, paraît tracé par la liberté même, celui d'Amadis l'est par une main qui veut paraître libre; et l'on peut dire qu'il est trop régulièrement irrégulier.

Il fit un changement plus considérable et qui lui coûta plus de travail. Il commença son poëme avec le dessein de le dédier à Philippe, alors infant d'Espagne; mais Ferrante Sanseverino ayant passé du service de l'empereur à celui du roi de France, le Tasse lui-même ayant été envoyé par ce prince en France, où il continua de travailler à son poëme, il changea de dessein, le dédia au roi Henri II, y sema différents traits et plusieurs épisodes à la louange de la maison royale de France, et surtout de Marguerite de Valois, sœur du roi, à laquelle il était particulièrement dévoué. Lorsqu'il fut ensuite revenu en Italie, qu'il eut trouvé un asyle à la cour du duc d'Urbin, et qu'il eut achevé son poëme, le duc l'engagea, comme nous l'avons vu dans sa vie, à le dédier à Philippe II, et il y consentit dans l'espérance d'obtenir non-seulement la restitution de ses biens, mais quelque grande récompense. Il dut alors faire un grand nombre de changements, tant dans la fable même d'Amadis, de qui il avait fait descendre la maison de France, que dans les digressions et dans les épisodes qu'il avait consacrés à la gloire de Henri II, de sa famille, et qu'il lui fallut retourner à l'honneur de Philippe II et de la sienne.

On peut croire que toutes ces mutations durent altérer un peu l'ensemble du poëme et faire disparaître quelque chose de la beauté, et surtout de la facilité de son premier jet. Une défiance peut-être excessive de lui-même, quelquefois aussi dangereuse que l'excessive confiance, empêchait le Tasse d'être jamais content de ce qu'il avait fait. Il voulut soumettre son ouvrage, non pas à deux ou trois bons juges, qui sans doute auraient suffi, mais à un très-grand nombre de censeurs, qui se trouvèrent, comme il arrive, presque tous d'avis différents. L'un lui faisait changer une chose, l'autre en retrancher une autre: il se consumait à suivre leurs conseils, et malgré le mérite reconnu de la plupart d'entre eux, il n'est pas sûr que le poëme y ait toujours gagné. Giraldi, Varchi, Bartolomeo Cavalcanti, Ruscelli, et plusieurs autres furent consultés par lettres. Bernardo Capello, Antonio Gallo, Muzio et Atanagi, se rassemblèrent à Pésaro, sur l'invitation du duc d'Urbin, pour revoir attentivement le poëme entier; enfin, le Tasse prit encore à Venise les avis de Molino, de Veniero, de Mocenigo: il est impossible enfin de se donner plus de peine, de montrer plus de docilité à écouter les conseils, plus de patience d'esprit et de souplesse de talent à les suivre.

Ajoutons encore qu'il avait composé la plus grande partie de son poëme au milieu du bruit des armes, ou dans de longs et malheureux voyages, ou parmi les ennuyeux détails des affaires du prince, à Salerne, à Rome et à Paris; enfin, dans des positions affligeantes ou agitées, et loin de ce repos et de cette tranquillité d'ame, dont tout homme qui écrit a besoin, et dont les poëtes ont plus grand besoin que les autres. Malgré tout cela, le poëme d'Amadis parut si beau, si bien proportionné dans son tout et dans ses parties, si brillant dans ses détails, et si riche en ornements de toute espèce, qu'il fut et qu'il est encore regardé comme l'un des meilleurs que la langue italienne ait produits. Plusieurs critiques du temps en firent les plus grands éloges, et le Speroni même osa le préférer, pour l'accord et la proportion des parties, à l'Orlando furioso.

«Il met, continue le Dolce, tous les objets avec tant de vérité devant nos yeux, qu'un peintre ne le pourrait mieux faire. Il surpasse du bien loin tous les autres poëtes dans la peinture des douceurs et des souffrances de l'amour; et dans la description des batailles, des combats de chevaliers, de géants et de monstres, on peut le comparer à tous. Il a même dans cette partie une vérité qui n'appartient qu'à ceux qui ont entendu comme lui le fracas des armes et le tumulte des batailles. Dans les détails cosmographiques, il semble qu'il conduit le lecteur comme par la main de contrée en contrée, et d'une ville à une autre ville. Il excelle à émouvoir le cœur: il le tyrannise en quelque sorte; enfin, si l'Arioste lui est supérieur en quelques parties, il y en a aussi que d'excellents juges regrettent peut-être de ne pas voir dans le poëme de l'Arioste, et que l'on trouve dans le sien.» A l'égard de ce dernier article, il peut paraître exagéré, mais il ne le serait pas de dire qu'il se trouve quelquefois dans le Roland furieux des choses que l'on voudrait n'y pas voir, et qu'il ne s'en trouve jamais de pareilles dans Amadis.

Pour mieux fixer l'opinion qu'on doit avoir de ce poëme, quelques citations sont d'autant plus nécessaires, que c'est principalement par le mérite des détails que l'ouvrage appartient à son auteur. L'embarras, dans une telle abondance, est de se borner et de choisir.

Dans les débuts de chant d'aucun autre poëme on ne trouve, et j'en ai dit la cause, autant de descriptions du soir et du matin que dans Amadis. Elles sont courtes, et s'étendent rarement au-delà d'une strophe. C'est à la fin d'un chant: la nuit arrive, séparons-nous; et au commencement: le jour renaît, revenez m'entendre; c'était le bonjour et le bonsoir de tous ses chants, et quelques-uns ont conservé cette première forme. Voici la fin du onzième chant: «Mais déjà la Nuit, paisible consolatrice des mortels, presse ses coursiers; et les Songes, avec leurs ailes paresseuses, baignent toutes les pensées des eaux du doux Oubli; les hommes et les animaux se taisent; il est bon, valeureux chevaliers, que je me taise aussi et que je suspende ma lyre jusqu'au retour des premiers rayons du Soleil.» Et voici le début du douzième: «Déjà les étoiles, fuyant l'une après l'autre, font place à la lueur de la blanchissante Aurore. La Lune cède à cette splendeur nouvelle qu'elle voit sortir de l'orient. La sombre Nuit rassemble et replie ses ombres; le Jour découvre et colore notre univers; reprenons donc en main ma lyre, pour chanter Amadis et Alidor.»

«Seigneur, dit-il, au début du vingt-septième, le Jour, avec son front teint de pourpre, brillant d'une douce lumière, et tout rayonnant de splendeur, orne déjà le sommet de nos montagnes. Le berger, avant que le soleil soit au haut des airs, conduit son troupeau hors de la bergerie; l'agriculteur se lève et retourne à ses travaux; l'un reprend la bêche et l'autre la charrue; retournons aussi à nos chants. Voilà ma lyre, qu'un enfant remet, comme à l'ordinaire, entre mes mains; voilà Thalie qui inspire ma voix et remplit mon ame d'une poétique fureur; Apollon sourit à mes chants et se plaît à leur harmonie; chantons donc, ne tardons plus, et ne laissons pas s'écouler inutilement le cours des heures.»

Il entremêle avec ces débuts de chant d'autres exordes, philosophiques, poétiques, galants: il y prend quelquefois le ton de la sagesse, quelquefois celui d'un badinage agréable, et quelquefois celui de l'amour. Enfin il se varie autant qu'il peut, à l'exemple de l'Arioste; mais sa tâche est plus forte à remplir, et l'Arioste lui-même n'eût sans doute pas trouvé facile de se varier ainsi jusqu'à cent fois.

Si je voulais montrer par des citations comment l'auteur d'Amadis fait parler l'amour, et quel langage il prête aux diverses passions dont cette seule passion nous agite, je pourrais choisir également, ou les tourments auxquels Oriane est livrée quand, sur de fausses apparences, la jalousie s'est emparée de son cœur, où les plaintes et le désespoir du fidèle Amadis retiré sur la Roche pauvre, ou les regrets de Corisande séparée de son cher Florestan, ou ceux de Mirinde inquiète pour les jours d'Alidor; ou enfin, comme les amours épisodiques sont très-multipliés dans ce poëme, et que l'auteur paraît avoir eu autant de goût que de talent pour peindre ce sentiment dans toutes ses nuances, je pourrais faire encore d'autres choix. J'y trouverais bien à reprendre quelques-unes de ces recherches de pensée et de style dont peu de poëtes italiens sont exempts, et qui n'appartiennent qu'à une certaine nature idéale ou plutôt fictive; mais j'y trouverais souvent aussi l'expression de la véritable nature, et une grande abondance d'images passionnées, de pensées et de sentiments.

Dans les comparaisons, genre d'ornements si essentiel au poëme épique, il joint au don d'imaginer le talent de peindre. Ainsi que tous les vrais poëtes, il trouve à tout moment entre les personnes ou les choses qu'il peint et tous les objets de la nature animée et inanimée, des rapports qui lui suffisent pour mettre sous nos yeux ces objets tels qu'ils se présentent à son esprit. Ces comparaisons n'ont pas toujours le mérite de la nouveauté, et les mêmes reviennent peut-être trop souvent. Les lions, les tigres, les ours, blessés et poursuivis par les chiens et par les chasseurs, ou leur disputant leurs petits; les sangliers et les taureaux défendant leur vie contre les meutes acharnées; les vents qui se combattent ou qui soulèvent les mers, les flots qui s'irritent ou s'apaisent, les vaisseaux agités par les vagues et poussés par des vents contraires, reviennent un peu fréquemment; et les mots, quoique toujours assez poétiques, ne relèvent pas toujours ce qu'il y a d'un peu commun dans les choses; mais assez souvent aussi, à défaut de nouveauté dans les objets, c'est la manière de les placer et de les présenter qui les relève.

Il faudrait trop de citations si l'on voulait donner des exemples de tous les autres genres de talent poétique que ce poëme réunit; la manière dramatique dont l'auteur annonce ses personnages et dont il les met en scène; l'art avec lequel il ménage sans cesse des surprises; la nature variée de ses épisodes, et son adresse à les entremêler avec l'une ou avec l'autre de ses trois fables principales, adresse égale à celle qu'il emploie pour lier ces trois fables entre elles; l'abondance et le naturel qu'il met dans l'expression des passions tendres, la grâce et la fidélité de ses peintures, l'heureux emploi qu'il fait des trésors de la poésie antique, l'éclat qu'il donne aux apparitions subites et aux merveilles de la féerie; la richesse et même le luxe de ses descriptions qui ont leur source, ou dans les inventions espagnoles et arabes, ou dans ce spectacle d'une nature magnifique habituellement offert dans la partie de l'Italie qu'il habita long-temps.

Mais avec tant de qualités qui manquent à des poëmes plus heureux, comment arrive-t-il donc que l'Amadis soit si peu connu en France, qu'il ne le soit même pas aujourd'hui beaucoup plus en Italie? Un peu d'uniformité dans le tissu de la fable, malgré tous les ressorts qui y sont employés, un peu de faiblesse dans le style, quoique d'ailleurs assez élégant, et surtout extrêmement doux; une longueur démesurée, car, sans en avoir compté les vers, ce que la division par octaves rendrait pourtant assez facile, on peut les porter de cinquante à soixante mille, tout cela peut y avoir contribué; mais la corruption des mœurs, déjà grande au temps de l'auteur et qui n'a pas diminué depuis, n'y serait-elle pas aussi pour quelque chose; et la perfection, l'élévation, la constance de ces amours chevaleresques, qui ne sont dans aucun autre poëme au même degré, ni si généralement répandues que dans Amadis, ne seraient-elles pas en partie la cause de son discrédit?

Quoi qu'il en soit, on doit conseiller de lire ce poëme à tous ceux qui ont assez de loisir pour consacrer beaucoup de temps à des lectures purement agréables; à ceux pour qui la peinture des sentiments tendres, délicats, et trop généralement décriés sous le titre de romanesques, a encore de l'attrait; à ceux enfin qui veulent connaître véritablement tout ce que la poésie italienne a produit de précieux, qui ne se contentent pas d'ouï-dire et de simples aperçus, qui veulent ne prononcer qu'en connaissance de cause, et ne juger que d'après eux. On ne doit pas, à beaucoup près, donner le même conseil pour tous les romans épiques publiés dans le cours de ce siècle, où la passion pour la poésie romanesque fut une espèce de fureur. J'en ai indiqué plus de soixante, et peut-être en est-il échappé à mes recherches ou à ma mémoire: mais combien peu m'ont paru dignes d'occuper et d'arrêter quelque temps mes lecteurs! Plusieurs de ces poëmes ne comportaient que de simples notes, ou tout au plus quelques citations de ce qu'ils avaient, non de bon, mais d'extraordinaire et de bizarre; enfin, le plus grand nombre n'a pu être que nommé ou même désigné dans des énumérations rapides.

Toute cette abondance n'est donc pas richesse. Elle prouve seulement ce que j'ai dit de la passion du siècle pour l'épopée romanesque: elle prouve aussi qu'en donnant trop de liberté aux arts de l'imagination, en craignant trop de gêner leur essor, et en les affranchissant des règles, on en multiplie bien les productions, mais non pas les chefs-d'œuvre. Les imaginations extravagantes et désordonnées fourmillent alors, les imaginations riches et vraiment fécondes sont toujours rares. Depuis la fin de l'autre siècle, ou le Morgante du Pulci éveilla en Italie ce goût pour le roman épique, qui devint bientôt après une passion, puis une mode, parmi ce grand nombre de poëmes, dont la plupart encore sont d'une énorme longueur combien en reste-t-il que l'on doive, ou même que l'on puisse lire, à moins d'avoir un but particulier, tel que celui que je me suis proposé dans mes recherches? Il reste, pour la fable de Charlemagne et de Roland, ce Morgante maggiore, monument curieux sous plus d'un rapport, mais qui satisfait plus souvent la curiosité que le goût; l'Orlando innamorato, non tel que le laissa le Bojardo, son ingénieux auteur, mais tel qu'il fut ensuite refait par le Berni; surtout, et par-dessus tout l'Orlando furioso du grand Arioste, le chef-d'œuvre du genre, et qui, fût-il seul, suffirait pour que ce genre fût consacré. La Table ronde n'a produit que Giron le Courtois de l'Alamanni, encore, quel que soit le mérite de son auteur, ce poëme a-t-il trop peu d'attrait et de charme, pour que l'on puisse avoir un scrupule de ne le pas lire, ou un regret de ne l'avoir pas lu. La fable d'Amadis est plus heureuse; le poëme de Bernardo Tasso lui suffit; il mériterait de sortir de l'oubli où on le laisse, et de reprendre le rang qu'il eut dans l'opinion des hommes les plus éclairés et des meilleurs juges de son siècle.

C'est donc à quatre ou cinq romans épiques que se borne réellement cette richesse. Mais n'en est-ce donc pas une prodigieuse chez une seule nation et dans un seul siècle? Et qu'est-ce donc, quand on pense que, chez cette nation, l'épopée se partage en trois branches, et que ce n'en est ici que la première? Elle appartient en propre à l'Italie. Nous y avons vu l'épopée romanesque naître, se développer, s'égarer, se perfectionner. Chez un peuple éminemment doué d'imagination et de sensibilité, elle s'empara puissamment de l'une et de l'autre. Elle ouvrit d'abord un champ trop vaste au génie; en procurant de grandes jouissances, elle fit peut-être un grand mal; long-temps elle accoutuma les esprits à se repaître, non-seulement de fictions, mais de chimères, et à se passionner pour des extravagances et des fantômes. Mais le génie, essentiellement ami du vrai, finit, en s'appropriant ces inventions désordonnées et vides d'intérêt, par les réduire dans de plus justes limites, par se faire à soi-même des règles, qui devinrent dès-lors celles de cette partie de l'art, et par créer, au milieu de tant d'invraisemblances réelles, une sorte de vraisemblance hypothétique qu'il ne fut plus permis de blesser. Il peignit allégoriquement les vertus et les vices, donna aux sentiments du cœur de l'intérêt et du charme, et porta au plus haut degré d'énergie l'héroïsme militaire et l'enthousiasme guerrier. Il sut même flatter sa nation, ou du moins quelques-unes de ses familles les plus illustres, par des fictions qui donnaient pour constantes des origines souvent suspectes, et sanctionnaient pour ainsi dire les prétentions de l'orgueil.

C'était tout ce que pouvait faire le génie, et son ouvrage fut consommé quand il eut rehaussé ces inventions ainsi réduites par tous les ornements d'une imagination brillante, par l'expression poétique la plus abondante et la plus riche, par tous les trésors d'une langue née poétique, et, déjà depuis deux siècles, rivale des idiomes anciens les plus parfaits.

Mais enfin il manquait toujours à ces créations ingénieuses ce fond d'intérêt historique que la fable peut embellir, mais qu'elle ne peut suppléer. Si des esprits trop graves avaient autrefois traité de contes d'enfants les fictions d'Homère, qu'était-ce donc que les fictions du Bojardo et de l'Arioste? Il était temps de traiter au moins comme des enfants, tels que le furent autrefois les Grecs, un peuple aussi spirituel que l'avaient été ceux de la Grèce; il était temps que le poëme héroïque, ou la véritable épopée, naquît, et qu'elle se joignît du moins au roman épique, devenu une partie trop importante et trop riche de la littérature nationale, pour qu'il fût désormais ni désirable, ni possible de l'effacer.

Il n'y avait qu'un degré de plus à franchir; il ne restait qu'à reconnaître que la langue dont le Dante s'était servi, et dans laquelle était écrite toute la partie héroïque du poëme de l'Arioste, était aussi forte, aussi énergique et aussi noble que l'exigeait le poëme épique du genre le plus élevé. Ce fut le Trissino qui le reconnut le premier. Après avoir essayé dans sa Sophonisbe, comme nous le verrons bientôt, de faire renaître la tragédie antique, il essaya dans l'Italia liberata de faire entendre à sa nation, dans son propre langage, les accents de la trompette épique. Son succès ne fut pas complet, mais il fraya la route et montra la possibilité de réussir; et si l'on ne doit de grands honneurs dans les arts qu'à ceux qui ont atteint le sommet, il est cependant aussi des couronnes pour ceux qui ont ouvert les premiers le chemin qui y conduit.

CHAPITRE XIII.

Du poëme héroïque en Italie au seizième siècle; Notice sur la vie du Trissino; idée de son Italia liberata et de quelques autres poëmes héroïques, qui précédèrent celui du Tasse.

Je me suis beaucoup étendu sur l'épopée romanesque, sur sa nature, son origine et ses différents progrès, parce que ce genre de poëme appartient en propre aux Italiens modernes, qu'il a ses règles et ses convenances particulières; que personne encore en France ne s'était donné la peine de traiter ce sujet, et qu'en Italie même il n'avait pas été suffisamment approfondi. Le poëme héroïque, au contraire, né chez les Grecs, emprunta d'eux ses règles, sa marche, ses modèles. Lorsqu'on a dit que les Italiens, qui avaient depuis plus d'un demi-siècle des romans épiques, voulurent enfin, vers le milieu du seizième, avoir une épopée à l'imitation de celle des anciens, on a tout dit, ou du moins on n'a plus qu'à examiner comment ils y ont réussi. Je passerai donc tout de suite à ce que l'on sait de la vie du premier de leurs poëtes, qui forma cette louable et difficile entreprise.

Mais il ne survécut pas long-temps à cette disgrâce, et mourut à Rome vers la fin de 1550, âgé de soixante-douze ans. Les principaux ouvrages qu'il a laissés, outre son poëme et sa tragédie, sont une comédie intitulée i Simillimi, tirée des Ménechmes de Plaute, des poésies lyriques italiennes et latines, et plusieurs ouvrages en prose, presque tous sur la grammaire et sur la langue italiennes. Il fut du petit nombre d'hommes qui, nés avec une grande fortune, ont cependant le goût des lettres, et les cultivent aussi laborieusement que si elles étaient nécessaires à leur existence: mais il ne put éviter, malgré cet avantage, le malheur commun à presque tous les littérateurs célèbres, d'être détournés de leurs travaux par des contradictions et des affaires, et de terminer dans l'infortune des jours consacrés à l'accroissement des lumières ou des jouissances de l'esprit.

Le Très-Haut qui gouverne le ciel, placé au milieu des bienheureux, regardait un jour les affaires des mortels, quand une des Vertus qui l'environnent, celle que nous nommons Providence, dit en soupirant: «O mon père chéri, de qui dépend tout ce qui se fait là bas sur la terre, ne vous sentez-vous point ému de pitié en voyant la malheureuse Italie soumise aux Goths depuis tant d'années?»--On sent tout de suite que cette Vertu est la Pallas d'Homère parlant à Jupiter. Le Père éternel répond en souriant que le temps d'accomplir ses promesses est arrivé, que ce qu'il a dit une fois et affirmé d'un signe de sa tête, ne peut manquer d'arriver. Il réfléchit ensuite quelques moments, et prend enfin le parti d'envoyer vers Justinien l'ange Onerio (c'est-à-dire l'ange des songes). Il lui donne ses ordres et lui dicte ce qu'il doit dire de sa part à cet empereur. L'ange emmène avec lui la Vision, se revêt de la figure vénérable du pape, marche vers Durazzo en Albanie, où était Justinien, le trouve endormi dans sa chambre, sur son lit, et se plaçant près de sa tête, lui ordonne, de la part de l'Éternel, d'assembler son armée et de délivrer l'Italie des Goths. Il lui répète homériquement les propres paroles dont le Père éternel s'est servi.

L'empereur s'éveille: il appelle Pilade, son valet de chambre, et lui demande ses habits. Suit la description très-détaillée de la toilette de l'empereur. Aucune partie des vêtemens n'est oubliée, ni la chemise du lin le plus fin et le plus blanc, ni le corselet de drap d'or, ni les chaussettes de soie, ni les souliers de velours couleur de rose. On lui apporte de l'eau dans une aiguière de crystal, sous laquelle est un grand vase de l'or le plus pur. Il se lave les mains et le visage, et s'essuie avec une serviette blanche brodée tout alentour. Un écuyer fidèle peigne sa blonde chevelure ondoyante, et ajuste sur sa tête le bonnet impérial et la couronne enrichie de perles et d'or. Ce n'est pas tout, il met sur le corselet un vêtement de velours ras cramoisi, richement brodé autour du cou et tout alentour des bords. Ce vêtement est serré par une belle ceinture, et le tout est recouvert d'un manteau magnifique de drap d'or, qui traîne à terre de la longueur de trois palmes, et rattaché sur l'épaule droite avec une perle ronde, plus grosse qu'une noix, si belle, si blanche et d'un si grand éclat, qu'une province ne pourrait la payer.

Ainsi vêtu, Justinien s'assied sur un trône d'or, et ordonne aux ministres de ses commandements d'appeler tous les grands, les généraux et les guerriers de marque à un conseil général; mais d'avertir d'abord le grand Bélisaire, Paul comte d'Isaurie, Narsès et Audigier, pour qu'ils se rendent sur-le-champ auprès de lui. Ils viennent; il leur fait un accueil honorable, leur dit quel est son dessein, que le conseil général s'assemble, que peut-être les chefs et les principaux officiers de l'armée qui croyaient aller attaquer les Maures d'Espagne, répugneront à marcher contre les Goths, peuple belliqueux et nombreux; qu'il attend alors de leur zèle et de leur attachement à sa personne, qu'ils parleront dans le conseil pour soutenir l'opinion de cette guerre. Cela dit, il sort avec eux, trouve dans les appartements du palais les grands et les chefs des guerriers qui lui font cortège, et se rend, ainsi entouré, à la salle du conseil.

Grande description de cette immense basilique, large de trois cents pieds, et longue de cinq cents; colonnades, ornements, pavés en marbre et en mosaïque, estrade, sièges, leur matière précieuse, leurs formes, l'ordre dans lequel ils sont placés; d'abord ceux des douze comtes, puis ceux des rois soumis à l'empire, ensuite les sièges des grands officiers, des généraux, des principaux guerriers, etc. Justinien se lève appuyé sur son sceptre: ce sceptre, Dieu l'avait envoyé du ciel à Constantin; après sa mort, il resta caché pendant plusieurs années; il parvint ensuite au bon Théodose, et après lui à Justinien. L'empereur expose fort au long son dessein, et engage tous ceux qu'il a convoqués à dire librement leur opinion sur cette importante affaire.

Le premier qui parle est le consul de cette année, Salidius, homme orgueilleux, rusé, envieux, ennemi de Bélisaire. Il s'oppose à l'entreprise. Le roi sarrazin Arétus, fils de la belle Zénobie, est du même avis. Il conseille de porter en Orient les armes de l'empire, et d'attaquer les Perses et non les Goths. Plusieurs autres rois d'Orient allaient parler dans le même sens; Bélisaire engage l'éloquent et sage Narsès à soutenir enfin l'opinion de la guerre d'Italie. Narsès, dans un discours long et adroit, réfute toutes les objections qui ont été faites, et conclut à la guerre contre les Goths. Bélisaire se lève ensuite, allègue d'autres motifs, mais conclut comme Narsès. L'assemblée annonce par son murmure qu'elle est généralement de l'avis de ces deux chefs.

Le jeune et brave Corsamont se lève. C'était un roi barbare descendant de Thomyris, le plus fort, le plus intrépide et le plus beau de toute l'armée, après Bélisaire, à qui le poëte donne toutes les perfections du corps, comme toutes les qualités de l'ame. Corsamont ne dit que peu de paroles; il demande à marcher le premier, et même seul si l'on veut, contre les Goths. Son action énergique électrise le conseil; tous demandent la guerre. Justinien prononce qu'elle est résolue. Il nomme général en chef Bélisaire le Grand, qu'il appelle lui-même toujours ainsi. Il le charge de distribuer à son gré les autres emplois, et ordonne que chacun se tienne prêt à partir. Le vieux Paul l'Isaurien fait alors un grand éloge de Bélisaire, et propose que, pour rendre son autorité plus respectable et plus grande, l'empereur, après le repas, lui donne publiquement, à la tête de l'armée, le bâton de commandement. Justinien approuve ce conseil, va dîner, et charge Paul et Narsès d'assembler l'armée.

L'empereur sort en effet en grande pompe de son palais. Il franchit les portes de la ville et arrive au camp. Il monte sur une estrade, au milieu de l'armée. Bélisaire seul est debout auprès de lui. Justinien annonce aux soldats, et la guerre d'Italie, et le choix qu'il a fait de Bélisaire pour les conduire à la victoire. Toute l'armée applaudit et jette des cris de joie. L'empereur allait se remettre en marche, lorsqu'un prodige frappe tous les esprits. Près des barrières du camp était un petit tertre, couvert de buissons de myrtes et d'autres arbrisseaux, où une infinité de petits oiseaux avaient fait leurs nids. Un énorme dragon sort tout à coup de son repaire, et se met à dévorer les petits. Les mères effrayées semblent, par leurs cris, implorer du secours. Un aigle fond du haut des airs sur le dragon, et l'emporte. Un moment après, un autre dragon vient continuer le ravage et dévorer les petits oiseaux; un second aigle fond encore sur lui et le tue. Tout le monde, et l'empereur lui-même est frappé d'étonnement; mais Procope, excellent astrologue, explique ce prodige. Les petits oiseaux sont les peuples d'Italie; le dragon est le roi des Goths; l'aigle est Bélisaire. Un second roi goth voudra prendre la place du premier; mais Bélisaire le vaincra de même; ainsi le veut l'Éternel. Alors Justinien satisfait rentre dans la ville et dans son palais, après avoir donné à Bélisaire l'ordre de partir sous trois jours avec l'armée.

Ainsi finit le premier chant. Dans le second, Bélisaire fait ses préparatifs. Il présente à l'empereur la liste des généraux et des chefs de tous les corps de l'armée. Le poëte se sert de ce moyen pour les faire tous connaître, comme Homère dans ses revues. Il invoque comme lui les Muses avant de commencer cette énumération. Elle est précédée d'une description très-étendue de l'état où était alors l'empire romain, de ses grandes divisions, de ses provinces, de la partie de celui d'Occident qui était occupée par les Goths, et d'une histoire abrégée de leur usurpation. Enfin Bélisaire termine le second livre en faisant embarquer l'armée.

Par le conseil de Vénus, elle cache ce tissu précieux et l'attache sous son beau sein. Enfin, elle monte sur l'Ida, et va se montrer à Jupiter dans tout l'éclat de sa parure. A cette vue, il se sent enflammé plus qu'il ne le fut jamais pour elle. Il la presse; elle se défend. Elle craint que dans un lieu si découvert quelque dieu ne les aperçoive: elle n'oserait plus rentrer dans l'Olympe. Il existe dans leur palais une retraite impénétrable à tous les regards; elle lui propose de s'y rendre, si son épouse a tant de charmes pour lui. Mais Jupiter lui promet qu'ils seront environnés d'un nuage que le soleil même ne pourra pénétrer. Alors elle n'a plus rien à répondre, et en effet elle ne répond rien.

La terre complaisante et sensible à leurs feux, D'un gazon doux et frais se couronna autour d'eux; Le tapis émaillé s'élève et se colore Des plus riches présents sortis du sein de Flore; Et la molle hyacinthe et le lys orgueilleux Forment aux deux époux un lit délicieux, Que d'un nuage d'or l'ondoyante barrière Dérobe à l'œil perçant du dieu de la lumière, Tandis que la rosée, en larmes de crystal, Tombait, en humectant le trône nuptial.

C'est ainsi que M. de Rochefort, de l'ancienne académie des belles-lettres, a rendu cette description charmante, l'éternel modèle des descriptions riantes et voluptueuses. Si toute sa traduction d'Homère était ainsi, elle eût laissé peu de chose à faire à de nouveaux traducteurs.

Le Trissino a voulu s'approprier tout cet admirable tableau. Théodora n'a pas envie d'endormir Justinien, mais d'obtenir de lui le retour de Justin, et son union avec Sophie. La voilà donc qui fait aussi sa toilette, qui s'enferme dans sa chambre, se déshabille, se baigne, parfume ses membres délicats, met une chemise blanche, et des bas couleur de rose, qu'elle attache au-dessus du genou:

Onde le coscie bianche Pareano avorio tra vermiglie rose.

Ses pantouffles d'étoffe d'or sont liées avec de beaux rubans. Elle peigne ses cheveux blonds et ondoyants, et les parfume comme Junon; mais elle met dessus une coiffe d'or, enrichie de pierres précieuses, qui n'était pas à la mode du temps d'Homère, non plus qu'une robe de damas blanc qu'elle passe par dessus sa tunique d'or, et qui est taillée en carrés, rejoints avec de grosses perles et des nœuds d'or, au milieu de chacun desquels brillent des diamants du plus grand éclat. Cette belle robe est peut-être là pour nous dédommager de la ceinture de Vénus, qui n'y est pas; mais la ceinture valait mieux, et l'on sent en effet que son charme manque dans toute cette imitation ou plutôt dans cette parodie d'Homère.

L'impératrice ainsi parée va trouver l'empereur, qui rêvait à son expédition d'Italie, dans un jardin de son palais. Il la reçoit à la façon de Jupiter; elle se défend à la manière de Junon. Elle craint d'être vue, et lui propose de rentrer dans leur appartement, de fermer les portes,

E sopra il vostro letto Poniamci, e fate poi quel che vi piace.

Justinien n'a pas de nuage à ses ordres comme l'époux de Junon, mais il n'en est pas besoin. Personne, dit-il, ne peut venir au jardin par ma chambre; je l'ai fermée en entrant, et j'en ai la clef à mon côté. Vous aurez aussi fermé la porte de la vôtre, car vous ne la laissez jamais ouverte.

E detto questo subito abbracciolla; Poi si colcar nella minuta erbetta.

Alors l'herbe tendre, les fleurs, les arbrisseaux, les oiseaux, les eaux mêmes et les poissons, prennent part à leurs plaisirs et semblent jouir de leur amour.--Cela fut sans doute très-agréable pour leurs majestés, mais cela est fort dégoûtant pour le lecteur, qui ne peut voir sans une sorte d'indignation profaner par cette copié indécente et presque bourgeoise, une peinture voluptueuse, mais délicate et divine, objet de l'admiration de trente siècles.

Théodora, par ce moyen honnête, obtient de l'empereur tout ce qu'elle veut. Il consent au retour et au mariage de Justin. On envoie un exprès à ce jeune prince, qui est si empressé de revenir qu'il brave les approches d'une tempête. Il s'embarque; la tempête s'élève. Son vaisseau est violemment agité; il tombe à la mer; l'ange Nettunio le sauve, le pousse dans le port même de Durazzo. Il est jeté sur le rivage, prêt à mourir. Sophie apprend cette nouvelle, et le croit mort. Elle s'empoisonne avec du blanc dont se sert une de ses femmes, et dans lequel il entre du sublimé. Un médecin appelé à temps la guérit. Les deux amants se revoient, avec l'espérance d'être unis.

Comme nous cherchons surtout dans les ouvrages ce qui peut indiquer les opinions et les mœurs du temps où il furent écrits, il y a encore dans ce poëme un incident, non pas imaginaire, mais historique, qui mérite quelque attention. Il est bon de se rappeler, en le lisant, que le Trissino fut successivement en faveur auprès de deux papes, chargé par eux de missions importantes et honorables, et que, soit avant, soit après la publication de son poëme, il n'éprouva de la part du Saint-Siège ni reproche ni disgrâce. Voici le trait dont il s'agit.

Ces commissions sont fort bien faites. En conséquence, tout se ralentit d'un côté, tout s'accélère de l'autre. Le landgrave, au lieu de marcher, s'amuse à faire la revue de ses troupes. Charles-Quint réunit les siennes, et l'attaque avec impétuosité. Cependant les succès de la guerre se balancent; et même l'armée de la ligue réduit celle de l'Empire à de fâcheuses extrémités. Mais enfin l'empereur, et l'Éternel qui le soutient, et saint Pierre, et les anges l'emportent; les Furies, qui étaient sorties de l'enfer pour aider leurs amis, y sont replongées; l'Hérésie est terrassée et la ligue dissoute.

Rien de plus régulier que son plan, car il fait avancer de front la vie de son héros et son poëme; l'action n'est pas une, mais toutes les actions étant celles d'un seul héros, elles sont ainsi ramenées à l'unité. Cependant la forme romanesque d'un prologue au commencement de tous les chants, et d'un adieu à la fin, lui parut si généralement adoptée, qu'il n'osa s'en écarter; et sans qu'il y ait rien dans le reste de son ouvrage qui ait aucun rapport avec le roman épique, il lui donna du moins celui-là. Mais si ce fut pour les inventeurs de cette forme agréable, et surtout pour le poëte qui l'avait perfectionnée, un moyen de se varier et de plaire, et si Giraldi eut en l'adoptant la même intention, il n'eut point le même succès. Il est fort indifférent qu'il interrompe son récit ou qu'il le continue, puisqu'on est arrêté, dès le premier chant, par l'impossibilité de s'y intéresser et de le suivre.

On en pourrait encore dire presque autant de l'Avarchide du célèbre Alamanni. J'ai dit dans la Vie de ce poëte que ce fut l'ouvrage de sa vieillesse; aussi n'y voit-on ni verve ni chaleur. Ce n'est pas dans les détails seulement, comme le Trissino, qu'il s'efforce d'imiter l'Iliade, c'est dans le plan et dans la contexture entière de son poëme. Ses héros sont le roi Artus, Lancelot, Tristan et les autres chevaliers de la Table ronde; il les fait agir et parler comme Agamemnon, Achille, Ajax et les autres chefs de la Grèce. Lancelot est amoureux de Clodiane, fille de Clodasse, roi d'une partie des Gaules. Gaven, roi d'Orcanie, la lui dispute. Artus assiége Clodasse dans la ville d'Avarcum ou plutôt d'Avaricum, ancien nom de la ville de Bourges. La rivalité de Lancelot et de Gaven retarde les progrès du siége. Tristan se déclare pour Gaven contre Lancelot. Ils se querellent et s'injurient dans un conseil. Lancelot sort du conseil, furieux comme Achille. Il va se plaindre à la magicienne Viviane sa mère, qui le console comme Thétis. Par le conseil de Viviane, il se retire avec Galehault son ami, et avec leurs troupes. Ils forment un petit camp séparé, et ne veulent plus prendre part à la guerre. Le vieux roi Clodasse, enfermé dans la ville, est entouré de sa nombreuse famille comme Priam, et secouru par des alliés puissants. Il a perdu plusieurs de ses fils; mais la retraite de Lancelot donne aux assiégés des avantages dont ils profitent. Les batailles se multiplient. Les Bretons sont vaincus et réduits presque aux abois, sans que Lancelot, qu'Artus a essayé de flétrir, veuille sortir de son camp. Mais son ami Galehault a la même impatience que Patrocle, combat et périt comme lui de la main du plus redoutable des fils de Clodasse. Alors Lancelot reprend les armes, venge son ami, remplit de deuil la famille de Clodasse, et force à capituler la ville d'Avarcum.

Tous les événements particuliers du siége sont aussi fidèlement calqués sur les particularités du siége de Troie; caractères pour caractères, discours pour discours, combats pour combats; rien n'y manque, si ce n'est l'essor poétique, la force et la vie. Il est impossible de lire vingt-quatre chants entiers de cette contrefaçon servile, remplis d'ailleurs de noms obscurs et barbares, qui s'opposent à toute harmonie dans les vers, comme le système général du poëme s'oppose à toute espèce d'intérêt.

L'auteur prit le titre d'Avarchide de l'ancien nom de la ville assiégée, comme le nom de l'Iliade est formé de celui d'Ilium. Peu de Français, en voyant ce titre d'Avarchide, devinent que le sujet qu'il annonce est le siège de Bourges en Berri. Quoique l'Alamanni eût prouvé par son poëme didactique de la Coltivazione qu'il excellait dans le vers libre, il ne crut pas, comme le Trissino, devoir adapter cette forme de vers à la poésie héroïque, et il mit l'Avarchide en octaves, comme il y avait mis le Giron cortese. Ce qui l'y détermina sans doute, ce fut de voir combien l'Italia liberata était peu lue; mais l'Avarchide, quoiqu'en octaves, ne l'est pas et ne peut pas l'être davantage.

Le héros de Bolognetti est un Romain nomme Ceionius Albinus, qui avait accompagné l'empereur Valérien dans sa malheureuse guerre contre les Perses. L'ayant vu tomber entre les mains de Sapor, qui le plongea dans une dure captivité, il jura de consacrer sa vie à délivrer son empereur. Sa constance dans ce projet, malgré tous les obstacles qui s'y opposent et les dangers qui l'environnent, lui fit quitter son nom d'Albinus pour celui de Constant, dont l'auteur a fait le titre de son poëme. Le merveilleux en est pris dans l'ancienne mythologie. C'est Junon qui est encore ennemie des Romains, et qui voyant que Valérien redevenu libre peut ramener par ses vertus les beaux jours de Rome, préfère que Gallien, son fils, jeune homme rempli de vices, règne à sa place, et s'oppose avec activité à toutes les entreprises de Constant.

Les dieux tiennent conseil dans l'Olympe. Mars et Venus sont pour Constant, Junon seule lui est obstinément contraire. Elle inspire à Gallien une forte haine contre lui, et va chercher l'Envie dans son antre, pour qu'elle souffle ses poisons dans les cœurs de tous les courtisans. Vénus va se plaindre à Jupiter, et le conjure de venir au secours de ce héros pieux. Constant échappe aux piéges qui lui sont tendus; il repasse en Orient, où il ne cesse de s'occuper de la délivrance de Valérien, toujours contrarié par les mêmes obstacles, mais soutenu par le même courage et appuyé des mêmes secours.

CHAPITRE XIV.

Le Tasse.

Notice sur sa vie.

Section Ire.

Depuis sa naissance jusqu'à sa fuite de Ferrare, en 1577.

A l'intérêt qu'inspire toujours le grand talent aux prises avec l'infortune, le Tasse joint encore celui qui s'attache à un grand caractère aux prises avec les passions. Aujourd'hui que l'on s'efforce de ressusciter le roman historique, le goût réclame avec raison contre la renaissance de ce genre qu'il avait aboli; mais il ne peut qu'approuver l'histoire quand elle a tout l'intérêt du roman.

Ceux qui ont écrit sur les enfants extraordinaires ont bien eu le droit d'y comprendre le Tasse. Il n'avait pas encore un an, dit le Manso, que sa langue se délia, et qu'il commença même à parler sans bégayer comme font les enfants; ce qui, soit dit en passant, serait d'autant plus remarquable, qu'il eut pendant toute sa vie la parole lente et une sorte de bégaiement. Déjà il répondait aux questions qui lui étaient faites, et ce qui n'est pas moins étonnant, c'est que, dès ce temps de sa première enfance, il était toujours sérieux, toujours grave, et qu'on ne le vit jamais ni rire, ou même sourire, ni pleurer. Le Manso tenait ces détails de gens qui les avaient reçus de la nourrice du Tasse, c'est dire assez combien ils ont besoin d'être rectifiés et réduits.

En arrivant à Modène, il apprit que Bernardo venait de partir pour Rome. Il s'arrêta donc chez les comtes Rangoni, princes amis des lettres, amis particuliers de son père, et dont les bons traitements lui firent bientôt oublier l'injuste mortification qu'il avait éprouvée à Bologne. Parmi les compagnons de ses premières études qu'il avait laissés à Padoue, le jeune Scipion de Gonzague, qui fut ensuite cardinal, lui était surtout resté attaché par une amitié solide, qui fut pendant toute la vie du Tasse une de ses plus douces consolations. Elle le fut en ce moment même. Scipion, ayant appris ce qui s'était passé à Bologne, lui écrivit pour l'inviter à venir se fixer auprès de lui à Padoue. Il avait établi dans son propre palais une académie, sous le titre des Eterei; il engageait son jeune ami à venir en faire l'ornement. Le Tasse se rendit à ce vœu de l'amitié; il fut accueilli comme il devait s'y attendre, et reçu dans l'académie, où il prit, suivant l'usage des académies italiennes, le nom de Pentito (repentant), pour témoigner, dit le Manso, son regret du temps qu'il avait perdu à étudier les lois; ou plutôt, comme le dit Serassi, pour montrer son repentir d'avoir quitté cette ville, où il retrouvait de si bons traitements et de si chers amis, pour Bologne dont les habitants l'avaient traité avec tant de dureté et d'injustice.

Les vacances de l'université lui permirent d'aller enfin voir son père qui était de retour à Mantoue. On ne peut exprimer la joie qu'éprouva ce bon vieillard à revoir son fils chéri, après une si longue absence, à s'assurer de ses progrès, à lire ses savants discours sur l'art poétique, à voir l'ébauche déjà tracée de son grand poëme. L'auteur d'Amadis n'aurait peut-être pas vu sans peine un autre poëte épique s'annoncer avec de si grands avantages; mais son fils! quel plaisir n'eut-il pas à reconnaître que toutes les raisons qui l'avaient empêché de faire de son Amadis un poëme régulier, au lieu d'un roman épique, n'avaient pu détourner son cher Torquato du chemin tracé par Homère et par Virgile, et que déjà il y marchait avec tant de succès, que la palme du poëme héroïque moderne lui était désormais assurée!

Voir note ajoutée 328 (annexe)

Il eut fini en peu de mois les six premiers chants. A mesure qu'il les composait, il les lisait aux deux princesses. Leurs applaudissements enflammaient et soutenaient sa verve. Cette grande composition ne l'empêchait pas de saisir toutes les occasions de leur adresser de ces poésies que nous nommons fugitives, parce que la plupart du temps leur mérite disparaît avec l'occasion qui les a fait naître. Quelques-unes de celles que le Tasse fit alors intéressent non-seulement par leur beauté, mais parce qu'en les lisant on espère pouvoir fixer son opinion sur la nature des sentiments qui l'attachaient à l'une des deux sœurs. C'est, comme on sait, le sujet d'une grande controverse, qui n'est pas beaucoup plus futile que la plupart de celles qui ont divisé les savants. Est-ce donc une chose de si peu d'intérêt pour les amis des lettres que ce qui paraît avoir influé sur la destinée d'un grand homme, aussi attachant par ses malheurs qu'admirable par son génie? Je reviendrai là-dessus dans la suite, et ne veux pas interrompre le fil des événements.

Je ne développerai point ici les beautés de ce chef-d'œuvre, l'un des diamants les plus précieux de la poésie moderne; j'y reviendrai dans un autre moment. Ces beautés ont été généralement senties. Elles diffèrent totalement de celles du grand poëme que le Tasse n'avait interrompu que pour le reprendre aussitôt. Il semble presque inconcevable que l'auteur de la Jérusalem le soit aussi de l'Aminta, qui ait travaillé pour ainsi dire en même temps à l'une et à l'autre, tant le genre, les formes, le style de ces deux ouvrages se ressemblent peu.

Voir note ajoutée 275 (annexe)

Voir note ajoutée 290 (annexe)

En quittant une Léonore, il recommença ses assiduités auprès de l'autre. La comtesse de Scandiano, que l'on dit avoir été aussi sage que belle, ne put cependant être insensible aux tendres soins et aux beaux vers que lui consacrait le Tasse. Elle lui accorda des préférences qui irritèrent de plus en plus l'envie. L'un de ces envieux, d'abord secrets et qui ne pouvaient plus se contraindre, était le célèbre Baptiste Guarini. Il avait été l'un des plus intimes amis du Tasse; mais à la rivalité poétique, dans laquelle, malgré son talent, il n'était pas heureux, se joignit encore la rivalité d'amour, où il ne le fut guère davantage. Il ne put supporter la faveur où était le Tasse, non-seulement auprès des deux princesses, mais auprès de cette belle étrangère. Des sonnets piquants furent lancés de part et d'autre. Si cette jalousie fut cause, comme elle le fut réellement, que le Guarini composa quelque temps après son Pastor fido, c'est toujours un bon effet d'une méchante cause; et ce n'est pas la seule fois qu'il en est arrivé ainsi dans la carrière des arts.

C'est vers le même temps que le Tasse eut cette aventure qui a fait tant d'honneur à son courage. Le Manso et Serassi la racontent avec quelques différences qu'il est bon de remarquer. Le premier dit que le Tasse avait confié tous ses secrets, même celui de ses amours, à un homme qu'il croyait son ami; que ce faux ami eut un jour, ou l'indiscrétion, ou la malignité de redire une des particularités les plus secrètes, et que le Tasse l'ayant appris, courut à lui dans une des salles du palais ducal et lui donna un soufflet. N'osant tirer l'épée dans ce lieu même, l'offensé sortit et envoya au Tasse un défi qu'il accepta. Il se rendit sur-le-champ au lieu indiqué, et le duel était commencé quand trois frères de son ennemi fondirent sur lui tous à la fois.

Serassi traite ce récit de romanesque; selon lui, le Tasse avait des preuves d'une trahison qu'un homme, qui se disait son ami, lui avait faite sur une matière très-délicate (cela ne dit point du tout que ce ne fut pas en matière d'amour). Il le rencontra dans la cour du palais, et voulut s'expliquer avec lui. Le faux ami, au lieu de s'excuser, répondit avec impertinence, et alla même jusqu'à donner un démenti. Le Tasse, qui connaissait très-bien les lois de la chevalerie, répliqua au démenti par un soufflet au travers du visage. Le souffleté, lâche comme le sont presque toujours les insolents, se retira sans dire un mot; mais quelques jours après, étant accompagné de ses deux frères, il vit le Tasse passer sur la place publique. Ils s'élancèrent tous à la fois et coururent pour le frapper par derrière. Le Tasse possédait la science des armes comme la bravoure d'un chevalier: il se détourne, tire son épée et met en fuite ses trois assassins. Ils s'enfuirent même de Ferrare, et se réfugièrent l'un à Florence, les autres en différents lieux.

Cette affaire fit beaucoup de bruit à Ferrare, beaucoup d'honneur au Tasse, et il n'y a aucune raison de ne pas croire que les bons Ferrarois, qui imaginaient sans doute qu'un gentilhomme qui lit, écrit et fait des vers, n'est pas aussi brave qu'un gentilhomme ignorant qui ne sait écrire, ni en vers, ni en prose, aient fait sur cette aventure deux mauvais vers en l'honneur du Tasse et les aient chantés par la ville:

Colla penna e colla spada Nessun val quanto Torquato. Avec la plume et l'épée, Le Tasse n'a point d'égal.

Assurément cela n'est pas bon, mais bien d'autres vaudevilles ne valent pas mieux, et celui-ci est une preuve de plus d'un fait qu'il est bon de constater.

Il ne douta point qu'elles n'en fissent un chef d'accusation contre lui pour achever sa perte. Il joignit encore à toutes ses terreurs, la crainte d'être empoisonné ou assassiné. Son imagination s'échauffa au point qu'il n'avait plus de repos, qu'il ne parlait plus d'autre chose, qu'il n'y avait plus moyen de le persuader ni de l'apaiser. Le duc, madame Léonore, et particulièrement la duchesse d'Urbin, firent tout leur possible pour le rassurer, pour lui ôter de l'imagination ces vaines craintes; ils n'y purent parvenir.»

Cependant, malgré toutes ces assurances, et au milieu même des amusements de Belriguardo, le Tasse se mit à argumenter, et à sophistiquer de la manière la plus étrange sur la décision de l'inquisiteur, soutenant qu'elle ne devait point être valide, que par conséquent il n'était pas bien absous, parce qu'on n'avait point observé les formes ordinaires et prescrites. Il imagina aussi que le duc Alphonse était plus prévenu contre lui qu'il ne voulait le paraître; et sur ces fantaisies, mais principalement sur la première, il allait raisonnant de façon que c'était une pitié de l'entendre. Le duc se détermina donc à le renvoyer à Ferrare, et le Tasse ayant montré le désir d'être conduit chez les moines de St.-François, Alphonse l'y fit transporter et le fit recommander par un de ses secrétaires aux attentions et aux bons traitements de ces religieux. Son premier soin, en arrivant dans leur maison, fut de rédiger une supplique pour les cardinaux composant le tribunal suprême de l'Inquisition à Rome, dans laquelle il exposait ses craintes sur l'invalidité de la décision de Ferrare, et demandait la permission de se rendre à Rome pour mettre enfin en sûreté son honneur et son repos. Il écrivit dans le même sens à Scipion de Gonzague. Malgré tous les soins qu'il prit pour faire parvenir ces lettres, elles furent interceptées, et cette fois c'est un service qu'on lui rendit.

Section II.

Suite de la Vie du Tasse, depuis 1577, jusqu'à sa sortie de l'hôpital Ste-Anne, en 1586.

Dans l'état déplorable où était le Tasse quand il sortit de Ferrare, évitant les villes et même les grandes routes, de crainte d'être poursuivi et reconnu, il se dirigea cependant assez rapidement et assez juste, pour arriver, par l'Abruzze, dans les états de Naples en peu de jours. Ce n'était point à Naples qu'il voulait aller, mais à Sorrento sa patrie, dans la maison de sa sœur aînée Cornelia. Après la mort de leur mère, cette sœur était demeurée à Naples entre les mains de ses oncles, qui ne voulurent jamais la renvoyer à Bernardo, malgré les instances réitérées qu'il leur fit. Mariée par eux avec un gentilhomme de Sorrento, nommé Sersale, elle était restée veuve avec plusieurs enfants, mais, à ce qu'il paraît, avec une honnête aisance. Quoique le frère et la sœur ne se fussent point revus depuis leur enfance, ils avaient conservé beaucoup de tendresse l'un pour l'autre, et le Tasse n'avait aucun lieu de douter qu'il ne fût bien reçu. Cependant la défiance naturelle aux malheureux lui inspira l'idée de mettre cette tendresse à l'épreuve. A quelque distance de Sorrento, il s'arrêta chez un pauvre berger, changea de vêtements avec lui, et en arrivant chez sa sœur, se présenta sous cet habit de pâtre, comme quelqu'un envoyé pour lui apporter des nouvelles de son frère. L'émotion extrême qu'elle éprouva, en apprenant ses malheurs, ne laissa plus au Tasse aucun doute; il se fit enfin connaître, et trouva dans les embrassements de cette sœur chérie les plus douces consolations qu'il eût goûtées depuis long-temps.

Là, dans une des plus belles positions de la terre, sous un ciel pur, ayant toujours devant lui le spectacle de la nature la plus aimable et la plus imposante en même temps, devenu l'objet des sollicitudes et des soins d'une tendre amitié, il commença bientôt à éprouver un soulagement sensible. Cette sombre mélancolie, cette humeur noire qui l'avait si cruellement tourmenté, s'adoucit; et par une vicissitude très-naturelle, il commença aussitôt à croire qu'il avait quitté trop légèrement Ferrare, et à regretter d'avoir excité, par ses craintes exagérées et par sa fuite, le mécontentement du duc Alphonse. Selon le propre de cette maladie cruelle, ses idées ayant éprouvé ce retour passèrent d'une extrémité à l'autre. Il écrivit au duc et aux princesses ses sœurs, pour obtenir d'être rétabli dans son premier état et surtout dans leurs bonnes grâces. Ni Alphonse, ni la duchesse d'Urbin ne lui firent de réponse; il n'en eut que de Léonore; mais cette réponse était de nature à lui ôter toute espérance. Il crut alors prendre un parti grand et généreux, en allant s'offrir lui-même et remettre sa vie entre les mains du duc. Malgré les instances de sa sœur Cornélie, à peine rétabli d'une maladie dangereuse qu'il venait encore d'éprouver, il partit de Sorrento pour exécuter ce dessein.

Ce qu'il y a de bien étonnant, c'est que ce génie poétique était toujours le même. Il en donna une preuve frappante en arrivant à Urbin. Le duc était à la campagne. Le Tasse lui écrivit de son palais même; et en attendant la réponse, il commença une grande canzone, que l'on trouve dans ses Œuvres, et qui commence par ces deux vers:

O del grand' Apennino Figlio picciolo sì, ma glorioso.

Ce fils de l'Apennin est le petit fleuve Metauro qui coule dans le duché d'Urbin: le poëte dit qu'il vient se reposer à l'ombre du grand chêne que ce fleuve arrose, désignant par-là le duc lui-même qui portait cet arbre pour armoirie. Sous cette ombre hospitalière et sacrée, il espère échapper enfin aux coups de cette cruelle déesse que l'on dit aveugle, et dont il veut en vain se cacher; qui le poursuit sur les monts, dans les plaines, la nuit, le jour; qui paraît avoir autant d'yeux pour le voir que de traits pour le blesser.

Ils reprirent bientôt leur cruel empire. Le souvenir de Ferrare, son ancien attachement pour le duc Alphonse, le désir d'obtenir au moins de lui ses manuscrits recommencèrent à le tourmenter plus vivement que jamais. Il semblait qu'une destinée invincible voulait qu'il trouvât dans cette cour le dernier degré d'infortune, et le poussait à y aller réclamer, en quelque sorte, ce qui manquait encore à son malheur. Il employa le cardinal Albano à lui ménager ce retour; il reçut enfin pour réponse que le duc de Ferrare le reverrait avec plaisir, pourvu qu'il consentît à se faire traiter, et qu'il ne se permît rien d'offensant contre les personnes attachées à son service; le duc allait épouser en secondes noces Marguerite de Gonzague, fille du duc de Mantoue; on assurait au Tasse que si, dans cette heureuse circonstance, il retournait à Ferrare, il obtiendrait du prince, non-seulement ses livres et ses manuscrits, mais des faveurs qui le remettraient en état d'exister honorablement dans sa cour. On ne peut se figurer quelle fut la joie qu'il ressentit à cette nouvelle, ni son impatience de se rendre aux fêtes qui allaient s'ouvrir. Le marquis d'Este eut beau vouloir le détourner de ce voyage, lui conseiller d'attendre au moins jusqu'au printemps, époque où il comptait aller lui-même à Ferrare, et où il lui proposait de l'y conduire; tous les amis que le Tasse avait à Turin joignirent en vain à ces conseils et à ces propositions leurs prières: il fallut absolument le laisser partir. Jamais rien ne ressembla mieux à un coup de la fatalité.

Ce nouveau coup de foudre plongea le Tasse dans la consternation et dans une sorte d'étourdissement et de stupeur. Il resta ainsi pendant plusieurs jours. Les maux du corps se joignirent à ceux de l'âme; et quand la fièvre, causée par l'agitation extrême de la bile et des humeurs, fut calmée, il n'en ressentit que plus douloureusement le malheur et la honte de sa position. Une sorte d'avilissement qu'il n'avait jamais éprouvé s'empara de lui. La saleté de sa barbe, de ses cheveux, de ses habits, du réduit où il était détenu, la solitude pour laquelle il avait toujours eu de l'aversion, et qui lui devint alors insupportable, les mauvais traitements que lui prodiguaient les subalternes, avec une dureté dont leur chef même donnait l'exemple, le jetèrent dans un état effrayant et attendrissant à la fois.

Quelle était donc réellement sa maladie? De quel désordre d'esprit était-il véritablement affecté? Une passion d'amour en était-elle cause, comme l'ont voulu quelques historiens de sa vie? Cette passion y était-elle aussi étrangère que d'autres l'ont soutenu? Sa réclusion fut-elle en effet amenée comme nous venons de le voir, ou faut-il l'attribuer, comme on l'a dit, à des indiscrétions et à des transports, que l'orgueil du duc de Ferrare et l'honneur même de sa famille lui ordonnaient de réprimer? C'est ici le lieu de répondre à ces questions qui se présentent d'elles-mêmes; mais je ne puis traiter que sommairement ce qui pourrait être l'objet d'une discussion étendue, après l'avoir été d'un long examen.

Voir note ajoutée 331 (annexe)

Voir note ajoutée 332 (annexe)

Voir note ajoutée 334 (annexe)

Voir note ajoutée 337 (annexe)

«Torquato se trouvant à la cour, où était le duc Alphonse avec les princesses ses sœurs, s'approcha de Léonore pour répondre à une question qu'elle lui avait adressée, et saisi d'un transport plus que poétique, lui donna un baiser. Le duc, témoin de cet acte irrégulier, se tourna tranquillement vers les chevaliers qui étaient présents, et leur dit: Voyez quel malheur il est arrivé à un si grand homme! il est tout d'un coup devenu fou.

Serassi, avec raison cette fois, rejette ce récit comme une fable. A tous les motifs que nous avons déjà de n'y pas croire, ajoutons que le fait ainsi raconté suppose un tranquille état de choses, un cercle ordinaire à la cour, où le Tasse est présent, et si à son aise qu'il se laisse aller à la distraction la plus étrange; tandis qu'au contraire la cour était en fêtes, qu'après une absence de plusieurs mois, il y revenait sans être attendu; qu'il ne put pendant plusieurs jours s'y faire écouter de personne, et que l'impatience qu'il en eut rallumant dans sa tête et dans son ame un volcan toujours imparfaitement calmé, amena cette éruption de reproches, d'imprécations et d'injures que le duc n'eut pas la générosité de pardonner. Le premier pas fait dans cette voie indigne de lui entraîna tous les autres. Il persista dans sa dureté et dans son injustice par cela seul qu'il avait été dur et injuste. Une fausse honte et peut-être aussi une fausse politique s'y mêlèrent. Quoi qu'il en soit, il résulte de toute cette discussion que l'amour du Tasse pour la princesse Léonore n'entra pour rien dans les motifs de sa disgrâce; que cet amour existait cependant, et qu'il dut contribuer avec toutes les autres causes que nous avons observées, et celles que nous observerons encore, au désordre de la raison du Tasse et à cette somme d'infortunes dont il fut accablé.

Ce désordre de son esprit ne fut point une véritable folie, mais un délire qui avait ses accès et ses repos, un effet de plusieurs causes réunies, les unes physiques, les autres morales. Les causes physiques étaient dans une constitution où dominaient deux dispositions habituelles et diverses, de quelque manière que la physiologie veuille les appeler. L'une portait à son cerveau des images du plus grand éclat et d'une vivacité prodigieuse; l'autre les obscurcissait, les attristait, les teignait de mélancolie. Placez une tête ainsi constituée dans des circonstances orageuses, allumez-y le feu de la poésie, la passion de l'amour; jetez-la dans les profondeurs de la philosophie platonicienne; assiégez-la de superstitions et de terreurs, ouvrez enfin devant elle les portes horribles d'une prison, et courbez-la sous le joug d'une longue et dure captivité, comment voulez-vous qu'elle résiste à tant d'assauts et qu'elle garde, dans cette tourmente morale, l'équilibre de la raison? Une mélancolie presque habituelle, une exaltation subite à la présence de tout objet capable de l'exciter, des vertiges, des accès de délire, et dans cet état, des illusions semblables à la folie, des apparitions, des fantômes s'empareront donc souvent d'un esprit d'ailleurs réglé, philosophique, et aussi sage qu'élevé.

Il se plaignit aussi à son ami Scipion de Gonzague de la facilité qu'avait eue le grand-duc et du tort irréparable qui en résultait pour lui. Mais le mal était fait, et après cette première explosion, il se remit à chercher dans le travail un remède à l'ennui de sa solitude, et une consolation parmi tant de sujets de tristesse.

Voilà ce que l'on raconte tout naturellement, et comme une sorte de service rendu par Ingegneri au Tasse. Mais cet infortuné n'existait-il donc plus au monde? Dans cet hôpital où il était détenu, non à sa honte, mais à la honte éternelle de ceux qui l'y avaient jeté, ne correspondait-il pas au-dehors, et ne pouvait-on pas correspondre avec lui? Comment un ami prétendu osait-il, sans le consulter, disposer ainsi de son bien? C'était, dit-on, pour venger sa gloire; mais ne valait-il pas mieux lui laisser ce soin à lui-même? Et sa fortune, sa propriété sacrée n'était-elle donc rien pour l'amitié? Un ami avait-il le droit de disposer du fruit de tant de travaux et de tant de veilles, de l'unique ressource d'un malheureux, du seul moyen qu'il eût d'assurer son indépendance et d'échapper à la pauvreté? Il faudrait que les grâces et les faveurs du duc de Savoie se fussent dirigées sur l'auteur en même temps que sur l'éditeur de la Jérusalem; il faudrait surtout que le produit des deux éditions eût été religieusement compté au Tasse, pour que cette double publication ne fût pas un vol manifeste et la violation de tous les droits.

Mais l'année entière s'écoula sans autre changement à son sort. Les Muses étaient son seul recours. Quand sa santé lui permettait le travail, ses études n'étaient interrompues que par des visites, que plusieurs savants et gens de lettres de diverses parties de l'Italie s'empressaient de venir lui rendre, et dans lesquelles l'insensé de Sainte-Anne les forçait d'admirer sa sagesse autant que son esprit et son savoir; ou par lettres, qui lui apportaient de Naples, de Rome et de plusieurs autres villes, des attestations de l'effet prodigieux que son poëme continuait d'y produire; ou enfin par des promesses qu'on lui renouvelait de temps en temps, mais dont l'accomplissement s'éloignait toujours.

Mais avant la fin de cette année même, ces légères douceurs lui furent toutes retirées, sans que l'on puisse en deviner la cause; et il retomba dans le même isolement, les mêmes privations et le même désespoir qu'auparavant.

Une circonstance consolante, au milieu de ces querelles, où l'on montrait tant d'animosité contre le Tasse au nom de l'Arioste, c'est qu'un neveu de ce grand poëte, poëte lui-même, Horace Arioste, champion né de son oncle, mais en même temps admirateur et ami du Tasse, sut défendre le premier sans manquer au second, montra presque seul cet esprit de justice et de modération, si rare dans les querelles littéraires; et sans vouloir rien décider entre ces deux célèbres rivaux, avança le premier l'opinion la plus raisonnable sur une question si souvent débattue, c'est que le genre de leurs poëmes, et le système de leurs styles sont si différents, qu'il n'y a point entre eux de comparaison à faire.

Section III.

Suite de la Vie du Tasse, depuis sa sortie de Sainte-Anne jusqu'à sa mort.

C'est ainsi qu'à peine échappé aux durs traitements et à l'ennui d'une longue et injuste captivité, souvent même en proie à des maux physiques qui jetaient de nouveau le trouble dans ses facultés morales, il oubliait, et les persécutions qu'il avait souffertes, et ceux qui les lui avaient fait souffrir; ni haine, ni aigreur n'approchaient de son ame; on n'en apercevait pas la moindre trace dans ses discours, ni dans ses lettres. Pendant tout le reste de cette année, il écrivit assiduement de Mautoue à Ferrare, à son cher Costantini; nous avons cette correspondance; ses travaux et surtout le Floridante de son père, son attachement, sa reconnaissance pour ce fidèle ami, ses témoignages de souvenir pour les personnes qui lui conservaient de l'amitié, voilà tout ce qui la remplit. Heureux et consolant privilége des ames élevées, amies des muses et supérieures à la fortune; tandis que dans les esprits vulgaires, l'injustice, l'oppression, les chaînes retentissent long-temps, continuent le supplice et perpétuent la souffrance; qu'ils ne savent plus parler, ni surtout écrire d'autre chose; que le passé est pour eux tout en ressentiment, l'avenir tout en projets ou en espoir de vengeance, et que toujours exaspérés, ils ne trouvent dans le présent, ni consolation, ni douceur!

A ses infirmités près, le Tasse se retrouvait alors tel qu'il était avant ses malheurs. Deux accès de passions très-différentes en apparence, mais qui marchent assez souvent ensemble, et auxquelles il avait toujours été presque également sujet, se trouvent placés assez près l'un de l'autre dans cette époque de sa vie. Au milieu des plaisirs du carnaval, parmi les spectacles, les bals, les cercles de jolies femmes, et surtout les mascarades pour lesquelles il avait toujours eu un goût particulier, il se sentit pour une belle dame quelque velléité d'amour. «Si je ne craignais, écrivait-il à l'un de ses amis, de paraître, ou trop léger en aimant encore, ou inconstant en faisant un nouveau choix, je saurais bien où arrêter mes pensées.» Il écrivait cela dans les jours du carnaval, et dans le carême il se livra entièrement aux exercices de piété, à l'étude de la théologie, à la lecture des Pères, et particulièrement de S. Augustin.

Revenu de ce voyage agréable chez ses bons olivétains de Naples, il vit recommencer entre le comte de Palène et son père les discussions dont il avait été l'objet. Voulant couper par la racine tous ces sujets de division, il prit pour prétexte d'aller à Rome la nécessité d'y faire venir de Mantoue et de Bergame des papiers et des livres qu'il avait laissés après lui, et dont il sollicitait en vain la restitution depuis un an; il chargea des avocats de suivre le procès qu'il avait entamé pour le recouvrement de sa fortune, et ayant dit adieu à ses bons moines, il reprit la route de Rome.

Dans cette cruelle position, le Tasse reçut, de la part du grand-duc, l'invitation la plus pressante d'accepter auprès de lui des conditions honorables, et d'aller s'établir à Florence; et cet appel fut réitéré avec tant d'instance qu'il partit au mois d'avril suivant. Après avoir fait quelque séjour à Sienne, il arriva dans le même mois à cette belle Florence, qu'il voyait pour la seconde fois. D'après les liaisons qu'il avait formées avec les moines olivétains, ce fut encore dans leur maison qu'il descendit et qu'il logea. Mais son premier soin fut d'être présenté au grand-duc qui le reçut avec les plus grandes démonstrations de joie, et avec des expressions de considération et d'estime qui durent lui faire croire qu'il avait enfin vaincu sa mauvaise fortune.

Cette maison était située dans la position la plus agréable, sur le bord de la mer, et entourée de beaux jardins où le printemps déployait alors le plus riche et le plus doux des spectacles. L'effet n'en pouvait être qu'heureux sur la mélancolie invétérée et sur la santé du Tasse. C'est là qu'il termina, ou à peu près, sa seconde Jérusalem. Mais avant d'y mettre la dernière main, il céda aux instances de la mère du marquis de Villa, qui l'engageait à faire un poëme sur quelque sujet sacré. Il commença donc pour lui plaire son grand poëme des Sept Journées, ou de la Création du monde, et y travailla avec la suite et la chaleur qu'il mettait à toutes ses entreprises.

Voir note ajoutée 443 (annexe)

Le Tasse était à Naples depuis quatre mois; le cardinal Cinthio, impatient de le voir revenir à Rome, et l'y ayant inutilement invité plusieurs fois, imagina, pour l'y attirer, de faire renouveler pour lui la cérémonie du triomphe au Capitole, qu'on n'avait pas revue depuis Pétrarque, et à laquelle personne ne songeait plus. Le pape sollicité par son neveu, en porta le décret; le Tasse, à qui Cinthio se hâta de l'annoncer, ne put refuser un honneur qui lui était décerné par l'amitié. Quant au triomphe en soi, il en parut peu touché; il fit même entendre au Manso, dans les tristes adieux qu'il lui fit, qu'on lui destinait en vain la couronne, et qu'il ne croyait pas arriver à temps pour la recevoir.

Le 10 avril, une fièvre ardente le saisit, et après avoir, pendant quatorze jours de maladie, rempli tous les devoirs du culte qu'il professait avec tant de zèle et de sincérité, il expira le 25, âgé de cinquante-un ans, un mois et quelques jours, mais depuis long-temps miné par des infirmités habituelles, et soumis à la loi presque générale qui condamne les êtres précoces à vieillir avant le temps.

Rome entière pleura sa mort. Le cardinal Cinthio ne pouvait se consoler d'avoir retardé cette pompe triomphale qu'il lui avait préparée; mais il voulut du moins que dans sa pompe funèbre on rendît aux restes de ce grand homme tous les honneurs qu'il pouvait encore recevoir. Il se garda bien de donner aucune suite à la promesse que le Tasse avait exigée de lui en mourant; c'était de rassembler, autant qu'il se pourrait, les exemplaires de ses ouvrages, et de les livrer aux flammes. Il n'ignorait pas, avoua-t-il, que, surtout pour sa Jérusalem délivrée, ce serait une opération très-difficile, mais enfin il ne la croyait pas impossible; il insista sur cette demande avec tant de chaleur, que le cardinal lui promit tout pour le calmer, mais sans intention d'être fidèle à sa parole, ou plutôt avec la ferme résolution d'y manquer.

Dans le premier moment de sa douleur, Cinthio ne fut occupé que de la gloire du grand homme qu'il avait aimé. Par son ordre le corps du Tasse revêtu d'une toge romaine, et couronné de lauriers, fut exposé publiquement, et ensuite porté dans les principales rues de Rome, entouré d'un nombreux cortége, de toute la cour Palatine, et des maisons des deux cardinaux neveux. On courait en foule, pour voir encore une fois celui dont le génie avait honoré son siècle et qui avait acheté si cher ce triste et tardif hommage. Rapporté à Saint-Onuphre dans le même ordre où il en était parti, il fut enterré dans la petite église de ce couvent. Le cardinal Cinthio, annonça le projet de lui élever un tombeau magnifique. Deux orateurs préparèrent des oraisons funèbres, l'une latine, l'autre italienne; de jeunes poëtes composèrent des vers et des inscriptions pour ce monument; mais la douleur du cardinal apparemment s'affaiblit, d'autres soins s'emparèrent de lui, et le tombeau ne fut point érigé.

Mais les qualités de son ame surpassaient de beaucoup ses avantages corporels. Tous ses historiens s'accordent à louer sa candeur, sa véracité, son inviolable fidélité à sa parole, son éloignement de toute passion haineuse, de tout esprit de vengeance et de toute malignité, son attachement pour ses amis, sa patience dans ses maux, sa douceur, sa sobriété, sa piété sincère, la pureté de sa vie et de ses mœurs. Sa fierté, qui lui faisait voir avec horreur tout ce qui ressemblait à la bassesse, pouvait ressembler elle-même à de l'orgueil; il ne pouvait souffrir l'apparence de l'avilissement et du mépris; mais s'il exigeait des égards, en homme qui savait s'apprécier et se mettre à sa place, il n'en manquait jamais avec personne, et il était toujours prêt à s'humilier, dès qu'on lui en laissais le soin. Né gentilhomme, dans un temps où ce titre avait tout son prestige, et chevalier dans le cœur autant que par le hasard de la naissance, il rendait aux princes ce qu'il leur devait, mais il se croyait l'égal de tous les autres, et la faveur où ils étaient ne le rendait que plus exigeant avec eux.

Notes in this chapter

Note 1 · Note 1: (retour) Le chapitre précédent contient lui seul, ou les extraits, ou les simples notices d'environ quarante poëmes.Note 2 · Note 2: (retour) Chap. III de cette seconde partie.Note 3 · Dégagés enfin, non sans peine, de cette branche beaucoup trop féconde des poëmes romanesques italiens1, nous aurions lieu d'être effrayés, sNote 4 · Note 3: (retour) Ser Jacopo di Carlo, prete fiorentino. Ce nom et cette qualité sont inscrits à la fin de son poëme; on n'en sait pas davantNote 5 · Note 4: (retour) In versi italiani non malamente questo soggetto fa trattato nel seguente romanzo; il Trojano, etc., t. VI, p. 475.Note 6 · Note 5: (retour) Chap. IV de cette seconde partie.Note 7 · Il faut ranger parmi les poëmes romanesques la vieille histoire de la Destruction de Troie, en vingt chants, imprimée dès le quinzième sièclNote 8 · Note 6: (retour) Voyez ci-dessus, t. IV, p. 534 et suiv.Note 9 · Note 7: (retour) L'Achille e l'Enea di messer Lod. Dolce, dove egli tessendo l'historia della Iliade d'Homero a quella dell'Eneide di VirgelNote 10 · Note 8: (retour) Il n'y en a pas moins de vingt-quatre pour la seule Énéide, dans un roman épique beaucoup plus ancien, tiré du poëme de VirNote 11 · Ce fut encore aux formes du poëme romanesque que le laborieux Louis Dolce6 eut le courage, ou si l'on veut la patience de réduire le même suNote 12 · Note 9: (retour) L'Ulisse di M. Lod. Dolce da lui tratto dall'Odissea d'Homero e ridotto in ottava rima, Vinegia, 1573, in-4º.Note 13 · Note 10: (retour) Erano tutti i Greci ritornati A le lor patrie, a le natie contrade, etc. (C. I, st. 1.)Note 14 · Note 11: (retour) Fin du c. I.Note 15 · Note 12: (retour) --du c. III.Note 16 · Note 13: (retour) --du c. IV.Note 17 · Note 14: (retour) Fin du c. V.Note 18 · Note 15: (retour) --du c. VI.Note 19 · L'Ulisse9, dans lequel le même auteur mit en vingt chants tout le sujet de l'Odyssée, porte moins de ces signes auxquels on reconnaît le romNote 20 · Note 16: (retour) Je parlerai des Amadis dans le chapitre suivant.Note 21 · Note 17: (retour) Palmerino di Oliva, Venezia, 1561, in-4º.; Primaleone figliuolo del Re Palmerino, Venezia, 1562, in-4º.Note 22 · Dans deux autres grands poëmes, qui parurent de son vivant, il traita du moins des sujets absolument romanesques; il choisit deux héros dontNote 23 · Note 18: (retour) Il était de Milan, et en faveur auprès du duc Louis Sforce et de la duchesse Béatrix. Ses poésies sont intitulées; Rime deNote 24 · Note 19: (retour) De dui Amanti, poema di Gasparo Visconti, Milano, 1492, in-4º.; 1495, idem.Note 25 · Quoique les sujets de tous ces poëmes puissent être appelés imaginaires, il en est cependant à qui l'on peut plus strictement donner ce nom,Note 26 · Note 20: (retour) Voici le titre entier: Libro d'arme e d'amore nomato Philogine, nel qual si tratta d' Hadriano e di Narcisa, delle giostreNote 27 · On lit un peu davantage, et du moins par curiosité, un autre roman du même genre, dont le titre est Philogine; le sujet, les amours d'AdrienNote 28 · Note 21: (retour) Ils ont été imprimés à Milan en 1756, par Fr. Fogliazzi, avec des Mémoires sur la vie de l'auteur.Note 29 · Ce brave chevalier cultivait les lettres et surtout la poésie. Il avait aussi composé en prose un traité de l'œil, un autre de l'esprit, et Note 30 · Note 22: (retour) Voyez ci-dessus, t. IV, p. 557, et note 1. Le titre de ce roman-ci est: Innamoramento di doi fidelissimi amanti Paris e ViNote 31 · Note 23: (retour) Sous le simple titre de Paris e Vienna, Venezia, 1549, in-8º. Ce même roman a été remis en vers et en ottava rima, dans leNote 32 · Note 24: (retour) La leggiadra istoria di Zentile e Fedele, sans nom de lieu et sans date, mais imprimé, selon toute apparence à Venise, verNote 33 · Note 25: (retour) Incomincia la historia di Octinello et Julia, in ottava rima, in-4º., sans nom de lieu et sans date, mais du commencement Note 34 · Note 26: (retour) Piramo e Tisbe, historia compassionevole, amorosa y antichissima, et esemplare, Milano, sans date, in-4º.Note 35 · Note 27: (retour) La Bruna e la Bianca, in-8º., sans date et sans nom de ville, mais imprimé à Sienne.Note 36 · Note 28: (retour) Novella di madonna Isotta de Pisa, dove si comprende la sapienza d'un giovane nel corregger la superba moglie, composta peNote 37 · Note 29: (retour) Flaminia prudente, composta per capriccio da Paolo Caggio, Palermitano, Venezia, 1551, in-8º.Note 38 · Note 30: (retour) Istoria del Geloso, nella quale si narra i grandi affanni, ed eccessivi dolori che di e notte patiscono quegli infelici chNote 39 · C'est encore un roman tout imaginaire que les Amours de Pâris et de Vienna, mis en dix chans et en octaves par Mario Teluccini, surnommé il Note 40 · Note 31: (retour) Lo Innamoramento di Lancilotto e di Ginevra nel quale si trattano le orribili prodezze, e le strane venture di tutti i cavNote 41 · Note 32: (retour) Innamoramento di M. Tristano e di madonna Isotta, in-4º., sans nom de lieu et sans date.Note 42 · Les deux principaux sujets tirés de la Table ronde, Lancelot du Lac et Tristan le Léonois, furent connus de très-bonne heure en Italie par dNote 43 · Note 33: (retour) Son père, Pietro di Francesco Alamanni, et sa mère, Ginevra Paganelli, eurent cinq autres fils.Note 44 · Note 34: (retour) En 1516.Note 45 · Note 35: (retour) Voyez Varchi, Segni, Nerli, et tous les historiens de Florence.Note 46 · Luigi Alamanni était né à Florence, le 8 octobre 1495, d'une ancienne famille noble33. Il fit ses études dans l'université de sa patrie, et Note 47 · Note 36: (retour) Mai 1522.Note 48 · Note 37: (retour) En 1523.Note 49 · Le mauvais succès de cette entreprise le força de s'enfuir précipitamment de Florence36. Il se retira d'abord chez le duc d'Urbin, et ensuitNote 50 · Note 38: (retour) : En 1526.Note 51 · Note 39: (retour) En 1527.Note 52 · Alors l'Alamanni commença une vie errante. Accueilli en France avec distinction par François Ier., il eut part aux bonnes grâces et aux libéNote 53 · Note 40: (retour) Le texte dit: E il cappuccio di testa reverentemente cavatosi; ce qui prouve que les Florentins portaient encore le capuceNote 54 · Rien de plus intéressant que le portrait du jeune poëte tracé par ce grave historien. «Louis Alamanni, dit-il, outre la noblesse de sa maisoNote 55 · Note 41: (retour) Août 1530.Note 56 · Note 42: (retour) Lyon 1532.Note 57 · Note 43: (retour) Paris, 1546.Note 58 · Cependant Charles-Quint s'étant rendu à Gênes avec la flotte de Doria, les Florentins, revenus trop tard de leur aveuglement, nommèrent quatNote 59 · Note 44: (retour) : Ce sonnet ne se trouve point dans les Œuvres de l' Alamanni , mais dans un recueil intitulé: Rime diverse di molti eccelNote 60 · Note 45: (retour) En 1544.Note 61 · Malgré les avantages dont il jouissait en France, il désira revoir l'Italie. Il y fit un voyage en 1537. Le duc Alexandre et le pape ClémentNote 62 · Note 46: (retour) C'était alors le jeune Cosme de Médicis qui avait succédé au duc Alexandre, assassiné par Lorenzino.Note 63 · Tout autre en aurait peut-être été troublé; mais l'Alamanni reprit sur-le-champ d'un air grave: «Puisque ces vers sont parvenus jusqu'à V. MNote 64 · Note 47: (retour) En 1551.Note 65 · Note 48: (retour) 18 avril 1556.Note 66 · François Ier, mourut en 1547; son fils Henri II n'eut pas moins de bienveillance que lui pour notre poëte. Il l'engagea à terminer son poëmeNote 67 · Note 49: (retour) 4: Voyez l'Histoire généalogique des familles de Toscane, par le P. Gamurrini.Note 68 · Il avait été marié deux fois. Baptiste, l'aîné de deux fils qu'il avait eus de sa première femme, fit fortune dans l'état ecclésiastique. IlNote 69 · Note 50: (retour) Opere toscane, tomo primo, Lugduni, 1532, in 8º.; tomo secondo, ibid. 1533. Le premier volume fut réimprimé à Florence la Note 70 · L'Alamanni est un des poëtes qui font le plus d'honneur à l'Italie, et auxquels il est le plus honorable pour la France d'avoir offert un asNote 71 · Note 51: (retour) Gyrone il Cortese di Luigi Alamanni, al christianissimo et invittissimo re Arrigo secondo. Stampato in Parigi da Rinaldo CNote 72 · L'Alamanni laissa de plus une comédie intitulée Flora, des sonnets et d'autres pièces de vers épars dans différents recueils, des épigrammesNote 73 · Note 52: (retour) Dans les éditions postérieures, on lit à chaque division du poëme, canto 1º, canto 2º, etc.; mais dans celle de Paris, quiNote 74 · Note 53: (retour) Elle remplit treize pages in-4º dans l'édition de Paris.Note 75 · Ce poëme est conduit avec art; l'ordonnance en est plus régulière que celle des romans épiques ne l'est ordinairement. Le poëte n'y parle poNote 76 · Dans son épître dédicatoire à Henri II; datée de Fontainebleau, la plus longue qu'aucun poëte épique italien ait mise au devant d'un poëme53Note 77 · Note 54: (retour) Ce nom est ainsi dans le roman. L'Alamanni a mis dans presque tout son poëme Maloalto, qu'il faudrait traduire Malehauly; Note 78 · Note 55: (retour) Lib. V.Note 79 · La fable de Giron, surnommé le Courtois, n'est pas une des moins intéressantes du roman de la Table ronde. Ce chevalier était fils d'un autrNote 80 · Note 56: (retour) Cette devise est ainsi dans le roman français. L' Alamanni a mis en deux vers: Lealtà reca honor, vittoria e fama, FalsitNote 81 · Cette épée lui était très-chère. Il la tenait du grand chevalier Hector le Brun qui avait été son maître dans le métier des armes, et qui laNote 82 · Note 57: (retour) E con più honesta voglia e miglior core Hebbe Giron per sempre servitore. (Fin du liv. VI.)Note 83 · Toujours elle garda Giron pour serviteur.57Note 84 · Note 58: (retour) L. IX, st. 1.Note 85 · Note 59: (retour) L. XVII.Note 86 · Il est vrai qu'il avait une autre maîtresse que cette aventure lui avait fait oublier. C'était la plus belle personne du monde et la plus teNote 87 · Note 60: (retour) L. XX.Note 88 · Note 61: (retour) L. XXI.Note 89 · Peu de jours après, tandis qu'il parcourt les environs du monastère, un horrible géant y pénètre; enlève Danaïn du lit où le retenaient ses Note 90 · Note 62: (retour) Ibid.Note 91 · Note 63: (retour) L. XXII.Note 92 · Note 64: (retour) Ma come spesso avviene a i gran signori Mentre ch'ei pensa e tacito si resta, Molti havea intorno degli adulatori, etc.Note 93 · Chemin faisant, il trouve une aventure très-belle et très-merveilleuse qu'il met à fin62; Giron en rencontre aussi, mais elles l'arrêtent peNote 94 · Note 65: (retour) L. XXIII.Note 95 · Note 66: (retour) Risponde, O donna ria, morto ò prigione Non cangerei mia sorte al tuo Nabone. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . E sNote 96 · Le lendemain, Nabon envoie au-devant de Giron une dame très-belle, mais très-perfide, qui va dès le matin se présenter à lui avec tous ses cNote 97 · Note 67: (retour) L. XXIV.Note 98 · Mais le lâche Nabon triomphe; l'orgueil l'enfle et l'aveugle au point que, croyant désormais la Table ronde renversée et la chevalerie détruNote 99 · Note 68: (retour) Lieti assai più che se del mondo intero Portassero i tesori in grembo accolti, Poi ch' han salvato e tratto di prigione Note 100 · Ils ont rompu les fers de Giron le Courtois68.Note 101 · Note 69: (retour) . . . . . . . . . Incerta hæc si postules Ratione certâ facere, nihilo plus agas Quam si des operam ut cum ratione insanNote 102 · Ce merveilleux ne consiste guère qu'en des exploits de chevalerie qui passent toute croyance, mais sans féerie, proprement dite, sans intervNote 103 · Note 70: (retour) Cette Notice est tirée principalement de la Vie de Bernardo Tasso, que l'abbé Serassi a mise au-devant de ses Rime, dans lNote 104 · Note 71: (retour) : On a débité des fables sur la famille des Tassi. On l'a fait descendre, par exemple, des de la Tour, ou des Torriani, anNote 105 · Note 72: (retour) : Fils d'Agostino Tasso, dont il est parlé dans la note précédente.Note 106 · Note 73: (retour) Monsignor Luigi Tasso.Note 107 · Bernardo Tasso70 naquit à Bergame, le 11 novembre 1493, de Gabriel Tasso et de Catherine de' Tassi tous les deux issus de deux branches de cNote 108 · Note 74: (retour) Septembre 1520.Note 109 · Note 75: (retour) Poichè la parte men perfetta e bella, etc.Note 110 · Il se retirait souvent, pour se livrer à la poésie, dans une campagne délicieuse que l'évêque son oncle avait à un mille de Bergame. Un nouvNote 111 · Note 76: (retour) Vers la fin de 1531.Note 112 · Mais tout cela ne rendait pas meilleure la situation du jeune poëte. Enfin, le comte Guido Rangone, général de l'Église, ami et protecteur dNote 113 · Note 77: (retour) Deux nouvelles pensions, l'une de deux cents ducats, l'autre de cent, sur les douanes de Sanseverino et de Salerne.Note 114 · Note 78: (retour) 1537.Note 115 · Note 79: (retour) Seghezzi, Tiraboschi et Serassi.Note 116 · Note 80: (retour) Voyez ci-dessus, t. IV., pag. 583 et 584.Note 117 · Note 81: (retour) I secoli della Letteratura italiana, t. V, p. 158 et 159.Note 118 · Note 82: (retour) C'est le premier de la première partie, t. I des Œuvres de Speron Speroni, Venise, 1740, in-4º. Tullie y dit à Bernardo: DNote 119 · Il s'était tellement habitué à faire des vers parmi les embarras et le mouvement des affaires, qu'il ne cessa point d'en produire même pendaNote 120 · Note 83: (retour) 1539.Note 121 · Note 84: (retour) Il naquit le 11 mars 1544.Note 122 · Si cette passion ne l'empêcha point de se rendre enfin à son devoir, elle ne le détourna pas non plus de former un établissement honorable eNote 123 · Note 85: (retour) Annali d'Italia, 1547.Note 124 · Le service du prince exigea bientôt après qu'il quittât cette magnifique et douce retraite, et qu'il revînt demeurer à Salerne. Il semble quNote 125 · Note 86: (retour) Voyez ses Lettres, t. I, p 564 à 570.Note 126 · L'édit de l'empereur était à peine affiché que le peuple et la noblesse se soulevèrent, s'assemblèrent en tumulte et déchirèrent l'édit. Le Note 127 · Note 87: (retour) Septembre 1552.Note 128 · Le Tasse qu'il avait laissé à Salerne, était ensuite allé à Rome, où il attendait patiemment le parti définitif que prendrait Sanseverino. DNote 129 · Note 88: (retour) 1554.Note 130 · Note 89: (retour) Février 1556.Note 131 · Mais le désir de se rapprocher de sa famille l'engagea enfin à solliciter de son prince la permission de retourner en Italie. Il fit courageNote 132 · Note 90: (retour) Guidobaldo II de la Rovère.Note 133 · Note 91: (retour) Il Barchetto, maison de délices bâtie par le duc son père.Note 134 · Note 92: (retour) 1557.Note 135 · Le duc d'Urbin90 ne l'y laissa pas long-temps. Dès que ce généreux protecteur des lettres sut que le Tasse était si près de lui et dans un éNote 136 · Note 93: (retour) Molino, Domenico Veniero, Danese Cattaneo, etc.Note 137 · Note 94: (retour) En 1562.Note 138 · C'est dans ces circonstances qu'il apprit que son fils Torquato, qu'il avait toujours eu avec lui à Urbin, à Pesaro et à Venise, et qu'il avNote 139 · Note 95: (retour) Segretario maggiore.Note 140 · Note 96: (retour) 4 septembre 1569.Note 141 · L'année suivante, Guillaume, duc de Mantoue, appela Bernardo Tasso à sa cour, se l'attacha en qualité de premier secrétaire95, lui prodigua Note 142 · Note 97: (retour) Le Quadrio, Stor. e Ragion. d'ogni poes., t. VI, p. 520 et 521.Note 143 · Note 98: (retour) : Vasco de Lobera, ou Lobeira. On le fait vivre sous Denis, qui régna jusqu'à 1325. (Id. ibid.)Note 144 · Note 99: (retour) Par Acuerdo de Oliva.Note 145 · Note 100: (retour) Par un certain Gorrée de Picardie. C'est cet écrivain picard que notre savant Huet (Essai sur les romans) a prétendu êtreNote 146 · Note 101: (retour) M. de Tressan. (loc. cit.) dit que ce fut en 1547; d'où il lire la conséquence que d'Herberay, qui publia la première parNote 147 · Note 102: (retour) Le premier livre, dédié à François Ier, parut en 1540, et les autres livres les années suivantes.Note 148 · Le roman d'Amadis de Gaule est d'une antiquité qui paraît plus ou moins reculée, selon que l'on embrasse l'une ou l'autre des opinions avancNote 149 · Note 103: (retour) Paris, 1779, 2 vol. in-12, réimprimé dans le Recueil des Œuvres de M. de Tressan, Paris, 1787, 12 vol. in-8º. Cet extraitNote 150 · Il s'y soumit si bien, son imagination féconde entoura de tant d'accessoires l'action principale, ses épisodes sont si nombreux et tellementNote 151 · Note 104: (retour) Ce roi, que le poëte ne nomme pas, est appelé dans le roman, Falangris.Note 152 · Note 105: (retour) Canto I, st. 12 et suiv.Note 153 · Au temps de l'ancienne chevalerie, Lisvart, frère du roi de la Grande-Bretagne, était à la cour du roi de Danemarck, dont il avait épousé laNote 154 · Note 106: (retour) Cette partie de l'exposition du poëme est vive et brillante. On pourrait lui reprocher de ne pas annoncer l'action princiNote 155 · En apprenant, quelques jours après, son premier fait d'armes, Lisvart apprend aussi que son nom est Alidor, qu'il est son fils, et qu'il a pNote 156 · Note 107: (retour) C. II, st. 17.Note 157 · Note 108: (retour) Cette fée, qui joue dans le poëme comme dans le roman un très-grand rôle, est la protectrice de toute la famille d'AmadisNote 158 · Note 109: (retour) Ub. supr., st. 59.Note 159 · Dans ce temps, où il y avait des lions en Écosse, il y avait aussi des géants. Un des plus horribles, suivi de quatre cavaliers, attaque à lNote 160 · Note 110: (retour) C. III.Note 161 · Cependant la fée Urgande vient recevoir ses hôtes; le roi d'Écosse, averti par un message, arrive de son côté110; les deux rois et la fée, iNote 162 · Note 111: (retour) C. IV.Note 163 · Note 112: (retour) C. V.Note 164 · En suivant les traces du roi Périon111, il rencontre une dame et une demoiselle, dont la première lui présente une lance, en lui disant qu'aNote 165 · Note 113: (retour) C. VI.Note 166 · Le temps de son retour dans la Grande-Bretagne étant venu, la fée Urgande vient la prendre dans un vaisseau magnifique, où sont employées toNote 167 · Note 114: (retour) C. VIII. Le roman français nomme le prince d'Écosse Agrayes, et le poëme italien Agriante.Note 168 · Note 115: (retour) Dans le roman, la ville où Périon s'enferme et est assiégé n'est point Paris, mais Baldaen, qui n'est connue, je crois, nNote 169 · Note 116: (retour) C. IX et X.Note 170 · Pendant ce temps, le Damoisel, après des rencontres et des aventures, ornement indispensable des voyages de tout chevalier, s'était joint auNote 171 · Note 117: (retour) 117: C. X.Note 172 · Ce jour-là même, un incident particulier fait remarquer au roi et à la reine des Gaules l'anneau que le Damoisel portait toujours; ils commeNote 173 · Note 118: (retour) Ces instructions remplissent, à douze octaves près, tout le deuxième chant, qui, à la vérité, n'en a que cinquante.Note 174 · Note 119: (retour) C. XIII, st. 27.Note 175 · Note 120: (retour) Ce n'est point encore à ce moment que le lecteur est instruit de tous ces détails, et de ces projets d'Urgande, et de cetNote 176 · Amadis ne tarde pas à vouloir retourner auprès d'Oriane, mais il n'avoue au roi Périon que le désir d'aller acquérir de la gloire. Son père,Note 177 · Note 121: (retour) C. XVIII, st. 16 et suiv.Note 178 · Note 122: (retour) C. XXX.Note 179 · Note 123: (retour) Comme elle oubliait sa pudeur, J'oubliai lors ma retenue. (Chaulieu.)Note 180 · La fée Urgande veille sur tous les deux, et prépare, à travers mille dangers, l'union d'Amadis et d'Oriane. Long-temps ils sont heureux du sNote 181 · Il oublia sa retenu123.Note 182 · Note 124: (retour) C. XXXII, st. 38, etc.Note 183 · Note 125: (retour) Cette île avait été jadis enchantée par le magicien Apollidon, qui, selon notre vieux roman, était le fils aîné d'un roi Note 184 · Note 126: (retour) C. XXXVII.Note 185 · Note 127: (retour) 127: C. XXXIX.Note 186 · Ce bonheur est troublé de mille manières; il l'est même par la jalousie. La belle et jeune princesse Briolanie implore le secours d'Amadis pNote 187 · Note 128: (retour) C. XLIX et L.Note 188 · Une lettre a fait tout ce mal, un autre lettre le répare. Oriane détrompée rappelle son cher Amadis; il rentre à la cour de Lisvart par le pNote 189 · Note 129: (retour) C. LVI.Note 190 · Note 130: (retour) Fils de Périon comme Amadis et Galaor, mais qu'il avait eu d'une autre maîtresse, avant de connaître Elisène. Florestan aNote 191 · Note 131: (retour) C. LXV.Note 192 · Note 132: (retour) C. LXVI, st. 30 suiv.Note 193 · Dans la seconde, après de nouveaux exploits d'Amadis, Lisvart, trompé par des envieux et des calomniateurs, a de si mauvais procédés pour luNote 194 · Note 133: (retour) C. LXXII.Note 195 · Note 134: (retour) C. LXIX.Note 196 · Amadis est allé en Orient chercher de nouvelles aventures. Si l'on voulait s'engager ici dans les détails, il faudrait le conduire à la courNote 197 · Note 135: (retour) C. LXII, st. 44 et suiv.Note 198 · Note 136: (retour) C. LXXIV, st. 55.Note 199 · Note 137: (retour) C. LXXXII.Note 200 · Oriane était si peu compromise par cette victoire remportée sur les demoiselles bretonnes, qu'elle avait mis en secret au jour un fils, qui Note 201 · Note 138: (retour) C. XCIV.Note 202 · Note 139: (retour) C. XCVI, st. 24 et suiv.Note 203 · Note 140: (retour) C. XCIX.Note 204 · Note 141: (retour) C. C.Note 205 · Alors la guerre est ouvertement déclarée entre le roi Lisvart et lui. Tous deux ont des alliés et rassemblent de fortes armées; dix chants eNote 206 · Note 142: (retour) Voyez ci-dessus, p. 66 et 67.Note 207 · Il a donné à la belle Oriane un frère nommé Alidor, beau comme elle, et au tendre Amadis une sœur nommée Mirinde, guerrière et brave comme lNote 208 · Note 143: (retour) Sous le pontificat de Grégoire XIII.Note 209 · Son auteur pensa qu'une matière aussi vaste et aussi complexe devait avoir un nombre convenable de grandes divisions, et il la partagea en cNote 210 · Note 144: (retour) Dans la Préface qui précède la belle édition d'Amadis donnée par Giolito, Venise, 1560, in-4º.Note 211 · En réduisant, comme on le doit, cette exagération de l'amitié, on peut placer l'Amadigi au second rang parmi les romans épiques. On peut enfNote 212 · Note 145: (retour) Fin du dix-septième chant.Note 213 · Quelquefois il voit sous d'autres couleurs le même objet. Amadis est-il dans un de ces moments de désespoir où le plongent les injustes soupNote 214 · Note 146: (retour) C. XXXIV.Note 215 · Note 147: (retour) C. XLIV.Note 216 · Note 148: (retour) C. XLVIII.Note 217 · Note 149: (retour) C. LXXIII.Note 218 · Mais, le plus souvent, la nature se présente à lui sous un riant aspect. C'est le fils d'Hypérion, couronné de rayons ardents et lumineux, qNote 219 · Note 150: (retour) C. XLIX.Note 220 · Note 151: (retour) St. 27.Note 221 · Note 152: (retour) C. L.Note 222 · Note 153: (retour) Ce cri devait être Gaule! Gaule! Mais ici, comme dans tout son poëme, le Tasse a préféré le nom de France; et ce n'est paNote 223 · Les descriptions de combats sont presque innombrables dans Amadis; mais presque tous sont des combats particuliers; on y voit peu de ces graNote 224 · Note 154: (retour) Tal che pareva il piccoto colosso. (C. LIV, st. 59.) Colosso n'est point là pour un colosse en général; ce mot, pris dansNote 225 · Note 155: (retour) St. 60.Note 226 · Si j'avais à choisir parmi les duels chevaleresques que l'on trouve presque dans tous les chants, je préférerais pour l'étendue, la force etNote 227 · Note 156: (retour) C. LV, st. 38.Note 228 · Note 157: (retour) St. 66.Note 229 · La trompette donne le signal156; au premier choc, les deux coursiers sont abattus; les deux rivaux fondent l'épée à la main l'un sur l'autreNote 230 · Note 158: (retour) C. XXXIX, st. 13 à 22.Note 231 · Si je voulais citer la description d'une tempête, j'en trouverais une au dix-neuvième chant, qui pourrait aussi être comparée aux plus célèbNote 232 · Note 159: (retour) C. I, st. 73.Note 233 · Note 160: (retour) C. XXX, st. 7.Note 234 · Quelquefois les grands accidents de la nature, rapprochés des accidents de la vie, produisent un effet inattendu. Par exemple, quand le DamoNote 235 · Note 161: (retour) C. XXXI, st. 19.Note 236 · Note 162: (retour) C. XXXIV, st. 7.Note 237 · Il est assez ordinaire de comparer avec la grêle les coups que portent les combattants; la vue de ce qui arrive quelquefois pendant l'hiver Note 238 · Note 163: (retour) C. XLVIII, st. 40.Note 239 · De doux objets de la nature champêtre dictent à l'ame sensible du Tasse une autre comparaison. Oriane est depuis quelque temps éloignée de lNote 240 · Note 164: (retour) On trouve dans une lettre d'Annibal Caro une preuve bien évidente que cette opinion régnait alors. Il avoue à l'un de sesNote 241 · Note 165: (retour) M. Denina, premier Mémoire sur la Poésie épique, Recueil de l'Académie de Berlin, année 1789, pages 484 et 485. Ces troisNote 242 · Quelques poëtes l'avaient tenté dès le commencement de ce siècle: mais, arrêtés par le préjugé qui avait décidé que les langues modernes ne Note 243 · Note 166: (retour) Lettre de Giano Parasio, dans son recueil intitulé De rebus per Epistolam quæsitis, édit. de H. Étienne, 1567, p. 57.Note 244 · Note 167: (retour) Selon d'autres, de San Salvador.Note 245 · Jean-Georges Trissino naquit à Vicence, le 8 juillet 1478, de Gaspard Trissino, issu de l'une des plus anciennes familles nobles de cette viNote 246 · Note 168: (retour) Avec Giovanna Tiene.Note 247 · Note 169: (retour) A Criccoli sur l'Astego.Note 248 · Note 170: (retour) Francesco et GuilioNote 249 · De l'étude des langues grecque et latine, il passa à celle des mathématiques, de la physique, de l'architecture et de tous les arts qui peuvNote 250 · Note 171: (retour) En 1516.Note 251 · Il le chargea d'ambassades importantes auprès du roi de Danemark, de l'empereur Maximilien et de la république de Venise171. Trissino y acquNote 252 · Note 172: (retour) Ciro.Note 253 · Note 173: (retour) Nicéron, t. XXIX, p. 109. Tiraboschi dit simplement que gli sostenne lo strascico.Note 254 · Après la mort de ce pontife, il retourna dans sa patrie, et s'y remaria avec Blanche Trissina, sa parente, dont il eut un troisième fils172.Note 255 · Note 174: (retour) C. CXXI.Note 256 · Note 175: (retour) Entre autres dans un éloquent discours de M. Chénier pour l'ouverture des écoles centrales.Note 257 · Note 176: (retour) C'est sans doute pour réparer cette erreur que Voltaire a mis dans sa dédicace de la Sophonisbe de Mairet réparée à neuf,Note 258 · Il est difficile de deviner sur quel fondement Voltaire, qui, quoi qu'on en ait dit, se trompe rarement en histoire, a écrit dans l'Essai suNote 259 · Note 177: (retour) En 1540.Note 260 · Note 178: (retour) En 1548.Note 261 · Trissino revint à Vicence dans le dessein de se retirer des affaires et de se livrer paisiblement à la composition de son poëme dont il avaiNote 262 · Note 179: (retour) Quæramus terras alio sub cardine mundi, Quando mihi eripitur fraude paterna domus; Et favet hanc fraudem Venetum sentenNote 263 · De là il passa à Vicence, où il trouva que Jules venait de faire saisir provisoirement tous ses biens. Il en fut tellement irrité, qu'il revNote 264 · Note 180: (retour) E comune opinione, dit le Quadrio, che il verso sciolto piano fosse nella volgar poesia introdotto da Giorgio Trissino. (Note 265 · Note 181: (retour) On a gardé le verso sciolto pour la tragédie, la comédie, la pastorale, le poëme didactique, les épîtres, églogues, et auNote 266 · Le génie du Trissino était naturellement grave; ce n'était pas celui de son siècle. Il vit le goût naissant du théâtre ne produire que des cNote 267 · Note 182 (retour) Premier Mémoire sur la Poésie épique, Recueil de l'Académie de Berlin, année 1789.Note 268 · Le sujet que choisit Trissino devait intéresser l'Italie dans tous les temps; mais il avait de plus, à cette époque, le mérite de l'à-proposNote 269 · Note 183: (retour) Essai sur la Poésie épique, ch. V.Note 270 · Note 184: (retour) Per la mia lingua. (C. I, v. 4.)Note 271 · Note 185: (retour) Justinien.Note 272 · L'action qu'il entreprit de célébrer est trop connue pour qu'il soit besoin d'autre chose que de la rappeler en peu de mots. Bélisaire, généNote 273 · Une analyse rapide des premiers livres de son poëme suffira pour nous faire juger de la manière dont il emploie et les personnages historiquNote 274 · Note 186: (retour) Avendo udita Divotamente una solenne messa. (C. III.)Note 275 · La scène change au troisième livre. Le jeune et beau Justin, neveu de l'empereur et héritier de l'empire, avant de partir avec Bélisaire, seNote 276 · Note 187: (retour) L. XIV.Note 277 · Note 188: (retour) Trad. de M. Bitaubé.Note 278 · Cependant Sophie, restée à Durazzo, gémissait de l'absence de Justin. Sa sœur Astérie parle pour elle à l'impératrice, et la trouve disposéeNote 279 · Note 189: (retour) L. IV.Note 280 · Note 190: (retour) Φαΰλος.Note 281 · Note 191: (retour) D'Αχρατής, εος.Note 282 · Note 192: (retour) Αρετή.Note 283 · Note 193: (retour) Σύνεσις.Note 284 · Un autre ornement dont le Trissino a voulu enrichir son poëme, et qu'il n'y adapte pas avec beaucoup plus d'adresse, ce sont les enchantemenNote 285 · Note 194: (retour) D'Hormisdas.Note 286 · Note 195: (retour) Ancor sapea che spesse volte i preti Han così volto l'animo alla robba, Che per denari venderiano il mondo. (Ital. libNote 287 · Bélisaire est assiégé dans Rome par les Goths. La disette se fait sentir dans la ville; il prend le parti d'envoyer par mer les femmes, les Note 288 · Note 196: (retour) Ibid.Note 289 · Note 197: (retour) Delle lor bagascie.Note 290 · Alors l'ange Palladio (celui qui joue le rôle de Minerve, déesse de la prudence) prend encore la figure de Paul l'Isaurien, et conseille à BNote 291 · Note 198: (retour) Le papier des trois volumes est tout-à-fait semblable, ce qui fait penser que le premier, quoique daté de Rome, fut impriNote 292 · Note 199: (retour) Comme Fontanini, dans sa Bibliothèque italienne, Apostolo Zeno dans ses notes sur cette Bibliothèque, où il a cependant rNote 293 · Au reste, à en juger par le peu d'éditions qu'eut ce poëme, il ne fit pas dans le monde un grand bruit, ni par conséquent un grand scandale.Note 294 · Une autre preuve que ce genre austère de poëmes et ces vers non rimes ne présentèrent aucun attrait aux esprits, séduits par les inventions Note 295 · Note 200: (retour) Pronia ou Pronoia et Peprômena.Note 296 · Le père éternel médite sur les destinées des mortels. Saint Pierre, alarmé pour l'Église qu'il a fondée, des progrès de la secte de Luther eNote 297 · Note 201: (retour) Mémoire cité ci-dessus, p. 114, note.Note 298 · Note 202: (retour) Venezia, Valgrisi, 1567, in-4ºNote 299 · Il n'y avait guère qu'un prince à qui ce poëme pût plaire: c'était Philippe II. L'auteur le lui a dédié. La puissance de ce successeur de ChNote 300 · Note 203: (retour) Il y eut pourtant deux éditions de ce poëme; la première intitulée: Dell'Hercole di M. Giovan Battista Giraldi Cinthio noNote 301 · Note 204: (retour) C'est en parlant de ses tragédies, dans le volume VI de cet ouvrage, que je dirai le peu que l'on sait de sa vie.Note 302 · Note 205: (retour) E ciò comincierò sin da le fasce, Che da le fasce Hercol mostrò quel ch'era, Perc' huom simile a lui, fin quando nasce,Note 303 · On en peut dire autant d'un poëme qu'on ne sait trop si l'on doit ranger parmi les épopées romanesques ou parmi les épopées héroïques, mais Note 304 · Note 206: (retour) 1567.Note 305 · Note 207: (retour) Gianandrea dell'Anguillara, dans une lettre citée par Tiraboschi, t. VII, part. III, p. 103.Note 306 · Elle ne parut qu'après la mort de son auteur, la même année que l'Alamanna206. Deux ans auparavant Francesco Bolognetti, sénateur bolonais, Note 307 · Note 208: (retour) En 1566.Note 308 · Après ces huit chants, le Bolognetti en publia huit autres l'année suivante208. L'action s'y continue avec beaucoup d'unité, de régularité eNote 309 · Note 209: (retour) Le Rinaldo.Note 310 · Le sort assez commun des hommes de génie, chez toutes les nations et dans tous les siècles, fut d'être persécutés pendant leur vie, et diverNote 311 · Note 210: (retour) En 1600. Voyez notes d'Apostolo Zeno sur la Bibliothèque ital. de Fontanini, t. II, p. 130.Note 312 · La Vie du Tasse a été principalement écrite par deux auteurs, dont chacun a des titres particuliers à notre confiance. L'un est le Manso, maNote 313 · Note 211: (retour) C'est un in-4º de 600 pages, édition de Rome, 1785. Il en existe une deuxième édition de Bergame, 1790, 2 vol. in-4º., maNote 314 · Note 212: (retour) M. Suard.Note 315 · Note 213: (retour) Celle de M. Lebrun, aujourd'hui prince archi-trésorier de l'empire, duc de Plaisance, etc., édit. de 1803, Paris, 2 vol. Note 316 · Note 214: (retour) Il a paru dernièrement en Angleterre une nouvelle Vie du Tasse: Life of Torquato Tasso, with an historical and critical aNote 317 · Ces deux ouvrages, le dernier surtout211, sont d'une étendue considérable. Toutes les Vies du Tasse qui accompagnent les anciennes éditions Note 318 · Note 215: (retour) Le 11 mars 1544.Note 319 · Les premières circonstances de la vie de Torquato Tasso, sa famille, sa naissance215, dans la délicieuse retraite de Sorrento, même ses premNote 320 · Note 216: (retour) Les jésuites ne furent introduits à Naples qu'en 1551. Orlandini, Hist. Soc. Jes. lib. XV, cité par Tiraboschi et par SerNote 321 · Ce qui est plus positif, c'est qu'à trois ans il pouvait déjà profiter à Naples des leçons de D. Giovanni d'Angeluzzo, que son père lui donnNote 322 · Note 217: (retour) En 1578, quand le Tasse se réfugia à la cour d'Urbin. M. Suard, dans sa Vie du Tasse, a traduit un fragment de cette canzNote 323 · Les malheurs et la proscription de son père vinrent troubler ces heureux commencements. L'attachement de Bernardo pour le prince de Salerne Note 324 · Note 218: (retour) La sentence est du mois d'avril 1552, et Torquato ne partit de Naples, par ordre de son père, qu'en octobre 1554. (SerassNote 325 · Note 219: (retour) On ignore le nom du maître dont il suivit alors les leçons. Ce n'est point, comme l'a voulu le Manso, Maurice Cattaneo, cNote 326 · Note 220: (retour) En 1556.Note 327 · Note 221: (retour) Le arti cavalleresche.Note 328 · Une erreur plus considérable où le Manso l'a entraîné, c'est que Torquato, âgé seulement de neuf ans, fut nominativement compris dans la senNote 329 · Note 222: (retour) Mai 1559.Note 330 · Bernardo s'étant rendu à Venise pour faire imprimer l'Amadigi, y fit venir son fils222. Alors, Torquato, qui fut souvent occupé à copier desNote 331 · Note 223: (retour) Lettere inedite di Uomini illustri, Firenze, 1773, p. 254. (Serassi, p. 91.)Note 332 · Note 224: (retour) Molino, Veniero, Ruscelli, Atanagi, etc.Note 333 · On conserve à Pesaro dans une bibliothèque particulière les notes et les observations qu'il fit sur ce grand poëte223; et en lisant la JérusNote 334 · Note 225: (retour) Ci-dessus, p. 58.Note 335 · Note 226: (retour) En 1562.Note 336 · Note 227: (retour) C'est encore une des occasions où M. Suard a été trompé par sa confiance dans le Manso.Note 337 · Note 228 (retour) Jusqu'aux vacances de 1561.Note 338 · Note 229: (retour) En 1587.Note 339 · J'ai dit ailleurs225 la résistance que son père opposa d'abord à la publication du Rinaldo, et le consentement presque forcé qu'il y donna eNote 340 · Note 230: (retour) Le Sigonio.Note 341 · Note 231: (retour) Sperone Speroni.Note 342 · Note 232: (retour) François Piccolomini et Frédéric Pendasio.Note 343 · Dès que son père eut enfin consenti qu'il abandonnât les lois, il se livra plus ardemment que jamais à ses études philosophiques et littéraiNote 344 · Note 233: (retour) Parmi les manuscrits d'Urbin, dans la Bibliothèque vaticane. Ils ont été publiés en 1722, mais très-incorrectement, dans Note 345 · Dès le temps de son séjour à Padoue, il avait conçu l'idée d'un poëme épique, dont la conquête de Jérusalem faite par les chrétiens, sous leNote 346 · Note 234: (retour) Février 1564.Note 347 · Un désagrément imprévu le força de sortir de Bologne. Une satire piquante, où beaucoup de gens étaient maltraités, courait la ville. Le TassNote 348 · Note 235: (retour) Fr. Piccolomini.Note 349 · Note 236: (retour) 1564.Note 350 · Note 237: (retour) En 1587.Note 351 · A Padoue, il reprit avec une nouvelle ardeur ses études philosophiques, sous un de ses anciens maîtres235. La morale et la politique d'AristNote 352 · Note 238: (retour) Octobre 1565.Note 353 · Note 239: (retour) Voyez Muratori, Annal. d'Ital., an. 1561 et 1565.Note 354 · De retour à Padoue, le Tasse apprit que le cardinal Louis d'Este l'avait nommé l'un de ses gentilshommes, et le verrait avec plaisir à FerraNote 355 · Note 240: (retour) Voyez ci-dessus, t. IV, p. 96.Note 356 · Note 241: (retour) Lucretia Estense è l' altra i cui crin d'oro Lacci e retisaran del casto amore, etc. (C. VIII, st. 14.)Note 357 · Les fêtes finies, la cour réduite à la famille ducale, le cardinal se rendit à Rome pour l'élection d'un pape, et laissa le Tasse à Ferrare.Note 358 · Note 242: (retour) Au printemps de 1566.Note 359 · Note 243: (retour) Treize sonnets de lui, que l'Atanagi publia en 1565; t. I de ses Rime di diversi nobili poeti Toscani, sont presque tous Note 360 · Note 244: (retour) C'était les comparer avec les trois fameuses canzoni de Pétrarque sur les yeux de Laure. (Voyez t. II de cette Hist. littNote 361 · Note 245: (retour) Ces Considerazioni ont été publiées pour la première fois, t. III des Œuvres du Tasse, en 6 vol. in-fol., Florence, 1724.Note 362 · Le Tasse, instruit que le séjour du cardinal d'Este à Rome devait se prolonger encore, fit un voyage à Padoue242. Ses amis, et surtout ScipiNote 363 · Note 246: (retour) Paolo Samminiato.Note 364 · Note 247 (retour) La même pour qui le Tasse composa dans la suite son dialogue sur la poésie toscane, intitulé la Cavalletta.Note 365 · Note 248 (retour) Ces cinquante Conclusioni amorose sont imprimées, Œuvres du Tasse, t. III de l'édit. de Florence, en tête du dialogue intiNote 366 · Peu de tems après, le Tasse voulut donner à Lucrèce, à Léonore elle-même, à toutes les belles dames et à tous les chevaliers de cette cour gNote 367 · Note 249: (retour) Janvier 1570. C'était Francesco Maria della Rovere, fils du duc Guidubaldo, alors régnant.Note 368 · Note 250: (retour) Entre autres la belle canzone: Lascia, Imeneo, Parnaso, e qui discendi. (Opere t. II, p. 507, édit. de Florence.)Note 369 · Note 251: (retour) Serassi, p. 151.Note 370 · La mort imprévue de son père interrompit ces jeux de l'esprit et ces amusements du cœur. Il alla recevoir ses derniers soupirs et revint à FNote 371 · Note 252: (retour) Ercole Rondinelli, gentilhomme de Ferrare. Ce mémoire, inséré dans les Œuvres du Tasse, édit. de Florence, t. V, est datéNote 372 · Note 253: (retour) C'est celui qui commence par ce vers: Or che l'Aura mia dolce altrove spira ibidem , t. II, p. 276. Il était en effet digNote 373 · Note 254: (retour) Son père les avait autrefois achetées en Flandre; et c'était ce qui les lui rendait précieuses.Note 374 · Note 255 (retour) Ricorra il signor Ercole al favor dell' eccellentissima madama Leonora, laqual confido che per amor mio, gliene sarà liberNote 375 · En partant pour ce long voyage, le Tasse crut devoir, à tout événement, laisser quelques dispositions entre les mains d'un de ses amis252. LNote 376 · Note 256: (retour) Janvier 1571.Note 377 · Note 257: (retour) L'abbé de Charnes, Vie du Tasse, p. 40; Serassi, Vita del Tasso, p. 155. Ce dernier cite dans une note, p. 162, le cavaliNote 378 · Dès la première visite256 que le cardinal fit au roi de France, qui était son cousin, il se hâta de lui faire connaître le Tasse, et dit en Note 379 · Note 258: (retour) Il ajouta, pendant ce séjour, plusieurs morceaux à sa Jérusalem, et surtout dans l'abbaye de Chablis, dont le cardinal d'Note 380 · Note 259: (retour) Il compare dans un de ses dialogues (il Cataneo ovvero degli idoli, t. III de ses Œuvres, édit. de Florence) des vers de Note 381 · On doit penser qu'à l'exemple du maître, les grands, les nobles et tout ce qu'il y avait à la cour d'hommes aimant les lettres, ou voulant pNote 382 · Note 260: (retour) Note al Ditirambo.Note 383 · Note 261: (retour) Annot. al Fontanini.Note 384 · Note 262: (retour) Vita del Tasso.Note 385 · Notre langue n'était pas fixée. Ronsard en méconnut le génie, et lui fit trop de violence. Elle changea peu de temps après; et ce poëte restNote 386 · Note 263: (retour) Le comte Ercole de' Contrarj.Note 387 · Note 264 (retour) Voyez t. V, p. 281, des Œuvres, édit. de Florence, in-folio.Note 388 · Ce n'est pas seulement notre langue qui a changé depuis le temps du Tasse, ce sont nos mœurs, nos usages, nos arts, les productions mêmes deNote 389 · Note 265: (retour) Balzac dit à une dame de ses amies, et Patin à un ami.Note 390 · Faut-il croire ce qu'on rapporte de l'état de détresse et de pauvreté où se trouva le Tasse au milieu de toutes ces faveurs du prince et de Note 391 · Note 266: (retour) Ses honoraires coururent du commencement de cette année(1572), quoique l'on fût alors au mois de mai; ils étaient de 50 lNote 392 · Leur séparation ne fut cependant pas une rupture. Le cardinal aurait craint de se donner aux yeux de la cour de France un tort ou un ridiculNote 393 · Note 267: (retour) On le trouve sous le titre de Orazione in morte di Barbara d'Austria, etc. (Opere, t. XI, édition de Venise, in-4º.)Note 394 · Note 268: (retour) Elle est insérée dans le dialogue intitulé: il Ghirlinzone ovvero dell'Epitafio. Ibidem, t. VII.Note 395 · A peine s'était-il remis au travail, qu'un triste événement vint l'en distraire. La duchesse de Ferrare, dont on célébrait le mariage quand Note 396 · Note 269: (retour) Mai 1567.Note 397 · Quelque temps après, le duc Alphonse fit un voyage à Rome. Le Tasse ayant plus de loisir à Ferrare, avant de se remettre à son grand ouvrageNote 398 · Note 270: (retour) Au printemps de 1573.Note 399 · Le sujet, les caractères, le plan et la conduite de l'Aminta étaient donc depuis long-temps dans la tête du Tasse. Il n'attendait pour l'exéNote 400 · Note 271: (retour) On a cru presque généralement qu'il avait désigné Speron Speroni sous le nom de l'envieux Mopsus; Ménage croit plutôt queNote 401 · Note 272: (retour) Vinegia, 1581, in-8º.Note 402 · Bien éloigné de l'empressement qu'on a aujourd'hui de se produire, et content du succès de sa pastorale, il ne voulait pas la faire imprimerNote 403 · Note 273: (retour) A Castel Durante, 1573.Note 404 · Note 274: (retour) Vita del Tasso, p. 180.Note 405 · Note 275 (retour) La man ch'avvolta in odorate spoglie, etc.; et: Non son si vaghi i fiori onde natura, etc.; t. II des Œuvres, édit. de FloNote 406 · Note 276: (retour) 276: Negli anni acerbi tuoi purpurea rosa, p. 291.Note 407 · La princesse d'Urbin, Lucrèce d'Este, n'avait pu assister aux représentations de cette pièce qui faisait tant de bruit. Elle voulut la connaNote 408 · Note 277: (retour) Juillet 1574.Note 409 · Note 278: (retour) Avril 1575.Note 410 · Il revint à Ferrare chargé de présents, de bijoux, de chaînes d'or, qu'il avait reçus du duc d'Urbin et de ses enfants. Il tenait surtout deNote 411 · Note 279: (retour) Les principaux furent, 1º. Pier Angelio Bargeo ou da Barga, élégant poëte latin, auteur d'un bon poëme sur la chasse (CynNote 412 · Note 280 (retour) Il y eut pour hôte et pour conseil Gio. Vincenzo Pinelli, riche et savant, possesseur d'une belle bibliothèque; il consultNote 413 · Avant de le publier, il voulut le soumettre au jugement de ses amis les plus éclairés et les plus intimes. Il en fit passer une copie à ScipNote 414 · Note 281: (retour) Juillet 1575.Note 415 · Le mouvement que cette sorte d'occupation donne à l'esprit est tout différent de celui qu'il éprouve dans le feu de la composition. En compoNote 416 · Note 282: (retour) C'est ce qu'il dit lui-même dans une de ses lettres à Scipion de Gonzague: Leggole il mio libro e sono ogni giorno con leNote 417 · Note 283: (retour) Ibidem.Note 418 · Les traitements qu'il recevait de la part du duc devaient lui tranquilliser l'esprit. Alphonse redoublait d'attentions et d'égards, voulait Note 419 · Note 284: (retour) Novembre 1575.Note 420 · Il y fut reçu par son cher Scipion de Gonzague284, qui avait beaucoup contribué à lui inspirer le désir de ce voyage. Scipion le présenta auNote 421 · Note 285: (retour) Flaminio de' Nobili, l'Angelio, l'Antoniano, etc.Note 422 · Note 286: (retour) Vita del Tasso, p. 211.Note 423 · Tout en s'occupant des amours d'Herminie et de Tancrède, d'Armide et de Renaud, il n'avait pas oublié que le jubilé, alors ouvert à Rome, étNote 424 · Note 287: (retour) Janvier 1576.Note 425 · Note 288: (retour) De Giulio Tiene conte di Scandiano.Note 426 · Note 289: (retour) Barbara Sanseverina.Note 427 · Note 290: (retour) La troisième n'exista jamais, selon Serassi, que dans l'imagination du Manso. Il est faux, dit-il, qu'une des suivantes dNote 428 · Le Tasse revint à Ferrare par Sienne et Florence: il devait cet hommage à ces deux villes si célèbres dans l'histoire des lettres et des artNote 429 · Note 291: (retour) 1567. On voit, par quelques-unes de ses lettres qu'il aurait voulu être refusé, et prendre de-là un prétexte pour quitterNote 430 · Il ne passait cependant pas un jour sans s'occuper de son poëme. Il se préparait à l'aller faire imprimer à Venise quand la peste se déclaraNote 431 · Note 292: (retour) Lettre du Tasse, citée par Serassi, p. 230.Note 432 · Note 293: (retour) Voyez Serassi, loc. cit.Note 433 · Ses ennemis redoublaient d'activité à mesure qu'il croissait en réputation et qu'il semblait croître en faveur. Il les avait soupçonnes d'inNote 434 · Note 294: (retour) Consandoli.Note 435 · Pour l'en distraire, la princesse Léonore l'emmena avec elle dans une belle maison de campagne294, sur les bords du Pô, à dix-huit milles deNote 436 · Note 295: (retour) On en trouve surtout une, t. V des Œuvres, édit. de Florence, in-fol., p. 258.Note 437 · Il n'est pas vrai, comme le veut le Manso, que deux d'entre eux furent blessés; ils n'en donnèrent pas le temps au Tasse. Il ne l'est pas noNote 438 · Note 296 (retour) Voyez sa lettre du 10 octobre, citée d'après un manuscrit, par Serassi, p. 236.Note 439 · Note 297: (retour) Décembre 1576.Note 440 · Le Tasse ne parut pas très-ému de cette affaire; il ne demanda au duc que les satisfactions qui lui étaient dues, et ne parla de son assassiNote 441 · Note 298: (retour) Janvier 1577.Note 442 · Note 299: (retour) J'aurai bientôt occasion de parler de la lettre aussi modeste qu'éloquente qu'il écrivit à ce jeune homme, qui l'avait loNote 443 · La mélancolie du Tasse et l'incertitude de son esprit augmentèrent considérablement: d'autres sujets d'inquiétudes, s'y mêlèrent encore; un Note 444 · Note 300: (retour) p. 245.Note 445 · Note 301: (retour) En 1575.Note 446 · Ici je dois traduire littéralement Serassi, l'historien de sa vie; je ne dois altérer aucun des traits qu'il a tracés avec une simplicité quNote 447 · Note 302: (retour) Le 17 juin 1577.Note 448 · Un soir302, dans les appartements de la duchesse d'Urbin, il tira son couteau pour en frapper un de ses domestiques, sur lequel il avait conNote 449 · Note 303: (retour) Vers le 20 juillet 1577.Note 450 · Cependant il commença de se laisser traiter, mais à contre cœur, imaginant d'un côté qu'il n'en avait pas grand besoin, craignant de l'autreNote 451 · Note 304: (retour) Novembre 1577.Note 452 · Note 305 (retour) Giulio Mazetto, qui fut ensuite évêque de Reggio.Note 453 · Note 306: (retour) Le chev. Camillo Gualengo.Note 454 · Note 307: (retour) 22 mars 1578.Note 455 · Arrivé à Rome304, il voulut donner un témoignage public de sa confiance, en descendant directement chez l'agent305 du duc de Ferrare. Cet agNote 456 · Note 308: (retour) Serassi croit que c'est le marquis Cornelio Bentivoglio, lieutenant-général du duc.Note 457 · Malgré la sécheresse de cette réponse et le peu d'affection qu'elle annonçait, le Tasse se soumit à tout, promit tout, et se rendit à FerrarNote 458 · Note 309: (retour) : Juillet 1578.Note 459 · Note 310: (retour) Maffeo Veniero.Note 460 · Il alla d'abord à Mantoue, espérant que le duc, ancien ami de son père, serait disposé à le bien recevoir; mais il y trouva les choses à peuNote 461 · Note 311: (retour) On sait que la fable a placé près de Sorrento le tombeau d'une des SyrènesNote 462 · Note 312: (retour) Camille fut emportée par son père Metabus, et n'était pas encore en état de le suivre (Virg., Æn., l. XI); mais on pardonNote 463 · Cette première strophe est toute poétique: les deux suivantes sont toutes de sentiment, mais d'un sentiment si vrai, si naturellement, et ceNote 464 · Note 313: (retour) C'est un madrigal qui commence ainsi: Se da si nobil mano Debbon venir le fasce alle mie piaghe, etc.Note 465 · On ne sait où se serait arrêté cet élan de poésie et de sensibilité; mais le duc d'Urbin n'eut pas plutôt appris l'arrivée du Tasse, qu'il aNote 466 · Note 314: (retour) Il padre di famiglia.Note 467 · Mais rien de tout cela ne put vaincre cette impulsion qui, une fois donnée, forçait le malheureux Tasse à changer de lieu, et à se précipiteNote 468 · Note 315: (retour) Décembre 1578.Note 469 · Note 316: (retour) Elle commence par ce vers: Donne cortesi e belle, et se trouve parmi ses autres poésies, t. II de ses Œuvres, édit. de FlNote 470 · Fêté dans cette maison, recherché par l'archevêque de Turin qui était un la Rovere, ancien ami de son père, et qui enviait au marquis d'EsteNote 471 · Note 317: (retour) 21 février 1579.Note 472 · Note 318: (retour) Mars 1579.Note 473 · Il arrive à Ferrare317, la veille même du jour où l'on attendait la nouvelle épouse. Tout le monde est occupé de cette réception; aucun n'a Note 474 · Note 319: (retour) Voyez ci-dessus, t. IV, p. 367 et 368.Note 475 · Le prieur de cet hôpital était alors Agostino Mosti, que nous avons vu rendre des devoirs pieux à la mémoire de l'Arioste, dont il avait étéNote 476 · Note 320: (retour) Giulio Mosti.Note 477 · Heureusement ce rude prieur avait un neveu bon et sensible320, qui sembla se faire un devoir de dédommager le Tasse de cette odieuse sévéritNote 478 · Note 321: (retour) Come ne l'ocean, s'oscura e infesta Procella il rende torbido e sonante, etc.Note 479 · Note 322: (retour) Se Dio vi guardi da le bastonate, Se'l ciel voi pasca e di carne e di latte, Fate mi luce a scriver questi carmi.Note 480 · Dans ce temps où l'on renfermait le Tasse comme un fou dangereux, où on voulait le contraindre à subir des traitements plus propres à augmenNote 481 · Note 323: (retour) Voyez ci-dessus, p. 215.Note 482 · Note 324: (retour) Vita del Tasso, Nos. 34 à 41.Note 483 · Note 325: (retour) Voyez ci-dessus, p. 199, note.Note 484 · Le Manso, qui fut l'un des meilleurs et des plus généreux amis du Tasse, mais qui ne le connut que dans ses dernières années, a le premier aNote 485 · Note 326: (retour) Le nom de Léonore est déguisé, par exemple, dans ce sonnet sur une belle bouche: Rose, che l'arte invidiosa ammira, que lNote 486 · Note 327: (retour) Ahi ben è rio destin ch'invidia e toglie Al mondo il suon de' vostri chiari accenti. Les deux derniers vers surtout sontNote 487 · Note 328: (retour) Mentre ch' a venerar muovon le genti, etc.Note 488 · Note 329: (retour) E certo il primo dì che'l bel sereno, etc.Note 489 · Note 330: (retour) Ma parte degli strali e de l'ardore Sentij pur anco entro il gelato marmo. Le nom de Léonore, déguisé, mais reconnaissabNote 490 · Note 331: (retour) Amor, tu vedi, e non n'hai duolo o sdegno, etc.Note 491 · Note 332: (retour) Vergine illustre, la beltà en' accende, etc.Note 492 · Note 333: (retour) O felice lo sposo a cui l'adorni!Note 493 · Note 334: (retour) Perchè in giovenil volto amor mi mostri, etc.Note 494 · Que l'objet des amours du Tasse portât le nom de Léonore, c'est ce que prouve ce nom, tantôt déguisé à la manière de Pétrarque, et tantôt écNote 495 · Note 335: (retour) Les poésies lyriques du Tasse n'étant pas entre les mains de tout le monde, je mettrai ici le texte de ce beau sonnet, doNote 496 · Ce fut alors aussi sans doute qu'il fit pour elle ce beau sonnet, où il lui parle si poétiquement de son âge. Serassi veut qu'il soit adressNote 497 · Note 336: (retour) Les bons habitants de Ferrare avaient une si haute opinion de sa piété, qu'ils attribuèrent en 1570 à ses prières le saluNote 498 · Note 337: (retour) Se d'Icaro leggesti e di Fetonte , etc. L'auteur d'une élégante Vie du Tasse, déjà citée plusieurs fois, a traduit ainsi Note 499 · La seconde Léonore était cette belle Sanvitali, comtesse de Scandiano, dont il s'était déclaré publiquement l'adorateur et pour laquelle furNote 500 · Note 338: (retour) Voyez ci-dessus, p. 174 et 175.Note 501 · Jusqu'à quel point sa témérité fut-elle heureuse? Il est impossible de le savoir; il l'est presque autant de croire qu'il ait rien obtenu, nNote 502 · Note 339: (retour) Voyez ci-dessus, p. 178; et notez que ce sonnet, sans doute fait à l'occasion d'un départ de Léonore pour la campagne, ouNote 503 · Note 340: (retour) Ci-dessus, p. 204.Note 504 · Rappelons-nous les dernières volontés que le Tasse déposa, en partant pour la France, entre les mains d'un ami, et ce sonnet qu'il voulait sNote 505 · Note 341: (retour) 341: Vita del Tasso, Nos. 35 et 41.Note 506 · Ce n'étaient pas des indiscrétions que des pièces de vers dont la plupart ne courait point dans le public, ou qui, lors même qu'elles portaiNote 507 · Note 342: (retour) Vergine era fra lor di già matura Verginità, d'alti pensieri e regi, etc. (C. II, st. 14.)Note 508 · Note 343: (retour) Di natura, d'amor, de' cieli amici Le negligenze sue sono artificj. (St. 18.)Note 509 · Note 344: (retour) Ei, che modesto è sì com' essa è bella, Brama assai, poco spera, e nulla chiede. (St. 16.)Note 510 · Note 345: (retour) St. 35.Note 511 · De tous les vers qui furent inspirés au Tasse par la princesse Léonore, ce qui dut peut-être la flatter le plus, ce fut ce beau portrait qu'Note 512 · Note 346: (retour) Ci-dessus, p. 190.Note 513 · Note 347: (retour) Serassi, Vita del Tasso, p. 180.Note 514 · Note 348: (retour) Il quale essendo stato un pezzo in collera con la sua donna, ora non potendo più, bisogna che si renda e che dimandi mercNote 515 · Note 349: (retour) Colei, celle qu'il ne nomme pas.Note 516 · Quelque dégagé des sens que cet attachement pût être, dès qu'il était passionné, il fut sujet à des inégalités, à des orages. On a vu le TasNote 517 · Note 350: (retour) Loc. cit.Note 518 · Note 351: (retour) Ibidem, p. 182.Note 519 · Cette lettre et ce sonnet contiennent, à mon sens, une révélation importante. Serassi qui les a publiés le premier350, a fort bien entendu qNote 520 · Note 352: (retour) En 1574.Note 521 · Cette passion qui était dans l'imagination, autant que dans le cœur, dut recevoir, à une époque malheureuse pour le Tasse, les mêmes degrés Note 522 · Note 353: (retour) Lettre à Apostolo Zeno, 28 mars 1735, en lui envoyant des lettres inédites du Tasse, pour l'édition de Venise en douze voNote 523 · Cependant une raison toute naturelle devait en avoir tempéré l'effervescence. Le temps qui exerce ses ravages sur la santé la plus florissanNote 524 · Note 354: (retour) Loc. cit., p. 240.Note 525 · Mais si la prudence du prince épargna au Tasse des punitions plus graves, elle exigea ensuite que, suivant cette idée qu'il avait eue de le Note 526 · Note 355: (retour) Vita del Tasso, Nº. 148.Note 527 · Note 356: (retour) Loco cit.Note 528 · Note 357: (retour) Cette cause ne souffre point ici d'autres explications. On dit qu'elle est comptée pour l'une des plus fortes par l'auteuNote 529 · Une autre cause (et pourquoi une vaine délicatesse m'ordonnerait-elle de la taire?) devait augmenter encore cette fermentation du cerveau; cNote 530 · Note 358: (retour) 1580.Note 531 · Un nouveau malheur, mais qu'il prévoyait et redoutait depuis long-temps, vint y ajouter encore. Quatorze chants de sa Jérusalem furent impriNote 532 · Note 359: (retour) Voyez ci-dessus, p. 221.Note 533 · Note 360: (retour) Septembre 1580.Note 534 · Note 361: (retour) 20 novembre, idem.Note 535 · Note 362: (retour) 10 février 1581.Note 536 · Il écrivit alors son beau dialogue du Père de famille, dont il tira le sujet de la réception qui lui avait été faite et de ce qu'il avait vuNote 537 · Note 363: (retour) La première in-4º, la seconde in-12.Note 538 · Cet Angelo Ingegneri, dont l'amitié lui avait été si utile à Turin, lui rendit alors un bon et un mauvais service. Il possédait une copie deNote 539 · Note 364: (retour) Serassi, p. 300.Note 540 · Note 365: (retour) Venetia, 1581, in-4º.Note 541 · Note 366: (retour) Ibid., 1582, in-4º.Note 542 · Note 367: (retour) Febo Bonnà.Note 543 · Note 368: (retour) Juin 1581.Note 544 · Note 369: (retour) : Juillet 1581.Note 545 · Note 370: (retour) Aminta difeso.Note 546 · Note 371: (retour) Toujours 1581.Note 547 · Note 372: (retour) : Il y faut ajouter celle de Mantoue en 1584, faite d'après des corrections de Scipion de Gonzague, et qui a quelques avaNote 548 · Il n'y a aucune apparence que l'on ait rien fait de pareil. On sait seulement que les deux éditions furent enlevées en peu de jours364, tantNote 549 · Note 373: (retour) Dans une lettre à Maurizio Cataneo.Note 550 · Note 374: (retour) «J'eus, dit-il, plus de despit encore que de compassion de le voir à Ferrare en si piteux estat, survivant à soy-mesme, mNote 551 · Au milieu de cette gloire, au bruit de ces éloges, de ces applaudissements qui retentissaient de toutes parts, tandis que les éditeurs et leNote 552 · Note 375: (retour) C. I, st. 14.Note 553 · L'infortuné demandait avec instance qu'on adoucît au moins ces rigueurs inutiles, et tâchait de se persuader à lui-même qu'elles étaient ignNote 554 · Note 376: (retour) Ippolito Bosco.Note 555 · Note 377: (retour) Le nom de cette villa était Madaler.Note 556 · Il se laissa enfin un peu adoucir, et permit qu'au lieu de l'espèce de cachot où le Tasse était comme enseveli depuis deux ans, on lui donnâNote 557 · Note 378: (retour) Dans Beltramo, ovvero della Cortesia; il Malpiglio, ovvero della Corte; il Ghirlinzone, ovvero dell' epitaffio, et la CavNote 558 · Note 379: (retour) Ippolito Gianluca et Alberto Parma.Note 559 · Note 380: (retour) C'est à cette occasion qu'il écrivit son ingénieux dialogue intitulé: il Gianluca, ovvero delle Maschere. Il en fit peu dNote 560 · L'année 1583 se passa encore de même: mais ensuite les sollicitations du cardinal Albano, de la duchesse de Mantoue et de plusieurs autres pNote 561 · Note 381: (retour) Lettre à Maurizio Cataneo, septembre 1581.Note 562 · Note 382: (retour) Juillet 1582.Note 563 · Note 383: (retour) Il Carrafa, ovvero della poesia epica, Firenze, Sermartelli, 1584, in-8º.Note 564 · Note 384: (retour) 384: Sur tout ce que je dis ici et ce que je dois dire encore de cette célèbre académie, rétablie depuis peu et à laquellNote 565 · Il était dans ces tristes circonstances lorsqu'on vit éclater contre lui l'orage le plus imprévu et le plus terrible. La sensation que son pNote 566 · Note 385: (retour) Jacopo Boncompagno.Note 567 · Note 386: (retour) Vita del Tasso, p. 334.Note 568 · Le plus violent des deux, celui dont l'autre ne fut, dit-on, que l'instrument, avait été très-bien avec le Tasse. Dès le temps où celui-ci cNote 569 · Note 387: (retour) Leurs premières réunions datent de 1582.Note 570 · Note 388: (retour) Anton. Franc. Grazzini, dit le Lasca, était le plus célèbre; c'était lui qui avait formé cette réunion; elle n'était d'abNote 571 · Note 389: (retour) Le premier de ces deux écrits avait pour objet un sonnet du Berni, et était intitulé: Lezione avvero Cicalamento di MaestNote 572 · Note 390: (retour) Elle était intitulée: Degli accademici della Crusca difesa dell' Orlando furiosa dell' Ariosto contra 'l dialogo dell' epNote 573 · Salviati n'attaqua point à visage découvert un malheureux, un ami, un homme de génie qu'il avait hautement comblé de louanges; il se couvritNote 574 · Note 391: (retour) Il répondit d'abord à la lettre de Bastiano de' Rossi, mais sans lui adresser sa réponse, et même sans l'y nommer. RisposNote 575 · Note 392: (retour) L'académie, ou plutôt Salviati, avant d'attaquer la Jérusalem du Tasse, avait commencé par dire beaucoup de mal de l'AmadNote 576 · Note 393: (retour) Della infarinata, accademico della Crusca, risposta all' apologia di Torquato Tasso, etc. Firenze, 1585, in-8°.Note 577 · Note 394: (retour) Replica di Camillo Fellegrino alla risposta degli accademici della Crusca fatta contra il Dialogo dell' epica poesia, etcNote 578 · Note 395: (retour) Niccolò degli Oddi, Giulio Ottonelli, Giulio Guastavini, etc.Note 579 · Le Tasse, attaqué sans ménagement, répondit avec une modération, une modestie qui rendit encore plus odieux l'emportement de ses adversairesNote 580 · Note 396: (retour) Genus irritabile vatum.Note 581 · Note 397: (retour) Serassi est plus naïf encore dans ces dernières expressions, mais j'ai craint de rendre aussi le petit duc de Ferrare troNote 582 · Si la modération est un mérite dans ces luttes de l'amour-propre, il était bien plus grand chez le Tasse, dont les maux de l'ame et du corpsNote 583 · Note 398: (retour) Ses infirmités physiques sont décrites avec le plus grand détail dans sa lettre au médecin Mercuriale, publiée par SerassNote 584 · Note 399: (retour) Lettre à son ami Maurizio Cataneo. Je pourrais tirer de cette lettre et de quelques autres, imprimées dans ses Œuvres, beNote 585 · Note 400: (retour) A Maurizio Cataneo.Note 586 · Les forces physiques et morales de l'objet de ces lâches appréhensions se détruisaient cependant de plus en plus. Cette tête ardente, que laNote 587 · Note 401: (retour) Egro io languiva, e d'alto sonno avvinta, etc.Note 588 · Note 402: (retour) Non potea la natura e l'arte omai, etc.Note 589 · Il fut encore plus fermement persuadé peu de temps après. Attaqué d'une fièvre ardente, dès le quatrième jour il donna des craintes pour sa Note 590 · Note 403: (retour) Le 5 ou le 6 juillet 1586.Note 591 · Un autre miracle plus difficile eût été que le duc Alphonse, instruit du déplorable état où il avait fait tomber ce grand homme, se laissât Note 592 · Note 404: (retour) Il composa aussi alors une longue lettre, ou plutôt un traité politique, en réponse à cette question, qui lui fut adresséNote 593 · Note 405: (retour) Voyez ci-dessus, p. 58.Note 594 · Note 406: (retour) Pour être plus exact, il faut dire que ce fut son ami Costantini, secrétaire de l'ambassadeur de Toscane à la cour de FerNote 595 · Note 407: (retour) En 1573, quelque temps après son retour de Castel-Durante. Lorsqu'il on eut fait le premier acte et deux scènes du secondNote 596 · Note 408: (retour) Dès que sa tragédie fut achevée, il l'envoya à Ferrare à son excellent ami Costantini, qui en fit une copie magnifique etNote 597 · L'accueil que le Tasse reçut à Mantoue était propre à lui faire oublier ses disgrâces. Le vieux duc Guillaume lui donna dans son palais un lNote 598 · Note 409: (retour) Juillet 1587.Note 599 · Note 410: (retour) L'impression se fit la même année, après son départ de Bergame, par les soins de Gio. Batt. Licino, et parut sous ce titrNote 600 · Pendant un voyage que le duc de Mantoue fit à la cour de l'empereur, il obtint la permission d'en faire un à Bergame409, désirant revoir la Note 601 · Note 411: (retour) Paolo Grillo.Note 602 · Note 412: (retour) Girolama Spinola.Note 603 · Note 413: (retour) Il était praticien génois, et sa famille y tenait un rang.Note 604 · Note 414: (retour) Quatre cents écus d'or de traitement fixe, avec l'espérance d'une somme égale en traitement extraordinaire.Note 605 · Note 415: (retour) 415: 29 août 1587.Note 606 · Un de ses meilleurs amis s'efforçait alors de l'attirer et de le fixer à Gênes: c'était le P. Angelo Grillo, moine du mont Cassin, connu parNote 607 · Note 416: (retour) 19 octobre.Note 608 · Le nouveau duc, occupé d'affaires d'état, ne pouvait plus être pour le Tasse ce qu'avait été le prince Vincent de Gonzague; à peine son anciNote 609 · Note 417: (retour) D. Ferrante, seigneur de Guastalla, et prince de Molfetta.Note 610 · Note 418: (retour) : Ecco fra le tempeste, e i fieri venti, etc.Note 611 · Il ne manqua point de se détourner de sa route pour aller à Lorette acquitter son vœu. Il y arriva très-las du voyage et manquant d'argent pNote 612 · Note 419: (retour) Dans les premiers jours de novembre.Note 613 · Note 420: (retour) Te, Sisto, io canto, e te chiam'io cantando, Non Musa o Febo alle mie nuove rime, etc.Note 614 · Note 421: (retour) Vers la fin de mars 1588.Note 615 · Il se rendit ensuite à Rome419 et fut reçu avec tant d'amitié et de bienveillance par Scipion de Gonzague et par plusieurs cardinaux, princeNote 616 · Note 422: (retour) Il fut imprimé pour la première fois vers le commencement du siècle suivant, sous ce titre: Il Mont-Oliveto del signor ToNote 617 · C'est là qu'il commença à se livrer sérieusement et de suite à une entreprise dont il avait conçu l'idée à Mantoue; c'était de refaire presqNote 618 · Note 423: (retour) Cette lettre est citée tout entière dans la Vie du Tasse, écrite par le Manso lui-même, Nº. 80.Note 619 · Note 424: (retour) Il y en avait beaucoup alors, surtout dans la Pouille, et comme le Manso y était fort aimé, ils accouraient chez lui en tNote 620 · Parmi les jeunes seigneurs de la cour de Naples qui montraient le plus d'empressement à le visiter dans sa retraite, on distinguait surtout Note 621 · Note 425: (retour) A S. Maria Nuova, décembre 1588.Note 622 · Note 426: (retour) Nivolò degli Oddi.Note 623 · Note 427: (retour) Il Costantino, ovvero della Clemenza.Note 624 · Note 428: (retour) Août 1589.Note 625 · Note 429: (retour) : C'était le chanoine Gio. Jacopo Tasso. (Serassi, p. 433.)Note 626 · Il s'y logea chez des religieux du même ordre425, dont le prieur ou l'abbé426 était un de ses anciens amis. Ses infirmités augmentaient; il Note 627 · Note 430: (retour) Ferdinand, qui l'avait autrefois si bien accueilli à Rome lorsqu'il était cardinal, lui fit offrir ce présent par son ambNote 628 · Note 431: (retour) 4 décembre 1589.Note 629 · Note 432: (retour) Février 1590.Note 630 · Des secours envoyés par ses riches amis de Naples, et un présent de cent cinquante écus d'or qu'il reçut du grand-duc de Toscane430, le mireNote 631 · Note 433: (retour) : L'Infarinato (Leonardo Salviati) était mort environ dix mois auparavant, 11 juillet 1589; mais l'Inferigno (Bastiano deNote 632 · Note 434: (retour) 10 septembre; il était parti de Florence le 5.Note 633 · Dès que l'on sut à Florence que le Tasse y était arrivé, des gens de tout rang et de toute profession se portèrent en foule chez lui pour joNote 634 · En arrivant à Rome434, il se trouva si affaibli, qu'il fut obligé de se mettre au lit, où il resta malade près de quinze jours. Les cardinauNote 635 · Note 435: (retour) Giamb. Castagna.Note 636 · Note 436: (retour) Crescimbeni , Muratori , Ant. Maria Salvini , etc. Cette belle canzone , composée de huit stances de vingt vers, commenceNote 637 · Note 437: (retour) 5 décembre. C'était le cardinal Niccolò Sfondrato.Note 638 · Note 438: (retour) 20 février 1591.Note 639 · Leur choix se fixa sur le cardinal de Crémone435 qui prit le nom d'Urbain VII. Le Tasse avait eu avec lui des relations d'amitié qui lui firNote 640 · Note 439: (retour) La Genealogia della sereniss. casa Gonzaga , etc., imprimée pour la première fois dans le t. III des Opere postume del TaNote 641 · Note 440: (retour) Cet épisode commence à la cinquante-cinquième octave: Già Carlo avea corsa l'Ita'ia e vinta, etc.Note 642 · La réception qui lui fut faite dans cette cour ne fut point au-dessous de ce qu'on lui avait promis. Il commença presque aussitôt à s'occupeNote 643 · Note 441: (retour) Novembre 1591.Note 644 · Le duc Vincent s'étant alors déterminé à faire le voyage de Rome, pour aller complimenter le nouveau pape Innocent IX, permit au Tasse de l'Note 645 · Note 442: (retour) Le 30 janvier 1592.Note 646 · Note 443: (retour) Questa fatica estrema al tardo ingegno, etc.Note 647 · Note 444: (retour) 26 avril 1592.Note 648 · Note 445: (retour) Voyez ci-dessus, t. IV, p. 361.Note 649 · Cependant les papes se succédaient à Rome avec une grande rapidité. Clément VIII avait remplacé Innocent IX442. C'était le cardinal HippolytNote 650 · Note 446: (retour) L'autre se nommait Pietro.Note 651 · Note 447: (retour) En décembre. Elle était intitulée: Di Gerusalemme conquistata del sig. Torquato Tasso libri XXIV, Roma, 1593, in-4°. AbelNote 652 · Note 448: (retour) Je n'en dirai pas davantage ici de ce poëme, qui n'est guère connu que de nom, et sur lequel je reviendrai.Note 653 · Note 449: (retour) Del Giudizio sopra la Gerusalemme di Torquato Tasso da lui medesimo riformata, etc., t. IV des Œuvres, édit. de Florence,Note 654 · Deux neveux de Clément VIII reçurent le Tasse, à son arrivée, avec un empressement qui lui garantissait les bontés du pape leur oncle. L'aînNote 655 · Note 450: (retour) 450: Dès le commencement de 1594.Note 656 · Note 451: (retour) 3 juin.Note 657 · Note 452: (retour) Partitura delli sei libri de' madrigali a cinque voci dell'illustriss. ed eccellentiss. principe di Venosa D. Carlo GesuaNote 658 · Aussitôt qu'il fut délivré de ce poëme, il se remit à celui des Sept Journées. Il l'avait commencé en vers libres (sciolti), et le continua Note 659 · Note 453: (retour) Novembre 1594.Note 660 · A Rome453, il fut reçu en dehors même de la ville par un nombreux cortége qui lui donna, en l'accompagnant jusqu'au palais, une idée anticipNote 661 · Note 454: (retour) Le prince d'Avellino.Note 662 · Au commencement de 1595, le Tasse se trouva presque sans forces, et même sans espérance. La nature semblait s'affaiblir en lui, à mesure queNote 663 · Note 455: (retour) Voyez ci-dessus, passim, et surtout p. 273.Note 664 · Peu de jours après, se trouvant encore plus faible, il sentit qu'il était temps de faire ses adieux à l'ami qu'il avait éprouvé le plus fidèNote 665 · Note 456: (retour) Torquati Tassi Ossa Hic jacent. Hoc ne nescius Esses hospes Fratres hujus eccl. P. P. M. D C. I. C'est une imitatiNote 666 · Le marquis de Villa étant allé à Rome quelques années après, se rendit à St. Onuphre pour visiter les restes de son ami. Blessé de ne voir mNote 667 · Note 457: (retour) C'est un legs de Marc-Antoine Foppa, éditeur du recueil des Œuvres posthumes du Tasse (Rome 1666, 3 vol. in-4º.), et qui Note 668 · Note 458: (retour) Cette inscription, en bon style lapidaire, est ainsi conçue: Torquato Tasso Quem patavina schola Italorum epicorum PriNote 669 · Note 459: (retour) Serassi en donne la description, page 518. L'une des trois, dont le revers représente un sujet pastoral, et fait sans douNote 670 · Note 460: (retour) Celle-ci était, en 1785, à Rome, dans le cabinet du duc de Ceri; son empreinte en relief fait partie de ces jolies collecNote 671 · Un buste intéressant du Tasse orne aussi la bibliothèque de ce couvent; c'est celui qui fut moulé sur son visage à l'instant même de sa mortNote 672 · Note 461: (retour) Ce portrait était passé d'abord entre les mains de ce même Marc-Antoine Foppa, à qui Bergame doit la statue colossale du Note 673 · Note 462: (retour) Le comte Jacopo Carrara.Note 674 · Note 463: (retour) Il était peint par Scipion Gaetano, et appartenait (toujours en 1785) à un peintre nommé François Romero.Note 675 · Note 464: (retour) Ce dernier appartenait à l'abbé Serassi, et lui avait été donné par son auteur, Joseph Gades, qui avait su, dit l'historiNote 676 · Serassi parle aussi de plusieurs portraits. L'un des plus précieux est celui que le cardinal Cinthio fit faire dans les dernières années du Note 677 · Note 465: (retour) Voyez ci-dessus, p. 157 et 158.Note 678 · Note 466: (retour) Cornelia ayant perdu son premier mari Sersale, épousa en secondes noces Giovan. Leonardo Spasiano, dont le descendant dirNote 679 · Note 467: (retour) Floréal an VII.Note 680 · Note 468: (retour) Il en fit cependant faire un, mais en petit, et il le donna ou du moins le prêta au Tasse, qui le laissa au cardinal CintNote 681 · Le plus intéressant pour nous est celui qui orne à Paris le cabinet de M. le sénateur Abrial, et qui est très-fidèlement gravé, en tête de lNote 682 · Note 469: (retour) Le Capaccio, dans ses Elogia illustrium litteris virorum, p. 281, dit que ses yeux étaient louches: Quem cernis procera sNote 683 · Note 470: (retour) Il parle, en plusieurs endroits de ses lettres, de son impedimento di lingua, ainsi que de sa vue faible et courte.Note 684 · Note 471: (retour) A faire des armes, monter à cheval, rompre des lances, etc.Note 685 · Le Tasse était d'une taille si haute que, selon l'expression du Manso, il pouvait être compté pour l'un des hommes les plus grands parmi ceuNote 686 · Note 472: (retour) Le comte Fulvio Rangone.Note 687 · Note 473: (retour) Io son pronto a darle tutte quelle soddisfazioni che ella possa ricever da un uomo ch'è così risoluto al morire, come perNote 688 · Cette disposition est déplacée, souvent blâmable et presque toujours ridicule, quand on vit avec le commun des hommes; mais condamné par sa Note 689 · Note 474: (retour) On ajoute qu'il n'avait jamais qu'un seul habit, qu'il donnait aux pauvres lorsqu'il en faisait faire un autre.Note 690 · Simple, mais propre dans ses habits, au milieu des recherches du luxe et de la magnificence, il était habituellement vêtu de noir474, ne porNote 691 · Note 475: (retour) Il avait aussi cultivé les sciences exactes; il y était même assez fort pour en pouvoir donner des leçons. Dans les premiNote 692 · Quant à son génie poétique, il y en eut peu de plus étendu, de plus riche, et peut-être aucun de plus élevé. Sa mémoire était d'une promptit
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