Note (retour) — D'ITALIE.
Reading edition
Que l'objet des amours du Tasse portât le nom de Léonore, c'est ce que prouve ce nom, tantôt déguisé à la manière de Pétrarque, et tantôt écrit tout entier dans plusieurs sonnets et plusieurs madrigaux imprimés dans ses Œuvres326. Mais cette Léonore, ou l'une de ces Léonore, fut-elle une des deux sœurs du duc? Outre plusieurs raisons qui portent le Manso à le croire, il en voit encore les preuves dans des poésies faites évidemment pour elle, et dont les expressions sont celles d'une passion pure, mais vive, et d'un amour aussi ardent que respectueux et discret. Il les trouve entre autres dans un sonnet adressé à Léonore, lorsque les médecins lui eurent défendu de chanter327; et plus clairement encore dans une canzone328, dont une strophe tout entière est consacrée à peindre quel fut sur lui, dès le premier instant, l'effet des charmes de la princesse329, effet qui fut balancé par le respect, mais non pas assez pour qu'une partie des traits qui lui étaient lancés ne pénétrât point jusqu'à son cœur330. Ces preuves sont peut-être plus que partout ailleurs dans une autre canzone331, qui lui fut dictée par la jalousie, quand la main de Léonore fut demandée par un prince, au duc son frère; cette crainte jalouse lui inspira encore un sonnet332, dont le dernier vers exprime l'envie qu'il porte à l'heureux époux333; mais Léonore fut constante dans sa résolution de garder le célibat; le Tasse continua de se livrer au sentiment qui faisait l'honneur et quelquefois aussi le tourment de sa vie, et c'était après quinze ans de constance qu'il adressait à Léonore un sonnet où il l'assure que, ni le cours, ni les traces du temps ne diminuent rien de son amour334.