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Histoire littéraire d'Italie (5/9)

Note (retour) — D'ITALIE.

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Le Tasse, instruit que le séjour du cardinal d'Este à Rome devait se prolonger encore, fit un voyage à Padoue242. Ses amis, et surtout Scipion de Gonzague furent enchantés de le revoir. Il les consulta sur ce qu'il avait fait du Godefroy, et fut encouragé de plus en plus par leurs suffrages. De Padoue, il se rendit à Milan, puis à Pavie, où il passa près d'un mois; et ensuite à Mantoue, pour voir et embrasser encore une fois son père. Enfin il revint à la cour de Ferrare, où son crédit augmentait en proportion de sa renommée. Il s'offrit une nouvelle occasion d'y briller, qui peut servir à faire connaître l'esprit de son siècle. L'amour n'était pas alors seulement un sentiment ou une passion: il était encore une science. Le Tasse se piquait d'y exceller, prétention bien excusable dans un philosophe de vingt-deux ans. D'ailleurs ce philosophe était un poëte dont l'amour s'était emparé presque dès son enfance. Ses premiers vers, faits à Bologne et à Padoue, avaient été des vers d'amour243. A Ferrare, ses hommages et ses vers s'adressèrent à Lucrèce Bendidio, jeune dame, non moins célèbre par les grâces et la vivacité de son esprit que par sa beauté; mais il avait un rival redoutable dans J. B. Pigna, secrétaire du duc Alphonse; le Pigna soupirait et rimait aussi pour elle; le Tasse, dont les vers valaient beaucoup mieux, avait d'autant plus besoin de ménagements et d'adresse pour ne pas se brouiller avec un homme qui pouvait lui nuire auprès du duc. Léonore, sa protectrice, s'aperçut de son embarras, et lui suggéra un moyen d'en sortir. Au lieu de continuer à faire des vers pour la belle Lucrèce, il prit trois grandes canzoni, que le Pigna venait de composer pour elle, et qu'il nommait peu modestement les trois Sœurs244; le Tasse fit sur ces trois odes, en les prenant strophe par strophe, des considérations savantes et profondes de philosophie amoureuse, et les dédia à la princesse qui lui avait donné ce conseil245. L'amour-propre de l'auteur, flatté des éloges que lui donnait son jeune rival, ne lui permit pas d'apercevoir un certain ton d'ironie qui règne surtout dans la comparaison que le Tasse fait, en finissant, entre les poésies du secrétaire ducal et celles de Pétrarque; il vécut avec lui en bonne intelligence; et grâce aux conseils de Léonore, Lucrèce Bendidio put continuer à recevoir les hommages de tous les deux.

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