Note (retour) — D'ITALIE.
Reading edition
A Padoue, il reprit avec une nouvelle ardeur ses études philosophiques, sous un de ses anciens maîtres235. La morale et la politique d'Aristote l'occupèrent autant que sa poétique; mais surtout il s'enfonça dans toutes les profondeurs de la philosophie de Platon, philosophie analogue à l'élévation de son caractère et de son génie, et dont tout ce qu'il a écrit, soit en vers soit en prose, porte la noble empreinte. Il ne perdait point pour cela de vue sa Jérusalem délivrée, ou plutôt son Godefroy, comme il l'intitula d'abord: il dirigeait, au contraire, vers ce but toutes ses études, ses méditations, ses recherches. Il cueillait les plus belles fleurs des poëtes, des orateurs et des philosophes anciens, pour en enrichir son poëme. Encore incertain de la route qu'il devait suivre et des principes auxquels il devait définitivement s'attacher, il fit de cette incertitude même le sujet de ses réflexions habituelles; et de ces réflexions naquirent les trois discours ou traités qu'il composa cette année236, sur la poésie en général, et particulièrement sur le poëme héroïque. Il les adressa tous trois à Scipion de Gonzague, mais ils ne furent publiés que plus de vingt ans après237. Ce qui les rend précieux, c'est cet âge même de l'auteur et le motif qui les lui fit écrire. Les poétiques écrites par des poëtes sont trop souvent des théories faites pour justifier après coup leur pratique. Ici ce sont les délibérations d'un jeune homme prêt à s'élancer dans la carrière (et ce jeune homme est le Tasse), qui examine toutes les routes frayées avant lui, et qui cherche de bonne foi celle qu'il doit tenir.