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Histoire littéraire d'Italie (5/9)

Note (retour) — D'ITALIE.

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De tous les vers qui furent inspirés au Tasse par la princesse Léonore, ce qui dut peut-être la flatter le plus, ce fut ce beau portrait qu'il fit d'elle sous le nom de Sophronie dans le second chant de sa Jérusalem. Tout le monde la reconnaît dans cette Vierge d'un âge mûr, pleine de hautes et royales pensées342, dont la beauté n'a de prix à ses propres yeux qu'en ce qu'elle ajoute du lustre à sa vertu; dont le mérite le plus grand est de cacher tout son mérite dans la retraite, et de fuir, seule et négligée, les louanges et les regards. On croit voir s'avancer Léonore elle-même, en voyant marcher Sophronie les yeux baissés, couverte d'un voile, dans une attitude modeste et fière, vêtue d'un air qui fait douter si elle est parée ou négligée, si c'est le hasard ou l'art qui a orné son visage; on ne voit qu'elle enfin que le Tasse ait pu vouloir peindre par ce dernier trait: «Sa négligence est un artifice de la nature, de l'amour, du ciel qui l'aime343.» Mais on n'a pas fait assez d'attention à Olinde, à ce jeune amant aussi modeste qu'elle est belle, qui désire beaucoup, espère peu et ne demande rien344. Qui peut douter que le Tasse, dans les premiers transports de cette noble passion, n'ait voulu se représenter lui-même; que plus d'une fois il ne se fût fait une idée céleste du bonheur de mourir avec une femme adorée et de s'immoler pour elle; qu'il n'ait saisi avidement cette occasion unique d'exprimer des vœux, qui peut-être en indiquaient d'autres qu'il n'aurait osé avouer de même? «O mort complètement heureuse, dit Olinde, oh! que mes souffrances seront douces et fortunées, si mon sein joint à ton sein, ma bouche collée à la tienne, j'obtiens d'y exhaler mon ame, si, venant à défaillir en même temps, tu rends en moi tes derniers soupirs345!» Cet épisode est un défaut dans son poëme: tous les amis qu'il consulta le sentirent, tous insistèrent pour qu'il le retranchât; il le sentit comme eux, il l'avoua même, et refusa toujours de consentir à ce sacrifice; l'intérêt de la perfection de son ouvrage se tut devant un intérêt plus cher.

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