Note (retour) — D'ITALIE.
Reading edition
Il arrive à Ferrare317, la veille même du jour où l'on attendait la nouvelle épouse. Tout le monde est occupé de cette réception; aucun n'a le temps de l'annoncer au duc, aucun ne veut l'introduire chez les deux princesses. Des ministres du duc, et des gentilshommes de Ferrare, dont il s'attendait à être bien reçu, le traitent sans politesse et même sans humanité. On juge de quel œil il dut voir les fêtes du lendemain, et celles qui, pendant plusieurs jours de suite, mirent toute la cour en joie et en rumeur, n'ayant point d'appartement fixe, cherchant dans ce vaste palais un lieu où il pût au moins goûter quelque repos, et ne le trouvant pas, ne pouvant se faire écouter, ni presque reconnaître de personne. Après les fêtes, cette cruelle position ne changeait point; exclus de la présence du duc et des princesses, abandonné de ses amis, raillé par des ennemis puissants, tourné en dérision par les domestiques, il perdit enfin patience, sortit des bornes de cette modération qui lui était naturelle, lâcha le frein à sa colère, et se répandit publiquement en injures contre le duc Alphonse, contre la maison d'Este, contre toute la cour, maudissant les années perdues dans ce service, et rétractant tous les éloges qu'il avait faits d'eux dans ses vers. Le duc instruit de cet emportement, au lieu de reconnaître qu'il y avait donné sujet, au lieu de conserver quelques égards pour un homme si supérieur et si malheureux, ou au moins quelque respect pour soi-même et quelque générosité, donna ordre que le Tasse fût conduit à l'hôpital Sainte-Anne, qui était une maison de fous, qu'il y fût mis sous bonne garde, et surveillé comme un frénétique et un furieux318.