Note (retour) — D'ITALIE.
Reading edition
Quelque dégagé des sens que cet attachement pût être, dès qu'il était passionné, il fut sujet à des inégalités, à des orages. On a vu le Tasse livré pendant plusieurs mois, à la campagne, avec la duchesse d'Urbin, à des distractions agréables346 qui supposent entre Léonore et lui quelque refroidissement. Une lettre qu'il lui écrivit alors appuie cette supposition; je ne crois même pas me tromper en y voyant les suites d'un mouvement jaloux. «Il n'avait point écrit à la princesse depuis plusieurs mois347, plutôt par défaut de sujet que de volonté; il lui envoie un sonnet qu'il a fait depuis peu, croyant se rappeler qu'il lui a promis de lui envoyer tout ce qu'il ferait de nouveau. Ce sonnet ne ressemblera point aux beaux sonnets qu'il s'imagine qu'elle est maintenant dans l'habitude d'entendre; il est aussi dépourvu d'art et de pensées qu'il l'est lui-même de bonheur. Dans l'état où il est, il ne pourrait venir de lui rien autre chose. (Nous avons cependant vu qu'il n'était point alors aussi à plaindre.) Il lui envoie pourtant ces vers; et bons ou mauvais, il croit qu'ils feront l'effet qu'il désire. Mais enfin qu'elle n'aille pas croire que par ce qu'il est actuellement si vide de pensées, il ait pu donner place dans son cœur à quelque amour; il faut qu'elle sache qu'il n'a fait ce sonnet pour rien qui lui soit personnel, mais à la prière d'un pauvre amant, qui, brouillé quelque temps avec sa dame, et n'en pouvant plus, est forcé de se rendre et de demander grâce348.» Dans le sonnet, le poëte s'adresse au Courroux, champion audacieux, mais faible guerrier, qui ne peut le défendre contre les armes de l'amour, et qui est déjà presque vaincu.... «Téméraire! demande plutôt la paix. Je crie merci; je tends une main languissante; je ploie le genou; je présente à nu ma poitrine. Si l'Amour veut combattre encore, que la Pitié s'arme pour moi; qu'elle m'obtienne ou la victoire, ou au moins la mort; mais si Elle349 laisse tomber une seule larme, ma mort sera une victoire, et mon sang versé un triomphe.»