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Les Contes

NOUVELLE LXXXVII.

Reading edition

Du cordelier qui tenoit l’eau auprès de soi à table et n’en buvoit point.

Un gentilhomme appeloit ordinairement à dîner et à souper un cordelier, qui prêchoit le carême en la paroisse; lequel cordelier étoit bon frère, et aimoit le bon vin. Quand il étoit à table, il demandoit toujours l’aiguière auprès de soi, le compagnon; et toutefois il ne s’en servoit point, car il trouvoit le vin assez fort sans eau, buvant sicut terra sine aqua; à quoi le gentilhomme ayant prins garde, lui dit une fois: «Beau père, d’où vient cela, que vous demandez toujours de l’eau, et que vous n’en mettez point en votre vin?—Monsieur, dit-il, pourquoi est-ce que vous avez toujours votre épée à votre côté, et si n’en faites rien?—Voire-mais, dit le gentilhomme, c’est pour me défendre si quelqu’un m’assailloit.—Monsieur, dit le cordelier, l’eau me sert aussi pour me défendre du vin s’il m’assailloit; et pour cela, je la tiens toujours auprès de moi; mais voyant qu’il ne me fait point de mal, je ne lui en fais point aussi.»

Un cordelier, qui est ceint747 homme, Boit du vin comme un autre homme.

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