NOUVELLE CXV.
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Un quidam assez paisible, et rassis d’entendement, épousa une femme qui avoit une si mauvaise tête, qu’encore qu’il prînt toute la peine de la maison et de faire la cuisine, où qu’il fût, à table, en compagnie, il ne pouvoit éviter qu’il ne fût d’elle tourmenté et maudit à tous coups, et que, pour belles remontrances et gracieux accueil qu’il lui sût faire, elle ne s’en voulsît garder, encore que le plus souvent Martin-bâton l’accolât. De quoi le bon homme, fort étonné, se délibéra d’user d’un autre moyen, qui fut tel, qu’à chacune fois qu’elle pensoit le fâcher et maudire, il se prenoit à jouer d’une flûte qu’il avoit, de laquelle il ne savoit non plus l’usage que de bien aimer. Toutefois, pour cela, sa femme ne laissa de continuer ses maudissons, jusqu’à ce que, s’étant aperçue et s’étant indignée de ce qu’il ne s’en soucioit si fort qu’auparavant, elle se print à danser de colère; et étant aucunement lassée au son d’icelle, lui arracha d’entre les mains. Mais le bon homme, ne voulant perdre les moyens par lesquels il trompoit ses ennuis, se pendit d’une main à son col pour recouvrir sa flûte; et dès lors recommença plus beau que devant à siffler et en jouer; tellement, que cette mauvaise femme, se sentant offensée par l’importunité que lui faisoit cette flûte, sortit de la maison, se promettant de n’endurer à l’avenir de telles complexions; et, dès le lendemain qu’elle fut retournée, elle reprint ses maudissons mieux qu’auparavant. Toutefois, le mari ne délaissa à jouer de sa flûte, comme il souloit; et se voyant sa femme vaincue par lui, lui promit qu’à l’avenir elle lui seroit plus qu’obéissante en toutes choses honnêtes, pourvu qu’il mît sa flûte reposer, et n’en jouât plus, pource, disoit-elle, qu’elle se sentoit étourdie du son. Par ce moyen, le bon homme adoucit sa femme; et connut que le proverbe ne fut jamais mal fait, qui dit: «Qu’il y a plusieurs moyens pour abaisser l’orgueil des femmes, et les faire taire, sans coups frapper.»