NOUVELLE CXXIII.
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D’un procès mû entre une belle-mère et son gendre pour n’avoir dépucelé sa fille la première nuit879.
Au pays de Limousin fut faite une noce entre une jeune fille âgée de dix-huit ans, ou environ, et un bon garçon de village très-bien emmanché. Or, advint que le compagnon, dès la première nuit, se mit en devoir d’accomplir l’œuvre de son mariage; et, pour gratifier880 à sa tendre épousée, lui bailla auparavant son manche à tenir, pour lui donner envie de le secourir à son affaire. Mais quand la pauvre fille l’eut tenu et aperçu qu’il étoit si gros, elle ne voulut oncques que le marié lui mît en son étui, de peur qu’il ne la blessât, dont le marié fut fort ennuyé; et quoi qu’il pût faire, jamais ne put persuader à la mariée de lui faire beau jeu; au moyen de quoi il fut contraint pour la nuit s’en passer. Et quand le jour fut venu, la mère s’en alla par devers la fille, pour savoir comment elle s’étoit portée avecques son mari, et comment il lui avoit fait. Elle lui fit réponse qu’ils n’avoient rien fait. «Comment, dit la mère, votre mari est doncques châtré!» Alors, comme furieuse, s’en alla au conseil de l’Église881, afin de faire démarier sa fille, donnant à entendre que son gendre n’étoit habile à engendrer. Sur cette colère, elle le fit citer, afin qu’il lui fût permis de marier sa fille à un autre, dont le pauvre marié fut très-mal content, considérant qu’il n’avoit offensé ni donné occasion pour être ainsi déshonoré. Et quand ils furent tous devant M. l’official, et que la demanderesse eut requis séparation de sa fille et de son gendre; et, par882 ses raisons, dit que la nuit de ses noces il ne voulut et ne sut oncques faire l’œuvre de mariage à sa fille, et qu’il étoit châtré; adonc le gendre, au contraire, se défend très-bien, et dit qu’il étoit aussi bien fourni de lance que sa femme étoit de cul, et ne demandoit autre chose que lutter. Mais sa femme n’y voulut oncques entendre, et fit la cane883, au moyen de quoi il n’avoit pu rien faire. Adonc l’official demanda à la jeune femme épousée si elle l’avoit refusé; et elle lui dit que oui, au moyen de ce que son mari l’avait si gros, qu’elle craignoit (comme encore faisoit) qu’il ne la blessât; car elle espéroit, en après, beaucoup plutôt la mort que la vie. Quand la mère eut entendu cette confession, et que par tels moyens elle devoit être condamnée, elle supplia au juge d’asseoir les dépens sur sa fille, attendu qu’elle avoit été cause de ce procès. Toutefois, par sentence, M. l’official condamna la pauvre jeune fille à prêter son beau et joli instrument à son mari, pour y besogner et faire ce qu’il devoit avoir fait la nuit précédente, et sans dépens, attendu la qualité des parties.