NOUVELLE LIII.
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Du clerc des finances qui laissa choir deux dés de son écritoire devant le roi.
Le roi Louis onzième étoit un prince de grande délibération et d’une exécution de même; lequel, entre autres siennes complexions, aimoit ceux qui étoient accorts et qui répondoient promptement; et si ne faisoit, comme on dit, jamais plus grand présent que de cent écus à une fois. Un jour, entre autres, qu’il falloit signer quelques lettres, et n’y avoit point de secrétaire des commandements présent, le roi commanda à un jeune homme de finances, qui étoit là (car il n’étoit point autrement difficile), lequel, ouvrant son écritoire pour signer, laissa tomber deux dés sur la table, qui étoient dans le calemard483. «Comment! dit le roi, quelle drogue est-ce là? à quoi est-elle bonne?—Contra pestem, sire, dit le clerc.—Contra pestem! dit le roi: tu es de mes gens.» Et commanda qu’on lui donnât cent écus. Un jour, les Genevois484 (desquels il est écrit Vane Ligur485), voyant que le roi s’en alloit au-dessus de ses affaires et qu’il rangeoit ses ennemis à la raison, pensant préoccuper486 sa bonne grâce, lui envoyèrent un ambassadeur, lequel avec sa belle harangue s’efforçoit de faire trouver bon au roi que ses ennemis étoient si prêts et appareillés de lui obéir, et que de leur bon gré et franche voulenté ils se donnoient à lui plutôt qu’à autre prince de la terre, pour la grandeur de son nom et de ses prouesses. «Oui, dit le roi; les Genevois se donnent-ils à moi?—Oui, sire.—Ils sont donc à moi sans repentir?—Oui, sire.—Et je les donne, dit le roi, à tous les diables.» Il faisoit un aussi bon présent comme il avoit reçu; et si ne donnoit rien qui ne fût à lui. Car on dit communément qu’il n’est point de plus bel acquêt que de don.