← Table of contents
Les Contes

NOUVELLE LXIX.

Reading edition

Des gendarmes qui étoient chez la bonne femme de village.

Au temps que les soudards vivoient sus le bonhomme616, ils vivoient aussi sus la bonne femme; car il en passa une bande par un village, là où ils ne faisoient pas mieux que ceux du proverbe, qui dit: Un avocat en une ligne; un noyer en une vigne; un pourceau en un blé; une taupe en un pré; un sergent en un bourg; c’est pour achever de gâter tout. Car ils pilloient, ils ruinoient, ils détruisoient tout. Il y en avoit deux, ou trois, ou quatre, je ne sais combien, chez une bonne femme; lesquels lui mettoient tout par écuelles: et comme ils mangeoient ses poules, qu’ils lui avoient tuées, elle faisoit une chère pitrasse617, disant la patenôtre du singe618. Mais ces gendarmes faisoient les galants, en disant à la vieille: «Ah! ah! bonne femme de Meudon, vous vous en allez mourir; ayez-vous regret en vos poules? Sus, sus, faites bonne chère, dites après moi: Au diable soit chicheté! Direz-vous?» La bonne femme, toute maudolente619, lui dit: «Au diable soit le déchiqueté620!» Elle avoit bien raison, car

Depuis que décrets eurent ales621 Et gens d’armes portèrent malles, Moines allèrent à cheval: Toutes choses allèrent mal622.

Notes in this chapter

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings