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Les Contes

NOUVELLE CIX.

Reading edition

D’un curé qui n’employa que l’autorité de son cheval pour confondre ceux qui nient le purgatoire834.

Un curé voulant donner à connoître combien il avoit l’esprit aigu et gaillard, encore qu’il n’eût long-temps versé835 en bonnes lettres, n’employa que l’autorité de son cheval pour confondre ceux qui nient le purgatoire; au lieu que les autres, pour ce faire, ont employé et emploient ordinairement les autorités de tant de bons et savants docteurs. Parlant donc, ce bon personnage, des luthériens, qui ne vouloient croire qu’il y eût un purgatoire: «Je vais, dit-il, vous faire un conte, par lequel vous connoîtrez combien ils sont méchants de nier le purgatoire. Je suis fils de feu M. d’E... (comme vous le savez), et nous avons un assez beau lieu, en un village d’ici entour836. Y allant un jour, ainsi que la nuit nous avoit surprins, mon mallier837 (notez, disoit-il, que je veux que vous sachiez que j’ai un fort beau et bon mallier, au commandement et service de toute la compagnie) s’arrêta, contre sa coutume, et commença à faire pouf, pouf. Je dis à mon varlet: «Pique, pique.—Je pique, dit-il, monsieur. Mais votre mallier voit quelque chose pour certain.» Alors, il me souvint de ce que j’avois ouï dire, un jour, à madame ma mère, qu’il y avoit eu autrefois quelque apparition en ce lieu-là: parquoi, je me mis à dire mon Pater et Ave Maria, qu’elle m’avoit apprins, la bonne dame, et commande derechef à mon varlet de piquer, ce qu’il fit; mais le cheval ayant marché deux ou trois pas en avant, s’arrêta de puis beau, et fit encore pouf, pouf (étant, par aventure, trop sanglé), et m’ayant encore assuré, mon varlet, que ce cheval voyoit quelque chose, j’ajoutai mon De profundis, que feu mon père m’avoit apprins: et incontinent, ne faillit mon cheval à passer outre. Mais s’étant arrêté pour la troisième fois, je n’eus pas plus tôt dit: Avete omnes, etc., et Requiem, etc., qu’il passa franchement, et depuis n’en fit difficulté.» (Peut-être qu’il ne lui remena point depuis). Or, maintenant, il disoit à ses paroissiens: «Que ces méchants disent qu’il n’y a point de purgatoire, et qu’il ne faut point prier pour les trépassés, je les renverrai à mon mallier; voire à mon mallier, pour apprendre leur leçon!»

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