NOUVELLE CVI.
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Des moyens dont usa un médecin afin d’être payé d’un abbé malade, lequel il avoit pansé828.
Un médecin, assez recommandé envers plusieurs, pour sa bonne réputation et doctrine, fut mandé par un abbé, afin de le secourir en sa maladie: ce qu’il accepta voulentiers; et en fit si bien son devoir, qu’en peu de jours il l’avoit remis debout. Or, aperçut-il qu’au lieu que l’abbé, étant au fort de sa maladie, lui promettoit chiens et oiseaux829; et quand il recommençoit à revenir en convalescence, il ne le regardoit pas de bon œil, et ne faisoit aucune mention de le contenter de ses peines; et doutoit fort qu’enfin il ne toucheroit aucuns deniers. Il s’avisa d’user d’un moyen pour se faire payer; c’est qu’il fit entendre à son abbé qu’il craignoit fort une rechute, pire que la maladie, et qu’il en avoit de grandes conjectures; et pourtant, qu’il lui falloit encore prendre une médecine, laquelle il lui fit faire telle, que deux heures après l’avoir prise, il trouva qu’il avoit compté sans son hôte; qu’il avoit plus grand besoin de son médecin que jamais. Se trouvant donc en tel état, envoie messagers l’un sur l’autre vers son médecin; mais comme auparavant il avoit fait de l’oublieux à le contenter, aussi faisoit alors le médecin, de l’empêché. Enfin, l’abbé lui envoya un sien serviteur, qui lui garnit très-bien la main, et lui dit que son maître le prioit pour l’honneur de Dieu qu’il l’allât visiter; et qu’il ne pensoit pas réchapper de sa maladie. Ce serviteur donc ayant usé du vrai moyen pour faire cesser tous les empêchements du médecin, fit tant, qu’il alla visiter l’abbé, lequel il rendit gai comme Perot830 au bout de trois jours; au bout desquels il eut derechef la main garnie. Par ce moyen, ce gentil médecin fut payé de son abbé, lequel il avoit en peu de temps délibéré faire vivre et mourir, ou mourir et vivre, en vrai médecin.