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Les Contes

NOUVELLE C.

Reading edition

Des joyeux propos que tenoit celui qu’on menoit pendre au gibet de Montfaucon803.

Un bon vaurien, ayant pour ses mérites été monté de reculons jusques au bout d’une échelle pour descendre par une corde (disent les bons compagnons), faisoit là merveilles de prêcher. Durant lequel sermon, le maître des hautes œuvres, affutant son cas804, passoit souvent la main sous et autour la gorge dudit prêcheur; tant qu’à la fin il le vous regarde. «Hé! maître mon ami, dit-il, ne me passe plus là la main: je suis plus chatouilleux de la gorge que tu ne penses. Tu me feras rire, et puis, que diront les gens? que je suis mauvais chrétien, et que je me moque de justice.» Puis, sentant l’heure approcher qu’il devoit faire le guet à Montfaucon, et que, pour ce, il passoit par la porte de la ville, il se print à hucher à pleine tête le portier par plusieurs fois, lequel l’entendit bien dès la première. Mais, à cause qu’il se sentoit autant ou plus chatouilleux de la gorge que celui qu’on menoit pendre, se remue bel et beau de là, en lieu de venir parler à cet homme; de peur qu’il ne l’accusât à la justice comme telles gens disent plus aucunefois qu’on ne leur demande. Ainsi s’adresse, à la parfin, ce pauvre altéré à son confesseur, et lui dit: «Mon père, je vous prie dire au portier qu’il ne laisse hardiment de fermer la porte de bonne heure; car je n’ai pas délibéré de retourner aujourd’hui coucher à Paris.» Et comme son confesseur, entre autres consolations, lui disoit: «Mon ami, en ce monde, n’y a rien que peines et ennuis: tu es heureux de sortir aujourd’hui hors de tant de misères.—Ha, ha, frère, dit-il; plût à Dieu que fussiez en ma place, pour jouir tôt de l’heur que me prêchez.» Le pater ne faisoit semblant d’entendre cela, et passant outre, lui disoit: «Prends courage, mon ami; quelques maux que tu aies faits, demande pardon à Dieu de bon cœur; tout te sera pardonné, et iras aujourd’hui souper là-haut en paradis avec les anges, etc.—Souper aujourd’hui en paradis, beau-père! ce seroit beaucoup si j’y pouvois être demain à dîner. Et pource qu’un homme se fâche fort par les chemins quand il est seul, je vous prie, venez-moi tenir compagnie jusque là: faites-moi cette œuvre de charité, et mêmement si savez le chemin.» Plusieurs autres petits devis faisoit le gentil falot, lesquels seroient trop longs à réciter.

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