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Les Contes

NOUVELLE LXXXIX.

Reading edition

De la pie et de ses piaux.

C’est trop parlé de ces hommes et de ces femmes; je vous veux faire un conte d’oiseaux. C’étoit une pie, qui conduisoit ses petits piaux par les champs, pour leur apprendre à vivre; mais ils faisoient les besiats754, et vouloient toujours retourner au nid, pensant que la mère les dût toujours nourrir à la béchée: toutefois, elle, les voyant tous drus pour aller par toutes terres, commença à les laisser manger tout seuls petit à petit, en les instruisant ainsi: «Mes enfans, dit-elle, allez-vous-en par les champs; vous êtes grands pour chercher votre vie: ma mère me laissa, que je n’étois pas si grande de beaucoup que vous êtes.—Voire-mais, disoient-ils, que ferons-nous? Les arbalestriers nous tueront.—Non feront, non, disoit la mère. Il faut du temps pour prendre la visée: quand vous verrez qu’ils lèveront l’arbalète et qu’ils la mettront contre la joue pour tirer, fuyez-vous-en.—Et bien, nous ferons bien cela, disoient-ils; mais si quelqu’un prend une pierre pour nous frapper, il ne faudra point qu’il prenne de visée. Que ferons-nous alors?—Et vous verrez bien toujours, disoit la mère, quand il se baissera pour amasser la pierre.—Voire-mais, disoient les piaux, s’il portoit d’aventure la pierre toujours prête en la main pour ruer755?—Ah! dit la mère, en savez-vous bien tant! Or, pourvoyez-vous, si vous voulez.» Et ce disant, elle les laisse et s’en va. Si vous n’en riez, si n’en plourerai-je pas.

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