NOUVELLE CI.
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Du souhait que fit un certain conseiller du roi François, premier du nom805.
Un conseiller du roi François, premier de ce nom, homme qui avoit l’esprit naturellement fertile de facéties, s’étant trouvé, un jour qu’on tenoit propos au roi des moyens qu’il devoit choisir pour faire tête à l’empereur qu’on disoit venir avec grandes forces, et ayant ouï l’un souhaiter au roi tant de nombre de bons Gascons, l’autre tel nombre de lansquenets, les autres faisant quelque autre bon souhait: «Sire, dit-il, puisque il est question souhaiter, je ferai aussi, s’il vous plaît, mon souhait; mais je souhaiterois une chose, à laquelle ne vous faudroit faire aucune dépense, au lieu que ce qu’ils ont ici souhaité vous coûteroit beaucoup.» Le roi lui ayant demandé quelle étoit cette chose (répondant d’une promptitude d’esprit): «Sire, dit-il, je souhaiterois seulement devenir diable pour l’espace d’un quart d’heure.—Et que feriez-vous? dit le roi.—Je m’en irois droit rompre le col à l’empereur.—Vraiment, dit le roi, vous êtes un grand fol de dire cela, comme s’il n’y avoit pas de l’eau bénite au pays de l’empereur, comme au mien, pour faire fuir les diables.» Alors, comme bien délibéré de faire rire le roi, il répliqua: «Sire, vous me pardonnerez, s’il vous plaît: je crois bien que si c’étoit quelque jeune diable qui n’entendît pas bien son métier, il s’enfuiroit; mais un diable tel que je m’estime ne s’enfuiroit pas.» Il disoit cela de telle grâce, qu’il provoquoit un chacun de la compagnie à rire, tant il étoit copieux806 en dits et faits.