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Les Contes

NOUVELLE CVII.

Reading edition

De l’apprenti larron qui fut pendu pour avoir trop parlé831.

Un apprenti larron, étant entré par le toit en une maison, pour voir s’il ne trouveroit point quelque bonne aventure, fut découvert par ceux qui étoient dedans, à raison du bruit qu’il avoit mené y entrant: qui fut occasion que les voisins d’entour s’assemblèrent pour voir que c’étoit. Mais le larron, voyant que chacun entroit à foule pour le chercher, descendit par quelques adresses qu’il avoit remarquées, et se vint rendre parmi la foule du peuple qui entroit pour le chercher; et, par ce moyen, se garda d’être découvert. Un peu après qu’il eut vu le bruit apaisé, et qu’on ne cherchoit plus le larron, d’autant qu’on pensoit qu’il fût échappé, se délibéra de sortir par la porte; feignant être demeuré seul pour le chercher, ne craignant aucunement d’être connu. Mais, par faute d’être maître de sa langue, il se donna lui-même à connoître, et se mit la corde au col; car, ainsi qu’il pensoit sortir, ayant rencontré plusieurs à la porte qui devisoient du larron, en le maudissant, vint à le maudire aussi, disant qu’il lui avoit fait perdre son bonnet. Or, faut-il noter que, pendant que ce rustre tâchoit à se sauver, fuyant tantôt çà, et tantôt là, son bonnet lui étoit tombé: lequel on avoit gardé en espérance qu’il donneroit des enseignes du larron. Quand on lui eut ouï dire cela, on entra incontinent en soupçon, tellement qu’il fut prins, et incontinent pendu, pour avoir trop parlé.

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