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Les Usages du Siècle

Les petits jeux.

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Illustration from Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Dans les salons que les jeux de poker, du baccara ou des petits chevaux ont encore épargnés, où le flirt n'a pas encore élu domicile, nous voyons la jeunesse se livrer aux jeux dits «de société» et tromper ainsi la longueur des soirées ou les ennuis d'une journée pluvieuse.

Ces jeux encore en vigueur peuvent se diviser en trois parties.

La première partie comprend les jeux que nous appellerons les jeux remuants, comme le furet, la poste, le collin-maillard-bâton, etc.

La seconde partie comprend les jeux d'esprit et les devinettes: le jeu des grands hommes, les homonymes, les petits papiers, les propos interrompus, la sellette, etc.

Enfin dans la troisième partie nous pourrons faire rentrer tous les jeux de cartes, cartons, tableaux, jetons ou pions, comme par exemple les échecs, les dames, le go-bang, le tric-trac, le loto, les jeux de l'oie, etc., etc.

Nous ne parlerons pas des jeux de cartes, cartons, tableaux, etc., car de nombreux manuels parus en librairie en ont donné la description et les règles.

Dans la première catégorie, que nous avons définie les jeux remuants, nous avons parlé de la poste.

Pour jouer à la poste, il suffit de connaître le jeu des quatre coins: en effet les personnes de la société, après s'être assises en cercle autour du salon, prennent chacune un nom de ville ou de lieu et doivent changer de places entre elles à l'appel du nom de la ville qu'elles ont adopté et d'après le récit du voyage qu'improvise le meneur du jeu, sans toutefois que leur place soit prise au vol par la personne qui veille debout au milieu du cercle.

Quand le veilleur a réussi à s'asseoir sur la chaise d'une personne au moment du changement de place, il prend alors le nom d'une ville à son tour et laisse au centre le maladroit qui s'est laissé prendre.

Nous avons aussi le jeu de la pincette: ce jeu consiste à faire sortir une personne et à son retour à lui faire trouver un objet caché ou à accomplir une action convenue en ne la guidant que par les coups répétés d'un objet quelconque entre les branches d'une pincette, coups que le meneur du jeu doit faire d'autant plus forts et plus rapides, que la personne approche davantage de la cachette ou devine l'action qu'elle doit accomplir.

On remplace souvent la pincette par un trémolo au piano.

Nous ne décrirons pas le furet, car c'est un jeu universellement connu.

Quant au jeu de collin-maillart-bâton, il est des plus simples: on bande les yeux d'une personne et on lui met une canne dans la main, puis la guidant vers les autres membres de la société, ceux-ci, à tour de rôle, l'arrêtent et doivent répéter le cri ou la phrase que le pauvre aveugle fait entendre au bout du bâton; celui-ci doit reconnaître la personne et s'il tombe juste, il est délivré et un autre prend sa place.

Si nous abordons les jeux d'esprit, nous avons les petits papiers, sous forme de bouts rimés, du jeu des définitions, et des réponses à des questions.

Pour le jeu des définitions, il peut se jouer de deux façons: la première en posant à la société le même mot à définir; à chacun d'y répondre avec son esprit et avec son cœur.

La seconde manière consiste à faire écrire à chaque personne un mot quelconque dans le haut d'une feuille de papier, à cacher ce mot par un pli, puis faisant salade de toutes ces feuilles chacun en reprend une et découvrant le mot inscrit, doit en donner la définition banale ou spirituelle, générale ou personnelle.

Enfin on joue encore quelquefois à deviner les hommes ou les choses: pour ce jeu, il faut prier une personne de la société de se retirer quelques instants dans la chambre voisine. On choisit alors un personnage mort ou vivant, historique ou figuré, ou bien encore un objet connu. Nous pouvons donner comme exemples: Cléopâtre, Bayard, Jeanne d'Arc, ou bien Sarah Bernhardt, Coppée, Carolus Duran, ou même une personne de la société présente. Comme objet, l'épée de Damoclès, le miroir de la vérité, ou encore un objet du salon où l'on se trouve. L'objet choisi, on prie la personne absente de rentrer; elle doit alors deviner l'objet ou le personnage par des questions multiples posées à chacun et auxquelles il ne peut être répondu que par oui ou par non sans le moindre commentaire.

L'habitude de ce jeu et l'intelligence des questions permettent de deviner assez rapidement les objets les plus bizarres et même les plus immatériels. Ainsi nous avons vu des personnes deviner l'ombre même d'une personne, la chaleur rayonnante d'une flamme, etc., etc.

Les homonymes ont aussi leurs adeptes. On joue aux homonymes comme dans le jeu précédent par une série de trois questions posées à chacun par la personne désignée pour deviner l'homonyme choisi en son absence. Ces trois questions sont: 1o Comment l'aimez-vous? 2o Qu'en faites-vous? 3o Où le placez-vous? en rapprochant les diverses réponses, on trouve aisément.

Exemple: Nous prenons Lot, qui nous donne le département du Lot, puis le lot d'une loterie, puis Loth, personnage de l'Histoire sainte; il est certain que si les réponses ont été dans le sens des suivantes: j'en fais un département, j'en fais le père des statues de sel, je l'aime le plus gros possible, je le place entre les mains d'un obligataire du Crédit foncier, etc., la personne qui doit deviner trouve en peu de temps le mot Lot.

Tous ces jeux demandent un certain nombre de personnes présentes.

A ces divertissements nous joindrons les jeux à gages, comme le gant jeté en même temps qu'un mot commencé et que doit finir la personne à qui on jette le gant. Exemple: je lance le gant en disant: «Tou», et la personne qui reçoit le gant ou la balle doit finir soit par «raine», ce qui fait Touraine, ou par «pie», ce qui donne toupie, etc.

Une réponse trop tardive, ou qui ne forme aucun nom propre ou commun paie un gage.

Du reste pour tous ces jeux en général, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer aux encyclopédies de sport et de jeux qui ont été faites depuis plusieurs années. Nous citerons entre autres: l'Encyclopédie des jeux et des divertissements de l'esprit et du corps par T. de Manlidars, qui contient un très important chapitre sur ces matières.

Lorsque l'on joue encore aux petits jeux dits innocents, on doit être fort réservé dans le choix des pénitences et celle à embrassades, telles le baiser à la religieuse, le dessous du chandelier, doivent être bannies de toute bonne société. L'une consiste à faire mettre à genoux deux personnes devant une chaise et elles s'embrassent à travers les barreaux; l'autre veut qu'on mette un chandelier sur la tête d'une personne et qu'on embrasse ladite personne.

La liste des jeux innocents est innombrable; il y a les anciens classiques, le furet, pigeon vole, monsieur le curé n'aime pas les couleurs, les portraits, etc., etc.

Dans les nouveaux, le jeu des rimes, des silhouettes, des académiciens, des demandes et des réponses et encore, etc., etc.

Le plus grand tact doit présider à ces jeux qui souvent, sous prétexte qu'ils sont innocents, donnent lieu à des licences de langage et d'attitude que toute personne bien élevée blâmera sévèrement.

Ainsi, si un homme a comme pénitence de faire une confidence à une dame, il ne doit pas lui chuchoter bas à l'oreille, mais bien parler à demi-voix, de manière à ce que les voisins puissent entendre.

Illustration from Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre
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