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Les Usages du Siècle

La Carte de visite.

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Illustration from Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Le savoir-vivre, qui exigeait impérieusement jadis qu'on envoyât des cartes de visite, au premier de l'an, permet maintenant qu'on n'en envoie plus.

Pour mon compte, je regrette fort cet usage; le petit carré de bristol venait vous dire: «Petit bonhomme vit encore» et bien des amis oubliés, des relations dénouées se reprenaient par l'envoi seul de la carte de visite.

Beaucoup de personnes doivent être, comme moi, fidèles aux vieux us car, malgré le décret «chic», qui vous déclare philistin, si vous envoyez votre carte, on en confie encore chaque année à la poste un nombre très considérable.

La carte de visite pour un supérieur ou pour une personne à laquelle on veut témoigner égards, doit s'envoyer dès le 25 décembre afin qu'elle arrive le 31 décembre ou le 1er janvier, car les encombrements sont tels à cette époque qu'il faut fréquemment six jours et plus, pour l'arrivée des cartes de visite mises à la poste en «carte», c'est-à-dire, dans une enveloppe ouverte avec l'affranchissement du timbre de cinq centimes.

Tout autre est la carte sous enveloppe cachetée et affranchie à 15 centimes; elle arrive comme une lettre, du jour au lendemain.

C'est ce mode que je conseille pour les cartes qu'on a à cœur de voir arriver exactement.

Depuis 1895, les règlements de la poste permettent d'écrire quelques mots sur les cartes affranchies à 5 centimes, c'est-à-dire d'ajouter à son nom: avec ses bons souhaits pour... ou quelque formule semblable.

Ce sont les plus jeunes personnes qui envoient en premier leurs cartes aux personnes plus âgées.

Les célibataires et les veufs envoient leurs cartes en premier à leurs amis mariés; l'homme répond seul à cette politesse; seulement, si le mari et la femme ont des cartes collectives comme celle-ci on l'envoie:

Monsieur et Madame L...

Notons que jamais une femme ne met sur sa carte son adresse imprimée; elle l'écrit à la main si elle a besoin de la faire connaître; mais, dans les cartes communes, l'adresse y est toujours.

Une demoiselle de trente ans peut avoir sa carte; avant cet âge, elle écrit son nom sur celle de son père ou de sa mère.

Il y a pourtant une exception à faire pour une orpheline de vingt-cinq ans; la carte est alors libellée ainsi:

Mademoiselle F....

Le nom de baptême ne figure généralement pas; pourtant, s'il y avait plusieurs sœurs ou parentes du même nom, la carte serait ainsi conçue:

Mademoiselle Berthe F....

Une veuve n'indique pas cette qualité sur sa carte, elle mettra simplement:

Madame R....

et si sa belle-mère vit encore, ou si elle a des belles-sœurs de même nom, elle mettra le prénom de son mari sur sa carte, tout comme s'il était vivant:

Madame Edouard R....

Lorsqu'on a plusieurs enfants, ce n'est pas manquer au savoir-vivre que d'ajouter au-dessous de son nom: et ses enfants.

Une dame ne doit jamais envoyer sa carte à un homme; exception faite pour les prêtres.

Le vieux savoir-vivre voulait qu'on envoyât autant de cartes qu'il y avait de membres dans une famille!

Voyez-vous une enveloppe bourrée de sept cartes?

C'était une étrange anomalie car, la carte équivalant à une visite, vous ne faites pas sept visites, mais une seule collective.

On a tout le mois de janvier pour envoyer sa carte.

Le supérieur renvoie toujours sa carte à un inférieur et ce dans le plus bref délai.

Les cartes doivent être en très beau carton, ni trop grandes, ni trop petites, les caractères simples, bien gravés. De fantaisie sont les cartes en carton de couleur ou en aluminium, ainsi que les cartes à facettes, les cartes grises à lettres rouges.

La carte glacée est aujourd'hui peu goûtée.

Lorsqu'on est titré, la couronne est placée au-dessus du nom. On met pour la carte collective des deux époux:

Marquis et Marquise de M....

Jamais le mot «monsieur» devant le nom d'un homme. M. Thiers avait pourtant des cartes ainsi libellées:

Monsieur Thiers

On pouvait lui passer cela, mais un bourgeois qui mettrait: Monsieur Durand, serait incorrect.

Une carte encore bien démodée est celle-ci:

Madame M...., née D....

On voit encore quelques cartes où le nom de la femme est mentionné, mais seulement dans les cartes à éviter.

Gardez-vous d'énumérer vos titres sur votre carte; c'est inutile.

Il existe des cartes grotesques.

J'en ai vu, de mes yeux vu, deux si ridicules que je veux les transcrire pour faire horreur aux générations présentes et futures. Elles étaient ainsi conçues:

Joseph R... abonné du chemin de fer du Nord!

Hippolyte B... Neveu du général T...., membre honoraire des Sapeurs-Pompiers et de la Société des Sauveteurs. Sauveteur lui-même.

Les femmes qui ont «un jour» mettent ce jour sur le coin gauche de la carte.

La carte sert à de multiples emplois et évite souvent une lettre.

Elle se joint à tout présent.

Elle s'envoie immédiatement à l'annonce d'un événement heureux ou malheureux, en attendant qu'on aille faire visite.

Elle se dépose, pliée, en cas d'absence.

Elle remercie du bon accueil fait à quelqu'un; d'un objet prêté, en renvoyant ledit objet.

Elle prévient qu'on accepte une invitation; elle accrédite quelqu'un: «Madame D... vous recommande chaleureusement le porteur.»

Les enveloppes des cartes doivent être proportionnées: celles qui ballottent dans la leur, comme pois en cosses, ne sont pas admises; les toutes petites enveloppes d'où la carte déborde sont encore de mauvais genre.

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