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Les Usages du Siècle

Ceux qui nous servent.

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Illustration from Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Je ne vais pas m'occuper des domestiques de haut parage. Ce genre de monde est régi par un majordome ou intendant qui se charge de les gager et les renvoyer, qui veille à ce que le service se fasse mathématiquement. L'intendant reçoit les ordres et les transmet; c'est lui qui paye les gages et donne les gratifications.

Les domestiques de haut parage sont des serviteurs bien dressés, qui entrent, saluent, font leur besogne et se retirent; souvent les maîtres ne connaissent que le visage de ceux que leur service appelle immédiatement auprès d'eux.

Lorsqu'une maison est montée sur ce pied, cela suppose une fortune immense; il y a une hiérarchie établie entre les domestiques et ils s'appellent entre eux la haute et la basse domesticité.

Les dames sont, de nos jours, beaucoup plus femmes de ménage qu'il y a trente ans; il n'est plus de bon ton de tout laisser gaspiller.

N'est-ce pas un bel éloge que de s'entendre reprocher son ordre et son économie?

En effet, mieux vaut se passer une fantaisie, quelque frivole soit-elle, que de tout laisser au pillage; d'autant, qu'en somme, cela ne profite à personne.

J'engagerai toujours à dire «s'il vous plaît», «voulez-vous»; c'est le savoir-vivre des maîtres.

Les serviteurs qui répondent d'un ton aigre, acerbe, sans parler à la troisième personne, ont bien tort; non seulement ils manquent au savoir-vivre, mais si en quittant une maison ils ont pris ces habitudes, ils ne pourront pas se placer dans une autre d'un ordre plus élevé et, par conséquent, monter en grade.

Sauf les femmes de chambre qui sont nu-tête, les autres domestiques du sexe féminin doivent toujours avoir un bonnet de lingerie; le tablier bleu pour faire le ménage, le tablier blanc pour aller en courses et servir à table, le tablier blanc à dentelle ou à broderies pour les jours de réception ou pour les dîners où il y a des étrangers.

Une maîtresse de maison n'ayant qu'une bonne ne saurait l'obliger à prendre le plateau d'argent pour lui présenter les lettres et les journaux.

Mais, dès qu'on a deux domestiques, cela doit rentrer dans l'ordre des choses.

N'eût-on qu'une demi-bonne, c'est-à-dire une femme de ménage, on doit exiger que tout ce qu'elle présente, verre d'eau, tartines aux enfants, fruits, le soit sur une assiette; c'est une habitude à prendre, voilà tout.

Il ne faut pas souffrir qu'on discute un ordre, mais on ne doit pas en donner de contradictoires.

Ne jamais accorder un jour de sortie est cruel.

On donne généralement un jour entier par mois, c'est-à-dire un jour entier à partir du déjeuner; d'autres maisons accordent deux sorties, une entière et une jusqu'à l'heure du dîner.

Nous ne nous plaignons jamais de nos domestiques à des étrangers, nous nous en séparons si leurs services ne nous conviennent pas; en revanche, il est bon que nos domestiques songent qu'en décriant leurs maîtres ils se font le plus grand tort à eux-mêmes. Forcément leur réputation de mauvaise langue transpire et ils ne peuvent plus se placer par connaissances, car les autres serviteurs, à l'occasion, répètent ce qu'ils ont dit et ils se trouvent forcés de se placer par le bureau, ce qui est infiniment moins recommandable et moins avantageux.

Les gages des domestiques doivent être payés très régulièrement. Fût-on dans les plus grands embarras d'argent, il vaudrait mieux remettre tout autre paiement que celui du salaire des serviteurs.

On donne un cadeau au jour de l'an aux domestiques.

Ce cadeau peut être en nature ou en argent.

Le savoir-vivre trouve plus délicat le présent en nature, mais les domestiques préfèrent l'argent.

Les enfants ne doivent jamais donner d'ordres aux domestiques, et s'ils en transmettent de la part de leurs parents, ils doivent dire: «ma mère m'a chargé de vous prier de faire ceci ou cela.»

Des jeux, des taquineries entre les domestiques et les enfants sont du plus mauvais goût.

Lorsqu'on n'a qu'une seule domestique, elle doit partager notre nourriture; faire une cuisine à part, cela n'est possible qu'à partir de deux serviteurs.

En Angleterre, certains domestiques mettent pour condition, en entrant dans une maison, qu'on ne leur fera pas manger du saumon plus de trois fois la semaine!

N'imitons pas cet exemple et ne faisons pas manger du bœuf tous les jours à nos domestiques, sous le fallacieux prétexte qu'il faut toujours avoir du bouillon sous la main.

Il est bon de fermer ses armoires, sans retirer ses clés avec ostentation devant les domestiques.

Un domestique qui apporte quelque chose a droit à un remerciement; de même le maître qui paie les gages à un domestique doit être remercié.

Lorsqu'on a eu un domestique durant plusieurs années à son service et qu'il se marie, on lui donne un cadeau.

Lorsqu'un serviteur, dont on est content, demande à son maître de lui servir de témoin, celui-ci ne peut lui refuser sans manquer au savoir-vivre.

On doit récompenser les travaux extraordinaires.

A l'occasion d'un mariage dans la maison, on doit un cadeau à ses serviteurs.

Lorsqu'on renvoie un domestique sur le coup, on doit lui payer ses huit jours.

De même, lorsqu'un domestique s'en va subitement, il devrait payer huit jours à ses maîtres.

Ce n'est que pour des motifs graves de part et d'autre qu'on s'en va ainsi: dans les cas ordinaires, on se prévient mutuellement huit jours à l'avance et le domestique a droit à deux heures par jour, pour chercher une place.

On n'est forcé de mettre sur le certificat que la date de l'entrée et celle de la sortie; tous les éloges sont du bon vouloir des maîtres et le serviteur n'a pas le droit de les exiger.

On ne met pas de choses désobligeantes sur un certificat.

On ne peut se refuser à donner des renseignements sur un serviteur.

Pourtant, lorsqu'il y a un an qu'il a quitté votre service, on peut se récuser.

Même en parlant d'un enfant très jeune, les domestiques doivent dire «monsieur» ou «mademoiselle» et non «le petit, la petite».

Les titres civils ne s'énoncent pas; le domestique d'un député dira seulement «monsieur».

On a le droit de faire ouvrir la malle d'un domestique avant son départ, mais c'est généralement inutile.

Si un serviteur meurt chez vous, il est d'usage que nous suivions le corbillard.

On ne doit pas dire le nom tout court aux domestiques de nos amis, on ajoute «mademoiselle» ou «monsieur».

Lorsqu'un domestique apporte un présent, on lui doit un pourboire, malgré la guerre faite contre cette coutume depuis plusieurs années; mais il faut éviter de donner un pourboire excédant la valeur du présent, cela s'explique.

Ne jamais questionner un domestique sur ses maîtres, sur ce qu'on fait, sur ce qu'on dit; de même, lorsque nous envoyons un domestique quelque part, ne le questionnons pas sur ce qu'il a vu.

Ne nous mêlons jamais à des querelles entre domestiques ou entre concierges et domestiques: il arriverait un moment où, se raccommodant, ils feraient la paix à nos dépens.

Maîtres et domestiques doivent savoir reconnaître leurs torts réciproques et se supporter les uns les autres.

Si un domestique est bien payé, bien nourri, a quelques douceurs de temps à autre, telles que parties de théâtre, gratifications, sorties supplémentaires, il doit s'estimer heureux et ne pas se laisser aller au penchant de décrier la maison où il sert.

Si un maître a un domestique probe, laborieux, il doit lui passer certaines choses et savoir fermer les yeux à l'occasion.

Illustration from Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre
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