Au spectacle.
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C'est au théâtre que nous passons le plus volontiers la soirée quand nos obligations mondaines nous le permettent.
On n'a plus, si ce n'est dans quelques théâtres, tels que l'Opéra, l'Opéra-Comique, la Comédie-Française et les scènes élégantes du boulevard, de toilettes dites «de théâtre»; on peut y aller en robe simplement élégante, pourvu qu'on ait un chapeau et des gants frais.
Les gants clairs ne sont pas de rigueur.
Les toilettes décolletées sont mal portées dans les petits théâtres.
Les dames ne vont pas faire de visites dans les loges des personnes qu'elles connaissent. Elles ne doivent quitter leur place que pour aller au foyer, avec les messieurs qui les accompagnent.
Les hommes donnent un très léger coup de chapeau aux personnes qu'ils peuvent connaître dans la salle; les femmes répondent par une petite inclination de tête; jamais de sourires ou de signes avec l'éventail.
Un homme ne doit jamais laisser seule dans sa loge la dame qui est avec lui.
Une femme lorgne la scène, mais doit à peine lorgner dans la salle, surtout jamais fixement.
Un homme bien élevé ne lorgnera pas non plus avec obstination.
On peut s'amuser franchement au théâtre, mais non rire aux éclats.
On ne doit pas non plus faire des réflexions pouvant gêner ses voisins, ni bavarder de telle manière qu'on les empêche d'entendre la pièce.
Si on a déjà vu la pièce, rien de plus fâcheux que de déflorer le plaisir de la ou des personnes qui sont avec vous, en la leur racontant.
Lorsque nous avons des places aux fauteuils ou aux stalles, arrangeons-nous pour arriver à l'heure ou dans un entr'acte, afin que notre venue ne trouble pas un rang entier de spectateurs. A ce propos, une «leçon de choses»; un croquis fantaisiste qu'on nous pardonnera à cause de son exactitude.
Dans un théâtre où les passages sont très étroits, arrive une grosse dame, rouge, essoufflée, qui se trouvant placée juste au milieu du rang, a une quinzaine de personnes à déranger; elle s'avance et commence par faire pousser un «aïe!» de douleur à une jeune femme; elle s'excuse, continue à marcher, heurte les genoux d'un vieux monsieur peu endurant et peut-être goutteux, qui se fâche: troublée, la dame s'empêtre dans un petit banc et fait un bruit épouvantable pendant que, d'une voix douce et pâmée, la jeune première disait des choses très intéressantes à un acteur en perruque bien frisée; la grosse dame arrive alors devant une autre dame qui n'a pas la précaution de lever son fauteuil pour faciliter le passage, et il se produit une collision.
Enfin elle arrive à sa place. Myope, elle se penche pour voir le numéro de son fauteuil, et elle écrase à demi un ravissant petit chapeau en fleurs porté par une jeune fille placée au rang devant elle; celle-ci l'appelle maladroite et lui fait les yeux d'une demoiselle à laquelle on abîme un chapeau neuf, jugez, mesdames! La dame s'excuse encore à haute voix: des «chut» énergiques se font entendre. Pensez donc, le traître va sortir son poignard et le père noble sort une grande tirade! La dame s'assied, prend sa jupe dans le ressort du fauteuil, se lève, lutte désespérément pour retirer l'étoffe, reste debout et masque ainsi la scène à un petit garçon qui pousse des cris de paon parce qu'il «ne voit plus les belles dames». «Assis, assis!» crie-t-on de toutes parts. Encore plus rouge, la spectatrice s'assied enfin; elle tire sa jumelle, en fait tomber l'étui, se baisse, fouille sous les fauteuils et gêne encore ses voisins; comme elle a plus chaud qu'en arrivant, elle s'évente avec son mouchoir et pousse des ouf. Pendant l'entr'acte, elle appelle le marchand de programmes et, au lieu de s'être précautionnée de monnaie, elle lui fait changer une pièce de vingt francs; celui-ci va chercher la monnaie; comme il reste un peu longtemps, qu'il s'arrête en route pour vendre d'autres programmes, la grosse dame l'interpelle à haute voix. Ce fut son dernier exploit.
Qu'on nous pardonne ce fantaisiste tableau un peu poussé à la charge. Mais pareil voisinage est un fléau, n'est-ce pas! Et, malheureusement, combien fréquent!
A moins d'être dans une loge, on ne doit prendre ses vêtements qu'en sortant; sans cela, on incommode ses voisins.
En aucun cas on ne doit manger d'oranges au théâtre.
Les pourboires à l'ouvreuse doivent être décents; généralement, on donne cinquante centimes pour deux places, un franc au minimum pour une loge.
Un homme qui accepte une place dans une loge doit apporter des bonbons; jamais de fondants qui s'écrasent et poissent les gants, plutôt des acidulés dans une petite boîte de fer-blanc qui les conserve frais; il doit donner à l'ouvreuse, et reconduire la ou les dames en voiture si elle ou elles sont seules. Si un monsieur les accompagne, il peut les quitter à la porte. Souvent il offre quelque chose de chaud dans un café-restaurant. C'est maintenant admis.
Jamais on ne doit manger de glaces ou boire dans une loge.
Il est interdit par le code théâtral d'avoir un bouquet de fleurs naturelles sur le devant de sa loge.
Si on se trouve dans une avant-scène, on doit remonter à demi les écrans pendant les entr'actes.
Si une dame invite une autre dame à venir au théâtre avec elle, cette dernière paie l'ouvreuse, mais n'apporte pas de bonbons.
Il est indifférent que ce soit l'une ou l'autre des dames qui reconduise l'autre en voiture ou à pied.
Un impôt forcé, auquel il est impossible de se soustraire, est la dîme de deux sous qu'on donne à l'ouvreur de portière qui se trouve toujours là.
Les enfants eux-mêmes ne doivent pas sucer de sucre d'orge dans les théâtres.
Il est bon de ne pas laisser de papiers importants dans les poches de son pardessus.
Ne blâmons jamais tout haut tel ou tel artiste.
N'applaudissons pas à tout rompre, ne trépignons pas, quel que soit notre enthousiasme, ne crions pas bravo, surtout jamais: brava, bravissima; cela vous donne un air faux dilettante du plus haut comique.
Les spectatrices doivent éviter de critiquer toutes les artistes, comme le font malheureusement quelques-unes d'entre elles, qui ne manquent jamais, si on dit qu'une femme est jolie, de supputer le nombre des ans, comme si le talent n'était pas toujours jeune, ou encore de débiter les petites chroniques scandaleuses en cours.
Ayez soin de ne pas oublier un accessoire quelconque dans votre loge, car il est fort peu agréable pour votre mari de retourner tout courant chercher l'objet ou de venir le lendemain faire une réclamation; ayez un sac ad hoc, un peu grand, où vous pouvez enfouir tout ce qui vous est nécessaire.
Les hommes sont toujours nu-tête au théâtre; les très vieux messieurs peuvent avoir une petite calotte de soie noire.
On ne doit pas emmener de très jeunes enfants au théâtre; outre que ce n'est pas leur place, que l'air n'est pas bon pour leur santé, ils peuvent, par leurs cris, troubler les spectateurs.
Les enfants doivent toujours être placés en devant de loge.
Si vous êtes une dame et que vous invitiez deux amies, votre place est derrière; mais vos amies vous céderont leur place à tour de rôle.
Les hommes ne devraient être admis à l'Opéra qu'en habit noir et cravate blanche, et le débraillé de la tenue devrait être laissé aux touristes anglais et américains qui s'étalent sans vergogne aux meilleures places, vêtus d'un complet à carreaux et coiffés d'un feutre mou.
Pour les théâtres de second ordre, le costume ordinaire, mais toujours une chemise de blancheur éclatante et des gants; si, par hasard, un homme hésite à emprisonner ses mains toute une soirée, il est admis qu'il place ses gants à l'ouverture du gilet.
Si vous êtes enrhumé, abstenez-vous du théâtre; rien d'ennuyeux comme d'entendre une toux opiniâtre ponctuant une tirade à effet.
Les dames ne doivent pas faire un éventaire du rebord de la loge en y installant le programme, l'éventail, la lorgnette, le mouchoir, les bonbons, la voilette, la mantille qu'elles mettront en sortant.
Les jeunes filles ne vont jamais dans les petits théâtres.
