Les fleurs.
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Les fleurs que nous offrons aux êtres aimés que nous avons perdus, les divines filles de la terre, ces fées odorantes, ont pris droit de cité chez nous; on en trouve dans tous les logis, depuis le modeste bouquet de violettes d'une Jenny l'ouvrière jusqu'à la superbe orchidée d'une duchesse. Des plantes bien solides, sont les aspidistras; presque sans soins, arrosées par-ci par-là d'un peu d'eau, elles peuvent vivre durant plusieurs années, et si elles ne sont pas très jolies, elles donnent toujours de la verdure.
Le caoutchouc, vilain selon moi, n'est plus en vogue.
Les araucarias tiennent le record de l'élégance; aussi on les enrubanne comme des conscrits.
Rien de plus joli que cette délicate verdure où on enlace des rubans: rubans de satin jaune et rouge, couleurs espagnoles, dont les tons chauds relèvent la teinte du feuillage; on fait passer les rubans en mirliton et, à la base et au sommet, on forme deux nœuds à pans.
Les teintes pompadour, ciel et rose, le mauve, le crevette, le vert-nil sont des couleurs à prendre; le grenat blanc, le bleu marine ne sont pas si charmants.
Il est tant de variétés de fleurs et de plantes qu'on ne saurait les énumérer.
Les fougères encadrent joliment le pied des palmiers et les palmiers eux-mêmes sont ravissants posés derrière une statue de marbre ou de terre cuite; leurs larges feuilles en éventail font ressortir à merveille une œuvre d'art et le plus modeste bronze acquiert du relief par le voisinage d'une plante.
Les palmiers phénix font très bien dans les encoignures.
Les camélias garnissent les grandes vasques de Chine.
Les bruyères remplissent les jardinières basses.
La mode n'est plus de faire pousser les oignons de jacinthes ou de tulipes; je le regrette, car c'était un vrai plaisir de suivre, jour par jour, l'éclosion de cette première fleur au parfum si doux et si pénétrant à la fois.
Les toutes petites plantes grasses remplissent les toutes petites jardinières, japoneries, vieux sèvres, cristal, semées çà et là dans un salon.
Lorsqu'on vous offre un bouquet, votre premier soin doit être de le «délacer», c'est-à-dire de le débarrasser de la ficelle, des brins qui le serrent et le gênent, puis vous cassez les tiges.
Notez que je dis casser et non couper; en coupant, la section, très nette, se cicatrice et empêche la fraîcheur de l'eau de revivifier les fleurs, tandis qu'en cassant, l'effet se produit.
Les bouquets ronds ne se font plus guère; ce sont maintenant des gerbes lâches, souples et flexibles, où il entre moins de fleurs et qui sont bien plus parantes et jolies.
Pourquoi laisser au salon, au boudoir le bouquet de fleurs? Placez-le donc sur la table, au déjeuner, au dîner, tout le monde en aura la joie.
La matière du vase importe peu, qu'il soit en grès vulgaire, en cristal de roche, en émail cloisonné, pourvu que la forme en soit élégante.
Je respecte tellement les fleurs, je les aime si fort, qu'il m'arrive de les caresser d'un effleurement discret, aussi bien la rose de Noël douce et rosée que la giroflée de muraille, ce lilas du pauvre.
Pour les petits bouquets, il est des vases à cinq places qui forment un gentil milieu de table.
Rien de joli comme une branche de lilas blanc avec un feuillage d'un vert tendre, dans un cornet de cristal rose.
Les anémones doubles déployant et reployant leurs corolles, semblables à des collerettes finement plissées, sont des fleurs bien économiques, eu égard à leur durée: un bouquet peut, avec quelques soins, exister huit jours; c'est long, pour une vie de fleur.
Le houx, aux rouges baies, scintillantes comme des perles de corail d'un collier d'Italienne, avec son feuillage piquant, ayant l'air d'être verni, fait de jolies corbeilles et dure longtemps; on ne le met pas dans l'eau, on le pique dans du sable humide.
Le gui, si en vogue depuis quelques années, est appelé porte-bonheur par les petits marchands qui le crient dans les rues: est-ce parce qu'il nous vient des druides?
Quoi qu'il en soit, ses baies, d'un blanc cireux, sont admirées et la branche de gui, coutume anglaise, se suspend, en compagnie de la branche de houx, au lustre du salon, vers le temps de Noël.
Pour les dîners de Noël, les réveillons, on voile discrètement la lumière de la suspension par des entrelacements de gui et de houx; l'effet est fort joli.
Lorsqu'on a un arbre de Noël à faire et qu'on n'y veut suspendre que des présents légers tels que: éventails, dentelles, bijoux, fleurs, une forte branche de houx peut très bien remplacer le sapin légendaire.
Des fleurs ravissantes sont les chrysanthèmes, avec leurs teintes irréelles et leurs échevèlements fantastiques; en sachant marier les nuances, on obtient des effets imprévus, d'une richesse de coloris inouïe.
Pour les très grosses plantes, on a des vasques en porcelaine du Japon ou des bacs en chêne, cerclés de nickel.
On peut, pour les grandes gerbes de fleurs coupées, se servir des lotus japonais, qu'on emploie comme porte-parapluie; les tiges y sont à l'aise et trempent largement.
Les fleurs des champs sont en vogue et le bleuet fleurit plus d'une boutonnière d'élégant.
Pour les fleurs à la boutonnière que les hommes ont coutume de mettre à leur revers d'habit, il existe de petits tubes, qu'on remplit d'eau; la tige de la fleur y trempe et se tient ainsi fraîche toute une soirée.
Les fleurs, pour boutonnière du soir, sont toujours le camélia et le gardénia.
Si une femme a un bouquet à mettre au corsage, elle doit le placer au côté gauche de la ceinture, ou à l'encolure de la robe, au côté gauche du cou et non au milieu de la poitrine.
Les bouquets de fleurs qu'on trouve à sa place dans certains dîners doivent avoir les tiges enveloppées de papier d'argent.
Pour un dîner de noce, une légère guirlande de fleurs d'oranger courant sur la nappe est fort joli.
La mode des tables entièrement recouvertes de fleurs se répand un peu partout; à la campagne, il est si aisé et si peu coûteux de le faire qu'on aurait tort de ne pas suivre cette jolie et poétique innovation.
Pour un dîner de première communion, les fleurs qui ornent la table doivent être blanches.
La décoration florale pour un évêque doit être violette, à l'exclusion des pensées qui sont fleurs de deuil.
Pour un cardinal, les fleurs rouges.
