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Les Usages du Siècle

«Five o'clock tea».

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Illustration from Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Qui veut dire «thé de cinq heures» est entré dans nos mœurs depuis que la mode veut qu'on dîne à huit heures.

Toutes les personnes qui ont leur jour ne sont pas tenues d'offrir quelque chose à leurs visiteurs; on peut, sans manquer au savoir-vivre, recevoir les visites, causer, sans plus, mais bien rares sont les maisons où les dames ne «grignotent» pas quelque chose.

Du reste, tout est facultatif pour ce repas très accessoire.

Le «grand five o'clock» est préparé d'avance dans la salle à manger, sur une table longue et étroite, recouverte d'une nappe aussi fantaisiste que vous voulez: nappe écrue brodée de fleurs vives, nappe rouge encadrée de dentelles, nappe de soie de Chine où sont brodés en or et argent des fruits, des fleurs irréels; la vaisselle est arlequinée; une coupe en vieux japon contient des bonbons; le samovar d'argent chantonne doucement son hymne au thé; les tasses de Sèvres à médaillons entourés d'or et de bleu turquoise, aux têtes de marquises poudrées, font bon ménage à côté des tasses de Chine où des mandarins ventrus esquissent des grâces de poussah, et même se glisse la petite tasse à café turque en filigrane d'argent; la cafetière, le seau à glace en cristal rose où baigne une bouteille casquée, des flacons en verre de Venise aux teintes doucement irisées, les coupes de cristal aux facettes scintillantes, des flacons en verre de Bohême où transparaît la blondeur du Madère, le rouge généreux du Bourgogne, ou l'ambre des vins d'Espagne; des seaux à biscuits, des pinces à bonbons, des coupes Bernard Palissy, des assiettes de tous genres, depuis le vieux Sèvres jusqu'à l'assiette à devinettes, à devises mirlitonesques; la chocolatière ventrue, le petit flacon de menthe verte, les petits couteaux d'or, les tridents à fruits confits, les piles de tartines au caviar, les sandwichs au foie gras, jambon, saumon, homard, les bouchées chaudes aux crevettes, posées sur un petit réchaud, les brioches, les plombs, les biscuits, les petites serviettes en batiste, en soie, en papier, enfin le disparate joli d'un five o'clock «fin de siècle» servi par des laquais. Je préfère cependant celui sans façon où, glissant simplement entre les meubles d'un salon encombré, selon la mode, la maîtresse de maison va elle-même quérir sur une petite table ce qu'elle veut offrir à ses hôtes.

Le five o'clock peut être composé de thé et de menues tartines de pain beurrées, agrémentées d'une pointe de sel; quelquefois aussi on passe une brioche et du chocolat. Dans certaines maisons où il vient beaucoup d'hommes, on a des boissons américaines. Dans la bourgeoisie, le vin de Madère, de Malaga avec des biscuits, des petits gâteaux secs, est ce qui s'offre le plus; en plein cœur d'hiver, un grog ou du vin chaud conviendrait fort aux personnes qui bravent le froid pour vous venir voir; de même, en été, une citronade, une limonade glacée, présentée dans un broc de cristal, sera fort agréable; le café et le chocolat glacé, ainsi que les glaces aux fruits sont aussi appréciés.

On peut passer des bonbons pendant le mois de janvier; retirez-les du sac et présentez-les dans une coupe de cristal, de bronze, un plat de Chine, une bonbonnière chinoise.

Lorsqu'il y a une jeune fille dans la maison, c'est elle qui «fait le ménage».

Les premiers arrivés sont servis d'abord, les hommes toujours en dernier.

La maîtresse de maison ou sa représentante offre un verre sur un petit plateau, elle tient la bouteille à la main et verse devant la personne; puis, elle passe l'assiette de gâteaux. Les visiteurs vont reporter leurs verres sur un endroit du plateau laissé vide à cet effet.

Si on offre du thé, n'ayez que du lait non bouilli.

Lorsqu'il y a des enfants, on peut offrir des tartines de confitures, des tablettes de chocolat, des carrés de pain d'épice; mais là s'arrête ce qu'on peut présenter.

Les oranges épluchées et les grappes de raisins sont les seuls fruits offrables.

Comme souvent on ne donne pas de serviettes pour le lunch, j'engagerai les dames à placer leur mouchoir commodément dans leur ridicule, leur manchon, afin de ne pas être contraintes de se livrer à cette gymnastique particulière qui vous fait lever et fouiller désespérément dans les plis de votre jupe avant de trouver la poche, maintenant qu'on a l'ingénieuse idée de la cacher à un endroit quelconque.

Pour les hommes, ils ont la facilité de mettre le mouchoir dans la poche de poitrine ou dans l'entre-bâillement du gilet.

Les femmes relèvent leur voilette, ne la quittent pas et ne se dégantent pas; pourtant le gant droit peut être enlevé ou, si on a des gants longs, on passe la main dans l'ouverture du gant; les hommes les enlèvent carrément.

Répétons que le five o'clock est facultatif, qu'on ne manque en rien aux bonnes manières en le supprimant ou en le faisant aussi simple que possible.

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Les repas de chasse.

Doivent être surtout copieux et plantureux: l'ordonnance du repas doit céder la place à la quantité de grosses pièces nécessaires pour restaurer des affamés qui ont marché durant plusieurs heures.

Comme potage, bouillon aux pâtes, ou la vulgaire, mais tant appréciée soupe à l'oignon qui, dit-on, «ravigote» sûrement les disciples de saint Hubert.

Les pâtés de gibier, les pièces de venaison, les fromages, les fruits; pas ou peu de chatteries; un bon plum-pudding flambant clair, arrosé de rhum, réjouit les convives par ses flammes bleuâtres; des vins vieux, pas de champagne, une bonne tasse de café, de la fine champagne vénérable, la table garnie de verdures automnales pourprées par l'automne. Médor ou Diane, auxquels on offre un os—dame, ils ont été à la peine, ils peuvent bien être au plaisir—une bonne pipe, quelques histoires gauloises, une poignée de main aux amis—et même, si vous n'avez tué qu'une alouette ou envoyé un grain de plomb à un rabatteur, vous déclarerez, en enfonçant fièrement votre chapeau de feutre, quelquefois orné d'une plume de faisan par la maîtresse de la maison, que «vous avez fait une bien belle chasse».

A propos de chasse, messieurs, nous vous en prions, pas de costumes de brigands d'opéra-comique; un complet en velours côtelé, de bons gros souliers bien larges, un chapeau de feutre, chemise de flanelle, cravate molle, et en route!

Un mot des chasseresses. Si nous allons à la chasse pour faire de la coquetterie, du flirt, nous avons bien tort; dans ces réunions, l'homme s'évanouit, le chasseur reste et voit, souvent d'un mauvais œil, une femme qui manie un fusil. Habillons-nous avec des bottines lacées, bien montantes, la culotte de zouave, et, par-dessus, la jupe plissée, veste courte et lâche, chapeau de feutre, pas de gants; si nous avons du coup d'œil et si nous sommes bonnes marcheuses, nous pourrons suivre sans faire gronder les chasseurs du sexe fort.

Les repas de funérailles.

Ont encore lieu à la campagne et c'est naturel; les gens sont venus souvent de plusieurs lieues à la ronde, pour rendre les derniers devoirs à un des vôtres; il est donc du plus élémentaire savoir-vivre de penser au bien-être de ses hôtes.

On n'est pas forcé, lorsqu'on est proche parent du défunt, d'assister à de tels repas; un ami ou une amie vous remplace.

Très simple doit être le menu: potage, viandes froides, charcuterie, vin ordinaire.

Les banquets.

La table est en fer à cheval, en patte d'écrevisse, en T; le président est au milieu.

Voici un extrait du protocole:

Roi ou président.

Princes du sang ou sénateurs et députés.

Cardinaux.

Ministres.

Grands-officiers.

Conseillers d'État.

Grands-officiers de la Légion d'honneur.

Généraux de division.

Présidents de cours d'appel.

Archevêques.

Préfets.

Présidents de cours d'assises.

Généraux de brigade.

Évêques.

Sous-préfets.

Présidents de tribunaux de première instance.

Présidents de tribunaux de commerce.

Maires.

Commandants d'armée.

Commandants de Consistoire.

Les titres des personnages sont mis sur leurs cartes.

Monsieur le ministre de l'Intérieur S. E. l'ambassadeur S. M. la reine d'Angleterre

Il est presque toujours indispensable de s'adresser, pour l'organisation d'un banquet, aux fournisseurs «spécialistes».

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