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Les Usages du Siècle

Le salut.

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Illustration from Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

A existé de tous temps et chez tous les peuples, mais cette manifestation du primordial savoir-vivre est différente selon les latitudes et les pays.

Le salut a eu son apogée sous Louis XIV et sous Louis XV, alors que les gentilshommes, l'échine courbée, balayaient le sol de l'empanachement de leurs chapeaux et que les marquises poudrées élargissaient d'un geste mignard, du bout de leurs doigts roses, les tant jolis paniers qui leur faisaient taille fine et gorge divine, en exécutant la grande révérence de cour à trois pliés.

Le salut océanien consiste en un frottement de nez entre les deux parties; ce n'est pas à recommander.

Le salut chinois se fait avec une profonde inclinaison et les deux index levés en l'air, faisant cornes au-dessus de la tête du Céleste.

Le salut oriental, plein de poésie, consiste à porter la main droite à son cœur, à ses lèvres et à sa bouche, ce qui signifie dans le langage métaphorique du peuple qui envoie si volontiers les bouquets emblématiques appelés «Sélam»: «Je suis avec vous de cœur, de bouche et de pensée».

Le salut européen consiste, lui, en un mouvement sec et gênant pour les hommes et pour les femmes.

Les hommes, les bras tombant à la hauteur des genoux, plient le corps en deux: c'est le salut de grande cérémonie.

Pour le salut tout courant, ils enlèvent leurs chapeaux d'un coup de main et inclinent un peu la tête d'un coup de cou. Les femmes font un petit signe de tête et voilà.

Je sais fort bien que les mœurs, le costume moderne, ne permettent plus le salut à grands falbalas, mais un peu de moelleux dans l'attitude, de part et d'autre, ne nous irait pas mal.

Avec notre genre de salut, adieu l'ondulation charmante d'une taille souple; le salut moderne est tout bonnement affreux. Je ne veux pas reculer de plusieurs siècles en arrière, mais je voudrais voir les femmes et les hommes nuancer leurs saluts et ne pas avoir le même geste pour un camarade ou pour un vieillard, pour un inconnu comme pour un ami.

Les hommes devraient saluer les femmes en fléchissant légèrement la tête et le buste.

De même les jeunes dames devraient mettre une nuance de déférence dans les saluts adressés aux femmes âgées.

Le salut est dû par les hommes en entrant dans un restaurant, un café, un omnibus, un wagon, enfin dans tous les lieux publics.

Un récent ouvrage de savoir-vivre voudrait qu'on répondît à ce salut; je ne suis pas de cet avis et ne vois nullement une vingtaine de têtes s'inclinant devant un seul homme.

Lorsqu'une femme est croisée dans l'escalier, et saluée, elle doit répondre par une légère inclinaison de tête.

De même, en quittant un wagon, on a droit au rendu de son salut.

La salutation de la main, familière et de mauvais ton, tend à remplacer peu à peu chez nous le «bonjour, cher», qui est d'une suprême impertinence.

Encore très mal vu le salut qui consiste à porter deux doigts à son couvre-chef.

Une femme passant devant une autre dans un escalier, lui doit un salut et un «pardon, madame»; surtout, ne disons pas «excusez». La dame saluée ne doit rien répondre, elle se contente de refaire un salut.

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