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Les Usages du Siècle

Causeries.

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Illustration from Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Une maîtresse de maison ne doit jamais laisser entamer le chapitre politique ou religion dans son salon.

Chacun sait quelles locutions sont à éviter: les «vous savez», «alors», «dites», «hein», «vous pensez bien», sont depuis longtemps au panier du mauvais goût.

Dire que madame une telle est une femme du monde ne veut rien dire.

Ne prenons jamais la parole en même temps qu'une autre personne, cela fait un duo fort désagréable.

Si quelqu'un hésite en parlant, de grâce, n'achevons pas ses phrases. A l'occasion, par charité, soufflons le mot cherché.

Tâchons d'éviter au début d'une conversation des variations sur le temps qu'il fera demain.

En parlant de nos fils, disons «mes garçons» «mes fils» et non «mes gamins».

En parlant de nos filles, «ma fille» et non «mademoiselle».

Ce mode d'appellation n'est permis qu'envers les domestiques. On dira: Servez le chocolat de mademoiselle; ou, si vous avez plusieurs filles: Servez le chocolat de mademoiselle Jeanne.

Un homme dit: «ma femme» ou «madame un tel»; ce n'est qu'aux domestiques qu'il dira «madame» tout court. Une femme dit: «mon mari», elle ne dira jamais le nom de famille tout court, et «monsieur» est réservé pour les domestiques.

Ne demandons pas des nouvelles de «madame» mais bien de «madame un tel».

Non plus: «Comment vont ces demoiselles?» mais: «Comment vont mesdemoiselles vos filles? Comment vont vos garçons, vos fils, messieurs vos fils?» selon le degré d'intimité.

On ne doit pas dire «monsieur, madame» à chaque instant dans la conversation; nous devons aussi éviter de prononcer le nom de famille en parlant à la personne:

«Oui, madame D.....»;

«Certainement, monsieur C.....»

Lorsqu'un homme en parlant à une femme lui rappelle qu'il l'a rencontrée en voyage ou en promenade il doit dire: «Lorsque j'ai eu l'honneur de vous rencontrer.»

Une dame dira: «Le plaisir de vous rencontrer.»

Entre deux femmes le mot plaisir remplace toujours celui d'honneur, à moins que la personne à laquelle on parle ne soit très âgée et d'une position très supérieure.

Ne nous avisons pas de dire: «Nous deux mon mari», mais: «Mon mari et moi.»

Ne disons pas: «J'ai eu l'avantage de voir telle personne», ni: «A l'avantage, au plaisir de vous revoir.»

A moins d'une très grande intimité, on ne doit pas désigner les personnes par leur prénom.

A plusieurs personnes réunies ne disons pas: «Comment vont vos santés?» Chacun a la sienne.

N'entamons pas une conversation sur nos affaires personnelles qui n'intéresseraient personne.

Pour «faire du genre», ne plaçons pas à tout propos des mots étrangers, encore moins des citations latines ou grecques.

La contradiction doit être évitée, car alors les conversations prennent un caractère d'acrimonie fort désagréable pour ceux qui écoutent.

Les liaisons dans les phrases doivent se faire, mais sans trop de préciosité.

L'imparfait du subjonctif, si régulier qu'il soit, est tout à fait démodé, presque hors d'usage, il faut l'éviter. Vous entendez-vous disant à un domestique: Il faudrait que vous époussetassiez le salon.

Nul ne doit demander des renseignements sur la fortune, la position des personnes avec lesquelles on se rencontre chez un ami commun; une interview à ce sujet est très déplacée.

On peut supprimer «monsieur» devant le nom d'un homme illustre, vivant ou mort. Les la peuvent se placer devant le nom des danseuses, des cantatrices: «la Krauss», «la Taglioni». Les peut se placer devant les noms des grands seigneurs: «Les Montmorency».

Parler d'âge est l'un des points que le savoir-vivre réprime le plus énergiquement.

Parler d'âge devant des vieillards, c'est leur faire souvenir qu'ils n'ont plus longtemps à vivre; devant une femme, c'est lui faire penser à son déclin. Les hommes éprouvent la même répugnance que les femmes à entendre parler d'âge et non toujours pour des raisons de coquetterie, mais parce que beaucoup d'emplois constituent à un certain âge une situation brillante et le contraire, à un autre.

Il faut éviter la plaisanterie, les moqueries.

Quand on démêle de mauvais motifs dans les éloges, presque toujours exagérés, prodigués à des personnes qui ne sont pas là, si le savoir-vivre défend qu'on les réfute, il permet du moins de laisser tomber à plat la conversation du méchant personnage.

On n'est pas forcé de dire du mal de son prochain ou des banalités; les sujets de conversations abondent: les arts, la littérature, la pièce en vogue, l'invention récente, sont des thèmes agréables à effleurer. Notez que je dis «effleurer» et non creuser à fond, ce qui deviendrait fastidieux.

On ne dit pas qu'on offre, qu'on souhaite, qu'on présente le bonjour. Bonjour, tout simplement, suffit.

Les pronoms elle, lui ne se diront pas en parlant d'une personne présente ou absente. Présente, on dira: Madame m'a raconté cela; absente: Madame Denis m'a raconté cela.

Nous ne devons parler ni trop haut, ni trop bas.

En fait de toilette, ne donnons pas notre avis dogmatiquement, Mesdames; notre goût n'est peut-être pas le bon, chacun a le sien, et est libre de s'habiller à sa guise.

Faisons attention au sens des mots compagnie et société. Ainsi ne disons pas que nous avons rencontré «monsieur un tel» en société, mais bien en compagnie de; aller en campagne, pour aller à la campagne; sur, pour aigre; rester à la ville, pour demeurer à la ville; mauvais genre, pour mauvais goût; partir en voyage, pour partir faire un voyage; ils ont voiture, pour ils ont une voiture; la marquise a ouvert ses salons, pour reçoit.

On pourrait multiplier ces avis; mais ils sont contenus dans des ouvrages spéciaux et nous n'avons pas ici la prétention de donner des leçons.

La conversation, ainsi que le style, dépend de l'instruction et de l'éducation qu'on possède; mais elle ne vaut que par trois qualités reçues avec la vie, le cœur, l'esprit, le tact.

N'interrompons jamais une conversation et, qu'elle soit aussi ennuyeuse que possible, ayons l'air de l'écouter avec intérêt.

Ne retenons pas quelqu'un par la main en lui parlant.

Plaçons un mot à l'occasion, mais ne parlons pas trop vite; mieux vaut un mutisme presque complet que prononcer sans interruption des phrases plus ou moins banales.

Il faut garder et défendre ses opinions, si elles sont ou si on les croit raisonnables; sans acrimonie toutefois, car la discussion ne convainc jamais personne.

Si on nous démontre, clair comme le jour, que nous avons tort, ne nous obstinons pas et rendons-nous à l'évidence.

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