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Les Usages du Siècle

Le jour de réception.

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Illustration from Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Il est d'usage maintenant qu'on ait un jour de réception par semaine; cette coutume est des plus pratiques, elle permet d'arranger ses affaires pour être toute à ses amis et, aussi, d'avoir l'appartement et soi-même en tenue convenable, au lieu d'être surprise dans les occupations ménagères utiles, mais peu poétiques, et de recevoir en négligé, comme il arrivait lorsqu'on n'avait pas de jour. On a de la sorte la liberté des autres jours de la semaine et les visiteurs sont certains de trouver leurs hôtes.

Certaines personnes ayant des visites à rendre tous les jours de la semaine choisissent le jour le moins chargé et ne prennent que les 1er, 2e et 3e vendredis du mois, par exemple, se réservant le dernier pour les personnes ayant le même jour qu'elle; ou encore 1er et 3e samedis, se gardant ainsi deux jours de libres.

Quelques dames reçoivent tous les jours de 5 à 7 ou deux fois par semaine; d'autres reçoivent de trois à six et même après 9 heures le même jour.

Toutes ces heures doivent être indiquées sur la carte, écrites à la main ou imprimées.

Le jour des Morts, le Jeudi et le Vendredi Saints, le Mercredi des Cendres, les jours de grandes fêtes religieuses, on ne reçoit pas.

On prend rarement le Dimanche pour jour de réception.

On ne se présente jamais avant trois heures; maintenant que le bon ton est de dîner très tard, on peut encore arriver en visite à six heures et demie; en tous cas, sept heures un quart est l'heure extrême jusqu'à laquelle on peut rester.

Il serait regrettable d'arriver à deux heures; la maîtresse de maison pourrait fort bien faire répondre qu'elle n'est pas encore visible ou laisser attendre le visiteur jusqu'à l'heure officielle.

Le matin on garnit ses vases de fleurs; à ce propos, pas de fleurs dont le parfum trop fort pourrait «entêter» nos visiteurs: les lampes préparées, les bougies éméchées, les coussins de pied en rang, les fauteuils et les chaises un peu tourmentés, afin que notre salon ait l'air «vivant»: les meubles symétriquement alignés contre le mur ont un aspect un peu glacial.

Pour deux heures, la maîtresse de maison doit être parée; la fantaisie est parfois admise dans ces toilettes d'intérieur et une pointe d'excentricité ne messied pas toujours.

Une des robes les plus en vogue est la robe brochée de teintes claires et douces; robe vieux rose avec bouquets de marguerites; robe citron, avec jonchée de violettes de Parme, la forme Watteau, les manches courtes falbalatées de dentelles. Dans les grandes maisons, le domestique, en livrée ou en habit noir et cravate blanche, se tient dans l'antichambre.

Il serait bon de convenir d'un système de sonnerie pour les ordres à donner; par exemple, un coup pour arranger le feu, deux pour apporter la lumière, trois pour ouvrir au visiteur qui s'en va, quatre pour recevoir un ordre quelconque, etc.

Dans les simples maisons, c'est la bonne en bonnet et en tablier blanc qui ouvre la porte.

Il est commode pour le jour de réception de louer un concierge du voisinage, qui a un habit et qui n'est pas fâché de gagner facilement quelque chose; cela permet à l'unique domestique de s'occuper du dîner et de ne pas être dérangée à chaque instant.

On peut encore avoir ce jour-là une raccommodeuse, qui ouvre la porte et a des allures de femme de chambre.

Il est des maisons où il n'y a pas de bonne; la maîtresse de la maison va ouvrir tout simplement elle-même, sans s'excuser et sans témoigner d'embarras; elle n'a pas de bonne, soit; en vaut-elle moins pour cela?

De même, lorsque la domestique est sortie, madame doit aller ouvrir elle-même, n'a pas d'explications à donner au visiteur et celui-ci pas d'étonnement à témoigner.

La maîtresse de maison occupe le fauteuil placé près de la cheminée, à contre-jour.

La maîtresse de maison n'est pas forcée d'attendre au salon l'arrivée de ses visiteurs, mais si un cas de force majeure la retenait quelques instants, elle devrait faire dire par la domestique qu'elle vient de suite, ou si elle a un membre de sa famille chez elle, fût-ce un enfant, l'envoyer tenir sa place.

S'il n'y a que deux fauteuils, la maîtresse de maison doit céder le sien à la seconde visiteuse, et ce sans affectation.

Du reste, les places marquées hiérarchiquement ne sont plus de mode, sauf dans les grandes réceptions; lorsqu'il y a plusieurs visiteuses, la femme qui a du tact sait discrètement changer de place.

Une personne âgée sera toujours placée près du feu et dans un fauteuil.

A un vieillard ou à un prêtre, on offre son fauteuil.

A l'entrée d'une dame dans son salon, la maîtresse de maison se lève et va au-devant de la visiteuse, la nomme aux personnes inconnues et les lui nomme.

Une dame reconduit une autre dame jusqu'à la porte donnant sur le palier si elle habite un appartement, ou jusqu'à la porte de sortie, si elle habite une maison. A la campagne, on fait quelques pas de conduite. Les hommes se lèvent simplement.

Ayons soin d'avoir pour tous accueil égal et de ne pas faire à certains de trop vives démonstrations.

Excepté dans les grandes réceptions, la maîtresse de maison n'est pas gantée.

Quand on possède une nombreuse famille, on ne fait pas une visite «en masse». La mère de quatre filles doit n'emmener avec elle que l'aînée ou les deux aînées à la rigueur.

Les enfants ne devraient jamais être emmenés en visite, si ce n'est dans les maisons où il y a d'autres enfants qu'ils peuvent rejoindre au dehors, pour jouer.

Lorsqu'il y a des invités au salon, l'enfant rentrant de la pension vient dire bonjour à sa mère, salue les visiteurs et se retire immédiatement.

Lors même qu'un très jeune homme ou qu'une très jeune fille ne prend pas part à la conversation, comme c'est son devoir, il ou elle ne doit pas lire ou s'occuper d'un travail quelconque.

C'est la maîtresse de maison qui place les coussins sous les pieds des visiteuses et qui leur offre les écrans.

Si elle a sœur, mère ou fille pour lui aider à faire les honneurs de son «home», c'est l'adjointe qui se charge de ces petits soins.

En visite, les a parte sont prohibés.

Lorsqu'on arrive dans un salon, on fait un salut circulaire, avant de serrer la main de la maîtresse de maison.

Si l'on ne reçoit que jusqu'à une certaine époque de l'année, on doit prévenir ses amis.

Lorsqu'on est malade le jour de la réception, on défend sa porte et même les plus intimes amis ne pénètrent pas dans votre chambre. Ceux qui vous aiment en sont quittes pour revenir le soir ou le lendemain.

Dans les réceptions ordinaires, on se place un peu comme on veut; le demi-cercle devant le feu n'est obligatoire que dans les grandes réceptions.

Un homme ne se place pas sur un canapé auprès d'une jeune fille.

Lorsque la maîtresse de maison est seule et qu'un homme arrive, elle peut, sans manquer au savoir-vivre, l'engager à se mettre près d'elle; jamais le visiteur n'y prendra place de son propre chef.

En principe, les visites devraient être rendues dans la quinzaine au plus tard, mais avec les jours de réception il y a une certaine latitude et six semaines ne sont pas un délai excessif.

S'il arrive une lettre pendant que l'on reçoit des visites, le domestique vous l'apporte sur le petit plateau d'argent affecté à cet usage dans les grandes maisons, à la main, tout bonnement, dans les maisons modestes; on demande la permission de l'ouvrir.

Parcourons-la rapidement, sans nous mettre à l'écart, et faisons part en quelques mots de son contenu.

A propos de visites, lorsque, entre temps, il en vient une, ayons soin d'indiquer au préalable à notre domestique les noms des personnes qu'on reçoit en tout temps et celles pour lesquelles «madame est visible le mardi», afin que ladite domestique, ne sachant si elle doit dire oui ou non, n'ait pas un air effaré.

Ajoutons que les ordres doivent être précis, la réponse faite sans hésitation et que la phrase: «Je vais voir si madame est là», ne trompe personne, car on sait fort bien si vous êtes présente ou non. Il serait vraiment incivil de faire attendre une personne pour lui faire dire, au bout d'un quart d'heure, que l'on n'est pas là.

Incivil aussi serait le visiteur qui, en ce cas, remettrait en descendant sa carte au concierge en le chargeant de faire tous ses compliments.

Une visite ne doit guère dépasser trois quarts d'heure; on profite de l'arrivée d'une nouvelle personne pour s'en aller; on n'est pas forcé de se retirer avant que les nouveaux venus prennent congé.

Dans les réceptions ordinaires, on ne cède pas sa place près de la maîtresse de la maison à un nouvel arrivant; cependant une jeune femme peut faire cette politesse à une dame âgée.

En se retirant, on serre la main de la maîtresse de maison et celle des personnes connues, puis on fait un salut circulaire; on ne se lève pas pour vous répondre. Vous ne vous retirez à l'anglaise que dans les grandes réceptions.

Une maîtresse de maison qui recevrait froidement une personne pour plaire à une autre agirait mal.

Lorsque nous nous rencontrons en visite avec une personne que nous n'aimons pas, ne faisons mine de rien; les rapports que vous avez avec elle doivent être ceux que vous avez avec un inconnu.

La personne arrivée la première doit se lever quelques minutes après et prendre congé, sans précipitation toutefois, pour ne pas avoir l'air de fuir devant l'ennemi.

Celle qui reste manquerait de savoir-vivre, si elle raillait la personne aussitôt après son départ.

Lorsqu'il n'y a plus qu'un visiteur, le mari et la femme, ou la mère ou la fille l'accompagnent ensemble jusqu'à la porte d'entrée.

Si l'on n'a point de salon, on reçoit dans la pièce où on se tient habituellement: chambre à coucher, salle à manger, bureau.

Lorsque nous apportons un présent à une maîtresse de maison, remettons-le à une domestique et n'entrons pas au salon, notre petit paquet à la main; exception faite pour les friandises, les bonbons.

A moins de se sentir gravement indisposé, ne demandons jamais rien, fût-ce un verre d'eau: mieux vaut s'éclipser discrètement.

On doit toujours recevoir au salon, lorsqu'on en a un. Les artistes peintres et sculpteurs reçoivent dans leur atelier; mais cet atelier est généralement garni de meubles rares, de curiosités et c'est une sorte de salon.

Les médecins, les magistrats, les avocats, ne reçoivent dans leur cabinet que des visites d'affaires.

Les intimes sont reçus à n'importe quelle heure; ils doivent cependant éviter celle des repas.

Lorsqu'une personne entre pendant que vous déjeunez ou que vous dînez, le savoir-vivre veut qu'on lui offre quelque chose: un fruit, un biscuit, un petit gâteau, un verre de vin ou de liqueur, une tasse de café, de thé.

Une maîtresse de maison ne doit jamais regarder la pendule.

Il serait inconvenant de parler une langue étrangère.

Un mot sur les grandes réceptions.

J'appelle ainsi le jour de la préfète, de la générale, enfin de toute dame qui a toujours beaucoup de monde par le fait de la situation de son mari, et qui voit fréquemment dans son salon cinquante à soixante personnes.

La maîtresse de maison, dans ce cas, est toujours gantée.

Pour ces réceptions, les hommes ont la redingote, les gants clairs; les femmes, la grande toilette de ville.

L'on ne reste guère qu'un quart d'heure.

Aux réceptions du soir, les hommes endossent l'habit, la plaque et la brochette; toujours des gants clairs.

Les femmes en toilette de ville très élégante, mais sans chapeau; elles mettent une mantille ou un capuchon qu'elles laissent dans l'antichambre.

On peut faire un peu de musique aux réceptions du soir.

On ne passe pas de rafraîchissements; ce n'est pas une soirée, c'est une visite nocturne.

Dans quelques maisons, on organise un petit buffet où le maître de maison conduit les dames au moment du départ.

On peut rester jusqu'à une heure dans ces réceptions.

Les sièges rangés en demi-cercle sont espacés afin que la maîtresse de maison puisse aller au-devant de la nouvelle visiteuse.

On devrait rétablir l'usage d'annoncer, car, dans ces vastes salons, où toutes les portes sont ouvertes, où il y a d'épais tapis, les pas s'étouffent et si la maîtresse de la maison n'a pas constamment l'œil au guet, il peut en résulter un moment de gêne pour le visiteur qui se trouve tout à coup près d'un cercle livré à une conversation animée; il ne peut pourtant dire: «Me voilà».

On ne dit pas adieu, on s'incline et on s'en va dans une accalmie de la conversation.

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