La politesse dans la rue.
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On voit des personnes, parfaitement polies dans un salon, devenir parfaitement incorrectes, sitôt qu'elles foulent l'asphalte d'un talon vainqueur.
Il faut toujours prendre sa droite, on évite ainsi les heurts et les chocs.
Dernièrement, trottant très affairée, je me croise avec un monsieur qui avait l'allure d'un parfait gentleman; il passa près de moi, non seulement en me bousculant, en me regardant d'une façon malhonnête, mais encore m'envoya la fumée de son cigare dans le visage. Un mot vif était prêt à m'échapper, je le contins heureusement; qui sait ce que ce monsieur eût pu répondre?
A quelques pas de là, une grosse voiture de camionneur était arrêtée, son conducteur accoté fumait une énorme pipe, qu'il retira d'entre ses dents lorsque je passai près de lui; puis, voyant la mèche du fouet qui ballottait et qui pouvait m'effleurer le visage, il l'arrêta d'un geste poli.
Le savoir-vivre était inné chez cet homme et le gentleman méritait l'épithète pensée.
Savoir se ranger à l'occasion, sous une porte cochère, pour laisser passer sans encombre une femme ayant un bébé sur le bras, est une marque de savoir-vivre qu'on apprécie fort sur nos trottoirs étroits.
Faire p'sst! à quelqu'un pour le faire retourner, qui l'oserait?
Si je tiens mon petit chien en laisse, je fais attention à ne pas enchevêtrer les jambes des passants dans la laisse du toutou.
S'arrêter soudain pour écouter les boniments d'un marchand ambulant est à peine permis aux petits pâtissiers, aux petits télégraphistes, et aux très jeunes «potaches»; un monsieur ou une dame de tenue correcte continue sa route.
On peut s'informer discrètement de la cause d'un attroupement, mais lorsqu'on sait ce qui en est, grossir cet attroupement est au moins inutile, quelle que soit la badauderie parisienne.
Si vous rencontrez un ami et que vous l'arrêtiez pour lui parler, rangez-vous de côté de manière à ne pas obstruer le passage.
Lorsqu'un homme jette une allumette enflammée, un bout de cigare allumé, il doit les jeter dans le ruisseau, ou du moins mettre le pied dessus; en plein trottoir, cela pourrait roussir, sinon incendier, les jupons des dames.
L'attitude et le geste sont encore à observer pour être bien élevé; on doit éviter les attitudes trop libres, les airs cavaliers.
En marchant, ne balançons pas nos bras. Une femme a toujours un maintien, soit avec son ombrelle, soit avec son manchon; privée de ces objets, elle relève gracieusement sa robe, ou en fait le simulacre, ce qui occupe suffisamment les doigts.
Une marche sautillante, traînante est disgracieuse; de même faire résonner ses talons sur le pavé produit un effet singulier.
