← Table of contents
Les Usages du Siècle

Le duel.

Reading edition

Illustration from Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Il est telles injures qu'on appelle sanglantes parce qu'en réalité elles demandent du sang; il y a des insultes que la justice humaine est impuissante à venger et il suffit au reste qu'on s'adresse d'abord à un tribunal pour que toute autre réparation puisse être refusée.

Oui, il peut s'agir de telle ou telle offense qui vraiment mérite qu'on risque sa vie pour la laver; et c'est là l'honneur, et nul ne doit reculer si on a tenté de le salir.

L'homme en réalité a inventé le duel pour en appeler à un jugement divin.

Aller sur le pré, c'est faire acte de gentilhomme, d'homme comme il faut, mais la gentilhommerie dans le duel n'existe que si tous les auteurs de ce drame sans fiction sont bien pénétrés du rôle qu'ils ont à remplir.

Il a toujours été reconnu, Dieu merci! que l'honneur est une chose sacrée, et, selon le gentilhomme de Châteauvillard depuis de si longues années bon juge en cette matière, chacun est exposé à cette dure nécessité de risquer sa vie pour venger une offense, une injure. C'est donc une affaire assez importante pour qu'elle soit d'avance réglée selon les formes voulues par la délicatesse et le droit.

Des exemples sans cesse renaissants ont prouvé la nécessité de l'établir d'une manière formelle, afin d'éviter des fautes pouvant compromettre l'existence d'un ami, des assassinats que l'on croit devoir passer sous silence pour ne pas donner aux familles le déshonneur d'une récrimination. Ce droit est la sauvegarde de tous; s'il est enfreint, le sang d'une victime peut crier vengeance.

Nous renvoyons nos lecteurs que cela pourrait intéresser au Nouveau Code du Duel publié il y a peu d'années par le comte du Verger Saint-Thomas.

Il est utile de connaître ces règles du duel, car un grand nombre de personnes honorables allèguent leur inexpérience, quand leur influence morale pourrait être utile, soit pour arranger une affaire d'honneur, soit pour en rendre les conséquences moins désastreuses.

On doit pouvoir servir de témoin à son ami, puisque ni un père, ni un frère, ni un fils, ni même un parent au premier degré ne peut être témoin de son parent, ni contre son parent.

Il faut que l'on puisse intervenir utilement et selon les règles particulières qui se sont établies et perpétuées, car les témoins sont responsables de tous les faits relatifs au duel auquel ils ont assisté.

Résumons donc ces règles brièvement.

Le procès-verbal doit être aussi court que possible. Il ne doit contenir que la simple et unique relation des faits, sans appréciation ni discussion, ni épithète peu déférente pour aucune des parties.

Son style doit être bref, concis, très correct, de manière à éviter toute expression dont le sens pourrait être contesté ou bien donner lieu à équivoque.

Ceci établi, cette pièce se divise en deux parties.

Première partie.—1o Indiquer l'année, le mois, le jour, l'heure, le lieu de la réunion des soussignés réunis pour examiner le différend ou la querelle entre MM. tel et tel.

2o Les motifs de la querelle ayant été constatés et les faits reconnus exacts d'un commun accord et comme suit. (Indiquer les motifs et les faits.)

3o Après une discussion tendant à proposer ces arrangements satisfaisants et honorables pour les deux parties, tout arrangement ayant été reconnu impossible (ou bien rejeté par)....

4o Les soussignés ont reconnu la rencontre inévitable et les conditions en ont été établies comme suit:

(Indiquer les conditions, le jour, l'heure, le lieu du rendez-vous.)

Les conditions ci-dessus mentionnées ont été soumises aux parties et ratifiées et acceptées par elles, avec promesse de s'y conformer suivant les lois de l'honneur.

En foi de quoi, etc.....

(Indiquer le lieu, le jour, le mois, l'heure, l'année.)

Signature des témoins.

Les témoins de M. M*** Les témoins de M. N***

A. C.

B. D.

Deuxième partie.—La rencontre déterminée par la première partie du présent procès-verbal a eu lieu au jour, à l'heure, au lieu indiqués.

Après 10 minutes de combat, M. M*** ayant reçu une blessure.... (Indiquer la nature et l'importance de la blessure.)

Les témoins soussignés ont déclaré l'honneur satisfait.

(Indiquer si les adversaires se sont réconciliés.)

En foi de quoi, etc.

(Indiquer le lieu, l'heure, le jour, le mois, l'année.)

Signature des témoins.

Les témoins de M. M*** Les témoins de M. N***

A. C.

B. D.

Observations.—Dans la réunion des témoins, si les témoins d'un champion déclarent qu'ils refusent en vertu d'une question préalable (indiquer les motifs), les témoins en dressent procès-verbal et, bien entendu, le procès-verbal n'est alors composé que d'une seule partie.

Si les témoins jugent à propos de suspendre la séance pour prendre de nouvelles informations, ils doivent l'indiquer, ou désigner l'heure de l'interruption et ensuite l'heure de la reprise, et pour le reste suivant le parag. 2.

Si les témoins tombent d'accord sur un projet d'arrangement, ils l'indiquent au parag. 3 en en détaillant les conditions et en faisant connaître s'il est accepté ou refusé par les parties ou par l'une d'elles.

Si après quelque temps les témoins jugent convenable de faire reposer les champions, ils doivent le mentionner en déterminant le temps du repos accordé.

S'ils jugent à propos de faire terminer le combat, les champions s'étant battus bravement, l'indiquer. En cas de refus de la part de l'un des champions, ou de la part de tous les deux, le mentionner.

Si la blessure reçue n'est pas assez sérieuse, suivant la gravité de l'affaire ou les conditions établies, les témoins doivent le déclarer et motiver ainsi la continuation du combat.

Si pendant le combat les témoins remarquent quelque irrégularité, violation des règles du duel ou des conditions établies, ils doivent faire cesser le combat et dresser procès-verbal suivant les prescriptions du chapitre IV.

Illustration from Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre
Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings