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Les Usages du Siècle

Les invitations à dîner.—Les repas.

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Illustration from Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre

Ces invitations se doivent envoyer huit jours à l'avance ou être faites de vive voix dans ce même laps de temps.

Je préfère l'invitation écrite, qui permet de refuser par lettre et non soi-même, ce qui est toujours désagréable.

Je sais des personnes qui, pour éviter cet ennui, acceptent toujours les invitations, se réservant d'écrire la veille ou le jour même, qu' «une circonstance imprévue», etc., les empêche de se rendre à l'aimable invitation, ou mieux encore envoient au dernier moment un petit bleu. Rien de plus désagréable pour la maîtresse de la maison qui est forcée de remanier l'ordonnance de sa table, de défaire le couvert, de changer la place des convives.

On doit répondre dans les trois jours qui suivent l'invitation.

Le silence équivaut à un consentement. Qui ne dit mot....

Entre amis intimes et avec un célibataire, les cérémonies ne sont pas nécessaires et on peut fort bien inviter la veille pour le lendemain, le jour même, à la rigueur.

Nulle raison de se montrer froissé, si on est invité au dernier moment pour parer à une défection.

Si on apprend qu'une ou qu'un de nos invités a un parent, un hôte de passage chez lui, on doit l'inviter également, même si on ne le connaît pas.

L'on n'invite jamais une dame seule à un dîner d'hommes.

Si on a à dîner une seule femme, avec son mari, et que le reste des convives appartienne au sexe fort, il est d'usage de faire prendre à cette dame la place de la maîtresse de la maison.

Cette invitation jadis n'était point admise; mais avec les idées plus larges et plus intelligentes de nos jours, il n'y a pas de célibataire qui ne réunisse à sa table ses amis mariés, avec leurs femmes.

Je trouve cela très bien; car inviter seulement et régulièrement le mari, c'était condamner madame à rester au logis et exposer le pauvre homme à s'entendre reprocher maintes fois «ces dîners d'hommes, où on ne sait jamais ce qui se passe».

On n'invite jamais les enfants et les très jeunes gens aux dîners tant soit peu cérémonieux.

Disons en passant que, même si on n'accepte pas l'invitation à un dîner, on doit une visite dans les huit jours; c'est une règle peu observée, malheureusement.

Les invitations se divisent donc en cinq catégories.

1o Les invitations de grande cérémonie imprimées sur carte et ainsi libellées:

Monsieur et Madame Pierre de V.... prient Monsieur, Madame et Mademoiselle de M.... de leur faire l'honneur de venir dîner avec eux, le mardi 20 novembre 1894.

7 heures 1/2. Adresse.

R. S. V. P.

2o Les invitations de cérémonie, entre amis, écrites à la main.

Monsieur et Madame Raymond D.... prient Monsieur et Madame D.... de leur faire le plaisir de venir dîner chez eux le samedi 24 novembre 1894.

8 heures.

R. S. V. P.

3o Les invitations à un dîner sans cérémonie entre amis, écrites sur une lettre et envoyées sous enveloppe; jamais sur une carte postale ou une carte-lettre.

Chère madame,

Mon mari et moi espérons que vous serez libres et pourrez venir dîner avec nous, jeudi prochain, 1er décembre. Nous comptons absolument sur un oui.

Recevez, chère madame, l'expression de nos meilleurs sentiments et veuillez me rappeler au bon souvenir de monsieur Dorval.

Mon mari joint ses compliments aux miens.

M. R....

4o Invitation du jour au lendemain entre amis intimes.

Ma chère amie,

Venez donc demain manger avec nous un périgourdin truffé, très intéressant.

Mille amitiés. Jeanne S....

Remarquez que l'heure n'est pas mentionnée au bas de ce billet; on sait la personne au courant des coutumes de ses hôtes.

Il est à observer aussi que, sauf les invitations de cérémonie, les autres sont toujours faites par la femme et si, pour une raison ou pour une autre, c'est le mari qui écrit, il commencera toujours ainsi: «Ma femme me prie», etc.

5o Les invitations pour le jour même à des personnes avec lesquelles on est en relations d'intimité et d'amitié; invitations qu'on peut écrire sur une carte de visite.

Ma chère Julie,

Viens donc dîner ce soir avec ton mari, tu nous feras plaisir.

Je t'embrasse. Simonne J....

Pour ces trois dernières catégories d'invitation, le style peut être très fantaisiste et l'esprit se donner libre cours.

J'ai vu des invitations rédigées en langage nègre, ou avec les termes des châtelains moyenâgeux; c'était, quand même, très gentil.

Les réponses doivent être simplement rédigées; par exemple:

Chère madame,

C'est avec grand plaisir que nous acceptons, mon mari et moi, votre gracieuse invitation.

Tous nos compliments.

R. S.

Les refus doivent être soigneusement motivés et donner de bonnes raisons ou du moins de vraisemblables:

Madame,

Votre gracieuse invitation m'a fait le plus grand plaisir et je l'accepterais volontiers si je ne m'en trouvais absolument empêché. J'ai promis, il y a huit jours déjà, à madame X. de dîner chez elle (ou toute autre excuse valable).

Veuillez agréer, madame, avec mes sincères regrets, mes compliments très respectueux et très empressés.

A. B.

Le célibataire doit de la façon la plus correcte expliquer les motifs de son refus, par exemple en ces termes qui nécessairement varient selon les circonstances:

Madame,

Je suis très sincèrement contrarié de me trouver contraint de refuser votre invitation si flatteuse pour moi.

J'ai attendu jusqu'au dernier moment, espérant n'être pas privé de la joie que je m'étais promise.

Votre mari sait quelles sont mes occupations et voudra bien, j'en suis certain, faire valoir près de vous la légitimité de mon excuse.

Veuillez lui présenter mes regrets les plus vifs et encore une fois, madame, les agréer vous-même.

Recevez, madame, l'expression de mes sentiments les plus empressés et les plus respectueux.

L. P.

L'important, je le répète, est de se bien excuser, et lorsqu'on se trouve tout à fait obligé de contremander une réunion, dîner, bal, soirée, on ne devrait le faire qu'à la dernière extrémité et en employant les termes de regret les plus grands.

On écrit alors ou on fait écrire une lettre explicative aux intimes; pour les personnes à cérémonie, on écrit sur une carte quelques lignes:

Madame L....

atteinte d'une subite et grave indisposition, se voit, à son grand regret, obligée de remettre son dîner du 20 courant à une autre date.

Un accident survenu dans sa famille oblige Madame S....

à révoquer ses invitations pour mardi prochain. Elle prie de bien vouloir l'excuser.

Si l'événement arrivait quelques heures avant le repas, on doit faire envoyer dans les grandes villes des messages téléphonés.

Ces messages, de nouvelle importation, sont beaucoup plus pratiques que la dépêche ou le petit bleu; les derniers mettent quelquefois deux heures à parvenir, le message téléphoné ne met que vingt-cinq minutes à arriver et on peut le faire aussi explicite que l'on veut, son prix, de cinquante centimes, donnant droit à cinq minutes d'entretien à l'appareil.

Lorsque vous avez un enfant atteint d'une maladie éruptive assez bénigne pour vous permettre d'aller au dîner où vous êtes priée, ne craignez pas, madame, de contrarier vos hôtes en vous excusant même au dernier moment. Ils seront trop heureux de ne pas vous avoir; soyez certaine que si vous veniez quand même, ils vous en sauraient plutôt mauvais gré et, à part eux, vous regarderaient comme un péril.

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