IX
Alexandre Machard translation
LA COLOMBE
«Aimable Colombe, D'où viens-tu en volant? Où pris-tu ces parfums Que, dans les airs où tu cours, Tu exhales et tu répands? Qui es-tu? quel soin t'occupe?»
—«Anacréon m'envoie Vers son amant Bathylle, De tous les cœurs aujourd'hui Le souverain et le prince. Cythérée m'a vendue Pour une odelette; C'est moi qu'Anacréon emploie Pour ses grands messages, Et tu vois quelles lettres Je porte pour lui. Il dit qu'aussitôt revenue, Il me rendra la liberté: «Et moi, même affranchie, Je veux rester près de lui, son esclave. Qui m'oblige à voltiger Par les monts et par les champs Et, sur les arbres perchée, Manger quelques graines rustiques? A présent je mange du pain: Je n'ai qu'à le prendre des mains D'Anacréon lui-même; Il me donne à boire Du vin qu'il s'est versé. Quand j'ai bu, je sautille Et de mes ailes j'ombrage Mon maître; Jusque sur sa lyre Posée je m'endors.
«Tu sais tout: adieu. Tu m'as rendue plus bavarde, Étranger, qu'une corneille.»