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Odes d'Anacréon

LI

Alexandre Machard translation

LA ROSE

Avec le printemps porteur de couronnes, Je pense à chanter très haut la rose, Tendre fleur, ma compagne. C'est l'haleine des Dieux mêmes Et le charme des mortels, L'ornement des Grâces dans la saison Des Amours en fleur, L'attribut folâtre de Vénus. C'est le thème des poésies, La plante aimée des Muses; Douce même à qui fait l'épreuve de ses dards Dans les sentiers épineux; Douce à la main qui la cueille et qui caresse De ses doigts fins et délicats Cette fleur de l'Amour. Comme au sage elle plaît encore Dans les danses, sur les tables, Aux fêtes Dyonisiaques. Que ferions-nous sans la rose? «L'Aurore a des doigts de roses, Les Nymphes des bras de roses, Aphrodite un teint de roses,» Dans le langage des poètes. La rose, secourable aux malades, Protège aussi les morts Et triomphe du temps. Des roses la vieillesse, encore agréable, Garde un parfum de jeunesse.

Chantons donc son origine. Quand, de la mer azurée, Cythérée brillante de rosée L'Océan fit naître de son écume; Quand Athènè, la guerrière Déesse à l'Olympe redoutable, Jupiter fit sortir de son cerveau; Alors des roses admirables La Terre fit fleurir les jeunes pousses, Chef-d'œuvre d'art de la Nature. La troupe des Dieux bienheureux, Pour que naquît la rose, répandirent Le nectar, et firent s'élever, Superbe, du sein des épines, L'immortelle fleur de Bacchus.

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