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Odes d'Anacréon

III

Alexandre Machard translation

L'AMOUR MOUILLÉ

Naguère, au milieu de la nuit, Quand l'Ourse déjà tourne Près de la main du Bouvier, Et que les races mortelles Dorment, domptées par le travail; Érôs, survenant soudain, Frappait aux verrous de ma porte. «Qui heurte à ma porte?» criai-je; «Vous mettez en fuite mes songes.» Mais Érôs:—«Ouvre», dit-il, «Je suis un enfant: ne crains pas. Je suis mouillé, et dans la nuit Sans lune je suis égaré.»

A ces mots, j'eus pitié. Ma lampe aussitôt rallumée, J'ouvris et je vis en effet Un enfant qui portait un arc, Des ailes, avec un carquois. Près du feu je l'assieds, Dans mes mains je réchauffe Les siennes, et de sa chevelure J'exprime l'humidité. Mais, à peine réchauffé: «Çà,» dit-il; «essayons Cet arc, et voyons à quel point Est endommagée sa corde mouillée.»

Il le bande, et me frappe En plein cœur, comme un taon. Puis, avec une gambade et des éclats de rire: «Mon hôte,» dit-il, «adieu; Mon arc n'a pas souffert: C'est ton cœur qui souffrira.»

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