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Notes d'un voyage en Corse

SAINT-NICOLAS PRÈS DE MURATO.

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L’église de Saint-Nicolas, à une lieue S.-O. de Murato, ressemble fort à la précédente; seulement elle n’a ni porche ni clocher, elle est entièrement revêtue, à l’intérieur comme à l’extérieur, d’un parement de pierres vertes. Abandonnée depuis la révolution, dépourvue de toit, elle tombe en ruines. Son ornementation, évidemment très-soignée, la rend intéressante, et je la décrirai avec quelque détail; car elle nous offre, je crois, l’exemple de la plus grande recherche à laquelle se soient élevés les architectes corses.

De même qu’à Saint-Michel, la façade présente trois arcades, dont deux latérales figurées, celle du centre plus haute et plus large que les autres. Elles reposent sur des pilastres d’une saillie légère, couronnés de chapiteaux assez bien refouillés. Des entrelacs sculptés en creux, des tores en saillie, quelquefois en pierre blanche, dessinent les archivoltes. Dans les tympans des arcades latérales, on voit quelques incrustations, des croix étoilées qui se détachent en blanc sur le fond sombre du parement. Un damier vert et blanc occupe le centre du tympan de l’arcade principale. Les chapiteaux des piédroits, le bandeau d’imposte, sont couverts d’ornements gravés en creux avec une finesse dont jusqu’alors je n’avais rencontré nul exemple. Enfin, dans les pendentifs, entre les arcades, d’autres incrustations complètent la décoration de la façade, et remplissent, en partie, le nu qui existe entre les archivoltes et le fronton.

Les corniches et leurs arcatures ressemblent à celles de Saint-Michel, sauf les alternances de couleur, dont on ne trouve d’autre exemple à Saint-Nicolas que dans les incrustations dont je viens de parler. Je remarquerai cependant la variété et l’élégance des motifs dans les modillons et la corniche; le dessin de cette dernière change à chacune des pierres qui la composent.

Par sa disposition générale et par ses détails, la décoration de Saint-Nicolas appartient tout entière au style bysantin; c’est pourquoi l’on observera avec surprise que ses fenêtres, étroites d’ailleurs, suivant l’usage invariable, ont pour amortissement une lancette aiguë. Cette ogive étant taillée dans une seule pierre qui forme le haut du chambranle, il est évident qu’elle n’a point été adoptée ici pour ses qualités de résistance et la facilité de sa construction, mais bien parce qu’on a voulu se conformer à une mode établie. Il faut en conclure que Saint-Nicolas a été bâti à une époque ou le style gothique était déjà complètement en faveur sur le continent; c’est-à-dire vers la fin du XIIIᵉ siècle, ou le commencement du XIVᵉ[66].

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