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Notes d'un voyage en Corse

ÉGLISE DE SAINT-JEAN. COMMUNE DE PAOMIA.

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Si l’on diminue considérablement les proportions de la Canonica, si l’on en supprime toute l’ornementation, si à l’appareil régulier on en substitue un grossier de schiste ou de granit mal taillé, on pourra se représenter la plupart des petites églises ou chapelles bâties avant l’établissement définitif de la domination génoise. On en rencontre sur presque tous les points de l’île; quelques-unes ne remontent qu’au XVᵉ siècle.

Je n’en citerai que deux. La première, San-Pancrazio entre Bastia et Cervione, se fait remarquer par ses trois apsides, circonstance assez rare en Corse pour être notée.

L’autre, Saint-Jean, entre Cargese et Paomia, ne mérite d’être mentionnée que pour une singularité dont je n’ai pu trouver l’explication. A l’intérieur de l’église, en ruines aujourd’hui, on voit au milieu de l’appareil du mur nord de la nef, un bras humain sculpté sur le granit, légèrement fléchi, et les doigts ouverts dirigés à 45º. Ce bras, d’ailleurs très-grossièrement travaillé, n’a pu appartenir à un bas-relief plus considérable dont un fragment aurait été employé comme un simple moellon, car il occupe le milieu d’une dalle et est parfaitement isolé. Aucune autre sculpture ne se voit ni à l’intérieur ni à l’extérieur de l’église. Autrefois l’apside a été peinte à fresque, mais les peintures sont devenues absolument méconnaissables.

J’éprouve un embarras semblable à m’expliquer un autre bas-relief (si l’on peut donner ce nom à des pierres façonnées à coups de hachette), que l’on voit sur le linteau d’une maison de Paomia. On me l’avait signalé comme une sculpture phénicienne; mais, malgré la meilleure volonté du monde, il me fut impossible de méconnaître la disposition ordinaire au moyen-âge, dans l’arrangement du linteau et des pierres également sculptées qui lui servent d’impostes. Au milieu du linteau on distingue une figure de femme, je crois, à son costume, aussi grossièrement exécutée que les bonshommes charbonnés sur les murailles par les écoliers oisifs. A gauche, une espèce de chevron ou de zigzag; à droite, un X, ou bien une croix de Saint-André très-ouverte. On voit sur les impostes des traits bizarres; d’un côté on pourrait reconnaître l’ornement bien connu qu’on nomme feuille de fougère ou arête de hareng. Il serait impossible de décrire les autres, tant ils sont bizarres et irréguliers. De loin on pourrait les prendre pour des lettres.

Isolée, chacune de ces pierres embarrasserait peut-être beaucoup un archéologue; mais leur réunion, qui forme un des amortissements de porte les plus communs dans le pays, arrête court toutes les hypothèses qu’on serait tenté de faire sur leur origine. Si l’on arguait de la forme irrégulière des impostes, qu’elles ont été appropriées à leur destination actuelle longtemps après avoir été façonnées pour un autre usage, je répondrais qu’aux sculptures près, elles ressemblent exactement à toutes les impostes des maisons anciennes, et que l’échancrure qui marque le haut de la porte les caractérise suffisamment.

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